01/03/2008

Les changeurs de Jakarta

Quittons Glodok et ses temples de la consommation. Peu après avoir repris l’immense avenue, maintenant un peu plus étroite, nous arrivons sur une place en pleins travaux, sur laquelle, entre les trous et les bosses, sont stationnés des dizaines de changeurs.

 

Le métier de changeur a un aspect bien particulier en Indonésie, qui n’implique aucunement le change d’une monnaie étrangère contre une autre, tel que nous l’imaginons.

 

Il faut savoir que le dollar s’échangeant à plus de neuf mille roupies indonésiennes, le billet de banque le plus courant, ici, est celui de dix mille roupies. Quant aux distributeurs bancaires, ils ne donnent que des billets de cinquante mille et de cent mille roupies. C’est fastoche, ensuite, d’aller casser son billet, dans une cantine de rue, ou le repas revient à cinq ou six milles roupies.

 

Or donc, on a toujours besoin de petite monnaie.

 

C’est là que les changeurs interviennent.

 

Sous le soleil tapant, ou sous une pluie battante, dans le vent qui transporte toute la poussière de Jakarta, au milieu d’un trafic parfois effrayant, ils sont là, debout, à agiter d’épaisses liasses de billets de cent, de cinq cents, de mille roupies. Le total des liasses soigneusement reconstituées atteint invariablement cent mille roupies, moins une somme qui varie de un à deux mille, dépendant de l’épaisseur de la liasse et, donc, du travail nécessaire à rassembler ces billets, et qui correspondent à la commission des changeurs. On vous prend deux mille roupies, pour les liasses de billets de cent ; mille cinq cents, ou mille roupies pour les plus grosses dénominations.

 

Toute peine mérite salaire et tout le monde le comprend bien ainsi.

 

Malgré leur nombre, le métier est bon : il serait exagéré de dire qu’on se Changepresse autour d’eux, mais on peut remarquer qu’à tout moment, un véhicule s’arrête à hauteur de l’un ou de l’autre, que des billets sont échangés en un instant, qu’un nouveau client s’arrête là où son prédécesseur vient de se servir. Les changeurs ne savent où donner de la tête, s’arrêtent parfois le temps de se désaltérer ou de se fumer une cigarette, histoire de rajouter un peu de nicotine à l’inhalation de matières diverses dont ils bénéficient la journée durant.

 

Puis, ils vous sourient et retournent à l’ouvrage, pendant que vous allez, à votre tour, plus loin.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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