29/02/2008

Glodok, toujours

Hors les petites rues commerçantes et quelques temples, Glodok, c’est, je l’ai déjà dit, un certain nombre de centres d’achats, de mall, dirait-on, à cela près qu’il s’agit de petites échoppes empilées les unes sur les autres et vendant toutes la même chose.

 

Vous prenez telle rue qui longe le Glodok Mall ? Une centaine de magasins vous offrent, côte à côte, des systèmes de climatisation pour la maison, ainsi que des réfrigérateurs. Une autre rue croise la première, dans laquelle vous vous étiez engagé, et il n’y a rien d’autre, à perte de vue, que des vendeurs de pièces détachées pour vélos et mobylettes. Une autre rue encore, et c’est, de la nourriture, des bonbons, des bonbons et de la nourriture. Attention, quand j’écris nourriture, c’est du sec, du en boite, du à ne pas confondre avec le marché, sur lequel vous trouverez tout ce qui se mange en termes de produit frais.

 

Jak8

Vous allez maintenant dans Glodok Emporium ? Vous trouvez, sur sept ou huit étages, des vêtements, des vêtements et des vêtements encore, pour tous les mauvais goûts et tous les ages avec, pour diversifier un peu, une douzaine d’échoppes de massages chinois – les plus féroces – un demi étage de restaurants – les Chinois passent leurs temps à manger – et quelques officines de diseurs de bonne aventure.

 

Le Chinois est un être extraordinairement superstitieux, toujours à la recherche d’un coup de chance provoqué par des moyens artificiels et ce serait bien étonnant qu’il n’y ait pas quelque mages à la mords moi les fesses qui n’en profiterait pas.

 

Dans l’un des deux autres shopping center, celui qui a été aimablement offerts, manière, donc, de faire un geste de bonne volonté, par le gouvernement, après les dernières émeutes, c’est tout ce qui est électronique, incluant les appareils de climatisation et les réfrigérateurs, ainsi que tout ce qui est sonore et même bruyant, de marque ou de marque, avec, qui plus est, une quantité effarante de faux, de toc et de copie.

 

 Glodok est, en effet, plus que certainement, le centre mondial de la copie de CD, de DVD, de tout ce qui devrait faire la fortune des Majors, comme on les appelle, et donc Glodok consomme la ruine. Sur une surface d’un bon millier de mètres carrés, des centaines de petites mains besogneuses emballent soigneusement, dans un plastique marqué de la manière la plus simple par la reproduction d’une photo, les derniers blockbusters de Hollywood, qui sortent à peine depuis une semaine en salle, aux Etats-Unis. Je n’ai jamais pu savoir d’où arrivaient les boudins de CD que l’on emballe ici. Pas de loin, en tout cas, puisqu’ils arrivent à tout moment, par porteurs sur mobylette.

 

Pour trois dollars, vous pouvez vous payer l’intégrale de Harry Potter. Pour dix dollars, ce sera tout Woody Allen. Et pourtant, il en a fait, des films, ce bon vieux Woody Allen. Quarante, très précisément, avec Match Point…

 

Dix dollars, donc, sans discuter.

 

Tout est à l’avenant : les séries chinoises, les Jackie Chan, les Desperate Housewives, Friends, ceci, cela, tout Genesis, et tout Eagle, Mika et Briney Spears, même Paris Hilton, tout vous est jeté à la figure pour trois fois rien, par quelques vendeurs qui s’échinent à faire baisser les piles toujours plus hautes, que de petits emballeurs et de petites emballeuses – ils ont douze ou treize ans, à tout casser – s’échinent la journée durant à faire monter.

 

Et puis, quand les piles sont assez hautes, on remplit des cartons, qui repartent sur des motocyclettes, et qui seront redistribués à travers Jakarta, et plus loin, jusqu’à Bandoeng, Aceh, Surabaya, Jogjakarta et Bali.

 

Mais on n’a pas de droit de prendre de photos ; sinon, un grand solide gaillard s’empare de votre appareil, le vide des prises litigieuses et vous raccompagne, courtois mais ferme – la première fois, du moins – jusqu’à l’une des sorties de l’usine des faussaires. C’est arrivé à un Anglais, indigné, que j’ai rencontré un jour au Bloemsteen. Il planifiait de retourner, avec sa copine, prendre des photos – puisque c’était leur droit - et je les en ai vivement dissuadés. J’espère qu’ils ne se sont pas fourrés dans un gros pétrin après mon départ.

 

Et s’ils l’ont fait, ma foi, tant pis pour eux. Ils étaient prévenus.

 

Si vous n’avez pas l’air plus chaud que ça, pour acheter une série de films récents, on vous trouve des films anciens, ou, bien entendu, ce qui marche toujours bien : les pornos. On appelle cela, ici, les jigidjig movies. Jigidjig, en Indonésie, c’est notre hop hop à nous, ou le boum boum de Thailande ou du Cambodge.

 

En discutant, si vous avez envie d’acheter des quantités astronomiques de films ou de disques, enfin, dix ou vingt, vous pouvez encore baisser le prix, de un dollar la pièce à… moins. Je suppose que, si j’insistais un peu, j’aurais mon intégrale de Woody Allen pour huit dollars… Ce n’est pas flatteur pour lui.

 

Bon, bien entendu, si j’insistait aussi, j’aurais l’intégrale de je ne sais quelle actrice du porno pour pas beaucoup plus.

 

Oui, finalement, ce n’est pas flatteur pour Woody Allen.

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28/02/2008

Glodok, ses pogroms, son toc et ses copies

Première étape, pour qui en veut : Glodok, le ghetto chinois de Jakarta. Glodok est un centre commercial incontournable de la ville, et parfaitement moche, comme la ville. Glodok a, pour excuse, d’avoir reçu pas mal de gnons de la part de la population indonésienne, chaque fois que ladite population crevait trop de misère.

 

Quand le régime mafieux de Soekharno ou de Soeharto devait augmenter encore le prix de l’un ou l’autre produit basique, afin de se remplir les poches, on envoyait la population se défouler un coup contre les chinois. En Russie, en Ukraine ou en Biélorussie, on aurait appelé cela les pogromes, et ce seraient les juifs qui auraient payé.

 

De fait, nombreux sont ceux qui comparent chinois et juifs : les deux peuples sont travailleurs, industrieux, durs à la peine, veulent s’enrichir et… semblent ne pas être toujours capables de communiquer avec les peuples dans lesquels ils sont immergés.

 

Les deux, aussi, semblent éprouver une adoration pour l’or et les pierres précieuses, adoration qui va jusqu’au vulgaire, quand on voit la taille des bijoux dont les (vieilles) épouses de l’une et l’autre tribu se couvrent. Il y avait ainsi, dans le temps, en France, une journaliste du nom de Anne Sinclair, fort jolie à l’origine mais qui, avec les années, s’était empâtée de quelques kilos superflus et se couvrait d’or et de joyaux avec une telle profusion, avec un tel enthousiasme, que ça tournait au ridicule.

 

Glodok, donc…

 

Glodok, c’est un mélange de maisons dont on peut remarquer qu’elles ont grillé, ou qu’elles ont reçu des coups, et d’énormes centres d’achats. Le tout dernier en date, entièrement dédié à l’électronique et produits assimilés, a été bâti y a moins de cinq ans, en manière d’excuse du dernier gouvernement, qui avait laissé courir, sinon provoqué, une émeute antichinoise à travers le pays entier, au cours de laquelle des dizaines de chinois avaient été tués, des centaines de maisons brûlées, et milliers de magasins pillés et détruits.

 

Et encore, les chinois avaient été priés de faire leur autocritique, avant que le gouvernement, dans un geste généreux, de ceux qui vous mettent la larme à l’œil, consente à faire un petit quelque chose pour remonter le moral des chinois.

 

Pour continuer dans ma comparaison avec les juifs, on se souviendra que les Allemands avaient, après la nuit de cristal, condamné les autorités israélites à un bon gros milliard de Reichsmark, pour tapage nocturne et désordre sur la voie publique.

 

A dire en faveur des autorités indonésiennes, cependant, elles n’ont pas à l’idée de génocider les Chinois. Ces derniers sont bien trop utiles pour faire tourner l’économie indonésienne, et pour distraire le pauvre quand le gouvernement fait une boulette. Et je crois sincèrement que les Chinois n’ont en effet pas à craindre une Endlösung, une solution finale  à la teutonne.

 

Une bonne petite émeute de derrière les fagots, à l’occasion, par contre…

 

D’émeutes en émeutes, le quartier a perdu une bonne partie de son âme. Les autorités ont interdit, de la manière la plus officielle qui soit, les caractères de bienvenue, écrits en caractères chinois, bien évidemment, qui ornaient les façades des maisons privées et des échoppes. Pour jakchin1l’instant, il y a une tolérance et les commerçants réinstallent de petites plaques en bois, sur lesquelles sont gravées ces caractères.

 

Des petites plaques en bois, c’est facile à retirer, pour le jour où le gouvernement interdira à nouveau la sinisation du quartier.

 

Et puis, pour refaire de l’endroit un marché pimpant, dans les rues remises en état depuis les dernières émeutes, on a installé des lampions. Ca coûte pas derche, et c’est joli. Ca donne un air de fête ; c’est comme si nous n’étions pas à Jakarta.

 

jakchin2jakchin3Aussi, pour oublier Jakarta, il y a les temples. Ils ne sont guères nombreux ici, puisque la ville est terre d’islam et que les imams n’acceptent que difficilement la présence d’un lieu de culte qui ne serait pas musulman. Mais, en pleine Chinatown, il y a quand même un grand temple, toujours bourré de fidèles qui viennent se rappeler au bon souvenir des dieux, en leur offrant de l’encens et de faux billets de banque.

 

Quant à ce dernier point, si ça marche, il faut imaginer que dieux sont probablement un peu stupides.

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27/02/2008

Jakarta la moche

Il y a plusieurs lignes de ferry, qui vont d’ici à là. Celle sur laquelle on m’envoie est la Pelni Line. C’est, aujourd’hui, la plus sécurisante : les navires ont moins de vingt ans, la rouille ne traverse pas la coque de part en part ; jamais un Pelni, comme on les appelle, n’a coulé au passage d’une vague un peu difficile. Va donc pour un Pelni, et pour une attente de deux jours.

 

La sécurité maritime y sera.

 

Pour les cancrelats, par contre, l’expérience me le dit, qu’on le veuille ou non, c’est la colonie, et il faudra que je fasse avec.

 

Le bateau ne partira que dans deux jours.  Cela me laisse le temps d’aller faire le tour de Jakarta.

 

Jak2Je l’ai déjà dit, Jakarta n’a pas d’âme. C’est une masse de béton qui n’a rien à dire, quand Bangkok, tout aussi bétonnée, est une ville attachante, que j’ai plaisir à voir et revoir ; dans laquelle j’éprouve un réel bonheur à me promener.

 

Les temples dans chaque quartier, peut-être.

 

Jakarta, donc. Puisqu’il fait beau, lourd et pollué, mais il ne pleut pas, je me décide à aller jusqu’à Batavia.

 

Jak3Quand les Hollandais sont arrivés, il leur a fallu créer des comptoirs. Le premier a été Batavia, sur la côte de Java. Petite bourgade en bordure de rivage, avec de majestueuses bâtisses blanches destinées à protéger une administration grandissante, et des maisons de commerce avec leurs magasins au port, elle s’est vite développée en capitale, jusqu’au moment où les Indonésiens ont pris leur sort en main.

 

Batavia avait alors été immédiatement abandonnée, petit village désert, assoupi et tombant en ruines au milieu de Jakarta, pendant que Jakarta croissait, croissait, et croissait encore, jusqu’à devenir une monstrueuse accumulation de béton, de fer rouillé et de gaz d’échappements.

 

JaK4Voici une dizaine d’années que les responsables de l’administration municipale ont été pris de la fièvre musaïque et se sont dit qu’on ne pouvait oublier et laisser se détruire une partie du patrimoine de la ville et du pays : il fallait restaurer le petit quartier de Batavia, le cœur historique de Jakarta. Les toits s’effondraient, les murs se fissuraient, les portes d’entrées en bois exotique – enfin, quand j’écris exotique, je devrais écrire indigène, ici -  avaient été arrachées de leur gongs, les fenêtres avaient toutes été brisées.

 
 
Bata

 

Autour d’une place centrale devenue la cour des miracles, habitée par quelques voleurs et par de nombreux rats, avec quelques vaches errantes qui venaient parfois visiter l’endroit, de majestueux bâtiments en étaient à la fin.

 

Dix ans plus tard, où en est-on ?

 

La promenade que vous faites, de Jalan Jaksa, le long des trottoirs éventrés d’une longue avenue qui vous conduit tout d’abord le long du park de l’Indépendance et de sa tour, de Glodok jusqu’au quartier de Kota et puis, enfin, à Batavia, vous permet de voir tout ce que Jakarta peut offrir au touriste : d’abord, un parc pelé, avec quelques animaux en semi-liberté (leur cage est grande) et des fleurs de béton. Oui, de béton. Bon, l’avantage, pour les balayeurs, qui ne sont pas des foudres de guerre, c’est que ça ne perd pas de feuilles ou de pétales.

 

Et puis, qu’est ce qui représente mieux le socialisme que le béton ?

 

Or, les dieux savent si l’Indonésie a eu droit à plus que sa part de socialisme, dont les reliquats continuent à empoisonner toute la vie politique et sociale du pays. Une corruption galopante, que l’on commence aujourd’hui a combattre, mine le pays ; des écarts de richesse à faire frémir, une pauvreté qui rappelle celle que l’on peut observer en Inde – avec, cependant, il faut le dire, une agressivité, de la part des mendiants, infiniment moins violente que celle à laquelle on est confrontée, à Bombay, Calcutta ou Delhi.

 

Des fleurs en béton, donc.

 

Une fois passées les fleurs en béton, les animaux en semi liberté et le parc de l’indépendance, on se trouve à marcher le long d’une avenue où, à chaque pas, un trou se présente dans le trottoir – et pas qu’un petit trou – et où aussi, à chaque pas, un moto taxi propose ses services. De toute évidence, à Jakarta, le piéton est une espèce inconnue.

 

Il faut dire que l’avenue le long de la quelle je marche est polluée au possible. Les voitures crachent une fumée qui fait tousser et qui rappelle de bons souvenirs est-allemands.

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26/02/2008

Le ferry vers la Papouasie

Foin de ces commentaires sans nul doute oiseux, concernant l’état sanitaire et animalier de la ville. Le coq ayant arrêté de hurler, je dors encore un peu, puis me lève, douche, tout ça… Il est temps d’aller prendre un petit déjeuner quelque part, mais pas au guesthouse. En effet, Bloemsteen ne s’occupe que du sommeil de ses clients ; pas de leur estomac.

 

Jalan Jaksa possède une demi douzaine de bars de nuit et de jour ; deux sont ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre. Ils sont crades, mais ont l’avantage d’être ouverts. Bon, il est certain que je n’irai pas faire le tour de leur cuisine, histoire de ne pas me couper l’appétit, et je n’y prends jamais qu’un petit déjeuner sans risque : thé et pain grillé.

 

Dès l’après déjeuner, les bistrots en question se voient emplis d’une troupe serrée de demoiselles qui vont du jeune et jolie au vieille et moche, toutes là pour embarquer le client. Ce ne sont pas des hôtels de passe, mais il y en a un en face. Un copain qui y est entré – par accident, jure-t-il, la première fois qu’il est arrivé à Jalan Jaksa, et qu’il ne savait pas – m’a assuré que l’hôtel en question était d’une saleté repoussante.

 

Donc, les demoiselles vous demandent dans quel hôtel vous logez, ou si vous habitez ici, s’installent à votre table, essaient de se faire offrir un verre ou deux, ou trois, vous expliquent que leur mari ne les comprend pas, ou leur fiancé – on m’a fait le coup une fois. C’est parfaitement ennuyeux, et ça doit marcher.

 

Avec les benêts, en tout cas.

 

Bref, passé une certaine heure, on peut encore aller prendre sa bière vespérale sur Jalan Jaksa, mais il faut être armé de méfiance et de hargne à l’égard de toute créature du beau sexe qui vous approchera.

 

Je dois ajouter, pour compléter l’image de Jalan Jaksa, que je fais bien noire me semble-t-il, qu’il y a un restaurant du genre bavarois, où les demoiselles du service sont habillées en uniforme et où les belles de nuit ne sont pas bienvenues. On y mange d’excellentes soupe du jour, roboratives au possible et que vous arrêtez de prendre dès la troisième cuillerée – ou alors, vous êtes Tyrolien et le mal du pays vous taraude. Quelques plats de la région, quand même, ainsi qu’un service impeccable et la toujours parfaitement fraîche bière du pays font que les pratiques s’y pressent.

 

Ca s’appelle le Ya-huda, ce restaurant - ce qui rappelle les cris de guerre de la SS, ou une forme un peu tordue de « juif », en yiddish - et ce serait un lieu de rendez-vous secret de tout ce que l’Indonésie compte de membres de la race élue, vu que les porteurs de passeport israéliens ne sont pas les bienvenus ici, ni ceux qui ont pollué leur beau passeport du visa du pays sus-indiqué.

 

Selon la rumeur, c’est le siège du Mossad à Jakarta.

 

Ceux qui disent cela n’y ont jamais mis les pieds – au Ya-huda, je veux dire.

 

Ou alors, le Mossad est particulièrement pince-sans-rire.

 

Mais je m’égare. On n’en est pas encore à devoir choisir les bars en fonction de qui les fréquente, à cette heure ci. En fonction de l’état de la cuisine, par contre… Enfin, bref. Il est à peine huit heures et je vais à l’office de voyage – une masure décrépite qui ferait honte à un bidonville européen – dans lequel j’ai un espoir de trouver un billet de bateau pour la Papouasie, puisque telle est ma destination.

 

Vouloir aller en Papouasie, pour les gens de Jakarta, c’est toujours un peu étrange. Personne n’y va, sinon forcé. Tout le monde essaie de s’en échapper. Dans l’idée de l’Indonésien moyen, du tourisme en Papouasie ou des vacances à Charleroi, c’est du pareil au même.

 

Partir en bateau, en Papouasie, c’est long : une semaine. Mais je me dis qu’après tout, je peux couper mon voyage : je peux m’arrêter aux Célèbes, puis aux Moluques… Hmmm, non, pas aux Moluques. Je peux m’arrêter aux Célèbes, puis faire le dernier trajet jusqu’en Papouasie. Après tout, cela fera une semaine de voyage seulement, et dans un grand navire qui sera peut-être intéressant, plus intéressant qu’un bugis.

 

Alors que j’étais gosse, je descendais, en bateau, de Marseille à Pointe Noire, avec mes parents et mon frère, et ce sont de bons souvenirs. Il est vrai que j’étais enfant, mais je crois bien me souvenir que les adultes s’amusaient bien et j’ai encore des souvenirs du passage de la ligne qui avait l’air, à chaque fois, particulièrement ludique.

 

Les enfants, au milieu de tout le tintamarre de la traversée de l’Equateur, des grands qui couraient d’un coin à l’autre du navire, poursuivis par d’autre grands qui leurs jetaient des seaux d’eau, se regardaient d’un air dégoûté : que les grands étaient bêtes.

 

Mon petit frère, par contre, l’avait trouvée saumâtre, la première fois qu’il avait vu notre mère poursuivie par un marin avec une fausse barbe et un seau d’eau, tous deux poussant des grands cris. Nous avions donc été rapatriés vers ce qu’on appellerait aujourd’hui, plus que probablement, l’espace enfants, ou un truc du genre, et qu’on appelait, en ces temps là, de manière nettement plus adaptée la nurserie.

 

Quand nous n’étions pas à la nurserie, donc, nous nous promenions dans tous les coins autorisés du navire. Nous jouions à cache-cache, nous poursuivions l’un l’autre, avions même été invités à tenir le gouvernail (une énorme roue, aussi grande que nous, en fait) et c’était gai.

 

C’est dit, je prends donc mon billet.

 

La question qui se pose alors est : quelle classe ?

 

L’expérience déjà faite, à d’autres occasions en Indonésie, me fait immédiatement refuser la première classe, et la classe des prolétaires.

 

En première classe, il y a des cabines. Une cabine, c’est deux couchettes étroites, mais raisonnablement confortables, avec draps et couvertures. Ca coûte la peau du dos.

 

Si j’en loue une – de couchette – trois possibilités s’offrent à moi : soit il n’y a personne pour occuper la deuxième couchette ; soit, soyons fous, une créature de rêve à la croupe provocante, à la poitrine rebondie et à l’humeur badine partage la cabine ; soit s’installe à mes côtés un petit gros qui ronfle la nuit et regarde la télé, fort, tout le jour durant.

 

Et la nuit, quand il ne ronfle pas.

 

L’expérience tend à prouver que c’est usuellement la troisième hypothèse qui est la bonne.

 

Donc, non, pas de première classe.

 

De toute manière, même si le miracle avait lieu – je veux dire, si j’étais seul dans la cabine ; pour la deuxième possibilité, ne rêvons pas trop - il y a autant de cancrelats en première que partout ailleurs sur le bateau, et la nourriture y est exactement aussi mauvaise.

 

batoclassetouristeBatoclassetouriste2La classe des prolétaires, maintenant : on se retrouve dans des dortoirs faits de lits superposés, dortoirs de trois cents personnes, fort sympathiques, au demeurant, mais qui fument rotent et pètent, prennent des tours pour ne pas dormir et vous tenir éveillé, écoutent la radio à fond les manettes, mangent à tout moment des trucs dont la puanteur vous tient sur le qui-vive, et renversent leur boisson glacée sur vous, à l’instant où vous vous êtes effondré d’épuisement sur votre fin matelas recouvert d’une matière plastique à la propreté douteuse.

 

J’écris matelas, mais je ferais mieux d’écrire grabat ; le terme serait plus adéquat.

 

De plus, vous ne pouvez pas laisser vos affaires seules, vu qu’elles ont tendance à se découvrir des petites jambes et à quitter votre placard, partagé à plusieurs, une fois que vous allez baguenauder.

 

Les voyageurs de troisième classe sont pauvres.

Indoboat

 

Il reste donc le moyen terme : la classe business.

 

bato1Il s’agit d’un dortoir, une fois encore, mais où les lits ne sont pas superposés et où l’on se retrouve à, tout au plus, cent cinquante passagers à la fois. Les lits sont étroits, mais on y a un matelas presque confortable, recouvert d’un drap récemment lavé, le plus souvent élimé.

 

Et puis, il y a des taches d’on ne sait quoi qui ne partent pas, sur les draps gris qui ont passé leur age.

 

La loi y est raisonnablement respectée, et personne ne fume dans la salle.

 

Un nombre considérable de personnes y parle anglais, et se fait un plaisir d’essayer de communiquer avec l’étranger – moi – qui partage le dortoir. On fait donc la causette, le jour durant, avec de souriants interlocuteurs qui souhaitent savoir d’où vous venez, ce que vous faites, comment vous vous appelez, ce que vous pensez de la ville que nous venons de quitter – ils en sont originaires – ou de celle vers laquelle nous nous dirigeons – ils y habitent. Ils tiennent à tout savoir sur vous et, en contrepartie, partagent toute leur vie avec vous.

 

Les enfants et les épouses souriants et, bien naturellement, ne parlant que l’indonésien, vous sont présentés, vous serrent longuement la main, pour les épouses, fondent en larmes, pour les plus petits enfants, ou vous sautent dans les bras.

 

Ils deviennent, les jours qui suivent, vos compagnons de jeu.

 

Les plus grands sont priés par papa de faire étalage de leurs connaissances linguistiques fraîchement acquises à l’école. Les jeunes filles, rougissantes, et les jeunes garçons, rigolards, se fendent d’un « what is your name ? » qui entraîne le rire des petites sœurs, une imitation bouffonne des petits frères, les plus vifs applaudissements du papa ému et de maman qui ne comprends pas mais qui trouve ça bien beau.

 

Vous répondez que vous vous appelez comme ceci, ou comme cela, puis lui demandez son nom. L’enfant vous répond, puis vous demande comment vous allez. Vous lui dites que tout va bien merci, et la causerie impromptue s’arrête là, au milieu de la satisfaction générale.

 

Quand une famille vous lâche, c’est la suivante, dont un membre rôdait depuis quelques temps dans les parages, qui s’y met.

 

Deux télés, branchées sur la même chaîne, montrent, alors que je rentre dans la salle, un match de fouteballe entre des équipes exotiques particulièrement adorées des Indonésiens : Manchester et Glasgow.

 

Les repas rappellent Dickens plutôt que Vatel. C’est du riz, avec un œuf dur – ou sur le plat, mais plus souvent dur – et deux ou trois morceaux de poulet, ou de poisson au curry.

 

Les animaux en question se distinguent par un nombre d’arrêtes phénoménal – pour les poissons, comme on aura pu le deviner – ou par une quantité d’os dépassant largement celle de la chair, pour les poulets.

 

C’est, pour le dire de manière lapidaire, pas terrible.

 

Oui, on a le culot d’appeler cela une classe business. C’est celle que je prends, mais en me limitant, pour l’achat, à un trajet jusqu’à Malakka, la capitale des Célèbes. Le ticket me coûte le prix d’un billet d’avion. L’avion n’est, en effet, pas bien cher, en Indonésie, et si je le prenais, cela me permettrait, lui, d’arriver à Jayapura en quatre ou cinq heures de vol, mais je ne mériterais pas mon arrivée.

 

Pour aller en Papouasie, ce doit nécessairement être l’aventure – un peu difficile, tant qu’à faire.

 

Oui, il y a un peu de masochisme, dans ma petite tête.

 

C’est, en réalité, dans le cadre de la route vers la Papouasie, la faute d’Alix.

 

 

Alix était ma petite amie, quand j’avais dix huit ans – ou bien, j’étais son petit ami ; au choix. Elle m’avait offert, à je ne sais quelle occasion, des bandes dessinées de Corto Maltese. C’était un héros dans peur et sans reproche, dont on ne voyait que le profil – Hugo Pratt ayant pris ses cours de dessin chez les Egyptiens, je suppose - sévissant dans des récits qui avaient lieu quelque part aux débuts du vingtième siècle. C’était un voyageur éternel qui allait de l’archipel Bismarck à la Terre de Feu, de Venise à Vladivostok, du Chili aux îles Tokelau.

 

Et en Papouasie.

 

Il naviguait – il avait la casquette pour – à bord de vapeurs ou de coquilles de noix, dans des conditions difficiles, pour arriver dans des ports perdus, s’installer dans des hôtels sordides, manger dans des gargotes innommables, et tenir de longues conversations, au caractère philosophique indéniable, avec des aborigènes qui avaient des lettres ; qui vivaient nus ; qui étaient cannibales et nobles, comme le sont tous les sauvages et qui, invariablement, mouraient à la fin du récit.

 

C’étaient, à la réflexion, de très médiocres récits, servis par une mauvaise plume au dessin maladroit, mais ils dégageaient une certaine magie géographique et ils m’ont influencé dans ma manière d’appréhender mes promenades.

 

Il me faut donc faire aussi bien que Corto, et souffrir mille difficultés avant d’arriver à mon but, lequel peut et doit – doit, dans le cadre océanien – avoir des charmes cachés.

 

Parce que les charmes sensibles au premier regard… y’en a pas derche.

 

Alix, Corto, vous m’avez empoisonné mes voyages.

 

Il y a, cependant, un côté positif à cet empoisonnement dû à Corto – enfin, à Hugo Pratt, que Dieu ait son âme - et à Alix. J’ai découvert l’Océanie la plus vraie et si, aujourd’hui, je ne souhaite plus y retourner, c’est à la suite d’une expérience intime avec son petit peuple et avec son espace géographique.

 

Nous y reviendrons.

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25/02/2008

Jakarta, son bruit, ses rats

Jakarta et l’odeur, les odeurs, ça mérite une page au moins. Jakarta aurait subi ce que toutes les villes coloniales ont eu à subir, le rangement colonial, les choses iraient plutôt bien Mais voilà ; Jakarta a subi les Hollandais. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

 

Qu’ont fait les Belges, ou les Anglais, voire même les Français, quand ils colonisaient un pays ? Ils voyaient ce qui pouvait changer, ce qui pouvait être adapté, ce qu’il fallait oublier. Les Hollandais, quant à eux, semblent avoir décidé que ce qui était bon pour Utrecht ou Amsterdam était nécessairement bon pour Java.

 

C’est ainsi que, par exemple, puisque les canaux de Hollande faisaient un merveilleux boulot pour le nettoyage de la ville, yaka fokon, il suffisait d’en creuser à Jakarta – enfin, Batavia, comme on l’appelait à l’époque - pour que la ville respire la propreté et l’encaustique, le fromage de Gouda et le lait frais.

 

Lourde erreur.

 

Lourde, lourde, lourde erreur.

 

Avec le sens de l’économie qui les caractérise, nos amis Hollandais avaient, à Batavia, monté leur système de canalisations sans jamais y prévoir un système de circulation des eaux. Or, si l’expression eau croupie n’a peut-être pas de sens en mer du nord, il en a un en mer de Java. Il y a des moments où tout bouge, mais ce n’est pas tous les jours ; ce n’est même pas tous les mois. Et, puisque nous sommes dans un groupe d’îles, les courants sont faibles.

 

Comme, par ailleurs, il avait été expliqué aux indigènes que les canaux allaient être la panacée au problème de toute ville : celui des ordures, les indigènes en question avaient fait confiance au chef. Le chef leur avait dit qu’il allait suffire de tout jeter dans les canaux pour que tout parte. Sinon, je suppose que les Javanais n’auraient pas été trimer à l’ouvrage, même sous la menace du fouet. On leur avait promis, comme beau résultat de leur effort, que tout partirait, tout devait donc partir.

 

« Tout », cela signifiait, dans l’idée locale, tout. De la chèvre morte à la vache décédée, en passant par les ordures ménagères, les gravats de construction, et le reste. « Tout », dans l’idée du Hollandais colonial, cela devait signifier des ordures ménagères réduites à leur plus simple expression – car le Hollandais est économe même de ses ordures.

 

Or donc, les habitants de Batavia commencèrent à jeter tout dans les canaux récemment creusés, à la sueur du front desdits indigènes creuseurs et des indigènes fouetteurs – hé oui, les kollabos sont partout. Tout fut donc jeté dans les canaux.

 

Deux mois plus tard, Batavia avait la réputation – qu’elle ne perdrait pas de trois siècles – d’être la ville la plus dangereuse au monde sur le plan sanitaire.

 

Arriver à Batavia signifiait se choper, dans les heures qui suivaient, la peste, le choléra, et diverses maladies encore inconnues, mais de toute évidence mortelles. On devait avoir tué père et mère pour qu’un saligaud de chef de service de la compagnie de l’Asie de l’Est, vous envoie là bas. Etre envoyé à Java, c’était être condamné.

 

Bon, ne noircissons pas le tableau : quelques Hollandais survivaient, mais ils admettaient bien justement, quand il rentraient, les pieds en plomb, dans la mère patrie, qu’ils avaient eu de la chance : ils avaient été mutés à Jogjakarta ou à Probolingo, enfin bref, à un endroit où il n’y avait pas de canaux fétides et délétères, et moins de rats, où l’autorité n’avait pas trop l’œil sur vous, rapport au taux de mortalité de Jakarta, et où on pouvait organiser les choses à sa manière. C’est ainsi que Probolingo, Bandung ou Jogja’ n’ont jamais eu de canaux, et jamais subi les vapeurs méphitiques de la modernité coloniale.

 

En 1945, c’est l’Indépendance. L’Indonésie est l’un des pays émergents les plus riches du monde. Pétrole, teck, matières premières, personnel formé à toutes les activités de l’industrie et du commerce, Chinois. On pourrait utiliser le fleuve d’argent qui rentre dans le pays à remettre Jakarta en état. Bernique ; cet argent est beaucoup mieux dans les poches des dirigeants. Le Mobutisme, dont on parle tant en Europe, n’est rien d’autre qu’une pâle imitation de ce que le régime indonésien a été capable de faire.

 

Aujourd’hui encore, Jakarta est probablement la ville d’Océanie, voire d’Asie et d’Océanie, la plus peuplée de rats. Pire encore que Calcutta, si c’est possible. Quand on se promène le soir, en quittant Jalan Jaksa, à chaque instant, on a l’œil sollicité par le passage des rats, à gauche, à droite, devant, derrière.

 

C’est aussi alors que l’on remarque que les chats ne valent pas grand-chose, dans la chasse aux rats.

 

Comme le disait un jour Juliette, un chat, c’est bête.

 

Bon, c’est vrai, Juliette adore les chiens et déteste les chats mais, ici, on peut dire qu’elle marque un point.

 

Ayant vu la manière dont le fox terrier est ardent à la tâche, quand il a une proie à l’œil, je n’ai aucune difficulté à croire qu’un chien ratier ferait un autrement meilleur boulot qu’un chat.

 

Un chat, quand il rencontre un rat par inadvertance – j’ai vu la scène des dizaines de fois dans les rues de Jakarta – un chat, donc, a l’air encore plus surpris que le rat. Il irait bien jusqu’à le renifler un coup, pour se faire une idée, mais bien entendu, le rat ne laisse pas faire et rebrousse chemin, avant que le chat ait l’idée de l’embêter, ou siffle de manière menaçante, ce qui fait que le chat se sauve pour aller chez les copains, ou sur les genoux de sa maman.

 

Ah, quand il s’agit de s’attaquer à un cancrelat, ou à une mouche, là le chat est à son affaire – c’est petit, et il est gros. Mais un rat… Le rat, donc, quand il rencontre un chat, gueule un coup – enfin, siffle, plutôt, d’un air menaçant - et le chat se sauve.

 

Le rat en profite pour terminer son truc – chercher de la bouffe, usuellement – et rentre, tranquille comme Baptiste, dans le terrier qu’il s’est fabriqué en pleine ville et qu’on ne touche pas.

 

Hm, quand même… J’ai noté, cette fois-ci, dans les rues avoisinantes, une entreprise de jolification qui fait espérer la mort de quelques rats – ou, du moins, leur départ pour ailleurs, vu qu’ils ne sont plus les bienvenus.

 

Y aura-t-il un effet à cette intention ? J’ai en tout cas noté qu’un nid de rats que je connaissais bien – le nid – a disparu ce soir.

 

Le risque, c’est que les bestiaux se dispersent dans le quartier – ce qu’ils font certainement. L’avantage, c’est que si le voisin de l’hôtel oublie son coq dehors ce soir… il ne me réveillera pas demain matin.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/02/2008

Cocorico du matin... chagrin

Chez Bloemsteen, comme d’hab. Depuis mon dernier passage, la façade a bénéficié d’un coup de peinture qui fait plaisir à voir, et on a recarrelé l’entrée. L’endroit, qui était un peu glauque – enfin, je dis glauque, mais ce n’était rien face à ses concurrents -  fait aujourd’hui franchement pimpant.

 

Vu l’heure, pas de problème pour trouver une chambre.

 

Et puis, c’est la morte saison, en ce mois d’octobre.

 

En fait, depuis une dizaine d’années, en Indonésie, c’est la morte saison.

 

Hm, corrigeons ce propos : touristiquement parlant, ça a toujours été la morte saison, en Indonésie, sinon à Bali. Et puis, un beau matin, comme ça déplaisait à nos amis musulmans, que le commerce marche à Bali, il y a eu un grand boum, suivi du décès d’une petite centaine d’Australiens, suivi d’un deuxième grand boum, avec quelques décès d’Australiens supplémentaires. Depuis…

 

Depuis, il n’y a toujours pas de promeneurs –et encore moins de touristes – à Jakarta, pendant qu’il n’y en a guère à Bali. A Denpasar, on espère, chaque année, que le business redémarrera. Et, effectivement, il y a chaque année un peu plus d’Australiens, de Néo Zélandais, de Français ou d’Américains que l’année d’avant. Mais on est encore loin du  compte, et du tourisme balinais du bon vieux temps.

 

Bref, les affaires sont calmes, sur Jalan Jaksa, et j’ai de la place à mon guesthouse habituel.

 

Douche, longue douche, et puis je m’écrase dans mon lit, avec l’idée de me reposer quelques instants.

 

Je me réveille au chant du coq. La chambre qu’on m’a donnée tombe tout droit sur un poulailler et, ma fois, quand l’aube pointe… cela doit vouloir dire que j’ai dormi pas loin de dix huit heures. Je devais en avoir besoin : je n’ai même pas entendu les hurlements du muezzin, qui a du sévir quelques minutes avant le coq. Et pourtant, un muezzin, ça gueule.

 

Le coq chante donc encore une bonne douzaine de fois, avant que son propriétaire, qui avait sans doute, par distraction, laissé la bête dehors hier soir, intervienne. Quelques caquètements indignés, puis paniqués, un bruit de course et de plumes ébouriffées, ainsi que d’un pas plus lourd, accompagné de ce que je soupçonne être des jurons indonésiens particulièrement vifs, et tout se calme, à ma grande satisfaction.

 

La bête a dû être envoyée dans une cage où elle ne peut pas redresser la tête. Ses copines, laissées dehors, échangent quelques cot cot de commentaires et se rendorment.

 

Et c’est le silence.

 

Du coup, je dors encore un peu.

 

Ca, ça reste le problème d’une ville comme Jakarta, une capitale monstrueusement bétonnée dans laquelle subsistent des îlots campagnards. On peut très bien quitter les grandes autoroutes urbaines et, dans Glodok, tomber sur des cochons qui courent à travers les ruelles.

 

Bonjour l’odeur, par ailleurs.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/02/2008

Arrivée à Jakarta Centre Ville

C’est dès qu’on rencontre le premier officiel Indonésien, le premier monsieur en uniforme, qu’on se rend compte que la corruption existe. Quand j’étais petit, ma grand-mère me disait toujours que, si un jour je me perdais, je devrais toujours m’adresser à un monsieur en casquette.

 

Outre le fait que, de nos jours, tout le monde porte une casquette, même et surtout de gros noirs avec des pantalons quatre tailles trop grandes qui chantent du rap, l’uniforme – car c’est bien entendu à cela qu’elle faisait allusion – l’uniforme, donc, en Indonésie, ne serait pas le gage du retour du petit garçon perdu. En fait, ce serait plutôt l’assurance d’une lettre courageusement anonyme, envoyée aux parents du petit garçon assez naïf pour suivre le bon avis de sa mère grand, dans laquelle serait réclamée une rançon.

 

Venons en au fait : je suis arrivé sans visa, et mon avion de retour quittera Jakarta dans plus de deux mois. Ah, ça, c’est embêtant. Comment vais-je faire pour quitter le pays, me demande un jeune policier faussement soucieux.

 

C’est simple, je quitterai l’Indonésie par la route, dans trois bonnes semaines, quand j’irai en PNG.

 

Ah, oui, mais c’est difficile. Comment le prouver ?

 

Je ne peux pas.

 

Mais alors, j’ai un problème : comment puis-je vous laisser entrer ?

 

Bah, si cela pose problème, je veux bien aller, avec vous, acheter immédiatement un billet pour la Malaisie. Allons ensemble au comptoir Air Asia, ou faites moi accompagner par l’un de vos collègues.

 

Tout cela avec le sourire et une innocence crasse qui transpire de mes beaux yeux cérules.

 

Ah, ça, il n’y avait pas pensé. Ma foi…

 

Gros silence.

 

Bon, vu que, visiblement, je ne comprends pas sa délicate allusion quant à l’aide qu’il est prêt à me donner, il décide de me faire une fleur, de cacheter mon passeport et son visa à trente jours, de me souhaiter un bon séjour et de me laisser passer, après un gros soupir.

 

Je le remercie abondamment et passe donc la frontière.

 

Et d’une étape. Maintenant, il y a la douane…

 

La douane, à Soekarno, c’est la roulette russe : parfois, c’est pour vous, parfois, vous passez. J’imagine que cela a à voir avec la caisse que les douaniers ont faite. Aujourd’hui, on dirait qu’ils ont déjà chopé de quoi nourrir la famille, et ils me regardent d’un œil distrait, alors que je passe entre la double haie de cerbères. Me voilà sorti, passant la porte coulissante, et confronté à une forêt de bras tendus, tous avec une pancarte au bout, et chacun me proposant un taxi pour aller à Jakarta.

 

A la différence de l’Inde, les taxis ne hurlent pas tous à la fois dans votre direction, ni ne vous harponnent à quatre ou cinq, chacun tenant, qui un bras, qui l’épaule, qui la tête, qui un pied, et chacun tirant dans la direction de son taxi, ce qui est quand même autrement plus reposant. Il n’empêche que ça reste ce qu’on appellerait, aux Etats-Unis, du hard selling : chacun se met sur mon chemin et me demande, mezzo voce, si un trajet vers Jakarta dans leur beau taxi n’aurait pas l’heur de me plaire. Je réponds poliment, et avec un sourire qui, avec le temps, se fige, que non merci, j’ai mon bus.

 

Oui, il y a le bus, le damri, qui pour trois fois rien me conduira jusqu’à la gare qui se trouve à deux pas de Jalan Jaksa.

 

Très fier d’avoir échappé à la horde des taxis, j’arrive devant le darmi en question, qui attend le chaland. Je dois faire partir des premiers passagers, vu qu’il me semble vide : hop dedans.

 

Quinze secondes plus tard, je suis hop dehors, vu que des nuages de moustiques attendaient le client dans le bus. Pour des raisons qui m’échappent, la climatisation asiatique, quand elle vieillit, semble devenir un biotope à moustiques : ils prospèrent d’une manière inexplicable. Et comme je faisais partie des premiers passagers dans le bus – non : comme j’étais le premier - ils ont tous volés vers moi en se léchant les babines…

 

Hop dehors, donc, et attente que le bus soit plein, les moustiques, soit morts, soit repus, le chauffeur au volant, prêt à démarrer, pour que j’y retourne. Presque tous les autres passagers qui m’avaient précédés, ou suivi, ont vu le problème comme moi, et attendent que les kamikazes s’installent et restent dans le bus. Des passagers kamikazes, ou à la peau dure, il y en a – mais pas assez, malheureusement - qui s’installent, entamant le combat. Enfin bon, il y a un moment où le moteur gronde, ou l’avertisseur se fait entendre encore et encore, où il faut rentrer dans le bus.

 

Le massacre commence alors – les moustiques fonçant aveuglément sur la chair fraîche, et la chair fraîche tapant à coup sûr, avec la seule et unique intention de tuer. Mais les moustiques sont nombreux, les mains sont rares. Si le carnage se termine bien sur un moustiquicide, les sales bêtes ont, avant cela, bien profité de ce que nous avions à leur offrir – tout à fait involontairement.

 

L’autoroute est vite chargée, et fonctionne, aujourd’hui, à l’indienne – je veux dire : les conducteurs créent des bandes de roulement statsupplémentaires pour avancer. Après quelques bouchons, nous arrivons en ville. Comme Bangkok, mais en moins touchant, Jakarta est un mélange de vieille ville et de bâtiments ultramodernes crevant le ciel. Bangkok a une âme ; Jakarta n’en a pas – ou, du moins, je ne l’appréhende pas.

 

Ca et là, une statue à la gloire de l’Indonésie, ou de Soekarno, ou de Suharto, ou des trois.

 

 

 

Enfin, après d’infinis ralentissement et quelques détours, nous passons devant la tour de l’indépendance et ses jardins, remarquables de par ses fleurs en béton, et du fait qu’on y trouve des toilettes militaires qu’Auschwitz n’aurait pas reniées.

 

 

 

 

toilettesmilfleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le bus entre dans le parking de la gare de Gambir. Une foule de conducteurs de bemos, les tuk tuk du coin, s’agite devant la porte du bus. Vu que je sors dans les derniers, je suis abandonné à mon heureux sort et je peux partir, ma valisette à roulettes traînant derrière moi, pour, en quelques minutes, arriver à mon guesthouse. Dans Jalan Jaksa, les affaires sont calmes, à cette heure.

Jakarta

 

 

 

09:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/02/2008

Bienvenue à Jakarta

Il est minuit trente quand on annonce que les passagers du vol ceci et cela, en direction de Jakarta, sont priés d’aller à la porte numéro quatre pour embarquer. Ca tombe bien : voilà quelques heures que j’ai épuisé les charmes de la position debout, à pianoter sur un clavier, devant la table où, côte à côte, nous étions six - puis cinq, quand un ordinateur est tombé en panne - à nous changer les idées sur la toile.

 

J’ai pu répondre à tous mes courriers en retard depuis le néolithique, ai même écrit à des gens auxquels je n’avais plus donné de nouvelles depuis plus d’un an. J’ai lu à peu près tous les journaux que la terre publie en français, en anglais et en allemand – simple, l’allemand.

 

Mais il y a un moment où trop, c’est trop. C’est depuis hier matin que je n’ai pas vraiment dormi. J’ai été m’étaler sur un siège miraculeusement vide – le terminal est plein comme un œuf – et commence à m’endormir. Puis, inquiet à l’idée de trop bien dormir et d’ainsi rater mon avion, je m’arrache à mon demi sommeil, de toute manière bien chahuté par les pleurs des gosses, les claques sur diverses parties charnues des gosses en pleurs, les cris des gosses, les vitupérations de leur Belphégor de mère, les grognements sourds des papas barbus.

 

Deux avions vont partir, coup sur coup, l’un vers le Bengladesh, l’autre vers l’Inde, ce qui explique une soudaine ruée de passagers étrangers, retournant vers la Mère Patrie. Ce sont les travailleurs immigrés des Emirats Arabes Unis. Ils ont bien gardé les habitudes de chez eux : en quelques minutes, le terminal propret devient une auge à cochons.

 

Je me relève, ainsi que quelques Anglais, Italiens, Espagnols et un Estonien avec lequel j’ai échangé quelques mots, et nous nous éloignons du théâtre des opérations de nettoyage, pendant que les techniciens de surface, comme on dit, employés à l’aéroport prennent leur courage à deux mains, ainsi que leurs serpillières, des raclettes et des seaux d’eau savonneuse. Il y en a pour une bonne demi-heure, pour que l’équipe appelée après le passage bengali parvienne à redonner à la grande salle centrale apparence humaine.  

 

J’admire la belle ouvrage.

 

Ensuite, une fois que tout a l’air bien sec et que l’équipe de nettoyage a retiré les signaux d’interdiction superbement ignorés par quelques passagers à l’apparence suspicieusement indienne, on peut aller se rasseoir, tout en gardant à l’œil le tableau des départ où, inexorablement, certes, mais si lentement, mon avion monte en grade.

 

Une heure encore, cinquante minutes, trente, dix…

 

Un dernier chocolat chaud, pris au comptoir de l’un des bistrots de l’aéroport ; je peux commencer à approcher de la porte devant laquelle un troupeau de bêtes variées attend, à l’aspect principalement indonésien, mais avec quelques têtes d’ailleurs : Europe et Amérique. Mon Estonien partira une heure après moi, avec un deuxième avion qui s’envole vers Calcutta.

 

C’est la première fois qu’il va en Inde, où il entre dans ses intentions de faire du toursime. L’inde, à vrai dire, il ne connaît pas ; je ne lui dis rien.

 

Enfin nous entendons le ding dong béni qui annonce l’entrée dans l’avion. La foule se reforme en queue, assez peu militaire, mais bon, ça roule sans heurts majeurs.  Je laisse la foule se presser et entre, presque bon dernier dans l’avion. De toute façon, ma place est réservée… Quand je me rends enfin devant le comptoir, c’est pour marcher d’un pas tranquille dans le tube qui dévore les passagers et… me retrouver, finalement, encore dans une fin d’embouteillage, à la porte de l’avion.  Bon, ça se résorbe vite, j’avance jusqu’à ma place, mets mon petit sac dans le bac presque plein, enjambe ma voisine, une petite indonésienne enfichutée au sourire timide et m’écrase sur mon siège. La ceinture, ah, oui, la ceinture. Je ferme les yeux.

 

Quand je me réveille, c’est parceque la lumière de la cabine vient de s’allumer, afin de permettre la distribution du petit déjeuner. Làlaaa, huit heures de sommeil sans rêve, je devais être vraiment fatigué…

 

Les plateaux repas sont bientôt distribués, je me rue sur mon petit pain, la confiture, le beurre, le petit bol de fruits. Une gentille hôtesse arrive avec du thé. Je parviens à en avoir, au gré de ses passages, quatre tasses, ce qui fait rire ma voisine. Elle parle quelques mots d’anglais et m’explique, alors que les plateaux sont débarrassés, qu’elle rentre à la maison, près de Surabaya, en vacances, après avoir travaillé un an dans la banlieue d’Abu Dhabi, comme des centaines de jeunes filles Indonésiennes. Les salaires y sont autrement plus attrayants qu’à Java.

 

Quant aux patrons… oui, la réputation qu’on fait aux Emiratis est méritée. Mais voilà, ça paye… Pauvre fille - pauvres filles : elles doivent être une cinquantaine dans cet avion. C’est dur, dit-on, et si la gamine n’aborde pas tous les sujets, certaines rumeurs qui font état d’une compréhension élargie, dans les Emirats, de l’expression de bonne à tout faire, ont été suffisamment évoquées dans les gazettes d’information pour que je ne me fasse pas trop d’illusions.

 

L’avion descend maintenant et entame les  manœuvres d’approche. On sera au sol dans cinq minutes, à tout casser. Les flaps sortent, j’ai le nez au hublot. On est sur la mer et après un grand virage, nous longeons Jakarta, en volant de plus en plus bas. Cinq cents, deux cents, cent mètres, moins, ralentissements, accélérations, nous passons un haut grillage, une route de terre, j’entraperçois le béton de la piste alors même que nous le touchons. Un petit choc, le grondement des réacteurs chassant contre les ailerons en pleine extension, le ralentissement sensible. Nous y voilà, bienvenue à Jakarta.

 

Bientôt, après avoir tourné à gauche, à droite, s’être tenu un instant au milieu de nulle part, comme hésitant, l’avion redémarre et s’arrête enfin, devant le bâtiment de l’aéroport. Le click des ceintures que l’on détache, les gens qui se lèvent. J’aide ma minuscule Cosette à descendre son colis drugs– ce sont tous les cadeaux qu’elle a rapporté pour sa famille, tient-elle à me dire – et suis, en me dandinant en rythme, les passagers qui sortent de l’avion. L’aéroport est climatisé, la première affiche qui vous saute à l’œil vous rappelle que le trafic de drogue n’est pas vu avec un œil favorable ici.

 

A dire vrai, ça ne me dérange pas outre mesure.

 

Tout ce que je souhaite au monde qui m'entoure, c'est qu'on interdise un jour, d'une manière aussi rigide, la vente du tabac.

23:44 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/02/2008

Qu'Abu Dhabi est ennuyeuse...

Moins de trente minutes pour rouler, sur une autoroute régulière comme un billard, à travers un paysage morne, dans un bus climatisé. Nous sommes une douzaine de passagers. Onze Pakistanais, ou Indiens, ou Singhalais, ou je ne sais trop, et moi-même. Arrivée à une gare routière qui ne pourrait être décrite comme trépidante d’activité. Mais bon, elle est neuve, propre, presque luxueuse. Elle est climatisée, bien entendu. Les passagers sortent du bus devant moi, et se dispersent, poursuivis par quelques conducteurs de taxi qui leur proposent la course.

 

Enfin, quand je dis poursuivis, je mens. Les chauffeurs se contentent d’un vague appel et, si aucune réaction de retour, se replongent dans leur journal.

 

Quant à moi, comme je ne connais rien à la ville nouvelle qui pousse depuis quelques années, je vais à la découverte à pieds, d’abord. On verra ensuite. Il faut préciser que les chauffeurs, voyant le touriste, ne font pas davantage d’efforts que pour les prolétaires qui partageaient mon bus. Je veux ? Chic. Je veux pas ? Tant pis.

 

Le centre ville est à deux doigts de l’antipathique. Abu Dhabi est aussi gai qu’un lotissement vide. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : de grandes avenues avec des bâtiments également disposés, dans un ordre qui rappelle les créations coloniales des Britanniques. Sur les larges avenues, interrompues ça et là par un croisement, de puissantes limousines roulent. Le bruit de leur moteur indique immédiatement qu’on a affaire à du gros cube.

 

Chaque bâtiment est séparé du prochain par un louable effort d’espace vert, arrosé par de micro-jets d’eau. A chaque porte, il y a l’indication des compagnies – financières pour la plupart – qui hantent le bâtiment.

 

Il y a aussi un monsieur à casquette, ou deux – deux messieurs, je veux dire. Tous sont armés et moustachus. Je les soupçonne, par ailleurs, d’être Indiens ou Pakistanais, ou Bengalis, rapport à la moustache, quand on les voit quitter la fraîcheur ombreuse de l’entrée du bâtiment qu’ils sont chargé de surveiller, voire de protéger.

 

Au bout de près d’un kilomètre, je commence à me demander si j’ai eu une si bonne idée que cela de tourner à gauche en sortant de la gare routière. Retournons sur nos pas, et faisons comme si j’avais tourné à droite.

 

Retour devant la gare routière que je dépasse : la chaleur monte. Il est maintenant sept heures, et j’ai soif. Retour à la gare routière : il y a un minuscule kiosque ouvert, où je peux acheter de l’eau, toute droit sortie d’un présentoir réfrigéré, en échange de deux Dirhams.

 

C’est pas cher.

 

Avec Monsieur, j’ai eu à m’expliquer par geste, ce qui me laisse entendre que ce sera difficile d’obtenir des renseignements concernant les endroits où aller. Bon, une fois la bouteille d’eau transvasée de la bouteille à mon estomac, je ressorts et, un kilomètre plus loin, n’ayant rien vu de bien spécial sinon des bâtiments, toujours les même, je refais demi-tour, vu qu’il fait chaud, que ce ne serait pas mal de ne pas me perdre, que j’irais bien jusqu’à me ravitailler en eau – je connais un endroit – et que je vais peut-être m’organiser une sortie avec un taxi.

 

La ville a l’air particulièrement peu variée. Je n’en ai pas parlé dans le détail, avec Mlle mon hôtesse de l’air, mais j’ai cru comprendre que le centre ville était composé de bâtiments de bureaux, de quelques centres d’achats, de shopping malls, comme on dit, de bâtiments officiels, et de l’une ou l’autre mosquée gigantesque, destinée à en foutre plein la vue aux roumis, tout en leur étant interdites de visite.

 

Ensuite, si on prend un taxi, on peut aller dans les banlieues d’habitations, pas plus excitantes que les banlieues que l’on peut parcourir en voiture, dans les villes anonymes des états les plus reculés de la verte Amérique.

 

Bref, l’endroit est parfaitement chiant.

 

Ma deuxième bouteille d’eau achetée au kiosque et achevée, je vais voir un taxi que j’arrache à sa lecture, et lui demande s’il pourrait me conduire jusqu’au prochain Mall.

 

Il peut.

 

C’est loin ?

 

Non, pas très.

 

Pas très loin combien ?

 

Bah, pas très loin deux ou trois miles ?

 

Roule carrosse – carrosse climatisé, cela va sans dire.

 

A dire en faveur de mon chauffeur, il parle anglais, mal, mais quand même, et est capable de me confirmer l’image globale que j’ai de la ville. On ne vient pas ici pour passer ses vacances.

 

Cinq minutes après, nous sommes arrivés, après avoir conduit à un train de sénateur. Je paie mon dû, dix Dirhams, et encore un pourliche pour me faire bénir. Monsieur le chauffeur m’a donné le nom de la gare routière, où j’aurai à retourner ; il y a une file de taxis devant le Mall, et des voitures garées ici et là. Bon, allons visiter le Mall ; j’espère être capable de m’occuper un peu.

 

UConfortne heure plus tard, mourant d’ennui, après avoir vu tout le Mall, ses magasins fermés similaires à ceux de chez nous, je retourne à l’entrée, passant à deux pas de messieurs habillés de blanc et de dames vêtues de noir, prend un taxi, et retourne à la gare routière.

 

Il n’est pas encore dix heures.

 

Je sens que mon escale à l’aéroport d’Abu Dhabi va être longue.

 

De retour à mon terminal routier, climatisé et désert. Je me demande comment le propriétaire du kiosque gagne sa croûte. Un bus ronronne devant le quai duquel on part vers l’aéroport ; J’y entre, et paie mon Dirham. J’y suis seul : heureusement, ici, l’essence est pour rien. Bientôt, nous démarrons.

 

Arrivée à l’aéroport, dont les alentours sont tout aussi déserts que ce matin, je me présente au poste frontière où on m’estampille mon passeport. Je noterai plus tard que, si je suis sorti passer la journée dans les Emirats Arabes Unis un six du mois, cachet de passeport faisant foi, j’ai quitté les mêmes Emirats le cinq. Toute l’efficacité des pays de par là bas.

 

Enfermé dans un terminal minuscule, trop petit pour son trafic, je commence à faire le tour des échoppes, ouvertes, jusqu’au moment où je tombe enfin sur un bon plan : il y a internet.

23:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/02/2008

D'abord un saut jusqu'à Dubai

Il fait moche à Bruxelles. Je suis arrivé depuis quelques minutes à l’aéroport de Zaventem et, veine, mon comptoir d’enregistrement est vide ou presque. Je m’y précipite, montre mon passeport, dépose mon baluchon et reçois deux billets. Le premier pour aller d’ici à Dubai, le deuxième pour, de Dubai, aller jusqu’à Jakarta.

 

Entre l’arrivée dans les Emirats Arabes Unis et le départ pour l’Indonésie, j’aurai seize heures. Tout le temps nécessaire pour aller, vite fait sur le gaz, voir si Abu Dhabi a changé depuis dix ans.

 

Je me retourne, une fois mes deux billets en main, et nous partons, Binska et moi-même, pour aller vite prendre un verre, histoire de se dire une dernière fois tout ce qui doit l’être, avant que j’aie à filer jusqu’à la porte où mon avion m’attend. C’est au terminal A, le plus lointain.

 

On a le sentiment, quand on s’y rend, qu’on marche jusqu’à la destination.

 

Porte 45, donc…  m’y voilà. Un Airbus Etihad, flambant neuf, au confort sans faille, m’attend, ainsi que deux cent cinquante autres passagers. Le service sera assuré par une équipe internationale parfaitement bilingue, anglais, autre chose mais, selon une expérience récente, jamais ni arabe, ni français.

 

La nuit est tombée alors que nous sommes enfin appelés à faire la file, pour enfin entrer dans l’avion. Un ding dong discret, une annonce dans la belle langue de Vondel, puis en anglais, puis en français.

 

Pour les arabes, c’est la même chose.

 

Parlant d’arabes, je crois bien, regardant autour de moi, qu’il n’y en a pas un seul. Ah, si, un groupe arrive : Monsieur tout de blanc vêtu, un serviteur habillé à l’européenne, et suivi par une dizaine de dames, toutes élégamment habillées en Belphégor. J’imagine qu’il s’agira de la fine équipe voyageant en première classe ? Oui, gagné. Un appel dans la distance et, sur le côté du comptoir d’embarquement devant lequel serpente une longue file de passagers, un employé d’Etihad, dont le faciès indique bien qu’il doit être arabophone, lui, ouvre un passage pour les sept, huit, neuf passagers qui s’engouffrent, dans un bruissement de tissus froissé.

 

Immédiatement après qu’ils aient disparus dans le tuyau qui conduit à l’avion, notre file démare. Les choses vont vite : on vous sourit ; on vous tend la main ; vous déposez, dans la main tendue, votre billet d’avion et votre passeport. Une vérification de routine ; on vous rend votre passeport et la moitié de votre billet.. Cinq minutes plus tard, je suis déjà dans la carlingue, en train de charger mon petit bagage de cabine dans le coffre qui se trouve au dessus de mon siège.

 

Chance : l’avion, sans être vide, n’est pas trop plein : j’ai une place libre à côté de moi, et il n’y a pas de touriste sans gêne à charger le coffre de tonnes de trucs, destinés à abîmer votre propre bagage.

 

Cinq minutes encore, et je débranche mon téléphone portable, après avoir envoyé un dernier texto à Binska ; je sais que ça lui fait plaisir. L’équipage tourne autour des derniers passagers encore debout, les aidant à s’asseoir, afin de permettre à l’avion de démarrer à l’heure.

 

La demoiselle qui s’occupe de mon coin est souriante et attentionnée. J’apprendrai plus tard, au cours de la nuit, qu’elle est Hongroise et qu’elle a commencé avec Etihad depuis quinze jours à peine, qu’elle est ravie par son nouveau travail, et par son expatriation dans un pays où il fait toujours beau.

 

En attendant, on est prié d’être attentifs au film qui nous explique ce qu’on peut faire si l’avion tombe ou explose. Une courte prière ensuite, juste avant que l’avion, maintenant arrivé à son point de départ, fasse hurler ses réacteurs, puis démarre, roule de plus en plus vite, décolle enfin.

 

Cinq minutes après, on peut se libérer de la ceinture et je vais à la découverte de l’avion. Un peu comme mon frangin quand il était petit, je vais d’abord visiter les toilettes. C’est toujours là qu’on découvre tout le bien qu’on peut penser d’un avion, et d’une compagnie aérienne. Les toilettes, sans présenter le luxe extraordinaire d’Eva Air, sont tout à fait adéquates, et grandes. C’est le genre d’endroit où on a plaisir a essayer de faire partie du club des 10.000 mètres.

 

Pour cela, il faut une toilette permettant d’entrer, nuitamment et discrètement, à deux, avec une partenaire joueuse et consentante.

 

Dans un airbus A340, ça doit pouvoir se faire - entrer à deux au petit coin, je veux dire.

 

Retour à mon siège. Je consulte la liste des films, qui est aussi épaisse que le bottin de la province d’Arlon. En plus, avec un souci louable du confort du passager, l’Etihad a fait mettre des films que l’on pourrait appeler classiques, qui vont du Faucon Maltais à Chantons sous la Pluie. Le bonheur…

 

Un petit bémol, que je ferai le lendemain matin. La collection a été tellement passionnante que je n’ai presque pas dormi, regardant film après film, jusqu’à pas d’heure… mais comment se refuser le plaisir de voir jouer, même si c’est pour la énième fois, Louise Brooks ou Humphrey Bogard…

 

Bon, en attendant, entre deux films, je reçois un en cas tout ce qu’il y a de plus correct, accompagné de bière danoise. Un peu de causette avec mon hôtesse souriante, deux heures de sommeil interrompus par la lumière qui s’allume dans la cabine. On arrive.

 

Petit déjeuner rapide, avant que l’avion entame sa descente. Ding dong à nouveau : chers passagers, nous allons bientôt atterrir à l’aéroport de Dubai où il est cinq heures du matin, et où la température est de trente deux degrés. La journée sera pas mal, vous n’aurez pas besoin de votre petite laine.

 

Alors que nous approchons, la vue est sans grand intérêt : de mon hublot, je vois un désert poussiéreux, puis une espèce de ville moderne, destinée à loger tous les étrangers qui s’ennuient ici, tout en gagnant des sous. De l’autre côté, on voit la mer. Bientôt, on rase une palmeraie, puis l’avion se pose avec douceur. Les passagers s’agitent sur leur fauteuil, attendant le moment où ils seront libérés par l’arrêt des réacteurs. Histoire de s’occuper les doigts, chacun rallume son gsm. L’avion va doucement une fois à ADdroite, une fois à gauche, jusqu’à l’instant où il s’arrête devant un bâtiment en forme de soucoupe volante : c’est le terminal de Dubai.

 

Dix minutes plus tard, nous sommes dispersés dans l’aéroport, certains filant vers un autre avion, d’autres ayant le temps. Je fais partie de ces derniers, et vais vers la sortie. Au bureau qui fait office de poste frontière, je tends mon passeport, me le fait cacheter, et me voilà dehors. Il fait chaud, mais sec ; ça me rappelle le Free State. Devant la porte, un chemin sinue jusqu’au garage en plein air où un bus attend, pour prendre quelques passagers vers la ville.

 

En voiture Simone.

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22:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Premier essai Papou

Il y a quelques années, j’avais, une première fois, déjà, médité de descendre jusqu’en Papouasie.

 

A l’époque, j’étais à la fin d’un premier tour aux Philippines. Et je tenais, déjà, à en échapper. Les Philippines, c’est spécial.

 

Un bugis, venant des Célèbes, cabotant et vivant de petits trafics, s’était arrêté dans un petit port où je traînais, morose, me demandant s’il n’était pas temps de trouver un avion, pour échapper à un climat et à une atmosphère qui me convenaient peu.

 

Monsieur le propriétaire du bugis, un Indonésien, soudoyé pour pas grand-chose, avait accepté de me prendre sur son navire. Nous avions quitté un port quelconque, pas très loin de Davao, sur les rivages de l’île de Mindanao, pour nous diriger vers les Moluques.

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L’intention était, pour le capitaine du navire et son équipage, d’aller chercher du poivre qu’ils descendraient ensuite jusqu’à Surabaya. Quant à moi, je les abandonnerais dans un port des Moluques, pour trouver un autre bugis, afin d’aller jusqu’en Papouasie.

PortDavao

 

C’était avant le temps des lecteurs de mp3, et des appareils photos digitaux. J’avais, dans mon sac, une collection de cd, cependant, et un lecteur qui allait avec. Dans le bugis, il y avait une espèce de mange disque,  dans une cabine centrale où nous traînions le soir et comme mon vacarme à moi changeait agréablement des trois ou quatre disques que les marins avaient entendu jusqu’à plus soif, c’étaient mes cd qui faisaient, en soirée, les frais de l’animation sonore du bateau.

 

C’est ainsi que, bercés par les mélodies provinciales et mélancoliques de Yann Tiersen, nous avions avancé peu à peu, malgré le vent contraire, les cales pleines d’un produit parfumé dont je ne savais rien, et dont il était peut-être préférable de ne rien savoir.

 

Le soir, nous nous arrêtions dans une crique un peu abritée. Les pluies qui, parfois, tombaient fort, sont tout à fait gérables pendant la journée ; nettement moins la nuit, quand elles s’accompagnent d’un léger mouvement de vagues, de vent qui vous détourne de votre route, et de récifs affleurant tout autour des Philippines et, tout particulièrement, dans l’archipel des Sunda. Sous le crépitement de la pluie sur le toit du bugis, nous mangions donc un riz saucé de légumes et d’un parfum de viande, jouions aux cartes jusqu’à plus d’heures, picolions un peu, puis allions dormir. On arrêtait alors la musique, on déroulait les nattes, on se trouvait un sarong et on se couchait sur le sol, à la dure.

 

Seul le capitaine avait sa chambre, une chambre de vieux garçon, tellement remplie de trucs et de machins, tous utiles pour la navigation, qu’il dormait avec nous.

 

Ce voyage reste pour moi tout entier illuminé de la musique de Tiersen. J’en avais deux cd, qui m’avaient été offerts par une jeune femme hollandaise qui partait vers les Célèbes, en échange d’un cd de Satie, que j’avais assez entendu.

 

Plus prudente que moi, ou plus pressée, elle prenait l’avion et allait faire un tour invraisemblable qui allait la faire voyager, en bus d’abord, jusqu’à General Santos, puis en avion, de General Santos à Manille, de Manille à Hanoï, de Hanoï à Saigon, de Saigon à Jakarta, avant d’enfin arriver à Makassar. Elle m’avait promis un message à l’arrivée ; je ne l’ai jamais reçu. Je me demande si elle est jamais arrivée.

 

Les cd sont restés sur le bugis, le jour où on est arrivé à Bobopayo, au Moluques, et où nous nous sommes séparés.

 

En cadeau d’arrivée sur le bateau, j’avais offert deux cartouches de kréteks de contrebande. J’ai offert, en cadeau d’adieu, mes deux Tiersen. Ils avaient, à vrai dire, disparu de ma vue le jour précédent l’arrivée.

 

Yann Tiersen… Je n’ai jamais plus entendu parler de lui. Dommage ; c’était charmant. Espérons que, pour le moins, les marins chapardeurs ont continué à aimer.

 

La mer avait été d’huile, pendant la longue semaine que j’avais passé sur le bateau – les journées, du moins. Les nuits étaient un peu plus rudes. Parfois, à l’arrivée, en fin de journée, devant un îlot verdoyant, nous allions jeter un œil jusqu’au rivage, armés, en cas de présence de cannibales, de pirates et de sales bêtes carnivores.

Island

 

L’idée était plus de se délasser qu’autre chose, du moins, en ce qui concernait les cannibales.

 

La région n’est plus très dangereuse, sur ce plan, et chacun sait parfaitement quelles îles visiter, quand on se promène avec une épouse devenue importune.

 

Sur le plan de la piraterie, par contre, entre la mer de Chine, la mer de Sulawesi, la mer de Java et l’océan Pacifique, la situation était encore, à l’époque, fluide, comme on dit. Les armes avaient donc un sens, et il n’était pas une nuit sans un tour de garde.

 

Depuis, les choses ont changé : les marines des Philippines, d’Indonésie, du Viêt Nàm et de Malaisie y ont mis un coup et les pirates opèrent aujourd’hui un peu plus loin, entre la Chine et les archipels de Micronésie.

 

Il y avait aussi un soleil qui tapait fort ; on ne pouvait mettre la main à l’eau sans qu’un requin veuille tâter la bidoche, et le voyage durait, durait, durait… A mon arrivée à Bobopayo, aussi lent et infernal que fut le voyage terrestre – et partiellement maritime - jusqu’à Ambon, j’avais été ravi de quitter le bateau et m’était juré que c’était la dernière fois qu’on me trouvait sur un bugis.

 

Le temps avait passé et je ne pouvais plus aller jusqu’à l’Irian Jaya, comme on l’appelait alors. A Ambon, j’avais pris un avion pour retourner vers Jakarta, puis vers la Malaisie. C’était partie remise.

10:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |