13/07/2007

Arrivée à Bagan

roadtobagLa journée avance et le bus avec. Pas vite, mais quand même. Nous nous arrêtons encore à plusieurs reprises, pour déposer des passagers, pour en prendre d’autres. Il y a aussi des arrêts mécaniques et des arrêts pipi. L’état de notre bus explique premiers. Les restaurants où nous nous arrêtons de manière impromptue deviennent de plus en plus simples – un simple auvent sous lequel deux ou trois tables, entourées de tabourets, attendent le chaland - le personnel, de plus en plus amitieux. Tout le monde vient échanger quelques hello, where are you from avec les trois blancs, puis avec la demoiselle coréenne, une fois qu’ils ont appris qu’elle n’était pas du coin. La gentillesse et la curiosité de petit peuple sont attendrissantes.

pitstop

 

oxIci et là, on voit passer un char à bœuf. On voit aussi passer, sous la houlette de leur guide, des bœufs muselés. Non, ce n’est pas une race mutante de pit bulls, mais des bœufs partis pour les champs cultivés. La muselière les empêche d’aller fouiller les sillons, à la recherche de racines ou de touffes de verdure appétissantes.

 

 Enfin, vers les sept heures, nous arrivons à la frontière de la ville. Su se remet de la chaleur assommante, après une sieste réparatrice, et pépie des tas de choses intéressantes que j’écoute avec plaisir. Un arrêt encore, devant une cahute où les étrangers doivent payer leur droit d’entrée de dix dollars, pour visiter Bagan. Les autres passagers doivent montrer leur passeport - et, j’imagine, leur autorisation de voyage – à un préposé de la police, afin de savoir s’ils sont autorisés à pénétrer sur le sol sacré de l’ancienne capitale. Les autorités essaient de limiter les entrées, dont on craint toujours qu’il s’agisse de tout un petit peuple de commerçants, qui veulent gagner quelques sous sur la manne touristique, pourtant bien maigre ici… De ce fait, seuls quelques vendeurs de pacotilles autorisés ont le droit de vendre les incontournables souvenirs de Bagan, qui vous sont proposés aux pagodes principales. Ainsi, vous n’êtes pas trop assailli par les pénibles – qui, il faut le dire, laissent raisonnablement vite tomber la chasse au visiteur, une fois que vous avez dit non.

 

Quoiqu’il en soit, nous sommes tous quatre ponctionnés de dix dollars, avant de retourner à notre bus, au moteur hoquetant de fatigue. Puis les voyageurs locaux rentrent à leur tour et prennent chacun sa place. Le couple américain, rondouillard, a cru mourir sur sa banquette faite pour deux minces Birmans, avec des trucs qui pendaient du plafonnier jusqu’à leur tête, et des passagers serrés jusqu’à eux, à l’occasion de l’ajout d’un petit tabouret en plastique. Le bonheur de chaque arrêt leur faisait perdre leurs sens, ou presque, et ils sont désespérés quand je dois leur avouer que, de la frontière de la ville jusqu’à notre arrêt final, il y a encore certainement une bonne trentaine de minutes. Ca n’en finira jamais…

 

Alors que la nuit n’en finit pas de tomber, nous voici enfin en ville. La ville, c’est une grande rue pleine de trous et de bosses, avec un peu de macadam, ce qui permet de la distinguer des autres rues, qui ne sont que pistes. La réalité, c’est que Bagan, c’est un trou perdu fait de quatre ou cinq rues qui vont de l’est à l’ouest, et qui croisent au cordeau, enfin, presque, quatre ou cinq rues qui vont du nord au sud. Le long de ces rues à peine éclairées se dressent quelques hôtels et guesthouses, qui doivent à eux tous offrir une cent cinquantaine de chambres, de qualités variées, aux visiteurs. Chaque fois que je suis passé, Bagan faisait ville fantôme, et je trouvais une chambre sans même chercher, quand un rabatteur me sautait dessus pour me proposer, pour trois dollars américains, tout au plus, une chambre double parfaitement correcte, avec salle de bain, petit déjeuner, dans un cadre paradisiaque. Mon dernier souvenir est un New Eden Hotel, malheureusement totalement occupé cette fois, à la suite d’un congrès, ou d’un anniversaire, je n’ai pas trop bien compris quand j’ai, par je ne sais quelle inspiration, téléphoné à l’hôtel pour voir si je pourrais y loger le jour suivant. Du coup, j’avais appelé un autre hôtel, conseillé par celui où je logeais à Mandalay, et m’étais trouvé une chambre double, avec tout le confort et petit déjeuner, pour le prix usuel de Bagan. C’est un hôtel qui se trouve sur la rue principale, à deux ou trois cents mètres du quartier où j’ai mes aises. Mais bon, j’avais la promesse, à Mandalay, que c’était très bien, que je pouvais trouver, à deux pas de l’hôtel, un loueur de vélos ; je n’allais pas me compliquer la vie…

 

Le bus rentre donc en ville et lâche tous les Birmans, attendus au bord du terrain vague qui fait office de gare routière. De là, il fait son tour, pour déposer les voyageurs pour hôtels. Su essaie de se renseigner pour savoir s’il y a un hôtel qu’on peut lui conseiller, mais il paraîtrait que, malheureusement, une grande cérémonie bouddhiste qui se prépare – l’intronisation de novices - a amené ici des dizaines de parents desdits novices, et que tous les hôtels sont pleins… Ah. Les américains nous quittent, devant l’hôtel trois étoiles de la ville, avec piscine, et l’accompagnateur du bus va se renseigner pour elle. Ici aussi, c’est plein… Su me regarde d’un œil paniqué, ce que je peux comprendre.

 

Après deux secondes de réflexion, je lui dis :

 

-          si tu veux, j’ai loué une chambre double…

-          Bon, d’accord.

 

Pas une seconde d’hésitation. Il faut supposer que je fais bon bougre, qu’elle n’a aucune inquiétude en acceptant et qu’elle m’a, quand même, un peu à la bonne. Ca fait plaisir, quand même.

23:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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