11/08/2007

Le bovidé meunier

Après une tasse coffee mix, bue sur ce qui tient lieu de terrasse, au pied des escaliers, nous décidons de déjeuner sur place. En fait, il y a une demi douzaine de bistrots, chacun avec sa terrasse, et les pèlerins s’y installent, une fois redescendus. Quelques vieux, qui n’ont pas suivi la famille, y traînent, le temps que les enfants redescendent.

 

Ici, c’est la cuisine locale : donc, méfiance quant aux épinards suris.

 

On nous offre un curry traditionnel avec, heureusement, les légumes mis à part. Cela permet de choisir ce que l’on aime et d’éviter ce que l’on n’aime pas. Les viandes arrivent, bien trop cuites, baignant dans une huile odorante. C’est, comme toujours, quand on parle de cuisine birmane, très quelconque mais bon, quand on a faim…

 

Une fois le repas terminé, les filles vont se repoudrer le nez, pendant que les garçons prennent le café. Une fois les grandes manœuvres terminées, Su et Sam reviennent, et nous reprenons la voiture, devant laquelle notre chauffeur attend.

 

Retour à Bagan, via les sucreries du bon vieux temps. En effet, les bœufs boeufqui tournent sans fin jouent aux meuniers. Les champs qui les entourent sont des champs de cacahuètes qui, réduites en poudre, donnent de l’huile aussi bien que des bonbons. Après avoir tournés la journée entière, les bœufs reçoivent leur pitance et, en bonus, une poignée de pâte de cacahuète.

 

J’ai essayé : c’est loin d’être désagréable, et les bœufs sont bien d’accord avec moi. Quand vous tendez la main, remplie de la pâte de cacahuète, ils vous sortent une langue de la taille d’un chausse pied, et vous lèchent d’un geste large, du bout des doigts jusqu’au coude, afin de ne rien perdre. Ensuite, vous êtes bon pour aller vous laver les mains, collantes de bave.

 

alambicDe ces cacahuètes, les paysans font de l’alcool et des sucreries. L’alcool, fraîchement sorti de l’alambic qui est placé derrière la hutte, doit faire dans les soixante dix degrés. Jusqu’il y a une petite dizaine d’années, toute l’industrie fonctionnait avec les bœufs en guise se meuniers. Depuis deux ou trois ans, les machines sont arrivées, et la plupart des bœufs sont à la retraite – ou à tirer la charrue, dans les champs. Le paysage est plus varié, mais il n’y a plus de pâte de cacahuète, à la fin de la journée… Je me demande s’ils y ont gagné.

 

Quoiqu’il en soit, restent quelques bœufs musaïques, tournant sans fin autour d’une pierre à moudre attachée à leur garrot, pour illustrer le bon vieux temps auprès des gosses des écoles, qui viennent à la visite sous la houlette d’un instituteur, et auprès de quelques étrangers. En partant, nous donnons quelques kyats au guide, achetons une bouteille d’alcool fait maison, quelques bonbons que l’on donnera aux enfants le jour suivant. Même au Myanmar, le monde change.

bonbons

 

Quand nous arrivons à Bagan, nous payons notre chauffeur et nous séparons, avec promesse d’aller dîner ensemble, ce soir, après nous être rafraîchis. Quand nous arrivons à notre chambre, Su bondit hors de ses vêtements poussiéreux, de la route, moi aussi, et nous prenons une douche bien méritée. Puis nous sautons au lit.

 

Quand nous nous relevons, Su me dit que, si je suis intéressé, Sam me trouve mignon. Devant mon air interloqué, elle éclate de rire et m’explique que son avion pour Bangkok l’attend, après demain, puis, de Bangkok, une correspondance pour Séoul. Donc, si je n’ai pas envie de rester seul…

 

C’est vrai, nous avions pris nos billets de bus, pour retourner à  Rangoon, demain soir. Mais je ne savais rien des plans de Su. Je dois avoir l’air assez déconfit, et Su me saute dans les bras, avec un rire cristallin, et une rafale de bons conseils, concernant le fait que notre relation ne pouvait pas durer, qu’elle doit rentrer chez elle, que Sam est vraiment jolie, qu’elle en a assez de son compagnon, qu’elle souhaite le larguer au plus vite.

 

Et ce sont les garçons qu’on accuse, usuellement, d’être de vils séducteurs…

 

Quant à moi, incapable de sauter d’une fille à l’autre, de faire le deuil d’une relation comme ça, en quelques minutes, j’ai alors tendance à me réfugier dans un splendide isolement. Ce soir là, quand nous dînons, à quatre, j’essaie de faire bonne figure – je ne sais trop si j’y parviens – tout en regardant parfois sous cape, ébahi, Sam qui m’adresse la parole avec une légèreté qui révèle bien la sournoiserie naturelle des créatures du beau sexe.

 

Jeremy et Samantha prennent le même bus, demain soir, que nous et Jeremy, en toute innocence, propose que nous fassions ensemble notre dernier tour à bicyclette, demain, à travers Bagan. C’est le cocu qui est toujours le dernier prévenu.

 

Impossible de refuser cette promenade à quatre, mais que cela est embarrassant.

 

Cette nuit là, à force de cajolerie – bah, soyons honnête, il n’en faut pas tant que cela – Su m’amène à lui faire subir les derniers outrages, mais j’avoue que, si la mécanique fonctionne, le cœur n’y est pas tout à fait.

22:51 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, perso |  Facebook |

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