02/02/2008

Premier essai Papou

Il y a quelques années, j’avais, une première fois, déjà, médité de descendre jusqu’en Papouasie.

 

A l’époque, j’étais à la fin d’un premier tour aux Philippines. Et je tenais, déjà, à en échapper. Les Philippines, c’est spécial.

 

Un bugis, venant des Célèbes, cabotant et vivant de petits trafics, s’était arrêté dans un petit port où je traînais, morose, me demandant s’il n’était pas temps de trouver un avion, pour échapper à un climat et à une atmosphère qui me convenaient peu.

 

Monsieur le propriétaire du bugis, un Indonésien, soudoyé pour pas grand-chose, avait accepté de me prendre sur son navire. Nous avions quitté un port quelconque, pas très loin de Davao, sur les rivages de l’île de Mindanao, pour nous diriger vers les Moluques.

PortDavao2

 

L’intention était, pour le capitaine du navire et son équipage, d’aller chercher du poivre qu’ils descendraient ensuite jusqu’à Surabaya. Quant à moi, je les abandonnerais dans un port des Moluques, pour trouver un autre bugis, afin d’aller jusqu’en Papouasie.

PortDavao

 

C’était avant le temps des lecteurs de mp3, et des appareils photos digitaux. J’avais, dans mon sac, une collection de cd, cependant, et un lecteur qui allait avec. Dans le bugis, il y avait une espèce de mange disque,  dans une cabine centrale où nous traînions le soir et comme mon vacarme à moi changeait agréablement des trois ou quatre disques que les marins avaient entendu jusqu’à plus soif, c’étaient mes cd qui faisaient, en soirée, les frais de l’animation sonore du bateau.

 

C’est ainsi que, bercés par les mélodies provinciales et mélancoliques de Yann Tiersen, nous avions avancé peu à peu, malgré le vent contraire, les cales pleines d’un produit parfumé dont je ne savais rien, et dont il était peut-être préférable de ne rien savoir.

 

Le soir, nous nous arrêtions dans une crique un peu abritée. Les pluies qui, parfois, tombaient fort, sont tout à fait gérables pendant la journée ; nettement moins la nuit, quand elles s’accompagnent d’un léger mouvement de vagues, de vent qui vous détourne de votre route, et de récifs affleurant tout autour des Philippines et, tout particulièrement, dans l’archipel des Sunda. Sous le crépitement de la pluie sur le toit du bugis, nous mangions donc un riz saucé de légumes et d’un parfum de viande, jouions aux cartes jusqu’à plus d’heures, picolions un peu, puis allions dormir. On arrêtait alors la musique, on déroulait les nattes, on se trouvait un sarong et on se couchait sur le sol, à la dure.

 

Seul le capitaine avait sa chambre, une chambre de vieux garçon, tellement remplie de trucs et de machins, tous utiles pour la navigation, qu’il dormait avec nous.

 

Ce voyage reste pour moi tout entier illuminé de la musique de Tiersen. J’en avais deux cd, qui m’avaient été offerts par une jeune femme hollandaise qui partait vers les Célèbes, en échange d’un cd de Satie, que j’avais assez entendu.

 

Plus prudente que moi, ou plus pressée, elle prenait l’avion et allait faire un tour invraisemblable qui allait la faire voyager, en bus d’abord, jusqu’à General Santos, puis en avion, de General Santos à Manille, de Manille à Hanoï, de Hanoï à Saigon, de Saigon à Jakarta, avant d’enfin arriver à Makassar. Elle m’avait promis un message à l’arrivée ; je ne l’ai jamais reçu. Je me demande si elle est jamais arrivée.

 

Les cd sont restés sur le bugis, le jour où on est arrivé à Bobopayo, au Moluques, et où nous nous sommes séparés.

 

En cadeau d’arrivée sur le bateau, j’avais offert deux cartouches de kréteks de contrebande. J’ai offert, en cadeau d’adieu, mes deux Tiersen. Ils avaient, à vrai dire, disparu de ma vue le jour précédent l’arrivée.

 

Yann Tiersen… Je n’ai jamais plus entendu parler de lui. Dommage ; c’était charmant. Espérons que, pour le moins, les marins chapardeurs ont continué à aimer.

 

La mer avait été d’huile, pendant la longue semaine que j’avais passé sur le bateau – les journées, du moins. Les nuits étaient un peu plus rudes. Parfois, à l’arrivée, en fin de journée, devant un îlot verdoyant, nous allions jeter un œil jusqu’au rivage, armés, en cas de présence de cannibales, de pirates et de sales bêtes carnivores.

Island

 

L’idée était plus de se délasser qu’autre chose, du moins, en ce qui concernait les cannibales.

 

La région n’est plus très dangereuse, sur ce plan, et chacun sait parfaitement quelles îles visiter, quand on se promène avec une épouse devenue importune.

 

Sur le plan de la piraterie, par contre, entre la mer de Chine, la mer de Sulawesi, la mer de Java et l’océan Pacifique, la situation était encore, à l’époque, fluide, comme on dit. Les armes avaient donc un sens, et il n’était pas une nuit sans un tour de garde.

 

Depuis, les choses ont changé : les marines des Philippines, d’Indonésie, du Viêt Nàm et de Malaisie y ont mis un coup et les pirates opèrent aujourd’hui un peu plus loin, entre la Chine et les archipels de Micronésie.

 

Il y avait aussi un soleil qui tapait fort ; on ne pouvait mettre la main à l’eau sans qu’un requin veuille tâter la bidoche, et le voyage durait, durait, durait… A mon arrivée à Bobopayo, aussi lent et infernal que fut le voyage terrestre – et partiellement maritime - jusqu’à Ambon, j’avais été ravi de quitter le bateau et m’était juré que c’était la dernière fois qu’on me trouvait sur un bugis.

 

Le temps avait passé et je ne pouvais plus aller jusqu’à l’Irian Jaya, comme on l’appelait alors. A Ambon, j’avais pris un avion pour retourner vers Jakarta, puis vers la Malaisie. C’était partie remise.

10:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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