03/08/2007

Les pagodes aux jolis serpents venimeux

Les temples les plus populaires, à Bagan, ne sont qu’à peine fréquentés. On y trouve quelques visiteurs et autant de vendeurs de colifichets. Les routes qui y mènent sont défoncées, taraudées de nids de poules. Devant chaque temple, il y a une ou plusieurs carrioles avec un cheval devant et un cocher dessus, qui attendent un client en visite.

 

Bag3Dès qu’on va faire le tour de temples moins connus, on se retrouve seuls, sur des routes souvent meilleures, sans vendeurs et sans calèche. C’est aussi là qu’on peut trouver des chauves souris, dans les plafonds, et des serpents, dans les champs et les jardins qui entourent les pagodes. Mise au courant, Su refuse de marcher la première et me suit, à petits pas, me tenant à la ceinture, regardant d’un côté et de l’autre, quand je marche avec la plus grande prudence au milieu du chemin, en faisant tout le bruit nécessaire pour que les serpents s’éloignent.

 

En fait, si le chemin, pour aller jusqu’à la pagode, est usuellement dans un état raisonnable – il en est même une à laquelle on accède par un chemin macadamisé -, ce sont dans les sentes qui permettent de faire le tour du propriétaire que l’on peut tomber sur des scorpions, des os et des serpents. Et puis, il y a les vaches qui entourent, paissant paisiblement, les pagodes.

 

 

Bag1

 

Parlant de serpents, dans la région, il en existe une espèce aux jolies couleurs jaune et verte, qui sont particulièrement venimeux, et toujours prêts à la castagne, dès qu’il s’agit d’attraper une proie innocente. Mais ce sont alors, dans le cas de ces serpents, des grimpeurs qui, une fois tapis sur la branche maîtresse d’un arbre ou dans les architraves d’un portail, attendent que vous passiez en dessous et se laissent alors tomber sur vous pour vous achever d’un coup, d’un seul.

 

Si vous êtes mordu, une seule solution : pendant les deux minutes qui vous restent à vivre, demander à votre compagnon de vous donner l’extrême onction, avant que vous rencontriez votre créateur. Si vous êtes seul, selon le même principe, faire votre acte de contrition, tant que vous êtes conscient, et remettre votre âme à Dieu. Ou alors, vous aviez du sérum avec vous, mais qui y pense… et surtout, si vous y avez pensé, en quel état est-il, après quelques mois de promenade…

 

Pour en revenir à ces aimables bestioles, j’ai ainsi eu, il y a quelques années, la chance d’être raté – de fort peu – par un serpent qui allait se laisser tomber sur moi du haut d’un portail, et qui avait même entamé sa chute, quand je m’étais, je ne sais pourquoi, arrêté soudainement. Une seconde plus tard, le serpent tombait juste devant moi et, ayant raté son coup, se sauvait de toute la vitesse de ses tortillements. On ne l’imaginerait pas mais un serpent, l’air de rien, ça va vite.

 

Quoiqu’il en soit, Su, qui est admirable en ce qui concerne l’effort physique, joue les petites filles effrayées dès qu’il s’agit de se promener dans la nature. Guêpes, lézards, bœufs, minuscules quadrupèdes poilus, se sauvant entre les herbes, serpenteaux, veaux, chiens et chats, tout crée la bonne occasion pour qu’elle se colle à moi, me tenant à la ceinture. Je ne me plains pas vraiment.

 

Les pagodes que nous visitons sont incroyablement belles, et je ne comprends jamais pourquoi elles sont négligées par le voyageur.

 

Temple

Une raison, bien entendu, mais elle me semble si pauvre, est que ces pagodes sont hors du circuit facile. Elles réclament, en effet, un peu d’huile de jambes : pour aller les voir, on doit faire une toute petite dizaine de kilomètres supplémentaires, par rapport au trajet usuel. Ou alors, on se réserve une journée rien que pour ces pagodes, et ce n’est certainement pas épuisant. Su et moi nous sommes offert ce jour de plus qui permet de voir ce qui n’est jamais vu. Mais ce n’est pas tous les jours que l’on vient à Bagan… Bon, il me faut imaginer que le « been here, seen that » n’est pas exclusivement touristique.

 

De plus, depuis deux ans, il semble que les locaux aient fait une chasse farouche aux chauves souris. Dans le temps, chacune des anciennes pagodes puait la merde produite par des troupes serrées de chauves souris, collées aux voûtes en arcs-boutants. On marchait sur des crottes craquantes qui maculaient le sol. Aujourd’hui, les odeurs ont diminué et la crotte semble avoir disparu. Il est difficile d’imaginer que la population entière de ces sympathiques animaux, qui nous débarrassent avec un enthousiasme louable de tout ce qui ressemble à un insecte piqueur, aurait été dévorée par les indigènes.

 

Il me faut donc imaginer qu’à force de cris idoines, les gardiens des pagodes ont conduit les chauves souris à se sentir malvenues et qu’elles sont alors parties vers d’autres cieux. Pas trop loin, j’espère, rapport aux moustiques.

 

Su et moi retournons, en fin de journée, au guesthouse : nous prenons une douche, nous faisons l’amour, nous reprenons une douche, nous nous changeons et allons dîner. Il y a une dizaine de restaurants qui visent les étrangers, aujourd’hui. Nous devons rencontrer notre couple américain, pour nous arranger de manière certaine, à propos de notre expédition de demain matin. Arrivés à notre restaurant, l’affaire est rondement menée lors du dîner : nous nous quittons alors qu’il n’est pas encore neuf heures, afin de nous coucher tôt. Demain, rendez-vous à notre guesthouse à sept heures.

 

Quand nous nous enlaçons, Su me dit qu’elle m’aime, en anglais et en coréen. En Coréen, c’est charmant. Je me demande parfois si elle n’a pas un ami qui l’attend à Séoul. Je ne sais rien d’elle, son bavardage incessant, ses questions ininterrompues sont une armure qui fonctionne bien. De mon côté, Kina était l’un de mes jokers.

 

Antoine aussi.

 

C’est sans doute l’essentiel de ces rencontres de voyage. Ni l’un ni l’autre ne cherche trop à savoir, chacun préserve ses mystères, ses secrets, sa pudeur et sa vie. Les choses changent, bien entendu, si la relation s’approfondit. Cela ne m’est arrivé qu’une seule fois ; c’était sur les Pérenthiennes.

 

Mais bon, trêve de souvenirs. Il faut aller dormir ; demain, nous devrons nous lever tôt, et le voyage, que j’ai fait une première fois il y a cinq ans, est délicieux. Il serait malheureux que Su s’endorme au milieu de ce périple.

03:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, cyclisme |  Facebook |

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