13/08/2007

Kyaik Hti Yo

K2Le guesthouse dans lequel j’ai logé la dernière fois est bien décati. C’est, cependant, ce que la bourgade offre de mieux. Les chambres, sous forme de bungalows qui parsèment un grand jardin arboré, sont vastes, aérées, tranquilles. Elles ne sont pas extraordinaires, mais elles restent correctes.

 

On m’a réservé un bungalow, au milieu d’autres, vers le fond à droite, dans un endroit tranquille fréquenté par moi et moi seul. La dernière fois que je suis venu, c’était déjà dans ce coin là qu’on m’avait cantonné.

 

Pas de moustiques par ici. Tant mieux, ça me change agréablement de Rangoon.

 

Or donc, le gosse qui m’attendait à l’arrêt de bus, devant le restaurant du Sea Sar, le gosse, donc, histoire de montrer qu’il mérite sa croûte, me prend mon sac à roulette, qu’il tire par bosses et par trous, sur la piste de terre battue, jusqu’à l’entrée du guesthouse. C’est comme un brouillard de poussière qui le suit.

 

Arrivé au comptoir d’enregistrement, il abandonne mon baluchon devenu rougeâtre en quelques dizaines de mètres et galope vers le restaurant, où son service l’appelle, probablement.

 

Je n’ai pas eu le temps de lui glisser la pièce – enfin, le billet. Ce n’est que partie remise.

 

Un jeune homme en longyi, maigre et élégant, à l’élocution étonnamment parfaite, me reçoit, me fait remplir les documents de police, m’annonce que la chambre me reviendra à tant de dollars la nuit. Oui, en général, l’hôtellerie, au Myanmar, se règle encore et toujours, en dollars américains.

 

Je lui marque mon accord, quant au prix demandé, lui dis combien de nuits je songe à passer chez lui, les paie immédiatement – rien ne vaut la vue du billet vert, ici, pour provoquer un sourire lumineux chez les hôteliers. Devenu particulièrement amène, devant ma touchante bonne volonté, en ce qui concerne le paiement, il me conduit, portant mes bagages, jusqu’à mon bungalow, vérifie les draps, la salle de douche, et me quitte sur une courbette digne des grands hôtels vénitiens, du temps de Marcel Proust.

 

Nous sommes en début d’aprème. Je prends une douche bien froide, histoire de me réveiller et de me dépoussiérer. Su doit être dans son avion, entre Bangkok et Séoul. Il fait chaud, mais pas pénible. On est un peu en hauteur, ce qui fait que l’humidité de la basse plaine est en bonne partie éliminée.

 

En sortant de la salle de bain, je vois passer des gekkos qui courent du mur au plafond. Veine : je n’aurai aucun insecte cette nuit. Par contre, je peux m’attendre à un concert amoureux.

 

Rapidement habillé, je descend jusqu’au restaurant où je prends un petit en-cas, avant d’aller me promener en ville, afin de reconnaître le terrain.

 

Dire de Kyaik Hti Yo que c’est une grande bourgade, riche de son statut de but de pèlerinage, serait un beau gros mensonge. Kyaik Hti Yo, c’est K6un trou. Et c’est même un trou minuscule. Les pèlerins les plus pauvres y viennent en cars omnibus, arrivent à la fine pointe de l’aube après un pénible trajet nocturne, font leur pèlerinage en prenant un camion à ridelles qui les conduit de la place centrale du village jusqu’aux portes du monastère perché sur une colline, à une demi douzaine de kilomètres de là, accomplissent leurs dévotions, redescendent avec le même camion, et prennent le bus du soir afin de retourner à leurs vertes campagnes, ou leur village éloigné où ils arriveront tôt le matin suivant.

 

Les plus riches dorment sur place, après avoir roulé en bus VIP – enfin, VIP… Le matin, ils prennent le chemin rocailleux qui conduit, par bien des détours, jusqu’au rocher d’or. Une fois en haut, ils prient, vont d’un oratoire à l’autre puis, le pèlerinage achevé, redescendent à pieds, s’ils sont courageux et dévots; prennent le camion à ridelle pour redescendre à la gare routière si leurs jambes leur disent qu’il est temps de penser à autre chose.

 

Arrivés au stop du centre ville, ils filent à leur guesthouse, se douchent viennent dîner en ville, retournent tard le soir à leur chambre où ils passent une seconde nuit, puis reprennent un bus raisonnablement confortable pour rentrer chez eux.

 

Les riches, au Myanmar, cela ne fait pas derche. Nous avons, ici, trois guesthouses, quatre peut être, rarement complets, et dont le mien est probablement le mieux équipé. Ensuite, tout à fait à l’entrée du monastère du rocher d’or, il y a un autre hôtel à tout juste cent dollars la chambre, genre cinq étoiles et demie, avec piscine, cuisine dite internationale et, pour les arrivants, deux pistes pour hélicoptères.

 

On y voit régulièrement loger les chefs de la junte, qui viennent prier pour leurs péchés, quelques riches pèlerins chinois et des touristes occidentaux d’un certain age.

 

K1Kyaik Hti Yo, donc… Ce sont quatre rues qui se rejoignent à un carrefour. D’un côté, ce qu’on pourra appeler le centre ville – enfin, l’expression centre village sera plus appropriée – aux chemins de terre battue ; des trois autres, des chemins encore macadamisés, qui conduisent à une école, ou à une station de police, ou encore à un guesthouse entouré de deux ou trois bistrots.

 

Ensuite, ce sera la campagne, et la route redevient alors une piste. Passé le carrefour qui même au centre-ville où je me trouve, il y a la petite place sur laquelle s’arrêtent les autocars, et le restaurant de mon guesthouse.

 

Passé mon guesthouse – enfin, le restaurant qui le précède - c’est le chemin par lequel on va, à pied, jusqu’au monastère. Ce sont alors quatre heures de chemin ardu.

 

K5Je fais tranquillement le tour du village, dans l’après midi qui s’avance, à observer les cochons noirs, les vendeurs de bananes, de mangues, d’ananas, de briquets, de tout et de rien. A tous ceux qui m’abordent, sans pression excessive, je promets qu’on verra demain.

 

Enfin, il est sept heures du soir, et le soleil disparaît entre deux collines. La lumière grisaille, je retourne au restaurant de mon guesthouse pour un petit quelque chose à grignoter, accompagné d’une Myanmar pression.

 

Les gosses continuent à galoper dans la pénombre cassée, sur le côté, par la brillance des néons qui illuminent la salle de mon restaurant d’une lumière cadavérique. La place, dans la distance, est traversée par des porteurs de lampes à acétylène. Le porteur de la lampe est usuellement un père, suivi de toute sa famille et d’un chien au poil hirsute.

 

 Il est temps de retourner à ma chambre. Il va bientôt être neuf heures, et les feux seront éteints à dix. Juste le temps de rentrer, de me brosser les dents, de lire quelques pages, pelotonné sous une mince couverture, en écoutant un peu de Fauré.

23:34 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme urbain |  Facebook |

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