02/03/2008

Batavia et Le Batavia

Une fois les changeurs laissés derrière vous, il ne faut plus bien longtemps Batav1avant d’arriver à Batavia. Cent ou deux cents mètres, à tout casser, d’une rue cahotante aux trottoirs inexistants. Enfin, l’avenue sinue, prend sur la gauche alors que vous prenez, tout droit, une rue barrée, que l’on commencer à repaver. Sur les côtés de la rue, les maisons sont à un étage, les façades ont été chaulées il y a longtemps. Au travers des fenêtre béantes aux volets manquants, vous pouvez noter les toits effondrés et voir des arbres pousser dans les salons.

 

Batavia, le quartier des ministères et du pouvoir central, des maisons de commerce et de la guilde hollandaise, la noble ville blanche, laissée pour compte de la fin de la guerre jusqu’il n’y a guères.

 

Batav3Quand on arrive sur la place centrale, et que le regard se porte autour de soi, le spectacle est, il faut le dire, effarant. Certes, le bâtiment central a, enfin, reçu un nouveau toit ; son intérieur a été restauré ; les escaliers qui s’étaient effondrés sont à nouveau utilisables ; les parquets, bouffés de termites, ont été remplacés. Il a fallu, de plus, renouveler les fenêtres, dont l’encadrement terminait de pourrir et qui n’avaient plus un carreau intact. Les chauves souris ont été chassées, ainsi que les pigeons et divers animaux qui n’avaient rien à faire dans la ruine.

 

Enfin, la place est en train d’être repavée.

 

Tout cela, grâce à l’aide du gouvernement des Pays Bas, comme c’est indiqué, en tout petit, sur l’affichette qui glorifie la municipalité pour son brillant travail de réfection.

 

De cet ancien siège du Gouvernement – enfin, du gouvernement de la Compagnie Hollandaise des Indes et de l’Est – on a fait un musée à la gloire de l’Indonésie, de ses présidents successifs et, au passage, un musée concernant Batavia

 

Voilà pour ce qui a été fait, à Batavia, par les officiels.

 

Heureusement, les privés sont maintenant, très récemment, entrés dans la danse. Au coin en face du musée, transpirant l’opulence, il y a l’établissement chic de Jakarta : un bar restaurant d’un luxe qui serait discret partout dans le monde mais qui, ici, au milieu de la misère qui l’entoure, fait tapageur.

Batav2

 

L’endroit s’appelle – oh, surprise - Batavia et il s’agit probablement du seul restaurant offrant de la cuisine hollandaise en dehors des Pays Bas. La façade est parfaitement restaurée, et l’intérieur a été remis en état avec un goût admirable. Le mur auquel s’appuie le Grand Escalier est recouvert de photos dédicacées par tout ce que le show business international et la politique mondiale comptent de grand, depuis les années quarante.

 

On y déjeune excessivement bien, pour très cher. L’intelligence du service y est admirable, la présentation de la table rendrait jaloux les trois toques de France, la décoration de la salle fait baver, la carte des vins y est digne des plus grands restaurants occidentaux. Le menu a l’intelligence de ne pas trop insister sur l’aspect cuisine hollandaise, et offre de remarquables plats indonésiens, tout particulièrement les fameuses tables de riz, dont on s’empiffre tant elles sont délicieuses.

 

La table de riz est un plat inventé, fait exclusivement pour le touriste étranger, et qui n’a jamais existé dans la tradition indonésienne. Mais l’invention est brillante, il n’y a pas à dire…

 

Le Batavia est aussi le seul endroit de Jakarta où le personnel s’occupant de la climatisation de la salle a parfaitement compris que le rafraîchissement de l’air ne doit pas nécessairement conduire à la surgélation des clients.

 

Le seul problème est qu’un bon petit Mâcon blanc à température, bu à loisir au cours d’un repas mémorable dans une salle splendide et agréablement fraîche, devient traître au possible quand vous sortez du Batavia et recevez le coup de massue de la chaleur humide. Sur le champ, vos deux ou trois verres de Mâcon semblent se transformer en deux litres de ouisequi faits dans votre baignoire, et vous chancelez jusqu’au prochain bemos, afin de rentrer dormir à l’hôtel.

 

Et je ne parle pas des suicidaires qui ont pris un vin rouge.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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