29/02/2008

Glodok, toujours

Hors les petites rues commerçantes et quelques temples, Glodok, c’est, je l’ai déjà dit, un certain nombre de centres d’achats, de mall, dirait-on, à cela près qu’il s’agit de petites échoppes empilées les unes sur les autres et vendant toutes la même chose.

 

Vous prenez telle rue qui longe le Glodok Mall ? Une centaine de magasins vous offrent, côte à côte, des systèmes de climatisation pour la maison, ainsi que des réfrigérateurs. Une autre rue croise la première, dans laquelle vous vous étiez engagé, et il n’y a rien d’autre, à perte de vue, que des vendeurs de pièces détachées pour vélos et mobylettes. Une autre rue encore, et c’est, de la nourriture, des bonbons, des bonbons et de la nourriture. Attention, quand j’écris nourriture, c’est du sec, du en boite, du à ne pas confondre avec le marché, sur lequel vous trouverez tout ce qui se mange en termes de produit frais.

 

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Vous allez maintenant dans Glodok Emporium ? Vous trouvez, sur sept ou huit étages, des vêtements, des vêtements et des vêtements encore, pour tous les mauvais goûts et tous les ages avec, pour diversifier un peu, une douzaine d’échoppes de massages chinois – les plus féroces – un demi étage de restaurants – les Chinois passent leurs temps à manger – et quelques officines de diseurs de bonne aventure.

 

Le Chinois est un être extraordinairement superstitieux, toujours à la recherche d’un coup de chance provoqué par des moyens artificiels et ce serait bien étonnant qu’il n’y ait pas quelque mages à la mords moi les fesses qui n’en profiterait pas.

 

Dans l’un des deux autres shopping center, celui qui a été aimablement offerts, manière, donc, de faire un geste de bonne volonté, par le gouvernement, après les dernières émeutes, c’est tout ce qui est électronique, incluant les appareils de climatisation et les réfrigérateurs, ainsi que tout ce qui est sonore et même bruyant, de marque ou de marque, avec, qui plus est, une quantité effarante de faux, de toc et de copie.

 

 Glodok est, en effet, plus que certainement, le centre mondial de la copie de CD, de DVD, de tout ce qui devrait faire la fortune des Majors, comme on les appelle, et donc Glodok consomme la ruine. Sur une surface d’un bon millier de mètres carrés, des centaines de petites mains besogneuses emballent soigneusement, dans un plastique marqué de la manière la plus simple par la reproduction d’une photo, les derniers blockbusters de Hollywood, qui sortent à peine depuis une semaine en salle, aux Etats-Unis. Je n’ai jamais pu savoir d’où arrivaient les boudins de CD que l’on emballe ici. Pas de loin, en tout cas, puisqu’ils arrivent à tout moment, par porteurs sur mobylette.

 

Pour trois dollars, vous pouvez vous payer l’intégrale de Harry Potter. Pour dix dollars, ce sera tout Woody Allen. Et pourtant, il en a fait, des films, ce bon vieux Woody Allen. Quarante, très précisément, avec Match Point…

 

Dix dollars, donc, sans discuter.

 

Tout est à l’avenant : les séries chinoises, les Jackie Chan, les Desperate Housewives, Friends, ceci, cela, tout Genesis, et tout Eagle, Mika et Briney Spears, même Paris Hilton, tout vous est jeté à la figure pour trois fois rien, par quelques vendeurs qui s’échinent à faire baisser les piles toujours plus hautes, que de petits emballeurs et de petites emballeuses – ils ont douze ou treize ans, à tout casser – s’échinent la journée durant à faire monter.

 

Et puis, quand les piles sont assez hautes, on remplit des cartons, qui repartent sur des motocyclettes, et qui seront redistribués à travers Jakarta, et plus loin, jusqu’à Bandoeng, Aceh, Surabaya, Jogjakarta et Bali.

 

Mais on n’a pas de droit de prendre de photos ; sinon, un grand solide gaillard s’empare de votre appareil, le vide des prises litigieuses et vous raccompagne, courtois mais ferme – la première fois, du moins – jusqu’à l’une des sorties de l’usine des faussaires. C’est arrivé à un Anglais, indigné, que j’ai rencontré un jour au Bloemsteen. Il planifiait de retourner, avec sa copine, prendre des photos – puisque c’était leur droit - et je les en ai vivement dissuadés. J’espère qu’ils ne se sont pas fourrés dans un gros pétrin après mon départ.

 

Et s’ils l’ont fait, ma foi, tant pis pour eux. Ils étaient prévenus.

 

Si vous n’avez pas l’air plus chaud que ça, pour acheter une série de films récents, on vous trouve des films anciens, ou, bien entendu, ce qui marche toujours bien : les pornos. On appelle cela, ici, les jigidjig movies. Jigidjig, en Indonésie, c’est notre hop hop à nous, ou le boum boum de Thailande ou du Cambodge.

 

En discutant, si vous avez envie d’acheter des quantités astronomiques de films ou de disques, enfin, dix ou vingt, vous pouvez encore baisser le prix, de un dollar la pièce à… moins. Je suppose que, si j’insistais un peu, j’aurais mon intégrale de Woody Allen pour huit dollars… Ce n’est pas flatteur pour lui.

 

Bon, bien entendu, si j’insistait aussi, j’aurais l’intégrale de je ne sais quelle actrice du porno pour pas beaucoup plus.

 

Oui, finalement, ce n’est pas flatteur pour Woody Allen.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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