23/02/2008

Arrivée à Jakarta Centre Ville

C’est dès qu’on rencontre le premier officiel Indonésien, le premier monsieur en uniforme, qu’on se rend compte que la corruption existe. Quand j’étais petit, ma grand-mère me disait toujours que, si un jour je me perdais, je devrais toujours m’adresser à un monsieur en casquette.

 

Outre le fait que, de nos jours, tout le monde porte une casquette, même et surtout de gros noirs avec des pantalons quatre tailles trop grandes qui chantent du rap, l’uniforme – car c’est bien entendu à cela qu’elle faisait allusion – l’uniforme, donc, en Indonésie, ne serait pas le gage du retour du petit garçon perdu. En fait, ce serait plutôt l’assurance d’une lettre courageusement anonyme, envoyée aux parents du petit garçon assez naïf pour suivre le bon avis de sa mère grand, dans laquelle serait réclamée une rançon.

 

Venons en au fait : je suis arrivé sans visa, et mon avion de retour quittera Jakarta dans plus de deux mois. Ah, ça, c’est embêtant. Comment vais-je faire pour quitter le pays, me demande un jeune policier faussement soucieux.

 

C’est simple, je quitterai l’Indonésie par la route, dans trois bonnes semaines, quand j’irai en PNG.

 

Ah, oui, mais c’est difficile. Comment le prouver ?

 

Je ne peux pas.

 

Mais alors, j’ai un problème : comment puis-je vous laisser entrer ?

 

Bah, si cela pose problème, je veux bien aller, avec vous, acheter immédiatement un billet pour la Malaisie. Allons ensemble au comptoir Air Asia, ou faites moi accompagner par l’un de vos collègues.

 

Tout cela avec le sourire et une innocence crasse qui transpire de mes beaux yeux cérules.

 

Ah, ça, il n’y avait pas pensé. Ma foi…

 

Gros silence.

 

Bon, vu que, visiblement, je ne comprends pas sa délicate allusion quant à l’aide qu’il est prêt à me donner, il décide de me faire une fleur, de cacheter mon passeport et son visa à trente jours, de me souhaiter un bon séjour et de me laisser passer, après un gros soupir.

 

Je le remercie abondamment et passe donc la frontière.

 

Et d’une étape. Maintenant, il y a la douane…

 

La douane, à Soekarno, c’est la roulette russe : parfois, c’est pour vous, parfois, vous passez. J’imagine que cela a à voir avec la caisse que les douaniers ont faite. Aujourd’hui, on dirait qu’ils ont déjà chopé de quoi nourrir la famille, et ils me regardent d’un œil distrait, alors que je passe entre la double haie de cerbères. Me voilà sorti, passant la porte coulissante, et confronté à une forêt de bras tendus, tous avec une pancarte au bout, et chacun me proposant un taxi pour aller à Jakarta.

 

A la différence de l’Inde, les taxis ne hurlent pas tous à la fois dans votre direction, ni ne vous harponnent à quatre ou cinq, chacun tenant, qui un bras, qui l’épaule, qui la tête, qui un pied, et chacun tirant dans la direction de son taxi, ce qui est quand même autrement plus reposant. Il n’empêche que ça reste ce qu’on appellerait, aux Etats-Unis, du hard selling : chacun se met sur mon chemin et me demande, mezzo voce, si un trajet vers Jakarta dans leur beau taxi n’aurait pas l’heur de me plaire. Je réponds poliment, et avec un sourire qui, avec le temps, se fige, que non merci, j’ai mon bus.

 

Oui, il y a le bus, le damri, qui pour trois fois rien me conduira jusqu’à la gare qui se trouve à deux pas de Jalan Jaksa.

 

Très fier d’avoir échappé à la horde des taxis, j’arrive devant le darmi en question, qui attend le chaland. Je dois faire partir des premiers passagers, vu qu’il me semble vide : hop dedans.

 

Quinze secondes plus tard, je suis hop dehors, vu que des nuages de moustiques attendaient le client dans le bus. Pour des raisons qui m’échappent, la climatisation asiatique, quand elle vieillit, semble devenir un biotope à moustiques : ils prospèrent d’une manière inexplicable. Et comme je faisais partie des premiers passagers dans le bus – non : comme j’étais le premier - ils ont tous volés vers moi en se léchant les babines…

 

Hop dehors, donc, et attente que le bus soit plein, les moustiques, soit morts, soit repus, le chauffeur au volant, prêt à démarrer, pour que j’y retourne. Presque tous les autres passagers qui m’avaient précédés, ou suivi, ont vu le problème comme moi, et attendent que les kamikazes s’installent et restent dans le bus. Des passagers kamikazes, ou à la peau dure, il y en a – mais pas assez, malheureusement - qui s’installent, entamant le combat. Enfin bon, il y a un moment où le moteur gronde, ou l’avertisseur se fait entendre encore et encore, où il faut rentrer dans le bus.

 

Le massacre commence alors – les moustiques fonçant aveuglément sur la chair fraîche, et la chair fraîche tapant à coup sûr, avec la seule et unique intention de tuer. Mais les moustiques sont nombreux, les mains sont rares. Si le carnage se termine bien sur un moustiquicide, les sales bêtes ont, avant cela, bien profité de ce que nous avions à leur offrir – tout à fait involontairement.

 

L’autoroute est vite chargée, et fonctionne, aujourd’hui, à l’indienne – je veux dire : les conducteurs créent des bandes de roulement statsupplémentaires pour avancer. Après quelques bouchons, nous arrivons en ville. Comme Bangkok, mais en moins touchant, Jakarta est un mélange de vieille ville et de bâtiments ultramodernes crevant le ciel. Bangkok a une âme ; Jakarta n’en a pas – ou, du moins, je ne l’appréhende pas.

 

Ca et là, une statue à la gloire de l’Indonésie, ou de Soekarno, ou de Suharto, ou des trois.

 

 

 

Enfin, après d’infinis ralentissement et quelques détours, nous passons devant la tour de l’indépendance et ses jardins, remarquables de par ses fleurs en béton, et du fait qu’on y trouve des toilettes militaires qu’Auschwitz n’aurait pas reniées.

 

 

 

 

toilettesmilfleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toilet2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bus entre dans le parking de la gare de Gambir. Une foule de conducteurs de bemos, les tuk tuk du coin, s’agite devant la porte du bus. Vu que je sors dans les derniers, je suis abandonné à mon heureux sort et je peux partir, ma valisette à roulettes traînant derrière moi, pour, en quelques minutes, arriver à mon guesthouse. Dans Jalan Jaksa, les affaires sont calmes, à cette heure.

Jakarta

 

 

 

09:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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