24/07/2007

Par la rivière

Les gosses et le Myanmar… Il faut comprendre que si, dans toute l’Asie du Sud Est, il est naturel de mettre les enfants au travail, pour aider la famille, les limites sont nettes dans la plupart des car : hors le Cambodge où, puisqu’il n’y a pas de famille, il n’y a pas de frontière, la famille asiatique demande aux enfants une aide en rapport avec ses capacités. De toute manière, l’enfant est scolarisé et ne peut travailler, dans le restaurant familial, ou dans la boutique du voisin, qu’à des heures très limitées.

 

Au Myanmar, par contre, il est certain que les heures scolaires sont très aléatoires. Tous les enfants ne sont pas scolarisés, loin de là, et peuvent donc travailler à tout moment. La situation, du point de vue européen, est donc particulièrement noire, même si elle ne l’est pas vraiment, du point de vue asiatique, où elle serait simplement décrite comme un peu plus dure que la normale, et rien de plus.

 

Tout cela pour dire que nous avons tendance, nous, les étrangers, à faire ce que nous pouvons pour remonter le moral de gosses qui n’en attendent pas autant de notre part. Quand je tombe, à Bagan, sur des gosses qui sont au travail, comme aide maçons, aide mécaniciens et autre aide charpentiers, j’ai tendance, peut-être avec un sentiment du pitoyable erroné, à leur refiler des bonbons. Ca leur fait plaisir, ça me fait plaisir, ça me fait croire que j’aide un peu ces gosses à vivre leur enfance. J’imagine que, en réalité, je fais plaisir aux dentistes qui, dans peu de temps, auront du travail jusque par-dessus la fraiseuse, grâce à moi.

 

Su et moi avons donc un ou deux sachets de bonbons dans nos sacs respectifs, sachets qui nous permettent de nous sentir bons samaritains et qui, en réalité, sont destinés à faire exploser le budget santé du pays.

 

Heureusement, tôt ou tard, les gosses deviendront ados et se mettront à mâcher du bétel. Leurs dents tourneront d’un beau rouge sanguinolent, pourriront sur racine et, pour cela,  je ne serai pas responsable. En attendant, la marque de bonbons Kiki, qui appartient à la junte, aura fait fortune.

 

Nous voilà partis en goguette, vers le nouveau Bagan. Il y a une dizaine d’années, le gouvernement a déplacé tous les habitants de Bagan vers l’extérieur de la ville. Il leur avait été promis un lotissement avec eau courante, électricité, que sais-je… sur lequel il n’y aurait plus qu’à installer les maisons modernes dont les habitants avaient besoins, et pour lesquelles le gouvernement les aiderait.

 

Inutile de finir le tableau : à l’arrivée à New Bagan, il n’y avait pas de conduites d’eau, il n’y avait pas de prise électrique, il n’y avait pas de rues, il n’y avait rien. Il n’y aurait jamais aucune aide gouvernementale pour la construction des nouvelles habitations. Les promesses se résumaient, dans les faits, à nada et peau de balle.

 

Les anciennes maisons avaient été abattues à coups de bulldozer, les derniers habitants à peine partis. Plus cocu, tu meurs… Les pauvres ont donc dû faire, contre mauvaise fortune, bon cœur. Ils ont reconstruit comme ils l’ont pu des maisons de bois à la traditionnelle, sans eau courante et sans électricité. Ils ont refait leurs propres rues, sont parvenus à faire du terrain vague où ont les avait jetés, un village qu’on peut visiter sans que l’embarras vous étouffe.

 

Il y a quelques échoppes qui fabriquent et vendent des laques de mauvaise qualité, deux ou trois épiceries qui débitent, à des misérables, ce que les misérables sont aptes à acheter : les produits les plus basiques que l’on peut imaginer. Il y a enfin quelques guesthouses qui se sont installés, avec l’espoir qu’un jour les touristes viendront en rangs serrés et que les chambres d’hôtel seront rentables. Quand il y a de grandes fêtes bouddhistes, le pari est aggné. C’est aux alentours de deux semaines par an.

 

Avant d’arriver à New Bagan, il y a le fleuve, le long duquel on trouve des cultures maraîchères étonnantes, carrés de verdure, perdus au milieu des limons sablonneux d’une rivière qui est pour l’instant au plus bas. C’est par là que nous avons commencé notre promenade, après avoir abandonné nos vélos sur une petite place, devant une maison où des gosses nus jouaient ensemble. Sur la place, des bœufs au bât attendent leur maître, pour aller aux champs. Les contreforts des berges sont pourris de mauvaises herbes, d’ordures jetées à flanc de rivière. Les chèvres et les serpents y vivent en toute liberté. Su avance d’un bon pas, en faisant tout le bruit nécessaire pour éloigner les serpents.

 

bacIci et là, le fleuve est tacheté d’une coquille de noix qui fait bac, et transporte quelques personnes pour une somme modique. J’ai, il y a deux ans, fait l’aller-retour pour me retrouver dans un hameau identique à celui où, de ce côté ci, le bac s’arrête : un bistrot dont la terrasse dangereusement trouée peut accueillir deux tables, une dame plâtrée de tanaka, qui vous vend un coca tiède pour trois fois rien, des gosses qui vous entourent et vous observent, un immense sourire sur les lèvres. Su veut voir, bien entendu, et nous traversons donc.

 

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Rien n’a changé et, après notre verre bu sur la terrasse du bistrot d’en face, nous rentrons à Bagan, via le port affairé des petits hommes, pour continuer notre route, une fois les vélos récupérés. Ils n’ont pas bougés de devant la porte de la maison aux enfants qui font bonne garde, avec les bœufs qui, eux non plus, n’ont pas bougé et surveillent paisiblement la scène.

 

Nous distribuons quelques bonbons qui comblent de joie les petits et reprenons notre route pour New Bagan : quelques montées, quelques descentes, une petite dizaine de kilomètres. Nous voilà arrivés à la pointe sud de notre voyage : nous pouvons maintenant, par les chemins peu fréquentés, commencer à visiter les temples.

05:22 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/07/2007

Entrée au noviciat

Chez monsieur le restaurateur Indien, la règle est simple : vous aimez ? Vous payez. Vous n’aimez pas ? Vous ne payez rien. Comme nous avons beaucoup aimé, nous payons, et rentrons à l’hôtel, d’abord à pieds puis, quand un cyclo nous aborde, en vélo taxi. La distance n’est pas bien longue, mais le repas, accompagné d’un apéro et d’une grande bière, nous a un peu cassé les jambes, bien utilisées aujourd’hui. Et puis, il faut que tout le monde vive… Nous discutons à peine le prix du conducteur et roulons jusqu’au guesthouse.

 

L’exiguïté de la banquette  permet à Su de se serrer contre moi et je dois dire que je la laisse faire, un peu avec philosophie (c’est ce que je me limiterais à écrire, si j’étais faux cul), beaucoup avec plaisir. Nous rentrons à l’hôtel, nous brossons les dents, faisons l’un, puis l’autre, un arrêt pipi en solitaire. Je me couche dans mon lit à moi et Su, avant l’extinction des feux, vient me donner le baiser du soir. La joue gauche pour le premier, la joue droite pour le deuxième, les lèvres pour le troisième. Puis elle attend. Il ne me reste qu’à lui proposer d’entrer dans mon lit, avant qu’elle ne se fasse pas attaquer par les moustiques.

 

En fait, il n’y a pas de moustique dans la chambre, puisque, chaque soir, quand nous partons dîner, on allume l’un de ces serpentins qui les chassent. Mais il faut bien trouver une excuse pour l’inviter… Et, à dire en faveur de Su, elle n’aborde pas le sujet du serpentin moustiquicide, et rentre dans mon – dans notre – lit  sans se faire prier.

 

Le lendemain, je me réveille à mes heures, glisse mon bras de dessous la nuque de Su dont le doux ronronnement féminin est audible, maintenant que sa bouche se trouvait à moins de dix centimètres de mon oreille. Autrement, le bruit de la clim – oui, une chambre à cinq dollars pour deux, avec la clim’ ! Une clim’ poussive, certes, mais une clim’ en ordre de marche… - le bruit de la clim’, disais-je, couvrait tout.

 

Après cela, c’est ma douche, rasage, brossage de dents, habillage, dans la chambre, pendant que Su continue à fermer les yeux très fort. Ensuite, je viens à son côté, lui chuchote à l’oreille que les chauves souris grillées l’attendent et moi aussi, lui effleure les lèvres du doigt, le front de la bouche, et la laisse tranquille quand elle me jure de sa petite voix, les yeux fermés et les cheveux en bataille, qu’elle se lèvera dans un instant et que je dois, avant de quitter la pièce pour la laisser de pomponner, lui donner un bisou.

 

Il va sans dire que nous raterons les chauves souris, une fois de plus. Quand Su parvient finalement à se lever, il va être neuf heures. Nous déjeunons pendant qu’elle gazouille et préparons notre équipée du jour, la location des vélos, le départ vers New Bagan. Hier soir, nous sommes tombés sur un couple d’américains avec lequel nous avions voyagé de Mandalay à Bagan, et ils ont affrété un taxi pour aller au mont je ne sais plus quoi, où un temple extraordinaire requiert notre attention pleine et entière. Nous les accompagnerons et ce sera demain.

 

En attendant, nous sommes aujourd’hui, et c’est donc la route vers New Bagan, qui se trouve un peu vers le sud du site, que nous visons. De là, si le plan que nous avons n’est pas faux, nous irons sur les routes moins fréquentées du site, voir des temples au moins aussi beaux que les temples les plus connus, et usuellement vides. Le périple doit faire aux alentours d’une petite vingtaine de kilomètres.

 

Quand je vois comme Su a bien tenu le premier jour, ce programme ne m’inspire aucune inquiétude. Je note cependant qu’elle a fait, cette fois ci, l’impasse sur le maquillage. Ce n’est plus nécessaire, puisqu’elle est arrivée à ses fins ? Ou bien a-t-elle admis que la chaleur lourde, plus les efforts démesurés qu’il est nécessaire de faire, quand on roule le long des pistes poussiéreuses sur des vélos pourris, tout cela n’était pas propice au maquillage ?

 

schoolAlors que nous sortons de l’hôtel et allons chercher nos vélos, passe la procession des novices, accompagnés par leurs familles, leurs amis, précédés de bonzes et de nonettes. Les gosses des écoles ont, toutes affaires cessantes, abandonné les jeux de la récréation. Le nez écrasé contre les grillages de la cour d’école, ils admirent le spectacle. Nous aussi.

 

 

 

 

 

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Ensuite, une fois que sont passés les novices magnifiquement habillés de vêtements de lumière, accompagnés de la ville entière, nous enfourchons nos vélos et nous lançons dans notre promenade, une bouteille d’eau dans le panier de notre vélo, quelques bonbons pour faire plaisir aux gosses. La journée sera longue.

15:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, visites |  Facebook |

19/07/2007

A vélo, sur les chemins de terre

Au bout d’une bonne heure, je dois admettre que Su est une cycliste autrement plus solide que je l’imaginais. Les chemins de Bagan sont infects. Il y a deux routes parallèles macadamisées, jointes tout à fait vers la fin, quand on arrive au fleuve, par une transversale, macadamisée elle aussi. Tout le reste, c’est de la route de terre. Quand il a un peu plu, c’est sans problème car toute la poussière de la route est lavée et on pédale sur un chemin de latérite. C’est facile.

 

Par contre, quand il fait sec – et il n’a pas plu ici depuis plusieurs jours, malgré le ciel habité de nuages – la route devient poussiéreuse et le chemin est rendu difficile pour les vélos, de par son épais coussin de poussière.

 

Bagan, à l’époque de sa splendeur, c’était, dit-on, une vingtaine de milliers de temples, d’oratoires et de stupas, à la gloire de l’Empire Birman du douzième siècle. Debouts, aujourd’hui, il en reste aux alentours de trois mille, sur une surface correspondant au quart de Bruxelles. Trois mille temples, oratoires, stupas, plus ou moins bien gardés en état, plus ou moins bien restaurés, à la suite des dégradations du temps et des tremblements de terre. Si on veut tout visiter, on a du temps devant nous… Mais le plaisir de Bagan, c’est de se promener à l’aventure, sachant qu’il y a quelques incontournables, certes, mais qu’il y a des merveilles à chaque coin de route. On range alors son vélo, dans la poussière de la route, et on va y voir.

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Le premier temple où nous nous arrêtons est un temple de genre indien, Bag2inhabituel ici. Du temps qu’il était totalement abandonné, il était entouré de serpents qui vous cherchaient assez méchamment. J’ai ainsi le souvenir, la première fois que j’y suis rentré, d’un pas hésitant, d’un serpent qui me visait, de toute évidence, et qui, accroché au plafond par des moyens que je ne puis imaginer, m’était tombé dessus, me ratant cependant d’un bon dix centimètres… J’avais, en effet, au tout dernier instant, arrêté mon pas. C’est sans doute la raison pour laquelle je vis toujours. C’était une sale petite bête d’une cinquantaine de centimètres au dos vert, au ventre jaune, probablement venimeux au possible, qui s’était éloignée à une vitesse étonnante, une fois son coup raté.

 

Après cela, j’ai toujours fait attention, en entrant dans un temple, à ce qui pouvait traîner dans les voûtes. Usuellement, vu l’odeur, on savait ne pouvoir y trouver que des chauves-souris, qui criaillent dès que vous les dérangez, et s’envolent d’un coin de la voûte de la pagode à un autre.

 

Quant aux chauves-souris criaillantes, rien n’a changé, ni quand aux vendeurs qui vous harponnent, devant les temples les plus populaires. Mais devant ce petit temple indien, personne. Dommage, car les équipes Bag3en charge de la restauration des pagodes ont fait ici des merveilles, ces derniers temps. Là où il n’y avait qu’un buisson qu’il fallait franchir, pour arriver jusque sous la voûte où les serpents vous attendaient, il y a aujourd’hui un chemin praticable. L’entrée est maintenant bloquée par une grille, et deux spots de lumière arrosent de manière permanente deux Bouddha couchés parfaitement charmants. J’y vais avec Su, qui adore. Elle est elle-même bouddhiste, du genre flemme, mais toujours prête au geste convenu, par habitude. Un petit Wa ne fait de mal à personne, et les Bouddha sourient.

 

Je parle de ce temple parceque, pour y arriver, il faut prendre, un court instant, un de ces chemins qui font mal aux mollets des jeunes filles qui ne savent pas ce qu’est un vélo. A ma surprise, Su se débrouille on ne peut mieux sur ce chemin, puis sur d’autres. Nous ferons une journée entière de route, difficile parfois, sans que jamais elle ne rouspète. On s’arrête parfois, pour recharger les accus et trouver des bouteilles d’eau. A midi, on déjeune d’un curry traditionnel birman, qui reste égal à lui-même. Elle tient le coup d’une manière admirable et, avec un maquillage qu’elle est parvenue à faire disparaître sans que je le remarque, transpire à peine.

 

Arrêts ici et là, nous nous laissons attaquer par les vendeurs de colifichets, sur les sites les plus populaires, et allons notre chemin pour aller voir des pagodes à peine connues, toujours admirables. Au cours de nos conversations, je vois qu’elle restera cinq jours, tout comme moi, à Bagan, et qu’elle est preneuse de tout ce qui peut être vu. Visiblement, elle m’a à la bonne et serait heureuse de continuer à partager notre chambre. Bon, c’est d’accord pour moi, même si j’ai quelque part comme un chatouillement d’inquiétude. Bah, on verra bien.

 

La journée se passe comme se passeront les suivantes, sur le plan des visites, à voir de lourdes structures du douzième siècle, dans un état souvent admirable, raisonnablement bien conservées par des équipes de l’ONU. Quand on monte sur les plus grands temples, la vue est extraordinaire : on a le sentiment d’une champignonnière de pagodes. Chaque groupe de pagodes est entouré de… de rien, ce qui rend ces groupes d’autant plus émouvants.

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A la fin de la journée, retour à l’hôtel ; douche pour Su, douche pour moi, ballet de rhabillage à la provoc pour Su, à la discrète pour moi. Nous partons dîner chez Monsieur l’Indien, installé près de mon ancien hôtel, le New Heaven, toujours complet, de par les fêtes de noviciat qui se préparent pour demain.

13:48 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cyclisme |  Facebook |

15/07/2007

Rats grillés, chauves-souris à l'étouffée

Les marchés de Birmanie se suivent, et ne se ressemblent pas. Celui de bagmarket1Myingyan, minuscule bourgade dont la seule raison d’être est qu’elle tient la porte de l’ancienne cité de Bagan, et dont le nom est oublié aussi vite qu’il est prononcé, tant Bagan reste La Mecque des voyageurs qui vont au Myanmar, celui de Myingyan, donc, c’est deux allées de cinquante mètres chacune, le long desquelles des dizaines de vendeuses accroupies, côte à côte, vendent des légumes, des fruits, du poisson encore vif et, dans un coin, un abattoir de fortune débite de la viande.

 

De la viande, rôtie, il y en a aussi au beau milieu du marché, le long des deux allées. Ce n’est pas de la viande fraîche, donc pas de problème. Le problème, c’est moi qui le vois, ou qui l’imagine, quand je note que ce bagmarket2qui est vendu, ce ne sont pas les habituels poulets grillés, mais plutôt des rats et des chauves-souris. Bon appétit… Certes, c’est peut-être bon, mais il est difficile de franchir le pas, et d’essayer.

 

Je dois bien être le seul, sur le marché, à me poser de telles questions existentielles, car le chargement des deux dames vendeuses, qui de rats grillés, qui de chauves-souris grillées, leur chargement, donc, est déjà bien entamé. Les affaires marchent. Tant mieux pour elles.

 

Sur le côté, puisque nous sommes à Bagan, quand même, il y a un deuxième marché, couvert, lui, composé d’échoppes qui débitent principalement des babioles touristiques. Mais ces échoppes débitent aussi tout ce qui est objet manufacturé - mal manufacturé, puisque made in Myanmar. Il y a donc les sempiternels T-shirts, des clochettes cubiques aux ornementations bouddhiques dont le battant est un clou rouillé, des gongs de temples, ou de marchés, en airain. On trouve aussi tout un matériel de cuisine, des pièces mécaniques d’occasion, des fours, des chaussures presque neuves.

 

Je me balade une petite heure bien tranquille, sur le marché, avant de retourner vers l’hôtel. Ce matin, je me suis, comme toujours, réveillé à l’aube et, n’ayant aucune raison particulière de traînailler au lit, je me suis glissé hors de la chambre, après m’être tout juste brossé les dents et habillé dans la pénombre de la chambre endormie. Le reste attendra le réveil de Mlle Su.

 

Retour d’abord à la chambre. Je crois entendre du bruit, et préfère frapper, à tout hasard. Su vient m’ouvrir, enveloppée de son drap de douche et déjà maquillée. La pauvre, elle ne sait pas ce qui l’attend aujourd’hui. Autant Mandalay est raisonnablement frais, en saison chaude, autant Bagan est pesant. De plus, un seul moyen de se promener – hors le char à bœuf : un vélo loué, qui est rarement dans un état parfait, qui demande des efforts démesurés pour avancer, qui vous fait donc abondamment transpirer, même quand vous êtes un bon cycliste amateur. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne vois pas Su comme sportive hors pair. Bah, elle prendra un char à bœufs, ou une calèche à deux chevaux…

 

Enfin bref, pour revenir à notre affaire, Su est levée, douchée, maquillée, et songeait à s’habiller quand j’ai frappé et qu’elle m’a ouvert. Nous en revenons à la situation d’hier soir. Pendant qu’elle occupe la chambre, à voir ce qu’elle va mettre, je me réfugie sous la douche. Dans la salle d’eau, je lance donc la douche, ce qui me permet de cacher tous les bruits naturels de … de tout ça, quoi. Les besoins naturels étant satisfaits, je me douche, me rase et me rebrosse les dents, puis me replonge avec délice sous l’eau froide. Enfin, je m’emballe dans une serviette de bain. Cela fait, je refrappe, à tout hasard, à la porte de la chambre, afin de savoir si je peux sortir. Oui, me dit Su qui ajoute qu’elle est presque prête. Je rentre dans la chambre et, effectivement, Su est presque prête – si on estime qu’être, pour une fille, en soutien à balconnet et petite culotte genre pousse-au-viol, correspond à être vêtue. Je parviens à ne pas la fixer avec un air de malade – c’est difficile – et à me diriger, dans mon splendide uniforme de Belphégor, sous son œil amusé, vers ma valisette dont je sors les caleçons et la chemisette qui feront mon bonheur aujourd’hui.

 

La soirée d’hier a été amusante. Après s’être racontée dans le moindre détail, dans l’ingénuité la plus totale et, pour un européen comme moi, parfois la plus embarrassante, Su a commencé à s’intéresser à ma petite personne, me posant des questions que je n’imaginerais jamais poser à des personnes que je connais intimement depuis dix ans. Une différence entre les sexes ? Une différence culturelle ? Ou bien est-ce simplement Su, telle qu’elle est ? Que je sache, les Coréens sont, usuellement, d’une pudeur qui confine à la pudibonderie. Disons que c’est Su, alors. Je n’ai dit que ce que je voulais bien dire et ai utilisé le joker à plusieurs reprises, sans jamais décourager Su. Elle me rappelle l’enfant d’éléphant, cher à Kipling.

 

Sauf le nez.

 

Enfin, en général, sauf le physique.

 

A part cela, nous nous étions arrêté au premier restaurant, un bar à salades délicieuses pour qui aime les avocats. Nous y avons dévoré, Su après son autobiographie et entre deux questions, moi entre deux réponses. Puis nous sommes rentré et, après un brossage de dents méticuleux dans la salle d’eau, Su s’est tout naturellement déshabillée dans la chambre, sous mon nez, jusqu’au moment où elle a arrêté le spectacle en plein milieux, vu que je piquais un coup de fard pas mal, probablement. Elle m’a innocemment demandé si ça m’embêtait d’éteindre la lumière ; j’ai bredouillé je ne sais quoi, et ai tourné l’interrupteur.

 

Je l’ai entendue se coucher quelques secondes plus tard, et me souhaiter une bonne nuit. J’ai retourné les vœux et me suis couché à mon tour, dans mon petit lit à moi, les yeux grands ouverts, à me demander ce qui se passait. La provoc, je veux bien, mais à ce point ?

 

Bon, vu la fatigue du voyage cahotant, je me suis quand même vite endormi.

 

Ce matin, donc, je tombe sur une Su dans une tenue qui ferait dévier Sa Sainteté le Pape de sa voie rigide et toute de vertu plombée. Pendant que je vais héroïquement m’habiller à côté, j’entends que Su continue ses préparatifs pour être presque, voire complètement, prête, et quand je sors, c’est tout bon. Elle est jolie comme un cœur, dans une tenue à la fois simple, modeste et qui tape dans l’œil. C’est certainement le maquillage.

 

Nous montons à la terrasse pour le petit déjeuner, je lui raconte, entre deux toasts, le coup des chauves souris roties, et elle trépigne d’impatience à l’idée d’aller voir ça. Je lui promets que nous y irons aussitôt le petit déjeuner terminé. Elle presse le mouvement, du coup.

 

Nous descendons bientôt les escaliers au galop, pour aller voir les viandes roties du marché, passant devant un bus-camion qui fait quotidiennement, depuis soixante ans au moins, le trajet entre Bagan et Bagan.

superbus

 

Trop tard pour les rats et autres chauves-souris : les plateaux des deux vendeuses sont vides. Devant l’air déçu de ma compagne, je lui jure que nous reviendrons demain matin, tôt. Promis ? Oui, promis.

 

Bon, cela veut dire qu’elle restera à Bagan au moins deux nuits, trois jours. Manifestement, elle a décidé de faire chambre commune avec moi, tout le temps qu’elle sera à Bagan. Mais la journée ? Hier soir, je lui ai signalé l’existence des calèches à chevaux, et des chars à bœufs. Maintenant que je parle vélo, elle me suit chez le loueur sans songer un instant à autre chose. Bon, on verra bien si elle tient le coup. Nous chipotons un peu les vélos, et en choisissons deux qui ont l’air raisonnables, avec des pneus qui ne se dégonflent pas, des freins qui freinent, et même trois vitesses qui ont l’air de passer, une corbeille, sur la roue avant, dans laquelle on peut placer notre nécessaire de déplacement. Su a un petit sac, avec son appareil photo et une bouteille d’eau fraîche. Il en est de même pour moi.

 

En avant, sur la route bosselée.

23:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : velo, vetements, animaux, cuisine |  Facebook |

14/07/2007

Bagan by night (première nuit)

Je monte à l’étage pendant que Su prend sa douche. L’hôtel est effectivement des plus corrects. Vu le prix – cinq dollars la chambre double – il peut ! Quand Su et moi sommes monté dans la chambre, nous avons eu l’heureuse surprise de noter que c’était, comme usuellement au Myanmar, une chambre pour deux personnes, avec des lits jumeaux. La salle de bain – enfin, de douche – est impeccable. La chambre est sise au premier étage et donne sur la grand rue, morte à cette heure ci. Nous avons même un petit balcon dont la porte-fenêtre est soigneusement fermée, rapport aux moustiques toujours possibles.

 

Or donc, nous avons déballé nos petites affaires, choisi un lit chacun et j’ai offert la première place à Su, vu que les filles sont toujours plus enragées de propreté et de nettoyage que les garçons.

 

C’était comme ça dans la cour de récré des primaires, où les garçons se roulaient dans la poussière pendant que les filles nous regardaient dégoûtées, se chuchotant des choses entre elles, qui ne devaient pas être flatteuses pour nous ; c’était toujours ainsi dans les secondaires, quand nous jouions au rugby ou au fouteballe, dans la boue, alors que les filles ricanaient dans leurs vestiaires, et allaient faire de la gymnastique à prétentions artistiques. Ca a continué pendant notre service militaire, ou on a rampé dans les champs, avec des rafales de mitrailleuse tirées juste au dessus de nos têtes, pendant que les filles  allaient à l’université, faire infirmière ou institutrice, nous regardant comme si on était des porcs tout juste sortis de l’auge, quand on venait en permission.

 

Enfin, là, ça avait commencé à changer.

 

Il n’empêche que les attitudes féminine et masculine envers la propreté divergent profondément. Qu’un garçon fasse le ménage tout seul, tranquille, dans son appart’ qu’il a tout seul à lui, ou qu’il fasse le ménage sous la supervision de sa fiancée, de sa petite amie ou de son épouse toute neuve, il se rend vite compte que les notions de propreté qui sont les siennes n’ont que peu à voir avec celles de l’Adolphina qui le surveille, le rouleau à pâtisserie à la main.

 

Bref, il est certain que Su a bien davantage besoin d’une douche que moi. Il est donc naturel que je lui donne la priorité de la douche. Nous convenons d’une absence d’une quinzaine de minutes de ma part, et je file donc à l’étage. L’étage, c’est une terrasse, sur laquelle se prend le petit déjeuner. Tout autour, Bagan endormi, ou presque. On voit, dans la distance, quelques ampoules de couleur, qui signalent la présence d’un restaurant. La dernière fois que je suis passé à Bagan, il devait bien y en avoir, en tout, une dizaine. Puisque ces deux dernières années, le nombre de visiteurs semble avoir progressé, il me faut supposer que je pourrai choisir entre une vingtaine d’établissements ?

 

Quand je dis que le nombre de visiteurs semble avoir augmenté, je dois ajouter que, la première fois que je suis venu à Bagan et au Myanmar, et en Asie du Sud Est, c’était lors de la première grippe aviaire, qui avait terrorisé la terre entière. Bangkok était vide de touristes, le Myanmar, déjà pas trop loti, à la grande satisfaction de la junte au pouvoir, en terme de voyageurs étrangers, n’avait littéralement personne. Je me souviens que, lors de ce premier séjour à Bagan, nous étions onze promeneurs étrangers. On s’était retrouvé, un soir, au seul restaurant qui fonctionnait en ville, enfin, en ville, sans espoir de recevoir d’autres clients. La dernière fois, il y a deux ans, donc, nous devions être une petite centaine. Vu la taille gigantesque de Bagan, ça ne dérange pas.

 

Entre les fentes de quelques volets filtre parfois de la lumière. Tout le monde n’a pas l’électricité, et il n’est pas inhabituel que, de toute manière, l’électricité saute. C’est vrai partout dans le pays, de la plus petite bourgade à Rangoon. Quand l’électricité fait défaut, pour les hôtels et les gens fortunés, il y a alors les gégènes qui se mettent en marche et dont le ronronnement berce la nuit. Pour les autres, il y a toujours des bougies…

 

Il y a aussi les moustiques qui m’agressent sauvagement, ce qui fait que je quitte bientôt, après avoir été mordu quatre ou cinq fois aux jambes, aux bras et vérifié l’heure. Ca va, le quart d’heure est passé. J’arrive à la porte et la petite voix de Su me prie de tirer la chevillette, afin que la bobinette cherre.

 

Ce que je fais donc.

 

Su est encore empaquetée dans une serviette de bain, avec une autre pour garder ses cheveux. Elle vient de terminer, de toute évidence, son maquillage qui lui fait des pommettes rosies, des yeux encore plus en amande, et une bouche qu’on mordrait. Elle me dit innocemment que, puisque je vais occuper la douche, n’est-ce pas, pour les prochaines minutes, elle peut bien se changer ici, dans la chambre. Je n’aurais qu’à frapper à la porte, quand je serai prêt à revenir, n’est-ce pas. Tout cela avec un sourire taquin  qui me donne à penser, mais bon, n’essayons pas d’imaginer des choses.

 

D’accord Su, pas de problèmes, je frapperai à la porte.

 

Et effectivement, après une petite douche chaude, puis une longue douche froide, dans le vain espoir de faire cesser la transpiration que l’atmosphère lourde provoque, je m’emballe à mon tour dans la deuxième serviette de douche, et frappe à la porte. Un joyeux tu peux entrer me répond. Je rentre. Su est maintenant habillée, genre jeune fille scout, ce qui lui donne un genre lolita qui lui sied particulièrement bien. En court, elle est à croquer. Devant son regard qui m’inspecte moqueusement, vérifiant l’effet de sa tenue sur moi, j’essaie de ne pas saliver abondamment, mais c’est difficile. La jupe qu’elle porte ne passe pas le genou, sa blouse couvre ses épaules, mais à peine la naissance des bras et je me permets, après avoir dégluti, de lui signaler que les moustiques sont de sortie, ce soir, et qu’un peu de lotion répulsive ne serait sans doute pas de trop.

 

Une moue, ah, bon, merci, je vais en mettre, répond-elle de sa délicieuse petite voix. Et elle s’assoit sur son lit, pour se couvrir bras, puis jambes, puis cuisses, de lotion, devant moi qui la regarde bêtement, rougis, et me retourne. Voilà, fini, tu peux te retourner, dit-elle. Je le fais, avec encore comme un coup de chaud au visage, et je jurerais que je l’amuse, que la situation la fait rire, qu’elle joue avec moi. Les filles…

 

Quelques secondes d’hésitation, puis je me penche sur mon baluchon et y fouille, pour me trouver une paire de caleçons, un short, et je retourne à la salle de douche, pour m’habiller. Le silence est épais. Quand je reviens, deux minutes plus tard, l’air dégagé, pour me trouver un polo, puis pour me lotionner à mon tour, rapport aux moustiques, Mademoiselle Su me demande où on peut manger. Il me souvient d’un excellent indien, à deux ou trois cents mètres, et un bar à salades, délicieuses, un peu plus proche. Rien de traditionnellement birman, en tout cas. Allons dans la direction générale et voyons. D’accord ? D’accord.

 

Su bondit de son lit ; nous sortons de la chambre, moi sur les talons de Su. Porte fermée à clé, nous descendons les marches jusqu’à la réception, les flip flops claquantes. Je confie la clé à un aimable monsieur, aux lèvres rouges sang, aux dents brunies du bétel, qui lui font un sourire effrayant, et au longwi mille fois raccommodé et nous passons le porche de l’hôtel. Deux pas plus tard, quand nous arrivons sur la rue défoncée, Su me prend d’autorité le bras, vu qu’il serait bête de tomber, dans la pénombre, à peine désépaissie par de rares lampadaires, avec les rats qui filent ici et là, à la recherche de quelque chose à manger, eux aussi.

21:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/07/2007

Arrivée à Bagan

roadtobagLa journée avance et le bus avec. Pas vite, mais quand même. Nous nous arrêtons encore à plusieurs reprises, pour déposer des passagers, pour en prendre d’autres. Il y a aussi des arrêts mécaniques et des arrêts pipi. L’état de notre bus explique premiers. Les restaurants où nous nous arrêtons de manière impromptue deviennent de plus en plus simples – un simple auvent sous lequel deux ou trois tables, entourées de tabourets, attendent le chaland - le personnel, de plus en plus amitieux. Tout le monde vient échanger quelques hello, where are you from avec les trois blancs, puis avec la demoiselle coréenne, une fois qu’ils ont appris qu’elle n’était pas du coin. La gentillesse et la curiosité de petit peuple sont attendrissantes.

pitstop

 

oxIci et là, on voit passer un char à bœuf. On voit aussi passer, sous la houlette de leur guide, des bœufs muselés. Non, ce n’est pas une race mutante de pit bulls, mais des bœufs partis pour les champs cultivés. La muselière les empêche d’aller fouiller les sillons, à la recherche de racines ou de touffes de verdure appétissantes.

 

 Enfin, vers les sept heures, nous arrivons à la frontière de la ville. Su se remet de la chaleur assommante, après une sieste réparatrice, et pépie des tas de choses intéressantes que j’écoute avec plaisir. Un arrêt encore, devant une cahute où les étrangers doivent payer leur droit d’entrée de dix dollars, pour visiter Bagan. Les autres passagers doivent montrer leur passeport - et, j’imagine, leur autorisation de voyage – à un préposé de la police, afin de savoir s’ils sont autorisés à pénétrer sur le sol sacré de l’ancienne capitale. Les autorités essaient de limiter les entrées, dont on craint toujours qu’il s’agisse de tout un petit peuple de commerçants, qui veulent gagner quelques sous sur la manne touristique, pourtant bien maigre ici… De ce fait, seuls quelques vendeurs de pacotilles autorisés ont le droit de vendre les incontournables souvenirs de Bagan, qui vous sont proposés aux pagodes principales. Ainsi, vous n’êtes pas trop assailli par les pénibles – qui, il faut le dire, laissent raisonnablement vite tomber la chasse au visiteur, une fois que vous avez dit non.

 

Quoiqu’il en soit, nous sommes tous quatre ponctionnés de dix dollars, avant de retourner à notre bus, au moteur hoquetant de fatigue. Puis les voyageurs locaux rentrent à leur tour et prennent chacun sa place. Le couple américain, rondouillard, a cru mourir sur sa banquette faite pour deux minces Birmans, avec des trucs qui pendaient du plafonnier jusqu’à leur tête, et des passagers serrés jusqu’à eux, à l’occasion de l’ajout d’un petit tabouret en plastique. Le bonheur de chaque arrêt leur faisait perdre leurs sens, ou presque, et ils sont désespérés quand je dois leur avouer que, de la frontière de la ville jusqu’à notre arrêt final, il y a encore certainement une bonne trentaine de minutes. Ca n’en finira jamais…

 

Alors que la nuit n’en finit pas de tomber, nous voici enfin en ville. La ville, c’est une grande rue pleine de trous et de bosses, avec un peu de macadam, ce qui permet de la distinguer des autres rues, qui ne sont que pistes. La réalité, c’est que Bagan, c’est un trou perdu fait de quatre ou cinq rues qui vont de l’est à l’ouest, et qui croisent au cordeau, enfin, presque, quatre ou cinq rues qui vont du nord au sud. Le long de ces rues à peine éclairées se dressent quelques hôtels et guesthouses, qui doivent à eux tous offrir une cent cinquantaine de chambres, de qualités variées, aux visiteurs. Chaque fois que je suis passé, Bagan faisait ville fantôme, et je trouvais une chambre sans même chercher, quand un rabatteur me sautait dessus pour me proposer, pour trois dollars américains, tout au plus, une chambre double parfaitement correcte, avec salle de bain, petit déjeuner, dans un cadre paradisiaque. Mon dernier souvenir est un New Eden Hotel, malheureusement totalement occupé cette fois, à la suite d’un congrès, ou d’un anniversaire, je n’ai pas trop bien compris quand j’ai, par je ne sais quelle inspiration, téléphoné à l’hôtel pour voir si je pourrais y loger le jour suivant. Du coup, j’avais appelé un autre hôtel, conseillé par celui où je logeais à Mandalay, et m’étais trouvé une chambre double, avec tout le confort et petit déjeuner, pour le prix usuel de Bagan. C’est un hôtel qui se trouve sur la rue principale, à deux ou trois cents mètres du quartier où j’ai mes aises. Mais bon, j’avais la promesse, à Mandalay, que c’était très bien, que je pouvais trouver, à deux pas de l’hôtel, un loueur de vélos ; je n’allais pas me compliquer la vie…

 

Le bus rentre donc en ville et lâche tous les Birmans, attendus au bord du terrain vague qui fait office de gare routière. De là, il fait son tour, pour déposer les voyageurs pour hôtels. Su essaie de se renseigner pour savoir s’il y a un hôtel qu’on peut lui conseiller, mais il paraîtrait que, malheureusement, une grande cérémonie bouddhiste qui se prépare – l’intronisation de novices - a amené ici des dizaines de parents desdits novices, et que tous les hôtels sont pleins… Ah. Les américains nous quittent, devant l’hôtel trois étoiles de la ville, avec piscine, et l’accompagnateur du bus va se renseigner pour elle. Ici aussi, c’est plein… Su me regarde d’un œil paniqué, ce que je peux comprendre.

 

Après deux secondes de réflexion, je lui dis :

 

-          si tu veux, j’ai loué une chambre double…

-          Bon, d’accord.

 

Pas une seconde d’hésitation. Il faut supposer que je fais bon bougre, qu’elle n’a aucune inquiétude en acceptant et qu’elle m’a, quand même, un peu à la bonne. Ca fait plaisir, quand même.

23:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/07/2007

Vers Bagan

Le chemin entre Mandalay et Bagan est atroce. Nous parlons de deux cents kilomètres, à tout casser : on démarre tôt le matin sur une route qui commence bien : deux bandes qui tournent parfois à quatre, un pont en construction, ici ou là, afin de renforcer le vieux pont datant des colonies, de remplacer un pont détruit, ou de se débarrasser d’un gué dont les eaux sont parfois irrégulières. Il nous est arrivé, plus d’une fois, de devoir attendre quelques heures, devant une rivière dont flots, lors de la mousson, étaient infranchissables. Soudain, le conducteur du bus, envoyé en observateur devant la rivière, nous hélait, sautait au volant et, alors que nous courrions pour reprendre nos places, commençait sa traversée. On sortait de l’aventure trempés de pluie et de transpiration, boueux des pieds aux épaules, vivants. Au moins, on était passés.

 

Les cent premiers kilomètres, quand on quitte Mandalay pour aller vers Bagan, sont excellents, selon les standards locaux. Puis, ça se dégrade, et on arrive au pire. Parti le matin vers sept heures, on arrive à Bagan douze heures plus tard. Le problème n’est pas seulement l’état des routes, mais celui du parc automobile. Un bus birman, quand il n’est pas VIP et de moins de trente ans d’age, est dans un état de roulage, et dans un état mécanique tels qu’il lui est impossible de prendre le moindre risque et de forcer son chemin.

 

Les bus qui font la route, de Mandalay à Bagan, et de Bagan à Mandalay, ne sont pas les usuels VIP – enfin, les usuels VIP à la sauce birmane, qui Busn’existent que sur les trajets originaires de Yangon, ou dont le but final est la capitale. La plus grande partie de la flotte des transports birmans date des années soixante, avec parfois un autocar luxueux, importé subrepticement d’un pays tiers. Dans les villes, on parle de vieux machins des années cinquante, de la marque Hino, dont je me demande s’ils n’ont pas été offert, après la guerre, par les Japonais, en manière d’excuses pour leurs rapines et déprédations du temps des années noires…

 

Quoiqu’il en soit, les bus qui font la route entre Mandalay et Bagan ne sont pas à recommander.

 

Il y avait, quand je suis arrivé la première fois en Birmanie, entre Mandalay et Bagan, un bus de jour, et un bus de nuit. Quand on prenait l’un, on regrettait immanquablement de n’avoir pas choisi l’autre. La vérité est qu’ils étaient tout aussi inconfortables l’un que l’autre. Rien n’a, depuis, changé, sinon que les deux bus – le bus de jour et le bus de nuit – ont pris cinq ans de plus dans les suspensions.

 

Une autre possibilité de partir à Bagan serait de prendre le bateau qui descend la rivière Irrawaddy. Elle relie les deux villes et deux bateaux – l’un rapide, l’autre lent – parcourent la rivière, afin de libérer les routes taraudées du pays. Le bateau rapide est lent ; le bateau lent est très lent. Tous deux sont d’un inconfort inimaginable. Tous deux donnent le sentiment qu’ils attendent la première occasion pour couler. C’est la peinture qui tient la rouille ensemble, mais pour combien de temps…

 

J’ai pris une fois le bateau, pour descendre l’Irrawaddi : plus jamais. La moindre vaguelette provoquée par le croisement d’une barque faisait tanguer le navire dont la rambarde devait passer de deux ou trois centimètres, tout au plus, le niveau de l’eau.

 

Quand à la possibilité aérienne, elle défie l’imagination. On peut effectivement acheter un billet d’avion pour aller de Mandalay à Bagan. Rien ne dit qu’un avion se présentera à l’heure dite, voire le jour dit. Et si, un beau jour, on voit l’avion arriver, on décide qu’après tout, le bus n’est pas si mal que ça.

 

Bref, tout en sachant que le confort du bus n’est pas optimal, que le Streetnombre de passager par rapport au nombre de sièges est inadéquat, que le trajet semble durer une vie entière, c’est le bus que j’ai choisi ce matin. J’arrive, sur mon moto taxi à la gare routière où l’on attend le bus. Il y a l’habituelle foule de vendeurs de fruits, d’eau filtrée, de bonbons, de trucs et de machins. Quelques mendiants. Le bus est là, dans un état de délabrement qui fait pitié à voir. Quand on entend son moteur tourner, quand on regarde ses roues, on sait qu’on ne roulera pas vite. Le danger d’un accident mortel est donc nul – sinon, en cas d’explosion, pour le conducteur, assis littéralement sur le moteur. Pour nous, pas grand risque.

 

Je suis le seul européen, ce matin, à prendre le bus de Bagan, puis non, arrive un couple d’américains avec lesquels je commence à causer. Une jeune femme ravissante nous fixe de ses yeux en amande, alors que nous bavardons, et vient se mêler à notre conversation, afin de faire connaissance avec ses futurs compagnons de misère : elle aussi part à Bagan, dans notre bus.

 

C’est une Coréenne, ce qui explique que je ne l’avais pas distinguée, dans la foule. Elle s’appelle Su, et me demande si nous ne nous sommes pas déjà rencontrés. Après quelques secondes de réflexions, je me souviens d’une bousculade à Bangkok, il y a plus d’un an, lors de la fête de l’arrosage qu’on appelle là bas le nouvel an thaïlandais. Oui, c’était bien elle. Liés par ce souvenir immortel, nous bavardons avec davantage d’intérêt. Elle me raconte son périple alors que nous montons dans le bus dont le moteur poussif fait semblant de rugir.

 

Après deux heures de routes pas encore cahotantes, je sais tout de son premier trajet, lors duquel elle avait fait le tour de la Thaïlande et du Laos, de son retour en Corée pour des raisons matérielles que l’on peut deviner, de son arrivée à Bangkok il y a une quinzaine de jours, et de sa décision de venir, seule, dans le pays du diable.

 

C’est, en réalité, sans grand danger : en toute discrétion, parfois, mais parfois pas, la police et l’armée sont partout, pour casser les risques de révolution. Si police et armée sont là… elles sont là, et un voleur, un assassin ou un escroc n’a pas plus d’espoir qu’un révolutionnaire d’échapper à la main de la maréchaussée. De ce fait, la Birmanie est un pays sûr, pour les voyageurs – du moins, tant qu’on ne parle pas des dangers inhérents au voyage.

 

Su a une voix douce que le bruit de roulage couvre parfois, un sourire ravageur, des vêtements qui, quoique la couvrant de manière modeste, sont une incitation au viol.

 

Ou alors, c’est moi qui ai un problème.

 

Après un premier arrêt pipi, puis un arrêt déjeuner, nous parlons bizenesse : elle n’a rien réservé à Bagan, et s’inquiète de savoir si elle trouvera de la place dans l’un ou l’autre guesthouse. Je n’en doute pas. Rassurée, elle s’endort. Sa tête se penche, use de mon épaule comme d’un coussin, pendant que, alors que nous roulons sur une piste cahotante, nous oxessommes lentement recouverts d’une fine pellicule de poussière. Quand nous nous arrêtons, la fois suivante, je la laisse dormir dans le bus alors que je vais chercher de l’eau. Un antique attelage de bœufs s’avance vers nous, nous regardant avec curiosité. Bagan a été la capitale de l’Empire Birman, aux douzième et treizième siècles. De toute évidence, peu a changé depuis.

23:08 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bus, boeufs |  Facebook |

Quelques photos du marché

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22:58 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/07/2007

Au vieux marché

Après un passage à l’hôtel, et une douche toujours bien nécessaire, après avoir passé la journée entière sous le soleil, je ressorts, pour faire le tour du quartier. Les alentours de mon guesthouse sont limités, d’un côté, par les murs d’une énorme pagode, accompagnée de son collège dans lequel les moinillons pullulent. Il est, par ailleurs, situé dans un quartier populaire, au centre d’un entrelacs de rues et de ruelles qui font le marché central de Mandalay.

 

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Dans un pays dont on a vite compris qu’il est pauvre, on est toujours surpris de voir le nombre de fleuristes qui proposent leur marchandise. Elle est vendue, qui plus est, dans des quantités effarantes, dans un état de fraîcheur qui ferait baver nos ménagères. L’emballage, seul, pourrait souffrir la critique, puisqu’il n’y a rien d’autre qu’une cordelette tenant les tiges ensemble. Dans le meilleur des cas, après la vente, on vous emballera vos fleurs dans un morceau de journal. Mais ce sera dans les cas exceptionnels, quand vous êtes un étranger et que votre achat n’a sans doute rien à voir avec les divinités, et davantage avec la jolie brune qui se trouve à vos côtés. Alors, Madame la vendeuse glousse assez bien et interpelle les copines, pour leur faire savoir que sa pratique est inhabituelle. Les copines s’attroupent pour venir voir et votre compagne rougissante, brune, rousse ou blonde, est observée de près, les dames commentent la situation à portée d’oreille - mais en birman, ce qui permet de faire semblant qu’on ne remarque rien.

 

Ces fleurs vendues dans la rue n’ont qu’un but connu ici : elles sont données aux idoles, dans les pagodes. Le petit peuple ne pourrait s’offrir un tel produit de luxe ; tout est donc mis en commun, par l’entremise du dépôt devant les statues du Bouddha historique, devant les démons et devant les saints hommes, dans les pagodes. De ce fait, tout le monde en profite et les moines font des efforts louables pour garder les fleurs fraîches aussi longuement que possible. De ce fait, les pagodes embaument non seulement le propre et l’encens, mais les aubépines, les roses ou les iris aussi. Parfois un caca de chien dépare pour quelques minutes le nettoyage remarquable du sol de marbre ou de pavés soigneusement entretenu – car les animaux sont partout, ici – mais un bonze, une nonne ou un laïque viendra vite nettoyer.

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Sur le marché de Mandalay, échoppes et étals se suivent. Les piles d’oignons, de pastèques, de tomates ou de chili tapent à l’œil – dans le cas du chili, le nez aussi. Comment ces gens font-ils pour travailler à transporter, tels nos antiques forts des halles, des charges de chili deux fois plus grosses qu’eux, le sourire aux lèvres rougies de bétel et les yeux secs. Il suffit que je passe à deux mètres des collines de chili pour qu’on en soit à pleurer et que la gorge soit prise.

Market5Market3Market 

 

 

Devant chaque boutique, on s’arrête, pour admirer le tableau fait par des gosses qui courent, des parents qui travaillent, des fillettes qui viennent vous regarder sous le nez, la bouche en O, et qui s’en retournent au galop vers les parents hilares, une fois que vous les avez prises dans vos bras, puis relâchées, après qu’elles aient gigoté comme des perdues alors que vous les portiez ou, qu’au contraire, elles se soient pelotonnées avec le plus grand plaisir dans les bras du grand monsieur étranger. La foule est très badaude – il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose comme distractions, sur le marché et hors du marché. Un défilé d’idoles, parfois…

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Les parents vous demandent de les prendre en photo, de prendre les enfants en photo, de prendre leur marchandise en photo, et s’extasient quand, après coup, vous leur montrez, sur votre écran, les photos prises.

 

babesIl m’est arrivé de revenir le jour suivant, ou dans l’après midi du même jour, avec quelques photos imprimées que j’avais prise de l’un ou l’autre, et à qui j’offrais les photos. C’était l’hystérie. Les enfants s’attroupent alors, ainsi que les adolescents, et rient, ainsi que les parents qui m’offraient, qui une rose, qui un oignon… Ah, c’est Valmont qui se rendait compte, un jour qu’il était sorti pour impressionner Madame la Présidente de Tourvel, en faisant la charité, qu’il est agréable de faire plaisir. Penser qu’on peut faire le bonheur d’une famille entière – et, partant, le sien propre - en imprimant une photo… comment pourrait-on alors se priver d’un bonheur si facile à offrir.

 

BetelLes étals les plus modestes sont source de curiosité : on voit de vieilles dames vendre des chiques de bétel, dont elles ont une recette familiale particulièrement appréciée de leur clientèle – visiblement, le produit n’est pas encore en désuétude, ici – et d’autres vieilles dames vendant des pâtes malodorantes dont je ne puis supposer qu’elles se mangent.

 

 

 

 

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Bientôt, cependant, la journée devient grise et je rentre à l’hôtel. Ce soir, avec une lampe torche achetée auprès de l’un des vendeurs de bricoles, dans la rue, j’irai au bar du coin, prendre une bière dans l’un de ces bistrots où l’on m’invitait du geste, tout à l’heure. Nous n’aurons pas grand-chose à nous dire, bien entendu. La barrière de la langue est colossale… mais nous nous sourions par-dessus la table, en savourant notre bière, et les birmans les plus cultivés se donnent le plaisir de me dire deux ou trois mots en anglais, et d’ainsi se faire admirer des copains.

 

En attendant, un petit bout à manger, avec l’espoir toujours déçu de faire un bon repas. Après m’être rafraîchi, je redescends de ma chambre et pars avec un vélo taxi jusqu’au centre de la ville, là où des restaurants chinois et indiens trônent du haut de leur réputation de meilleures tables de la ville – en Birmanie, et face à la compétition de la cuisine locale, ce n’est pas une réputation difficile à obtenir…

Downtown

 

11:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nourritures, elephants, fleurs |  Facebook |

01/07/2007

Le Nord de Mandalay

Traverser le camp, c’est emprunter, à pied, une route droite et déserte d’un bon kilomètre de long, en bon état. Tous les deux cents mètres, une intersection avec, des deux côtés, un chemin raisonnablement macadamisé qui s’éloigne, tout droit, lui aussi, sous une voûte de verdure. Dans son découpage, cela rappelle les camps retranchés romains. A l’entrée, on vous rappelle bien qu’il y a une route et une seule que vous avez l’autorisation d’emprunter : celle sur laquelle vous êtes, rectiligne, qui conduit à la cité interdite. Dieu seul sait ce qui vous arriverait si vous décidiez d’obliquer, au prochain carrefour, mais il n’y a rien n’y personne pour vos surveiller, dirait-on.

 

Des deux côtés de la route, d’épaisses et hautes futaies, entrecoupées de hauts jets de bambou, cachent tout, au point de nous empêcher de voir les toits des baraquements. Y en a-t-il, seulement ? Le calme et le silence nous conduisent à nous demander s’il y a quelque chose, ou quelqu’un, dans ce fameux camp militaire.

 

A l’occasion, on peut voir, nous dépassant ou nous croisant, sortie d’une rue donnant sur la droite et empruntant, après nous avoir dépassé, une autre rue donnant sur la gauche, ou alors, allant jusqu’à l’entrée du camp, avant de bientôt revenir, après une courte halte, une copie chinoise de Jeep, avec un pilote qui roule pieds nus et la cigarette au bec, histoire de nous faire conclure que oui, en effet, Tatmadaw est présente ici.

 

Ou alors, un colonel a délégué une Jeep dont le seul but, en circulant chaque fois qu’un étranger passe, est de faire croire à la présence Towermilitaire ici. On en saura un peu plus quand nous serons dans la vieille cité interdite : en effet, l’un des bâtiments de la cité est une tour de bois élevée. Quand on est à son sommet, on dépasse, de peu, les futaies et la vue est belle. On peut alors voir les toits de la cité interdite et, si on regarde de l’autre côté, les remparts que l’on a longé, des kilomètres durant, ainsi que, effectivement, des toits de tôle ondulée qui apparaissent ici et là, indiquant bien qu’il y a des bâtisses. Lesquelles ? Mystère et boule de gomme. Disons qu’il s’agit d’un cantonnement, et oublions le sujet.

 

Il est certain, en tout cas, vu son incroyable niveau d’impopularité, que la junte a besoin de faire peur, en laissant les gens dans l’ignorance, dans l’incertitude. L’armée est partout, mais où est-elle exactement… Personne ne le sait.

 

 

 

Cite interditeLa cité interdite est, finalement, décevante. Elle était faite toute de bois, était pluricentenaire et  a flambé une triste nuit de 1944, à l’occasion d’un bombardement anglais à la cible mal choisie, d’un bombardement anglais mal conçu et mal effectué, vu que les pilotes étaient restés bien haut, par sécurité, lâchant leurs bombes au hasard sur la Birmanie. Des milliers de morts civils, des centaines de maisons détruites, un soldat japonais légèrement blessé et des usines inexistantes toujours et d’autant plus inexistantes.

 

La reconstruction de la cité interdite donne un sentiment de jeu de lego vide. Tous les anciens bâtiments y sont, scrupuleusement reconstruits comme selon le plan dressé une centaine d’années plus tôt, mais comme tout ce qui ornait la cité n’était plus que cendres, on n’y rien pour remplir le cadre. C’est, de ce fait, peu attirant.

 

On se promène dans les courettes herbeuses, en faisant attention aux serpents, toujours présents mais qui ne vous aiment pas davantage que vous les aimez. Vous faites un peu de bruit en marchant et pfuit, ils se sauvent. Vous passez d’un bâtiment à l’autre. Tous ne sont pas ouverts à la visite – rapport à des salopiauds qui les feraient flamber. Pas grave, puisqu’il n’y a rien à y voir… Nous sommes seuls, mon Suisse et moi, et ne verrons un groupe birman arriver que près d’une heure plus tard, alors que nous reprendrons le chemin de la sortie.

 

Ensuite, quand nous arrivons à la porte de la forteresse, c’est l’assaut des vélos taxis. Nous en prenons un, discutons un prix pour nous faire conduire dans une rue le long de laquelle les temples se succèdent, et en voiture – enfin, à vélo sera probablement plus juste. En quelques minutes, notre conducteur nous mêne, à la force du mollet – mais le trajet est plat, les dieux en soient remerciés – jusqu’à un premier temple où il nous abandonne. Une demoiselle, le cachet à la main, nous attend de pied ferme, ainsi que des vendeurs de colifichets et de souvenirs. Peu nombreux, quand même. Tant mieux.

 

LadiesnoNous nous faisons donc estampiller, nous nous laissons un instant harponner par les vendeurs, leur promettons que nous viendrons regarder leur étal quand nous en aurons fini avec la visite. La pagode dans laquelle nous rentrons est toute de bois. Elle est splendide, même si elle commence à s’effriter.

 

Les femmes ne sont pas autorisées dans le saint des saints.

 

Je ne sais pas pourquoi cette habitude de refuser les femmes, au plus près de la statue de l’idole. Parce qu’elles bavardent et distraient le bonze de sa tâche orante ? A l’origine, le Bouddha historique avait refusé que les femmes créent un corps religieux – les nonnes, en d’autres mots. Les raisons données par les historiens sont diverses : selon le premier, la femme était tellement imparfaite, dans la logique indoue, dans laquelle le bouddhisme trouve son origine, qu’il était préférable de l’éloigner du divin, afin de protéger ce dernier. Attitude bien judéo paulinienne, dirait-on chez nous.

 

Selon le deuxième, la femme est tellement divine, tellement un temple par elle-même, d’après Bouddha, qu’il n’était pas nécessaire de l’autoriser à perdre son temps dans les simagrées religieuses. Dans cette explication là, je sens que l’historien est faux-cul.

 

Un troisième analyste suggère que la répartition des tâches, dans la vie humaine, fait que l’homme seul devait être en charge du spirituel. Quant au pourquoi de cette répartition des tâches, la prudence le garde silencieux.

 

Enfin, quoiqu’il en soit, l’affichette courante selon laquelle les dames sont priées de ne pas entrer dans le saint des saints - et d’ainsi s’approcher de trop de la statue du Bouddha - nous fait ricaner.

 

A la sortie, c’est l’assaut des vendeuses qui nous rappellent notre promesse. Nous allons donc rapidement voir les souvenirs proposés à notre portefeuille. A la fin, pour ne pas créer trop de déception, nous achetons chacun une bouteille d’eau, toujours bien nécessaire ici, de toute manière.

 

C’est ensuite une longue promenade, avec arrêt déjeuner dans une gargote sous tente, le long du chemin. On y mange mal, mais quoi… MandpagNotre visite rappelle, en immense, le trajet obligatoire du promeneur de Luang Prabang, au Laos, quand, le long d’une rue qui doit faire, tout au plus, deux kilomètres de long et qui se déroule le long du Mékong, on peut visiter, l’un après l’autre, une dizaine de temples gracieusement bâtis, à la laotienne. On les décrirait comme de ravissants bibelots, de délicieuses pièces de mobilier Louis XV.

 

Mais si le style laotien est simple et gracieux, si les temples sont raisonnablement petits, entourés d’écoles religieuses de taille modeste, les pagodes de Birmanie sont usuellement colossales. La religion telle qu’elle est pratiquée au Myanmar n’accepte pas de demi-mesure. Cela en est au point que les généraux de la junte socialiste qui dirige le pays donnent généreusement, dès qu’il s’agit de bâtir un temple de plus.

 

StupLes pagodes que nous visitons sont souvent énormes, faites de temples accumulés et d’un nombre inimaginable de stupas, que de généreux donataires ont fait bâtir, des siècles durant, pour protéger la parole du Bouddha. Autour d’un stupa particulièrement sacré, nous apprendrons qu’un saint homme a fait bâtir près de mille huit cents stèles, chacune protégeant une page gravée des écrits du Bouddha historique…

 

 

 

Le soir, alors que nous rentrons, par les petites rues, nous tombons sur une fancyfairfancy fair : les manèges sont encore manuels, et rappelleraient probablement bien des choses à nos grands parents… Vous arrivez en Birmanie, veuillez retarder votre montre de cinquante ans. Enfin, après nous être offert une bière, sur une terrasse locale, de l’excellente bibine locale, nous nous séparons, non sans avoir assisté à une scène attendrissante : le flic préposé au trafic, à l’un des carrefours centraux de la ville, faisant arrêter tout trafic, pendant que son collègue – les flics préposés au trafic sont toujours placés deux par deux – aide une très vieille nonne à traverser.

 

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Oui, bien entendu, quand on pense au Myanmar, on pense à la police secrète. Le Myanmar, ce n’est, Dieu merci, pas que cela.

 

22:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : temples |  Facebook |