02/02/2008

D'abord un saut jusqu'à Dubai

Il fait moche à Bruxelles. Je suis arrivé depuis quelques minutes à l’aéroport de Zaventem et, veine, mon comptoir d’enregistrement est vide ou presque. Je m’y précipite, montre mon passeport, dépose mon baluchon et reçois deux billets. Le premier pour aller d’ici à Dubai, le deuxième pour, de Dubai, aller jusqu’à Jakarta.

 

Entre l’arrivée dans les Emirats Arabes Unis et le départ pour l’Indonésie, j’aurai seize heures. Tout le temps nécessaire pour aller, vite fait sur le gaz, voir si Abu Dhabi a changé depuis dix ans.

 

Je me retourne, une fois mes deux billets en main, et nous partons, Binska et moi-même, pour aller vite prendre un verre, histoire de se dire une dernière fois tout ce qui doit l’être, avant que j’aie à filer jusqu’à la porte où mon avion m’attend. C’est au terminal A, le plus lointain.

 

On a le sentiment, quand on s’y rend, qu’on marche jusqu’à la destination.

 

Porte 45, donc…  m’y voilà. Un Airbus Etihad, flambant neuf, au confort sans faille, m’attend, ainsi que deux cent cinquante autres passagers. Le service sera assuré par une équipe internationale parfaitement bilingue, anglais, autre chose mais, selon une expérience récente, jamais ni arabe, ni français.

 

La nuit est tombée alors que nous sommes enfin appelés à faire la file, pour enfin entrer dans l’avion. Un ding dong discret, une annonce dans la belle langue de Vondel, puis en anglais, puis en français.

 

Pour les arabes, c’est la même chose.

 

Parlant d’arabes, je crois bien, regardant autour de moi, qu’il n’y en a pas un seul. Ah, si, un groupe arrive : Monsieur tout de blanc vêtu, un serviteur habillé à l’européenne, et suivi par une dizaine de dames, toutes élégamment habillées en Belphégor. J’imagine qu’il s’agira de la fine équipe voyageant en première classe ? Oui, gagné. Un appel dans la distance et, sur le côté du comptoir d’embarquement devant lequel serpente une longue file de passagers, un employé d’Etihad, dont le faciès indique bien qu’il doit être arabophone, lui, ouvre un passage pour les sept, huit, neuf passagers qui s’engouffrent, dans un bruissement de tissus froissé.

 

Immédiatement après qu’ils aient disparus dans le tuyau qui conduit à l’avion, notre file démare. Les choses vont vite : on vous sourit ; on vous tend la main ; vous déposez, dans la main tendue, votre billet d’avion et votre passeport. Une vérification de routine ; on vous rend votre passeport et la moitié de votre billet.. Cinq minutes plus tard, je suis déjà dans la carlingue, en train de charger mon petit bagage de cabine dans le coffre qui se trouve au dessus de mon siège.

 

Chance : l’avion, sans être vide, n’est pas trop plein : j’ai une place libre à côté de moi, et il n’y a pas de touriste sans gêne à charger le coffre de tonnes de trucs, destinés à abîmer votre propre bagage.

 

Cinq minutes encore, et je débranche mon téléphone portable, après avoir envoyé un dernier texto à Binska ; je sais que ça lui fait plaisir. L’équipage tourne autour des derniers passagers encore debout, les aidant à s’asseoir, afin de permettre à l’avion de démarrer à l’heure.

 

La demoiselle qui s’occupe de mon coin est souriante et attentionnée. J’apprendrai plus tard, au cours de la nuit, qu’elle est Hongroise et qu’elle a commencé avec Etihad depuis quinze jours à peine, qu’elle est ravie par son nouveau travail, et par son expatriation dans un pays où il fait toujours beau.

 

En attendant, on est prié d’être attentifs au film qui nous explique ce qu’on peut faire si l’avion tombe ou explose. Une courte prière ensuite, juste avant que l’avion, maintenant arrivé à son point de départ, fasse hurler ses réacteurs, puis démarre, roule de plus en plus vite, décolle enfin.

 

Cinq minutes après, on peut se libérer de la ceinture et je vais à la découverte de l’avion. Un peu comme mon frangin quand il était petit, je vais d’abord visiter les toilettes. C’est toujours là qu’on découvre tout le bien qu’on peut penser d’un avion, et d’une compagnie aérienne. Les toilettes, sans présenter le luxe extraordinaire d’Eva Air, sont tout à fait adéquates, et grandes. C’est le genre d’endroit où on a plaisir a essayer de faire partie du club des 10.000 mètres.

 

Pour cela, il faut une toilette permettant d’entrer, nuitamment et discrètement, à deux, avec une partenaire joueuse et consentante.

 

Dans un airbus A340, ça doit pouvoir se faire - entrer à deux au petit coin, je veux dire.

 

Retour à mon siège. Je consulte la liste des films, qui est aussi épaisse que le bottin de la province d’Arlon. En plus, avec un souci louable du confort du passager, l’Etihad a fait mettre des films que l’on pourrait appeler classiques, qui vont du Faucon Maltais à Chantons sous la Pluie. Le bonheur…

 

Un petit bémol, que je ferai le lendemain matin. La collection a été tellement passionnante que je n’ai presque pas dormi, regardant film après film, jusqu’à pas d’heure… mais comment se refuser le plaisir de voir jouer, même si c’est pour la énième fois, Louise Brooks ou Humphrey Bogard…

 

Bon, en attendant, entre deux films, je reçois un en cas tout ce qu’il y a de plus correct, accompagné de bière danoise. Un peu de causette avec mon hôtesse souriante, deux heures de sommeil interrompus par la lumière qui s’allume dans la cabine. On arrive.

 

Petit déjeuner rapide, avant que l’avion entame sa descente. Ding dong à nouveau : chers passagers, nous allons bientôt atterrir à l’aéroport de Dubai où il est cinq heures du matin, et où la température est de trente deux degrés. La journée sera pas mal, vous n’aurez pas besoin de votre petite laine.

 

Alors que nous approchons, la vue est sans grand intérêt : de mon hublot, je vois un désert poussiéreux, puis une espèce de ville moderne, destinée à loger tous les étrangers qui s’ennuient ici, tout en gagnant des sous. De l’autre côté, on voit la mer. Bientôt, on rase une palmeraie, puis l’avion se pose avec douceur. Les passagers s’agitent sur leur fauteuil, attendant le moment où ils seront libérés par l’arrêt des réacteurs. Histoire de s’occuper les doigts, chacun rallume son gsm. L’avion va doucement une fois à ADdroite, une fois à gauche, jusqu’à l’instant où il s’arrête devant un bâtiment en forme de soucoupe volante : c’est le terminal de Dubai.

 

Dix minutes plus tard, nous sommes dispersés dans l’aéroport, certains filant vers un autre avion, d’autres ayant le temps. Je fais partie de ces derniers, et vais vers la sortie. Au bureau qui fait office de poste frontière, je tends mon passeport, me le fait cacheter, et me voilà dehors. Il fait chaud, mais sec ; ça me rappelle le Free State. Devant la porte, un chemin sinue jusqu’au garage en plein air où un bus attend, pour prendre quelques passagers vers la ville.

 

En voiture Simone.

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22:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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