14/07/2007

Bagan by night (première nuit)

Je monte à l’étage pendant que Su prend sa douche. L’hôtel est effectivement des plus corrects. Vu le prix – cinq dollars la chambre double – il peut ! Quand Su et moi sommes monté dans la chambre, nous avons eu l’heureuse surprise de noter que c’était, comme usuellement au Myanmar, une chambre pour deux personnes, avec des lits jumeaux. La salle de bain – enfin, de douche – est impeccable. La chambre est sise au premier étage et donne sur la grand rue, morte à cette heure ci. Nous avons même un petit balcon dont la porte-fenêtre est soigneusement fermée, rapport aux moustiques toujours possibles.

 

Or donc, nous avons déballé nos petites affaires, choisi un lit chacun et j’ai offert la première place à Su, vu que les filles sont toujours plus enragées de propreté et de nettoyage que les garçons.

 

C’était comme ça dans la cour de récré des primaires, où les garçons se roulaient dans la poussière pendant que les filles nous regardaient dégoûtées, se chuchotant des choses entre elles, qui ne devaient pas être flatteuses pour nous ; c’était toujours ainsi dans les secondaires, quand nous jouions au rugby ou au fouteballe, dans la boue, alors que les filles ricanaient dans leurs vestiaires, et allaient faire de la gymnastique à prétentions artistiques. Ca a continué pendant notre service militaire, ou on a rampé dans les champs, avec des rafales de mitrailleuse tirées juste au dessus de nos têtes, pendant que les filles  allaient à l’université, faire infirmière ou institutrice, nous regardant comme si on était des porcs tout juste sortis de l’auge, quand on venait en permission.

 

Enfin, là, ça avait commencé à changer.

 

Il n’empêche que les attitudes féminine et masculine envers la propreté divergent profondément. Qu’un garçon fasse le ménage tout seul, tranquille, dans son appart’ qu’il a tout seul à lui, ou qu’il fasse le ménage sous la supervision de sa fiancée, de sa petite amie ou de son épouse toute neuve, il se rend vite compte que les notions de propreté qui sont les siennes n’ont que peu à voir avec celles de l’Adolphina qui le surveille, le rouleau à pâtisserie à la main.

 

Bref, il est certain que Su a bien davantage besoin d’une douche que moi. Il est donc naturel que je lui donne la priorité de la douche. Nous convenons d’une absence d’une quinzaine de minutes de ma part, et je file donc à l’étage. L’étage, c’est une terrasse, sur laquelle se prend le petit déjeuner. Tout autour, Bagan endormi, ou presque. On voit, dans la distance, quelques ampoules de couleur, qui signalent la présence d’un restaurant. La dernière fois que je suis passé à Bagan, il devait bien y en avoir, en tout, une dizaine. Puisque ces deux dernières années, le nombre de visiteurs semble avoir progressé, il me faut supposer que je pourrai choisir entre une vingtaine d’établissements ?

 

Quand je dis que le nombre de visiteurs semble avoir augmenté, je dois ajouter que, la première fois que je suis venu à Bagan et au Myanmar, et en Asie du Sud Est, c’était lors de la première grippe aviaire, qui avait terrorisé la terre entière. Bangkok était vide de touristes, le Myanmar, déjà pas trop loti, à la grande satisfaction de la junte au pouvoir, en terme de voyageurs étrangers, n’avait littéralement personne. Je me souviens que, lors de ce premier séjour à Bagan, nous étions onze promeneurs étrangers. On s’était retrouvé, un soir, au seul restaurant qui fonctionnait en ville, enfin, en ville, sans espoir de recevoir d’autres clients. La dernière fois, il y a deux ans, donc, nous devions être une petite centaine. Vu la taille gigantesque de Bagan, ça ne dérange pas.

 

Entre les fentes de quelques volets filtre parfois de la lumière. Tout le monde n’a pas l’électricité, et il n’est pas inhabituel que, de toute manière, l’électricité saute. C’est vrai partout dans le pays, de la plus petite bourgade à Rangoon. Quand l’électricité fait défaut, pour les hôtels et les gens fortunés, il y a alors les gégènes qui se mettent en marche et dont le ronronnement berce la nuit. Pour les autres, il y a toujours des bougies…

 

Il y a aussi les moustiques qui m’agressent sauvagement, ce qui fait que je quitte bientôt, après avoir été mordu quatre ou cinq fois aux jambes, aux bras et vérifié l’heure. Ca va, le quart d’heure est passé. J’arrive à la porte et la petite voix de Su me prie de tirer la chevillette, afin que la bobinette cherre.

 

Ce que je fais donc.

 

Su est encore empaquetée dans une serviette de bain, avec une autre pour garder ses cheveux. Elle vient de terminer, de toute évidence, son maquillage qui lui fait des pommettes rosies, des yeux encore plus en amande, et une bouche qu’on mordrait. Elle me dit innocemment que, puisque je vais occuper la douche, n’est-ce pas, pour les prochaines minutes, elle peut bien se changer ici, dans la chambre. Je n’aurais qu’à frapper à la porte, quand je serai prêt à revenir, n’est-ce pas. Tout cela avec un sourire taquin  qui me donne à penser, mais bon, n’essayons pas d’imaginer des choses.

 

D’accord Su, pas de problèmes, je frapperai à la porte.

 

Et effectivement, après une petite douche chaude, puis une longue douche froide, dans le vain espoir de faire cesser la transpiration que l’atmosphère lourde provoque, je m’emballe à mon tour dans la deuxième serviette de douche, et frappe à la porte. Un joyeux tu peux entrer me répond. Je rentre. Su est maintenant habillée, genre jeune fille scout, ce qui lui donne un genre lolita qui lui sied particulièrement bien. En court, elle est à croquer. Devant son regard qui m’inspecte moqueusement, vérifiant l’effet de sa tenue sur moi, j’essaie de ne pas saliver abondamment, mais c’est difficile. La jupe qu’elle porte ne passe pas le genou, sa blouse couvre ses épaules, mais à peine la naissance des bras et je me permets, après avoir dégluti, de lui signaler que les moustiques sont de sortie, ce soir, et qu’un peu de lotion répulsive ne serait sans doute pas de trop.

 

Une moue, ah, bon, merci, je vais en mettre, répond-elle de sa délicieuse petite voix. Et elle s’assoit sur son lit, pour se couvrir bras, puis jambes, puis cuisses, de lotion, devant moi qui la regarde bêtement, rougis, et me retourne. Voilà, fini, tu peux te retourner, dit-elle. Je le fais, avec encore comme un coup de chaud au visage, et je jurerais que je l’amuse, que la situation la fait rire, qu’elle joue avec moi. Les filles…

 

Quelques secondes d’hésitation, puis je me penche sur mon baluchon et y fouille, pour me trouver une paire de caleçons, un short, et je retourne à la salle de douche, pour m’habiller. Le silence est épais. Quand je reviens, deux minutes plus tard, l’air dégagé, pour me trouver un polo, puis pour me lotionner à mon tour, rapport aux moustiques, Mademoiselle Su me demande où on peut manger. Il me souvient d’un excellent indien, à deux ou trois cents mètres, et un bar à salades, délicieuses, un peu plus proche. Rien de traditionnellement birman, en tout cas. Allons dans la direction générale et voyons. D’accord ? D’accord.

 

Su bondit de son lit ; nous sortons de la chambre, moi sur les talons de Su. Porte fermée à clé, nous descendons les marches jusqu’à la réception, les flip flops claquantes. Je confie la clé à un aimable monsieur, aux lèvres rouges sang, aux dents brunies du bétel, qui lui font un sourire effrayant, et au longwi mille fois raccommodé et nous passons le porche de l’hôtel. Deux pas plus tard, quand nous arrivons sur la rue défoncée, Su me prend d’autorité le bras, vu qu’il serait bête de tomber, dans la pénombre, à peine désépaissie par de rares lampadaires, avec les rats qui filent ici et là, à la recherche de quelque chose à manger, eux aussi.

21:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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