28/02/2008

Glodok, ses pogroms, son toc et ses copies

Première étape, pour qui en veut : Glodok, le ghetto chinois de Jakarta. Glodok est un centre commercial incontournable de la ville, et parfaitement moche, comme la ville. Glodok a, pour excuse, d’avoir reçu pas mal de gnons de la part de la population indonésienne, chaque fois que ladite population crevait trop de misère.

 

Quand le régime mafieux de Soekharno ou de Soeharto devait augmenter encore le prix de l’un ou l’autre produit basique, afin de se remplir les poches, on envoyait la population se défouler un coup contre les chinois. En Russie, en Ukraine ou en Biélorussie, on aurait appelé cela les pogromes, et ce seraient les juifs qui auraient payé.

 

De fait, nombreux sont ceux qui comparent chinois et juifs : les deux peuples sont travailleurs, industrieux, durs à la peine, veulent s’enrichir et… semblent ne pas être toujours capables de communiquer avec les peuples dans lesquels ils sont immergés.

 

Les deux, aussi, semblent éprouver une adoration pour l’or et les pierres précieuses, adoration qui va jusqu’au vulgaire, quand on voit la taille des bijoux dont les (vieilles) épouses de l’une et l’autre tribu se couvrent. Il y avait ainsi, dans le temps, en France, une journaliste du nom de Anne Sinclair, fort jolie à l’origine mais qui, avec les années, s’était empâtée de quelques kilos superflus et se couvrait d’or et de joyaux avec une telle profusion, avec un tel enthousiasme, que ça tournait au ridicule.

 

Glodok, donc…

 

Glodok, c’est un mélange de maisons dont on peut remarquer qu’elles ont grillé, ou qu’elles ont reçu des coups, et d’énormes centres d’achats. Le tout dernier en date, entièrement dédié à l’électronique et produits assimilés, a été bâti y a moins de cinq ans, en manière d’excuse du dernier gouvernement, qui avait laissé courir, sinon provoqué, une émeute antichinoise à travers le pays entier, au cours de laquelle des dizaines de chinois avaient été tués, des centaines de maisons brûlées, et milliers de magasins pillés et détruits.

 

Et encore, les chinois avaient été priés de faire leur autocritique, avant que le gouvernement, dans un geste généreux, de ceux qui vous mettent la larme à l’œil, consente à faire un petit quelque chose pour remonter le moral des chinois.

 

Pour continuer dans ma comparaison avec les juifs, on se souviendra que les Allemands avaient, après la nuit de cristal, condamné les autorités israélites à un bon gros milliard de Reichsmark, pour tapage nocturne et désordre sur la voie publique.

 

A dire en faveur des autorités indonésiennes, cependant, elles n’ont pas à l’idée de génocider les Chinois. Ces derniers sont bien trop utiles pour faire tourner l’économie indonésienne, et pour distraire le pauvre quand le gouvernement fait une boulette. Et je crois sincèrement que les Chinois n’ont en effet pas à craindre une Endlösung, une solution finale  à la teutonne.

 

Une bonne petite émeute de derrière les fagots, à l’occasion, par contre…

 

D’émeutes en émeutes, le quartier a perdu une bonne partie de son âme. Les autorités ont interdit, de la manière la plus officielle qui soit, les caractères de bienvenue, écrits en caractères chinois, bien évidemment, qui ornaient les façades des maisons privées et des échoppes. Pour jakchin1l’instant, il y a une tolérance et les commerçants réinstallent de petites plaques en bois, sur lesquelles sont gravées ces caractères.

 

Des petites plaques en bois, c’est facile à retirer, pour le jour où le gouvernement interdira à nouveau la sinisation du quartier.

 

Et puis, pour refaire de l’endroit un marché pimpant, dans les rues remises en état depuis les dernières émeutes, on a installé des lampions. Ca coûte pas derche, et c’est joli. Ca donne un air de fête ; c’est comme si nous n’étions pas à Jakarta.

 

jakchin2jakchin3Aussi, pour oublier Jakarta, il y a les temples. Ils ne sont guères nombreux ici, puisque la ville est terre d’islam et que les imams n’acceptent que difficilement la présence d’un lieu de culte qui ne serait pas musulman. Mais, en pleine Chinatown, il y a quand même un grand temple, toujours bourré de fidèles qui viennent se rappeler au bon souvenir des dieux, en leur offrant de l’encens et de faux billets de banque.

 

Quant à ce dernier point, si ça marche, il faut imaginer que dieux sont probablement un peu stupides.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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