04/08/2007

Le mont Popa, ses escaliers et ses sales bêtes

Ding dong, il est six heures et nous devons nous lever. Je file le premier sous la douche, après avoir fait une doudouce à Su qui se réveille piano, piano, après des bâillements de chat qui lui vont particulièrement bien. Quand je sors, c’est pour la réveiller à nouveau, pour lui faire un bisou, un nouveau bisou puis, rigolard, pour la sortir des draps – ou, pour le moins, afin de la redresser.

 

Assise les jambes pendantes au bord du lit, nue, dolente et pitoyable, elle me regarde avec un air de chien battu, au travers de sa frange, puis son œil s’allume quand même, sa bouche aux lèvres pleines esquisse un sourire. Elle secoue la tête d’un geste vif, ce qui remet en place sa coupe au carré, et bondit sur le sol, avant de partir sur la pointe des pieds, rapport aux insectes, vers la salle de bain où elle disparaît.

 

Pendant que je m’habille, j’entends la douche qui coule à flots et vois la vapeur qui sort par les larges interstices de la porte. Su est bientôt de retour dans notre chambre et me chasse, pour lui laisser les quelques minutes dont elle a besoin pour se pomponner, s’habiller, se faire belle. Je vais sur la terrasse, à voir passer les premiers acheteurs qui se rendent au marché. Quant aux vendeurs, ils sont installés depuis une heure, peut-être… Les journées sont longues, ici, pour le petit peuple.

 

J’entends arriver un bruit de pas léger et Su me prend dans ses bras. Une courte étreinte, et nous montons à la terrasse, où, là aussi, le personnel est d’attaque depuis six heures du matin. Thé, toasts avec confiture et un beurre à la couleur brunâtre bien suspecte, mais comestible et un avocat énorme que Su et moi salons, poivrons et nous partageons. Et elle et moi sommes des enragés de l’avocat, ce qui fait rire notre serveur.

 

Il va être sept heures, et nous descendons à la réception, y laissons la clé de notre chambre et nous postons à la porte. Un taxi bringuebalant arrive bientôt, avec notre couple américain à l’intérieur. Les filles s’embrassent, puis embrassent les deux garçons qui se serrent la main. Ensuite, tout le monde salue ou resalue le chauffeur et en voiture Simone.

 

La route entre Bagan et le Mont Popa – c’est ainsi que s’appelle notre destination - est raisonnablement carrossable et notre voiture, une vieille Impala, roule agréablement. Quand je dis qu’elle roule, je devrais dire qu’elle tangue. L’Américain est devant ; son épouse, Su et moi-même nous partageons la grande banquette défoncée de l’arrière. Les vitres restent à mi-hauteur, vu que les manivelles ont disparu depuis belle lurette, ce qui nous donne ce que j’ai toujours été habitué à qualifier de climatisation à l’indienne. Malgré la climatisation, il fait chaud, et la poussière du chemin envahit l’habitacle.

 

bag2Nous passons des bouquets de palmiers, parfois à gauche, parfois à droite. Quelques champs sur lesquels des graminées poussent de manière espacée, des vaches qui baguenaudent, accompagnées d’un veau et, le cas échéant, d’un garçon vacher. Au bord de la route, des bœufs poussent une pierre de moulin, afin d’écraser des cacahuètes.  Ca, je le sais pour l’avoir vu, dans le temps. Cela me permet de briller à peu de frais, auprès de mes compagnons, et le conducteur, impressionné de tomber sur un étranger qui connaît son affaire, opine du chef.

 

D’ailleurs, nous promet-il, nous nous arrêterons à l’une de ces fermes à cacahuètes au retour. Su se serre contre moi, ravie.

 

BagsuiteNous roulons une bonne heure encore, avant d’arriver sur un chemin un peu moins bon que le précédent et qui sinue, cahote, passe à travers des collines, jusqu’au moment où, passé un tournant, nous tombons sur une vue extraordinaire d’un monastère perché au sommet d’une colline digne des pains de sucre brésiliens. Au pied de ce pain de sucre, quelques bâtisses qui font un village dont la population entière vit du pèlerinage organisé autour du mont Toba. La vue est « bluffante », comme disait Marie.

 

Nous nous arrêtons un instant au détour du chemin, entre deux nids de poule, appareils photos à la main. Des enfants sont déjà là, avec des fleurs, des bâtonnets d’encens, des feuillets d’or destinés à recouvrir les idoles. Nous repoussons gentiment les gosses et reprenons, photo faite, la voiture. Moins d’un kilomètre plus loin, notre chauffeur s’arrête devant un établissement à la terrasse duquel il va s’installer, après avoir calé sa roue avec un morceau de bois.

 

popaNous nous arrangeons pour une promenade qui nous ramènera au bistrot dans plus ou moins deux heures, et prenons les escaliers, constellés de merdes de singes et de singes aussi. Ce sont de petits babouins avec un sale caractère, des dents comme s’il en pleuvait, et une volonté de chapardage qu’on croyait réservée aux jeunes des banlieues.

 

Je croyais savoir ce qu’est un petit singe voleur, après l’Afrique, le département 93 et la Malaisie, mais ici, ces petits bestiaux sont vraiment ce qu’on fait de mieux, dans le genre crapule.

 

14:20 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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