19/07/2007

A vélo, sur les chemins de terre

Au bout d’une bonne heure, je dois admettre que Su est une cycliste autrement plus solide que je l’imaginais. Les chemins de Bagan sont infects. Il y a deux routes parallèles macadamisées, jointes tout à fait vers la fin, quand on arrive au fleuve, par une transversale, macadamisée elle aussi. Tout le reste, c’est de la route de terre. Quand il a un peu plu, c’est sans problème car toute la poussière de la route est lavée et on pédale sur un chemin de latérite. C’est facile.

 

Par contre, quand il fait sec – et il n’a pas plu ici depuis plusieurs jours, malgré le ciel habité de nuages – la route devient poussiéreuse et le chemin est rendu difficile pour les vélos, de par son épais coussin de poussière.

 

Bagan, à l’époque de sa splendeur, c’était, dit-on, une vingtaine de milliers de temples, d’oratoires et de stupas, à la gloire de l’Empire Birman du douzième siècle. Debouts, aujourd’hui, il en reste aux alentours de trois mille, sur une surface correspondant au quart de Bruxelles. Trois mille temples, oratoires, stupas, plus ou moins bien gardés en état, plus ou moins bien restaurés, à la suite des dégradations du temps et des tremblements de terre. Si on veut tout visiter, on a du temps devant nous… Mais le plaisir de Bagan, c’est de se promener à l’aventure, sachant qu’il y a quelques incontournables, certes, mais qu’il y a des merveilles à chaque coin de route. On range alors son vélo, dans la poussière de la route, et on va y voir.

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Le premier temple où nous nous arrêtons est un temple de genre indien, Bag2inhabituel ici. Du temps qu’il était totalement abandonné, il était entouré de serpents qui vous cherchaient assez méchamment. J’ai ainsi le souvenir, la première fois que j’y suis rentré, d’un pas hésitant, d’un serpent qui me visait, de toute évidence, et qui, accroché au plafond par des moyens que je ne puis imaginer, m’était tombé dessus, me ratant cependant d’un bon dix centimètres… J’avais, en effet, au tout dernier instant, arrêté mon pas. C’est sans doute la raison pour laquelle je vis toujours. C’était une sale petite bête d’une cinquantaine de centimètres au dos vert, au ventre jaune, probablement venimeux au possible, qui s’était éloignée à une vitesse étonnante, une fois son coup raté.

 

Après cela, j’ai toujours fait attention, en entrant dans un temple, à ce qui pouvait traîner dans les voûtes. Usuellement, vu l’odeur, on savait ne pouvoir y trouver que des chauves-souris, qui criaillent dès que vous les dérangez, et s’envolent d’un coin de la voûte de la pagode à un autre.

 

Quant aux chauves-souris criaillantes, rien n’a changé, ni quand aux vendeurs qui vous harponnent, devant les temples les plus populaires. Mais devant ce petit temple indien, personne. Dommage, car les équipes Bag3en charge de la restauration des pagodes ont fait ici des merveilles, ces derniers temps. Là où il n’y avait qu’un buisson qu’il fallait franchir, pour arriver jusque sous la voûte où les serpents vous attendaient, il y a aujourd’hui un chemin praticable. L’entrée est maintenant bloquée par une grille, et deux spots de lumière arrosent de manière permanente deux Bouddha couchés parfaitement charmants. J’y vais avec Su, qui adore. Elle est elle-même bouddhiste, du genre flemme, mais toujours prête au geste convenu, par habitude. Un petit Wa ne fait de mal à personne, et les Bouddha sourient.

 

Je parle de ce temple parceque, pour y arriver, il faut prendre, un court instant, un de ces chemins qui font mal aux mollets des jeunes filles qui ne savent pas ce qu’est un vélo. A ma surprise, Su se débrouille on ne peut mieux sur ce chemin, puis sur d’autres. Nous ferons une journée entière de route, difficile parfois, sans que jamais elle ne rouspète. On s’arrête parfois, pour recharger les accus et trouver des bouteilles d’eau. A midi, on déjeune d’un curry traditionnel birman, qui reste égal à lui-même. Elle tient le coup d’une manière admirable et, avec un maquillage qu’elle est parvenue à faire disparaître sans que je le remarque, transpire à peine.

 

Arrêts ici et là, nous nous laissons attaquer par les vendeurs de colifichets, sur les sites les plus populaires, et allons notre chemin pour aller voir des pagodes à peine connues, toujours admirables. Au cours de nos conversations, je vois qu’elle restera cinq jours, tout comme moi, à Bagan, et qu’elle est preneuse de tout ce qui peut être vu. Visiblement, elle m’a à la bonne et serait heureuse de continuer à partager notre chambre. Bon, c’est d’accord pour moi, même si j’ai quelque part comme un chatouillement d’inquiétude. Bah, on verra bien.

 

La journée se passe comme se passeront les suivantes, sur le plan des visites, à voir de lourdes structures du douzième siècle, dans un état souvent admirable, raisonnablement bien conservées par des équipes de l’ONU. Quand on monte sur les plus grands temples, la vue est extraordinaire : on a le sentiment d’une champignonnière de pagodes. Chaque groupe de pagodes est entouré de… de rien, ce qui rend ces groupes d’autant plus émouvants.

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Bag5

 

A la fin de la journée, retour à l’hôtel ; douche pour Su, douche pour moi, ballet de rhabillage à la provoc pour Su, à la discrète pour moi. Nous partons dîner chez Monsieur l’Indien, installé près de mon ancien hôtel, le New Heaven, toujours complet, de par les fêtes de noviciat qui se préparent pour demain.

13:48 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cyclisme |  Facebook |

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