03/02/2008

Qu'Abu Dhabi est ennuyeuse...

Moins de trente minutes pour rouler, sur une autoroute régulière comme un billard, à travers un paysage morne, dans un bus climatisé. Nous sommes une douzaine de passagers. Onze Pakistanais, ou Indiens, ou Singhalais, ou je ne sais trop, et moi-même. Arrivée à une gare routière qui ne pourrait être décrite comme trépidante d’activité. Mais bon, elle est neuve, propre, presque luxueuse. Elle est climatisée, bien entendu. Les passagers sortent du bus devant moi, et se dispersent, poursuivis par quelques conducteurs de taxi qui leur proposent la course.

 

Enfin, quand je dis poursuivis, je mens. Les chauffeurs se contentent d’un vague appel et, si aucune réaction de retour, se replongent dans leur journal.

 

Quant à moi, comme je ne connais rien à la ville nouvelle qui pousse depuis quelques années, je vais à la découverte à pieds, d’abord. On verra ensuite. Il faut préciser que les chauffeurs, voyant le touriste, ne font pas davantage d’efforts que pour les prolétaires qui partageaient mon bus. Je veux ? Chic. Je veux pas ? Tant pis.

 

Le centre ville est à deux doigts de l’antipathique. Abu Dhabi est aussi gai qu’un lotissement vide. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : de grandes avenues avec des bâtiments également disposés, dans un ordre qui rappelle les créations coloniales des Britanniques. Sur les larges avenues, interrompues ça et là par un croisement, de puissantes limousines roulent. Le bruit de leur moteur indique immédiatement qu’on a affaire à du gros cube.

 

Chaque bâtiment est séparé du prochain par un louable effort d’espace vert, arrosé par de micro-jets d’eau. A chaque porte, il y a l’indication des compagnies – financières pour la plupart – qui hantent le bâtiment.

 

Il y a aussi un monsieur à casquette, ou deux – deux messieurs, je veux dire. Tous sont armés et moustachus. Je les soupçonne, par ailleurs, d’être Indiens ou Pakistanais, ou Bengalis, rapport à la moustache, quand on les voit quitter la fraîcheur ombreuse de l’entrée du bâtiment qu’ils sont chargé de surveiller, voire de protéger.

 

Au bout de près d’un kilomètre, je commence à me demander si j’ai eu une si bonne idée que cela de tourner à gauche en sortant de la gare routière. Retournons sur nos pas, et faisons comme si j’avais tourné à droite.

 

Retour devant la gare routière que je dépasse : la chaleur monte. Il est maintenant sept heures, et j’ai soif. Retour à la gare routière : il y a un minuscule kiosque ouvert, où je peux acheter de l’eau, toute droit sortie d’un présentoir réfrigéré, en échange de deux Dirhams.

 

C’est pas cher.

 

Avec Monsieur, j’ai eu à m’expliquer par geste, ce qui me laisse entendre que ce sera difficile d’obtenir des renseignements concernant les endroits où aller. Bon, une fois la bouteille d’eau transvasée de la bouteille à mon estomac, je ressorts et, un kilomètre plus loin, n’ayant rien vu de bien spécial sinon des bâtiments, toujours les même, je refais demi-tour, vu qu’il fait chaud, que ce ne serait pas mal de ne pas me perdre, que j’irais bien jusqu’à me ravitailler en eau – je connais un endroit – et que je vais peut-être m’organiser une sortie avec un taxi.

 

La ville a l’air particulièrement peu variée. Je n’en ai pas parlé dans le détail, avec Mlle mon hôtesse de l’air, mais j’ai cru comprendre que le centre ville était composé de bâtiments de bureaux, de quelques centres d’achats, de shopping malls, comme on dit, de bâtiments officiels, et de l’une ou l’autre mosquée gigantesque, destinée à en foutre plein la vue aux roumis, tout en leur étant interdites de visite.

 

Ensuite, si on prend un taxi, on peut aller dans les banlieues d’habitations, pas plus excitantes que les banlieues que l’on peut parcourir en voiture, dans les villes anonymes des états les plus reculés de la verte Amérique.

 

Bref, l’endroit est parfaitement chiant.

 

Ma deuxième bouteille d’eau achetée au kiosque et achevée, je vais voir un taxi que j’arrache à sa lecture, et lui demande s’il pourrait me conduire jusqu’au prochain Mall.

 

Il peut.

 

C’est loin ?

 

Non, pas très.

 

Pas très loin combien ?

 

Bah, pas très loin deux ou trois miles ?

 

Roule carrosse – carrosse climatisé, cela va sans dire.

 

A dire en faveur de mon chauffeur, il parle anglais, mal, mais quand même, et est capable de me confirmer l’image globale que j’ai de la ville. On ne vient pas ici pour passer ses vacances.

 

Cinq minutes après, nous sommes arrivés, après avoir conduit à un train de sénateur. Je paie mon dû, dix Dirhams, et encore un pourliche pour me faire bénir. Monsieur le chauffeur m’a donné le nom de la gare routière, où j’aurai à retourner ; il y a une file de taxis devant le Mall, et des voitures garées ici et là. Bon, allons visiter le Mall ; j’espère être capable de m’occuper un peu.

 

UConfortne heure plus tard, mourant d’ennui, après avoir vu tout le Mall, ses magasins fermés similaires à ceux de chez nous, je retourne à l’entrée, passant à deux pas de messieurs habillés de blanc et de dames vêtues de noir, prend un taxi, et retourne à la gare routière.

 

Il n’est pas encore dix heures.

 

Je sens que mon escale à l’aéroport d’Abu Dhabi va être longue.

 

De retour à mon terminal routier, climatisé et désert. Je me demande comment le propriétaire du kiosque gagne sa croûte. Un bus ronronne devant le quai duquel on part vers l’aéroport ; J’y entre, et paie mon Dirham. J’y suis seul : heureusement, ici, l’essence est pour rien. Bientôt, nous démarrons.

 

Arrivée à l’aéroport, dont les alentours sont tout aussi déserts que ce matin, je me présente au poste frontière où on m’estampille mon passeport. Je noterai plus tard que, si je suis sorti passer la journée dans les Emirats Arabes Unis un six du mois, cachet de passeport faisant foi, j’ai quitté les mêmes Emirats le cinq. Toute l’efficacité des pays de par là bas.

 

Enfermé dans un terminal minuscule, trop petit pour son trafic, je commence à faire le tour des échoppes, ouvertes, jusqu’au moment où je tombe enfin sur un bon plan : il y a internet.

23:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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