03/03/2008

Le naufrage de Batavia

Jak5Le reste de Batavia, quant à lui, rappelle davantage Pompéi, après la malheureuse éruption volcanique que l’on sait. Les rues sont, comme partout dans Jakarta, en partie goudronnées, en partie pas. Ce sont alors des chemins faits de trous et de bosses, de nids de vaches et de tas d’ordures.

 

Quant aux bâtiments, dès que l’on quitte la place centrale… c’est selon. C’est selon qu’une fine équipe commence à y travailler, et on comprends bien que, dans quelques années, l’endroit pourrait être beau, ou que rien n’est encore commencé, que rien n’annonce de prochains travaux et là, c’est le Berlin de 1946.

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C’est le Berlin de 1946, en plus moche et plus désespéré encore, car on pouvait compter sur le caractère industrieux des Européens d’Europe, après la guerre, quand on peut avoir des doutes sur celui des Indonésiens. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont flemmes, mais … disons le ainsi : les Indonésiens n’aiment pas les Chinois, ainsi qu’ils l’ont amplement démontré.

 

Jak3Une promenade dans Batavia, c’est donc relativement déprimant. Les façades se succèdent, parfois défendues par une clôture de grillage, derrière laquelle des piles de briques, une grosse machine à mortier, des sacs de sable, de plâtre ou de ciment, du matériel de construction sont protégés des voleurs. Cela devrait indiquer des travaux en cours, ou en préparation.

 

Le plus souvent, les murs noircis se fissurent, se lézardent, une racine Batav1apparaît et, si on regarde à travers des volets pourris, aux lattes manquantes, cachant tant bien que mal des fenêtres absentes, on aperçoit, au milieu d’une crasse indescriptible, des herbes qui poussent, des arbrisseaux qui grandissent avec le ciel pour seule limite, des tas de choses pourrissantes. On y voit aussi, parfois, une cahute faite de débris de bois, qu’un sans logis s’est construite au beau milieu de tout cela: Angkor en plein centre ville…

 

Une heure d’errance dans les quelques rues qui font Batavia – qui ont fait Batavia - suffisent amplement à se donner une image exacte de l’état de ruine de ce qui fut une capitale et, comme la journée avance, qu’on a beaucoup marché, que la pluie menace et qu’on a pas envie de repasser dans les sinistres avenues puantes de refoulements d’égouts et d’essence mal brûlée, on hèle un bemos pour rentrer à Jalan Jaksa. Ou bien, si on a l’esprit à l’aventure, on essaie de trouver le bus ou le taxi collectif qui pourrait bien aller à peu près dans la bonne direction.

 

Pour le taxi collectif, c’est simple : on donne au chauffeur le nom magique de Merkeda (il s’agit de la place de l’indépendance, à deux pas d’un Jalan Jaksa inconnu) et, dépendant du temps de réflexion que le conducteur se donne pour vous dire que oui, c’est justement presque son trajet, vous savez s’il vous ment un peu ou beaucoup.

 

Plus de trois secondes de réflexion ? Ne croyez pas un instant à la réponse, immanquablement positive, bien entendu, de votre interlocuteur. Jetez votre dévolu sur un autre taxi collectif, avec un autre numéro de route, et recommencez : Merkeda ?

 

Aujourd’hui, j’ai marché la journée entière et j’en ai plus qu’assez. Optons pour un bémos, c’est plus facile. Encore deux minutes à discuter le prix puis, avant que les premières gouttes ne tombent, je m’engouffre dans l’habitable et en voiture Simone.

 

Dès la première goutte de pluie, le trafic, déjà chargé, devient démentiel. jakIl ne faut pas cinq minutes pour que les rues se transforment en rivière dans lesquelles les passant pataugent jusqu’à mi mollet, voire jusqu’au genoux. Les voitures sont à l’arrêt et les conducteurs de moto se réfugient sur les trottoirs – immergés, eux aussi, mais sur lesquels l’eau fait rarement plus d’une cheville de profondeur. Les piétons sont donc rejetés sur la route dont ils bloquent une bande – celle où l’eau est la plus profonde - pendant que les conducteurs des voitures qui passent sur la deuxième bande se font un malin plaisir de les arroser jusqu’aux épaules.

 

Dans mon bémos, je suis un peu protégé, mais si peu… Quant au conducteur, il est boueux à l’arrivée. Ma foi, il a bien gagné ses deux dollars.

 

Il faudra près de trois quarts d’heure pour arriver à Bloemsteen où nous nous quittons. Paiement contre d’abondants remerciements que je lui retourne. Puis hop là, trempé, dans le guesthouse. Je laisse d’abord dégouliner le plus gros avant de me rendre dans ma chambre où je me déshabille, littéralement à la porte, avant de rentrer en slip, afin de ne pas faire de mon petit chez moi une piscine… Je pose mes vêtements trempés dans la poubelle, pique un sarong, prend mon savon, mon shampoing et file sous la  douche.

 

Une fois l’affaire faite, je peux enfin rentrer dans la chambre sans crainte de la saloper, je termine de m’y sécher, et m’étale sur le lit, le ventilateur à pleine puissance, en attendant non pas la fin de la cataracte, mais en attendant que les bouches d’égout aient absorbé la pluie.

 

A mon expérience, cela devrait prendre encore une petite demi-heure, plus autant de temps pour que la rue sèche à peu près.

 

Après cela, il sera temps de s’habiller et d’aller dîner.

 

La nuit est tombée ; après cette pluie torrentielle, il suffirait d’un rien pour que la chaleur poisseuse laisse place à une agréable tièdeur.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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