27/02/2008

Jakarta la moche

Il y a plusieurs lignes de ferry, qui vont d’ici à là. Celle sur laquelle on m’envoie est la Pelni Line. C’est, aujourd’hui, la plus sécurisante : les navires ont moins de vingt ans, la rouille ne traverse pas la coque de part en part ; jamais un Pelni, comme on les appelle, n’a coulé au passage d’une vague un peu difficile. Va donc pour un Pelni, et pour une attente de deux jours.

 

La sécurité maritime y sera.

 

Pour les cancrelats, par contre, l’expérience me le dit, qu’on le veuille ou non, c’est la colonie, et il faudra que je fasse avec.

 

Le bateau ne partira que dans deux jours.  Cela me laisse le temps d’aller faire le tour de Jakarta.

 

Jak2Je l’ai déjà dit, Jakarta n’a pas d’âme. C’est une masse de béton qui n’a rien à dire, quand Bangkok, tout aussi bétonnée, est une ville attachante, que j’ai plaisir à voir et revoir ; dans laquelle j’éprouve un réel bonheur à me promener.

 

Les temples dans chaque quartier, peut-être.

 

Jakarta, donc. Puisqu’il fait beau, lourd et pollué, mais il ne pleut pas, je me décide à aller jusqu’à Batavia.

 

Jak3Quand les Hollandais sont arrivés, il leur a fallu créer des comptoirs. Le premier a été Batavia, sur la côte de Java. Petite bourgade en bordure de rivage, avec de majestueuses bâtisses blanches destinées à protéger une administration grandissante, et des maisons de commerce avec leurs magasins au port, elle s’est vite développée en capitale, jusqu’au moment où les Indonésiens ont pris leur sort en main.

 

Batavia avait alors été immédiatement abandonnée, petit village désert, assoupi et tombant en ruines au milieu de Jakarta, pendant que Jakarta croissait, croissait, et croissait encore, jusqu’à devenir une monstrueuse accumulation de béton, de fer rouillé et de gaz d’échappements.

 

JaK4Voici une dizaine d’années que les responsables de l’administration municipale ont été pris de la fièvre musaïque et se sont dit qu’on ne pouvait oublier et laisser se détruire une partie du patrimoine de la ville et du pays : il fallait restaurer le petit quartier de Batavia, le cœur historique de Jakarta. Les toits s’effondraient, les murs se fissuraient, les portes d’entrées en bois exotique – enfin, quand j’écris exotique, je devrais écrire indigène, ici -  avaient été arrachées de leur gongs, les fenêtres avaient toutes été brisées.

 
 
Bata

 

Autour d’une place centrale devenue la cour des miracles, habitée par quelques voleurs et par de nombreux rats, avec quelques vaches errantes qui venaient parfois visiter l’endroit, de majestueux bâtiments en étaient à la fin.

 

Dix ans plus tard, où en est-on ?

 

La promenade que vous faites, de Jalan Jaksa, le long des trottoirs éventrés d’une longue avenue qui vous conduit tout d’abord le long du park de l’Indépendance et de sa tour, de Glodok jusqu’au quartier de Kota et puis, enfin, à Batavia, vous permet de voir tout ce que Jakarta peut offrir au touriste : d’abord, un parc pelé, avec quelques animaux en semi-liberté (leur cage est grande) et des fleurs de béton. Oui, de béton. Bon, l’avantage, pour les balayeurs, qui ne sont pas des foudres de guerre, c’est que ça ne perd pas de feuilles ou de pétales.

 

Et puis, qu’est ce qui représente mieux le socialisme que le béton ?

 

Or, les dieux savent si l’Indonésie a eu droit à plus que sa part de socialisme, dont les reliquats continuent à empoisonner toute la vie politique et sociale du pays. Une corruption galopante, que l’on commence aujourd’hui a combattre, mine le pays ; des écarts de richesse à faire frémir, une pauvreté qui rappelle celle que l’on peut observer en Inde – avec, cependant, il faut le dire, une agressivité, de la part des mendiants, infiniment moins violente que celle à laquelle on est confrontée, à Bombay, Calcutta ou Delhi.

 

Des fleurs en béton, donc.

 

Une fois passées les fleurs en béton, les animaux en semi liberté et le parc de l’indépendance, on se trouve à marcher le long d’une avenue où, à chaque pas, un trou se présente dans le trottoir – et pas qu’un petit trou – et où aussi, à chaque pas, un moto taxi propose ses services. De toute évidence, à Jakarta, le piéton est une espèce inconnue.

 

Il faut dire que l’avenue le long de la quelle je marche est polluée au possible. Les voitures crachent une fumée qui fait tousser et qui rappelle de bons souvenirs est-allemands.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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