04/03/2008

Toc, moche et kitch

J’ai encore deux jours à tuer, avant de prendre mon bateau pour Makassar. Tout le temps pour aller voir vers le Sud de Jakarta, maintenant. Là, il y a un marché aux animaux, supposé être gigantesque, mais assez loin situé.

 

Au bout du monde, du point de vue des Indonésiens, qui ne marchent pas.

 

Personne n’est capable, au Bloemsteen, de m’indiquer la situation exacte du marché, mais sur plan, à ce qu’on peut deviner, ça doit faire cinq ou six kilomètres, à tout casser. Pour l’Indonésien moyen, qui n’aime pas user ses articulations, vu que les opérations pour mettre des prothèses à la hanche, ou aux genoux, c’est cher, cinq ou six kilomètres, c’est bien le bout du monde.

 

Peu avant le marché en question, une espèce de rassemblement d’antiquaires où j’ai déjà été, l’année précédente, dont je soupçonne les antiquités d’être plutôt des copies, mais il y a de jolies choses quand même, à des prix délirants, sujets à des négociations infinies.

 

Et même à la fin, l’achat effectué, on a encore le sentiment d’avoir été volé comme dans un bois.

 

Il doit être huit heures quand je démarre, après m’être avalé un petit déjeuner que l’on qualifie ici de continental : du thé, deux toasts, beurre et confiture et… l’incontournable œuf, une fois sous forme d’omelette, une fois sur le plat. Bonjour le cholestérol. La fille qui m’a servi ma pitance, sur une assiette douteuse et une tasse itou, en a profité pour me rappeler que ce soir, il y a special party au bar, et qu’elle serait ravie si je venais – tout cela avec un sourire aguicheur qui laisse à penser.

 

Huit heures, et il fait presque doux. La nuit a été bonne. Le muezzin n’a pas hurlé sur le coup des quatre heures, ce matin. Je suppose que tous les systèmes électriques des mosquées les plus proches ont été noyés sous l’orage d’hier soir, et que nous serons en paix pour la journée entière, voire d’avantage.

 

Sur mon plan simplifié, j’ai plus ou moins trouvé un trajet qui me permettra d’aller par les petites rues et d’éviter les autoroutes urbaines qui font le charme douteux de Jakarta.

 

Les petites rues, ce sera, du moins, jusqu’au coin des antiquaires car, plus loin, c’est terra incognita : personne ne semble jamais avoir été jusqu’au marché  aux animaux que je médite de visiter, et il me faudra me renseigner, au fur et à mesure de mon trajet.

 

L’avantage des petites rues, le jour, c’est que la pollution produite par les voitures, les bemos et autres motos y est infime. De plus, quand un bemos vous dépasse ou vous croise, il est invariablement en course, chargé de closedstreetpassagers et il n’y a donc pas à discuter le bout de gras avec un chauffeur qui pile pour s’arrêter et vous proposer ses services.

 

Sans être vides, les rues sont calmes. D’autant plus calmes que certaines des rues les plus résidentielles … ferment, usuellement le temps des ouiquindes et pour la nuit, au moyen d’une barrière actionnée par un vigile, créant ainsi, de fait, en pleine ville, des îlots de verdure et de paix qui rendraient Jakarta tolérable. Le vigile ne remonte la barrière qu’aux habitants de la rue, et à leurs invités.

 

Quant à savoir comment les habitants de telle ou telle rue sont parvenus à obtenir, de la part des autorités, la fermeture de leur rue au trafic importun, à part le bakchich, je ne vois pas. Pour le vigile, au vu de la manière dont il retire respectueusement sa casquette, au passage des voitures, de toute évidence, il est payé par les privilégiés de la rue en question.

 

jakD’un îlot à l’autre, on traverse de grandes avenues, sales et bruyantes où, côte à côte, roulent des vélos, des motos, des voitures et des carrioles tirées par des malheureux dont on ne peut qu’admirer le courage ; on longe des centres commerciaux ; on apprend que Marlboro fait un produit à fumer rien que pour le marché indonésien ; on voit que Delhaize est venu se positionner ici, tout comme Carrefour et les hôtels Formule 1. Le monde est un village.

 

 Delhaize

CarrefourJakarta1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, on arrive, d’îlots en îlots, jusqu’au marché des antiquaires : une bonne centaine d’échoppes serrées les unes contre les autres, et dans lesquelles on vous offre tout et n’importe quoi. Du vrai et moche – des lustres bourgeois hérités de Hollandais retournés à la mère patrie ; du toc et kitch – des tenues de scaphandrier trop polies pour être honnêtes.

 

Quelques services d’argenterie, dépareillés ; des soupières copiées sur celles qu’on trouve dans le musée de Batavia ; des horloges murales dont on ne voudrait même pas pour la belle doche ; divers objets de marine, toujours pratiques dans un petit appartement, pour ramasser la poussière. La casquette de Corto – tiens, lui encore. Quelques publicités du bon vieux temps, vantant des bicyclettes au nom oublié ; des affiches de cinéma ; des amas de cartes postales ; des instruments de cuisine rouillés.

 

Des ratons laveurs.

 

On vous propose des statuettes prétendument océaniennes, des pistolets à amorce tellement mal façonnés que c’en est embarrassant, quand le vendeur vous jure qu’il s’agit d’un vrai. Vrai quoi ? Vrai faux ? Il est vrai – aussi – que devant votre air dubitatif, il finit par sourire et, avant que vous ayez même entamé les négociations, divise son premier prix demandé par quatre…

 

AntiquaireAu moins, les statuettes soit disant venues de Bornéo, ou de Papouasie, sont rigolotes : il s’agit de divinités en érection censées représenter des esprits de la fécondité, en toute logique. Vu la taille de l’érection, la fécondité doit être particulièrement puissante, chez ces esprits. Il faut dire que nous sommes dans une région où le sol est fertile, où la pluie tombe à temps et à heure, où tout pousse.

 

Et puis, pour en revenir aux statuettes de nos esprits représentant la fécondité, c’est facile pour les transporter : ils se démontent en deux pièces : je vous laisse imaginer lesquelles.

 

Oui, vous avez bien deviné.

 

Si vous en achetez un, ou deux, l’avantage est que, convenablement emballés, ils ne se briseront pas lors du transport vers la maison et feront un effet bœuf, sur le meuble du hall d’entrée, la prochaine fois que vous laisserez des témoins de Jéhovah entrer chez vous.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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