05/03/2008

Vers le marché aux animaux

Décidément, rien de bien intéressant dans la rue aux antiquaires – enfin, dans la rue aux faux antiquaires et aux vrais escrocs. Pour les esprits de la fertilité, monsieur le commerçant n’en démord pas : il en veut cinquante dollars pièce, ce qui me semble soit trois fois rien, si ce sont des vrais, soit dix fois trop, si ce sont des faux.

 

Bien entendu, le plus probable est que ce sont des faux et que l’intention de monsieur est de se faire un beurre tout à fait indu sur moi, en tablant sur mon innocence qu’il suppose crasse.

 

Je veux bien croire que j’ai l’air stupide, mais à ce point ? C’est vexant.

 

Il est donc temps de partir. Je me décide à continuer à baguenauder vers le sud, vers l’inconnu, vers le marché aux animaux, en général, et plus que probablement aux oiseaux.

 

Pour y arriver, il faut aller aux renseignements auprès de tout un chacun. Un piéton – espèce rare ! – ici, un balayeur là bas ; j’en arrive, peu à peu, à forces d’explications très manuelles, à me retrouver… dans un bus qui s’arrêtera devant le marché en question. Et, effectivement, moins de cinq minutes plus tard, après deux brusques tournants, alors que nous roulons sur une grande avenue, le bus s’arrête et le contrôleur vient à moi, me faisant signe de sortir.

 

Je m’exécute.

 

Il m’accompagne et, du doigt, me montre un grand bâtiment, en face. Quelques gestes supplémentaires, accompagnés de mots en baha indonesia : je crois comprendre qu’une fois que j’aurai traversé l’avenue, sur la passerelle rouillée prévue à cet effet, j’arriverai devant le bâtiment en question, qu’il me suffira de le longer, et que je trouverai alors mon bonheur.

 

Allons-y.

 

Les passerelles destinées à passer les grandes avenues, il y en a partout, à Jakarta. Et c’est tant mieux. Ce n’est pas tant que les conducteurs soient animés d’intentions meurtrières à votre égard, mais c’est qu’il y en a tant… Et, à traverser les rues, il n’y a pas que des champions du sprint. Les petites vieilles, par exemple, sont bien contentes de pouvoir traverser en utilisant les passerelles, ainsi que les jeunes demoiselles genre yuppies qui travaillent dans le centre ville, et qui portent des talons qui claquent.

 

L’avantage des passerelles du centre – enfin, de ce qui pourrait bien être le centre de Jakarta – c’est qu’elles sont équipées d’escaliers en bon état et d’une rampe qui permet aux petites vieilles, aux jambes et aux articulations usées, d’aller aussi lentement qu’elles le souhaitent pour atteindre l’autre côté de la rue.

 

La passerelle que je prends a du être le modèle Beta, du temps que les autorités commençaient à songer à faire mettre des passerelles. Et, une fois la décision prise de mettre des passerelles, mieux adaptées, partout en ville, on a oublié de mettre celle-ci aux nouvelles normes.

 

Je dirais même qu’on a tout simplement l’a oubliée, la modèle Beta. Elle meurt tout doucement, d’usure et d’oubli, et les petites vieilles qui essaient de la traverser meurent aussi.

 

Pas de rampe faite pour les petites vieilles, sur cette passerelle ; et un escalier particulièrement raide, qui nécessiterait bien l’aide d’un alpenstock. Certaines marches de l’escalier manquent, ainsi que des traverses, sur la passerelle elle-même. Les balustrades sont rouillées, branlantes. On les croirait prêtes à tomber. De ce fait, le passage au dessus l’avenue, à dix mètres de hauteur, s’apparente à la traversée d’une rivière, sans nul doute bourrée de crocodiles, sur un pont suspendu fait de liane, tout comme dans les films d’aventures avec Ursula Andress, que je voyais au cinoche quand j’étais petit.

 

Qu’est ce qu’elle était jolie…

 

Or donc, l’escalier de la passerelle modèle Beta, supposée vous faciliter la vie quand vous voulez traverser l’avenue : on grimpe comme on peut, faisant plus que probablement ressortir le derrière d’une manière presque obscène. Une fois arrivé sur la passerelle, on avance en tenant fermement le tube de ferraille qui fait office de garde fou (pas de filet en dessous), en craignant bien se choper le tétanos, vu les petites échardes qui vous griffent la paume de la main, et en espérant que la rambarde ne tombera pas – et nous avec elle – tout en faisant bien attention à l’endroit où on met les pieds.

 

J’aimerais les voir, les petites vieilles, sur cette passerelle.

 

Arrivé au bout de la passerelle, il faut descendre l’escalier, tout aussi raide d’un côté qu’il l’était de l’autre et, lui aussi, avec des marches manquantes.

 

Deux.

 

C’est là aussi qu’on se rend compte que les descentes sont usuellement plus difficiles que les montées.

 

Puis, enfin, on est rendu au sol. Les alentours sont couverts d’ordures, et l’entrée du bâtiment est à deux pas, avec des cages qui pendent, des aquariums empilés, avec des petits machins de couleurs variées qui s’agitent dedans, et des jappements de chiots qui se font entendre. Ce doit bien être là. Je me dirige en faisant attention aux endroits où je pose les pieds – rapport aux trous, aux bosses et aux ordures – vers un garde qui se tient à l’entrée et lui demande si je suis bien au marché. De l’index, monsieur m’indique qu’il me suffira de longer le bâtiment qu’il protége, et j’y serai.

 

Je fais comme il me le dis et, effectivement, après avoir longé le bâtiment le temps d’une cinquantaine de mètres, j’y suis.

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09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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