28/06/2007

Tatmadaw

Le lendemain, après une nuit réparatrice, quand je me lève, c’est à l’aube, pour savourer le lever du soleil, sur la terrasse, alors que, l’une après l’autre, les aiguilles dorées des stupas étincellent aux premiers rayons du soleil. A ma grande surprise, mes deux Italiens sont là aussi, prenant leur petit déjeuner à la hâte, avant de sauter dans un taxi qui les conduira à l’aéroport de Mandalay : ils prennent l’avion pour Rangoon.

 

ManairLa presse qui est la leur me fait sourire, vu la réputation des lignes intérieures du Myanmar, et tout particulièrement des vols de Myanmar Airways : les horaires ne sont jamais respectés, de loin, et le nombre de places vendues est usuellement deux fois plus élevé que le nombre de places effectives dans l’avion. Evidemment il y a des no show, dans tout vol ; mais l’optimisme des vendeurs de places me semble ici exagéré.

 

Quoiqu’il en soit, l’avion de huit heures du matin, dans le bon vieux temps, ne partait pas nécessairement à huit heures – ou alors, à huit heures du soir, le jour suivant. Quand il partait enfin, il s’envolait avec des passagers assis sur de petits tabourets de plastiques dans le couloir. De ce fait, les hôtesses de l’air, au visage plâtré de tanaka – ce n’est pas autorisé sur les vols internationaux, mais jamais ce maquillage ne pose problème sur les vols à l’intérieur du pays - ne pouvaient circuler le long de la cabine, afin de vérifier que chacun attachait sa ceinture. Personne, de ce fait, ne l’attachait, ni ne fermait les coffres situés au dessus des sièges. Les atterrissages se passaient toujours mal, et il est peu probable que les choses aient changé.

 

Dans la cabine, outre les passagers en surnombre, il y avait quelques animaux domestiques aussi, entrés en contrebande, sous la responsabilité d’une vieille dame ou d’un riche commerçant qui aimait tant son chien, son singe ou son chevreau.

 

De plus, les avions des lignes aériennes intérieures avaient la réputation méritée de ne pas être parfaitement entretenus, d’être mal pilotés, et ils s’écrasaient souvent. Myanmar Airways, part du groupe Myanmar Airways International, semble être à deux doigts de disparaître. Ca tombe plutôt bien : ses avions en charge des vols nationaux atterrissaient plus vite qu’il n’était souhaitable, et les morts se comptaient annuellement par dizaines. La compagnie doit encore compter deux bimoteurs en fin de vie. On attend qu’ils s’écrasent pour fermer la branche nationale de la société. C’est l’un de ces deux bimoteurs que les deux Italiens devraient prendre. Je m’abstiens de leur dire tout ce que je sais sur le vol qu’ils ont l’intention de prendre.

 

airbaganEn ce qui concerne Myanmar Airways (branche nationale), la rumeur va ainsi que la ligne qui appartenait aux militaires de la junte est maintenant remplacée par Air Bagan, nouvelle ligne aérienne appartenant prétendument à un nouveau millionaire n’ayant rien à voir avec le gouvernement, ce qui permettra, prochainement, à ses avions de se poser hors du Myanmar. En effet, Myanmar Airways International, appartenant au gouvernement, n’a obtenu l’autorisation de se poser qu’à Singapour, Bangkok et Dhaka. Air Bagan pourra se poser littéralement où il le voudra, puisqu’il n’a rien à voir avec la junte. J’ai comme dans l’idée qu’Air Bagan rachètera alors la flotte de MAI à prix d’or, et que le Myanmar aura enfin les débouchés aériens internationaux auxquels la junte estime qu’il a droit.

 

Mes deux Italiens disparaissent bientôt, descendant les escaliers jusqu’à la réception où ils prennent leurs sacs, avant d’être avalés dans la cabine arrière du taxi d’hier. Après leur avoir souhaité un bon voyage, je m’assois à l’une des tables de la terrasse, ce qui déclenche les grandes manœuvres d’un personnel empressé, souriant, plâtré de tanaka et toujours étonnamment capable de s’exprimer en anglais.

 

J’ai une faim de loup, car je n’ai pu aller dîner hier soir. Les rues de Mandalay ne sont pas éclairées la nuit. Enfin, non, pas tout à fait : il y a quelques grandes avenues qui bénéficient d’un lampadaire tous les cinq cents mètres. Ces lampadaires fonctionnent quand il y a de l’électricité en ville – ce qui n’est pas toujours le cas, la nuit. Sinon, dans les petites rues, pas de lumière, pas toujours d’électricité, des chemins de terre battue avec, de ci, de là, une belle petite ornière et, hier soir, une nuit sans lune. En court : de quoi se péter la figure deux fois tous les dix mètres.

 

On a tendance à oublier, en arrivant à Mandalay, que les vendeurs de colifichet que l’on voit dans les rues ont une raison d’être. S’ils vendent de petites lampes électriques, c’est que l’électricité reste un produit volatile ici. La dernière fois que j’étais ici, nous partagions une chambre, un Suisse et moi, et nous étions parti prendre un repas exécrable dans la nuit noire, grâce à la lampe de poche de Monsieur le Suisse. Ici, oubliée la lampe, et je ne vais pas aller embêter les employés de l’hôtel : ils n’ont pas de lampe pour moi, et sont en plein travail pour faire démarrer la gégène de secours, vu que l’électricité vient de sauter.

 

On peut, en fait, demander de l’aide : un employé se fera un plaisir de vous accompagner, sa lampe à la main, jusqu’à un vélo taxi qui vous conduira à un restaurant, vous attendra devant et vous reconduira ensuite à l’hôtel, avec sa lampe à lui, accrochée sur le guidon. Ca, je le saurai plus tard. Ce soir là, j’avais décidé, devant le branle bas de combat dû à la relance de la gégène de secours, de faire l’impasse sur le repas. Après tout, ce n’est pas qu’on mange si bien que cela au Myanmar.

 

Ce matin là, donc, je bondis sur mes deux toasts, barbouillés d’un beurre brunâtre et de confiture, sur un œuf nageant dans de l’huile, sur mon assiette d’ananas. Je bois mon thé et en redemande. Puis, heureux et mursrassasié, je descends lourdement jusqu’à ma chambre, rapport à l’œuf, y prends mon sac, vérifie que j’y ai mon billet circulaire déjà cacheté du fait de mes visites d’hier et file dans la rue, pour me diriger vers le palais royal. L’espace dans lequel ce dernier est blotti est gigantesque. L’énorme quadrilatère qui entoure le palais fait exactement deux kilomètres de côté. Un imposant rempart orné de mâchicoulis - rempart qui doit bien faire ses dix mètres de haut - sépare le territoire secret du reste de la ville, et est lui-même protégé du contact par une douve dont la largeur doit faire, fastoche, une trentaine de mètres.

 

Domaine royalAu milieu de chacun des côtés, il y a une porte, encore aujourd’hui surveillée par l’armée, puisque le camp retranché qui entoure la cité interdite est aujourd’hui l’un des camps secrets de Tatmadaw – c’est le nom affectueux donné par la junte à son bras armé. Il est interdit, de ce fait, de se promener dans la plus grande partie du domaine royal, une seule porte peut être prise par les étrangers : c’est la porte de l’Ouest, alors que mon hôtel est à l’Est.

 

Comme je ne le savais pas, et que j’arrive au Nord Est, je descends d’abord vers le Sud puis, repoussé à la porte de l’Est, continue jusqu’à la porte du Sud où je suis repoussé encore. J’y rencontre un Suisse qui cherche, lui aussi, désespérément, à entrer. Un soldat courtois et capable de parler l’anglais nous indique que nous trouverons notre bonheur à la porte de l’ouest, deux kilomètres plus loin… Nous y allons, suivi un instant par un vélo taxi qui se propose à nous conduire jusque là. Puisqu’il n’est pas encore neuf heures, il fait encore tiède, pas vraiment chaud, ni humide. Ca viendra. Nous déclinons donc l’offre, tout en sachant – il faut bien que le petit commerce vive – que nous accepterons son offre, ou celle de son alter ego, en sortant du palais.

Domaine royal2Domaine royal3 

Quand nous arrivons enfin devant la porte autorisée, il y a, en effet, une douzaine de vélos taxis qui attendent et espèrent. Monsieur le Suisse et moi même avons fait connaissance, nous nous entendons bien, et nous passerons la journée ensemble, à faire du temple. Mais tout d’abord, une fois nos billets estampillés, nous entrons dans la section la plus interdite de la cité interdite : le camp militaire.

 

Domaine royal4

 

00:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aviation, armee |  Facebook |

25/06/2007

Le cheval qui rit

Repas terminé, nous allons repartir, non sans passer par le petit coin, une nacelle faite en vannerie, qui tremble sous mon pas léger. Je ne veux pas imaginer ce qui se passera quand les suivants – mes deux grands Italiens, par exemple – décideront de passer au même endroit. Il y a un orifice là où il faut, une petite lucarne droit devant, qui donne sur un merveilleux paysage à l’horizon infini et, si on se tient bien coi, et qu’on vise bien, tout va comme cela devrait aller. Nous sommes, en fait, sur un terrain particulièrement ondulé et – dans le cas de notre restaurant – juste au bord d’une falaise d’une bonne quarantaine de mètres de dénivelés.

 

Revenu dans la salle où se trouve notre table, je signale à mes honorables compagnons qu’il pourrait être dangereux d’aller faire pipi, si on fait plus de soixante kilos. Bien entendu, la simple mention du risque fait bondir mes deux Italiens qui se ruent, l’un après l’autre, aux toilettes. Le premier revenu, et amusé par l’endroit, le deuxième, le plus gros, se rue au petit coin, glisse entre deux branches qui tiennent la vannerie ensemble (c’est du moins ce qu’il nous expliquera par la suite), voit sa jambe droite ainsi glisser jusqu’à mi-cuisse, les longues feuilles qui tiennent le tout ensemble lui occasionnant de belles écorchures. Ah, oui, bien entendu, il porte des shorts.

 

Quand nous entendons des hurlements de porc qu’on égorge, hurlements poussés avec un fort accent italien, en provenance des toilettes, nous nous empressons d’aller voir ce qui se passe, tirons sur la porte des commodités qui n’est pas vraiment fermée, et tirons sur les bras de notre camarade, devenu soudain demi-cul de jatte. On le sort d’affaire et tout le monde rit beaucoup, en observant le trou impromptu, sauf notre Italien, qui regarde sa jambe griffée du mollet à la cuisse, d’un air lamentable.

 

Bon, le malheureux propriétaire de l’établissement pourra réparer les dégats, et il lui est difficile de les imputer à notre Italien rondouillard. Nous payons notre dû et démarrons dans la somptueuse limousine que nous avons louée, avec un conducteur qui se trouve entre le marteau et l’enclume, et qui n’ose pas vraiment nous reprocher quoique ce soit. Après tout, vu le salaire horaire local, le travail de réparation ne reviendra pas à grand-chose. Donc, en toute logique, dans son esprit, mieux vaut l’écraser. De notre côté, on fait semblant de ne pas s’intéresser à son dilemme cornélien.

 

bridgeLa route reste poussiéreuse, cahotante, et nous arrivons bientôt au deuxième site « ville morte » prévu dans notre location de taxi : celui d’une deuxième ville bâtie sur une île que l’on rejoint par un pont de bois. La ville en question est connue comme le loup blanc par la terre entière, mais son nom, une fois encore, m’échappe. Je devrais me souvenir, pourtant, puisque ce n’est pas la première fois que je viens. Rien n’a changé depuis.

 

Notre taxi s’arrête à une cinquantaine de mètres avant le pont de bois. Nous convenons d’un rendez-vous, dans une heure, et partons en goguette, traversant d’abord le terre plein sur lequel sont installés quelques bistrots, pour arriver à l’entrée du pont devant lequel, comme devant toute entrée d’un endroit sacré, se trouvent des vendeurs de lotus, de bâtonnets d’encens et – cela est particulier à la Birmanie – de chouettes naines, inquiètes de leur sort.

 

L’endroit est un but de promenade pour toute la ville, et nous ne sommes certainement pas seuls. Le pont de bois est parcouru par des centaines de personnes, qui tous nous sourient, nous crient hello, sont ravis quand on leur répond de retour. Le pont fait pas loin d’un mile anglais, ce qui permet d’assez nombreux échanges de hello, accompagnés de gloussements systématiques, de la part des fillettes et des garçonnets, quand nous répondons de retour et que, finalement, le plus grand des Italiens, qui doit être employé comme boute-en-train à l’occasion des noces et des banquets, salue chaque enfant d’un hello cérémonieux, accompagné d’une courbette.  Les enfants en rient dix ou quinze mètres à l’avance, se pressant pour être le prochain à le saluer de retour.

 

HorseArrivés sur l’île, nous faisons, à pieds, cette fois ci, le tour de l’île et de ses pagodes les plus fameuses : le petit peuple y court, afin de prier des idoles presque millénaires, et de gagner au loto. On y trouve d’anciens Bouddha couchés, assis, debout ou marchant, on y trouve les divinités qui font le bonheur des superstitieux et des chevaux qui rient.

 

On y voit passer des bœufs qui nous regardent d’un air indifférent, des buffles qui nous montrent du mufle à leurs copains de vadrouille. On y trouve des serpents qui se sauvent, quand nous marchons en faisant du bruit, à travers l’herbe, notre Italien continuant à se lamenter en clopinant, soutenu par son copain rigolard.

 

 

 

 

On y trouve, enfin, une mauvaise copie du rocher d’or.

 

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Après une petite heure de promenade sur des pistes de terre poussiéreuse, nous retournons vers la terre ferme. Notre chauffeur, dans le but d’économiser l’essence, nous propose d’aller voir un autre temple qui se trouve à deux pas et qui est, c’est exact, une petite merveille. Depuis la dernière fois, il a changé : les Bouddha sont maintenant protégés sous des auvents et un monastère s’y est installé, avec une école. Les gosses jouent au foot. Ils ont relevé leur soutane et galopent, pieds nus, après un ballon. Ils ont bien raison.

 

Retour aux bistrots en bord de lac, où nous prenons un verre. Nous sommes pris d’assaut par des gosses qui nous offrent, pour une somme modique, des colliers de jade. Ah, il y aura bien une petite fille dont je pourrais faire le bonheur, avec ce genre de bijoux, quand je retournerai à la civilisation… J’en achète deux.

 

sculptorDe là, nous démarrons vers le centre ville, et nous arrêtons dans le ghetto des marbriers. Toute la rue fait, à coup de scies électriques, dans la sculpture religieuse, et semble exporter à travers le monde entier. De huit heures du matin jusqu’au soir, tout un monde de jeunes gens, de jeunes filles, de garçons et de fillettes, s’occupe de sculpter, ou de finir, des statues d’idoles qui sont ensuite empaquetées pour être envoyées au Nord, au Sud, au Pakistan, en Inde ou encore en Indonésie. Chaque fois, assez curieusement, le sculpteur adopte le style du pays vers lequel il exportera sa pièce. Une poussière de marbre flotte dans l’air, rendant l’atmosphère brillante, sous le soleil rasant.

 

En fin de journée, quand les ponceuses se calment, et que les jeunes filles décident que la journée est finie, elles secouent leur chevelure quotidiennement blanchie, ainsi que leurs vêtements, et rentrent à la maison où elles prendront certainement une douche - un bain, si elles habitent à côté de la rivière. Nous même, après guères plus d’une heure dans la rue des marbriers, nous sommes couverts de poussière et nos cheveux sont rêches de particules microscopiques de marbre. Le blessé s’inquiète de savoir si ses plaies ne vont pas mal tourner, nous lui assurons que non mais, pour le rassurer, nous décidons quand même de rentrer au guesthouse : les sulfamides l’attendent, au kilo, dans sa chambre, et son copain l’assure de sa connaissance de la médecine.

 

 

00:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, promenade |  Facebook |

22/06/2007

La première des villes mortes

Or donc, nous quittons l’hôtel, une fois que les trois voyageurs se sont installés dans la - euh… appellerons-nous cela « la cabine des passagers » ? Va pour la cabine des passagers… - dans la cabine des ourtaxipassagers, et le chauffeur devant son volant : deux virages à gauche, puis nous voilà sur la grand rue qui se termine par une côte pas bien méchante, mais trop difficile pour le véhicule lourdement chargé de quatre personnes. Le plus grand d’entre nous, qui doit bien peser dans les soixante-dix kilos, saute d’un bond sur la route, avant que la voiture dont le moteur essaie de tourner à plein régime commence à reculer, et la pousse. La perte des soixante-dix kilos, et la poussée supplémentaire font la différence : nous redémarrons vers l’avant. Arrivés au haut de la côte, voiture et passagers se remettent dans leur position traditionnelle, la voiture avançant toute seule, à faible vitesse, et le passager dans l’habitacle.

 

On met une tête dehors, de temps à autre, en évitant les moments où la poussière vole, quand ce n’est plus de la route, mais de la piste, pendant que le taxi s’éloigne du centre ville. Au bout de quelques dizaines de minutes de chemin cahotant, nous arrivons au pied d’une pagode qu’il nous faudra rejoindre en prenant une volée d’escalier dont le nombre de marches est infini. Deux serpents à sept têtes, en fin de balustrade, nous regardent d’un air féroce.

 

Allons-y.

 

pagodaPagoda2Vingt minutes plus tard, les jambes fatiguées et suant abondamment, nous sommes au sommet de la colline sur laquelle se trouve une immense pagode, effectivement à la fois belle et impressionnante. Nous tournons quelques minutes, admirant aussi bien le paysage meublé de stupas proches, de stupas éloignés, de pagodes partout, que d’émouvantes merveilles religieuses et animales qui ornent la pagode – hm, les pagodes, plutôt. Il est probable que je me répète, mais le nombre et la richesse de décoration des constructions religieuses, anciennes et modernes, dont bénéficie le Myanmar sont tout simplement inconcevables. Si l’on peut comparer, dans ce domaine, le Myanmar est à Rome ce que Rome est à la Lune. Les édifices religieux sont, littéralement, innombrables, riches, aussi parfaitement entretenus qu’il est possible. Je prends en photo un adorable lapin doré, en souvenir de Chipie. Puis nous redescendons.

rabbit

 

vendeursoiseauxPour une fois, Mandalay étant, je le répète, une ville peu fréquentée par les touristes, pas de gosses qui nous chassent avec l’espoir de nous vendre des babioles, et notre taxi a choisi pour nous une destination ravissante, mais manifestement peu courue. Un peu de petit commerce au sommet, bien entendu, mais rien de plus que quelques vendeuses d’eau, pour la soif, de sodas, pour la soif aussi, de limonades, pour la soif encore, d’encens et de fleurs, pour les idoles. Ah, à tout hasard, quand même, quelques cartes postales, pour le touriste. Et puis, des vendeurs d’oiseaux à libérer, bien évidemment. Mais les vendeuses ne vous courent pas après, ne vous hèlent même pas. On n’est pas à Bagan.

 

Retour à la voiture, soigneusement garée, tenue par une cale en bois, devant un café où notre chauffeur prend un rafraîchissement, tout en bavardant avec des connaissances probablement établies de longue date, chaque fois qu’il s’arrête ici, en charge de deux ou trois promeneurs. A peine nous voit-il qu’il bondit sur ses pieds et nous rejoint. Hop là, nous y allons, maintenant pour les villes anciennes, qualifiées de mortes, ou de royales, et qui sont d’admirables musées vivants. C’est aussi là que les premiers préposés chargés de vérifier que nous avons un billet officiel se trouveront. Il est temps de sortir notre billet de dix dollars.

 

Ah, non, ce sera douze. En effet, en plus du billet qui nous permet de visiter les sites les plus protégés et raisonnablement remis en état, l’Etat ponctionne deux dollars par étranger qui entre sur le site de certaines des villes mortes, vu qu’on utilise la route. Impossible d’y échapper, vu la surveillance qui se fait encore, ici : en fait, chaque dollar gagné est – en ces temps de tourisme bien peu actif – doublement perdu, du fait qu’il faut payer tous ces surveillants de l’entrée des dollars, et du fait que le voyageur grugé regarde ses sous en décidant de ne pas donner davantage qu’il se l’était planifié le matin. A un certain moment, devant l’attitude de vautour du régime, en effet, nous devenons tous des juifs écossais, dont le modèle de vie est Oncle Picsou.

 

Les chefs de la junte oublieront ces mesquines attitudes de gagne petits, quand ils se rendront compte qu’il y a davantage d’argent à faire, à la sado maoïste, quand on laisse tomber les petits gains, pour viser plus gros, via l’industrie qui rapportera autrement davantage. Ils ont déjà commencé à lâcher les plus impopulaires de leurs gabelles, mais la fascination du dollar arraché au voyageur étranger est difficile à oublier.

 

Enfin, nous voilà donc à, tout d’abord, arrêtés sur la route qui conduit à l’une des villes mortes - elle a un nom; je l'oublie - devoir payer nos deux dollars par personne. Nous nous exécutons en maugréant, qui en italien, qui en français, puis nous repartons et arrivons à un gué, traversable en bac. Le taxi nous attendra de ce côté ci, et nous traverserons, pour une somme modique, une rivière large, tout au plus, de cinquante mètres. De l’autre côté nous attendent des chariots tirés par des chevaux. La promenade n’est pas immense, mais, arrêts à divers temples compris, nous occupera presque jusqu’à midi. Deux mille kyats – moins de deux dollars – pour notre chariot, tiré par une paire de canassons étiques. On ne peut vraiment pas dire que c’est du vol.

 

kidsLe premier arrêt est devant une merveilleuse pagode de bois – c’est une spécialité de la région de Mandalay – dans un coin de laquelle des enfants étudient, sous la supervision d’un bonze assoupi. Nous passons en tapinois, afin de ne les pas déranger au milieu de leur calme studieux, et nous intéressons aux merveilles sculptées au milieu desquelles nous nous promenons. Penser que, avec le climat local, ces immenses bâtiments de bois ont tenu plus de deux siècles… Lentement, cependant, les structures pourrissent, usées par le temps, le soleil et la pluie.

 

wood

 

Les termites, parfois, aussi ? Non, pas les termites. Soit il n’y en a pas, par ici, soit les bonzes ont trouvé des moyens dignes des empoisonneurs de la Renaissance pour les empêcher d’agir. Mais en fait, c’est vrai, je ne verrai aucun de ces stalagmites, dans la campagne, qui signalent le danger.

 

Devant le temple, quand nous revenons à notre carriole, notre équipage a été rejoint par un autre, dont descend une ravissante brune aux cheveux courts, aux shorts à peine plus long, bardée d’appareils photos et qui se pète la figure alors qu’elle regardait d’un œil appuyé l’un des deux Italiens. Bien fait pour elle. Comme elle n’a, de toute évidence, pas su intéresser, par sa chute malheureuse, notre Roméo, nous repartons – non, quand même, l’avoir aidée à se redresser. Nous la reverrons, plus loin, l’œil noir et le vêtement poussiéreux.

 

J’oubliais de dire que c’est ici que nous avons acheté notre pass de dix dollars. La survivance miraculeuse de ce temple est sans doute la meilleure manière de nous faire oublier l’achat du billet. Il est grand comme un billet de banque de l’époque de la Grande Inflation des années vingt, en Allemagne et, à chaque arrêt, nous aurons droit au cachet de la pagode que nous visitons, ce qui amènera le billet des visites à ressembler, à la fin, à la page d’un passeport bien utilisé.

 

En attendant, nous continuons nos pérégrinations, de temple en temple. Ils mériteraient tous un long arrêt, mais bon, nous n’avons pas le temps, ou bien nous ne nous le donnons pas. La pulpeuse flamande poussiéreuse nous dépasse finalement, et nous ne la reverrons plus. Tout est beau, sous un soleil lourd, avec nos chevaux qui avancent paisiblement, d’autant plus heureux qu’on leur laisse quand même du temps, d’une pagode l’autre, a parcourir le minimum de ce qui doit l’être. Quand nous terminons ce tour de ce que comprends finalement être une île, il est midi passé. Nous bondissons dans une barque de retour. De l’autre côté, il y a notre taxi qui nous conduit à un restaurant qu’il nous conseille vivement. Son meilleur copain, probablement. Bah, nous y aurons un repas convenable, accompagné de thé, pour un gros dollar. Oui, c’est visiblement un prix gonflé, un prix pour touriste, mais bon… c’est un si petit vol, et ils sont si pauvres…

23:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme |  Facebook |

20/06/2007

Taxi, peinture et croix gammée

TaxiLe taxi arrive avec quelques minutes d’avance, alors que je viens de descendre dans le minuscule hall de notre guesthouse : une bonne affaire, ça ne se laisse pas échapper et, pour le chauffeur, une journée entière de location, c’est le paradis. La voiture est l’habituelle et minuscule Mazda avec ridelles, que je connais depuis toujours, ici. Les pneus sont usés jusqu’à la corde ; le moteur doit faire aux alentours de cinq cents centimètres cubes et pollue presque autant que feu les Trabant, qui ornaient, de leur carrosserie faite de papier mâché, les rues de l’ancienne Allemagne de l’Est. Tout comme les Trabant, aussi, on a pas trop le choix des couleurs : dans le cas des Mazda, c’est soit bleu ciel, soit brun clair.

 

A la différence des Trabant cependant, comme leur revêtement est fait de métal, et qu’il fait toujours humide ici – chaud, certes, mais humide - les Mazda en sont toutes à divers stades de pourriture. La rouille domine et perce les couleurs et les vernis avec lesquels chacun essaie, soigneusement, à force de couches, de couvrir sa vergogne.

 

Taxi2De ce fait, le propriétaire, outre le fait qu’il est usuellement un mécanicien émérite, use de trucs et de moyens à la limite de l’honnête pour cacher l’état de décadence dans lequel sa voiture se trouve. Ainsi, l’usage d’autocollants qui permettent de boucher des trous, de recouvrir des boursouflures lépreuses. Parfois, le choix des autocollants peut surprendre: on a, pour le moment, à Mandalay, une mode qui peut faire sourire, ou qui peut choquer : la croix gammée est partout. Qui diable a lancé le produit ? En tout cas, on la trouve sur toutes les voitures, sur tous les casques moto. Le côté positif, c'est qu'on remarque que chacun, à moto, met un casque - à croix gammée ou non. C'est déjà ça...

 

 

Swas

 

Quant au fait que les pneus usés jusqu’à la corde sont remplacés, quand ils rendent l’âme, par de « nouveaux » pneus tout aussi usés, si d’un côté, on peut se demander d’où vient le stock – j’imagine que le réparateur de pneus est encore un métier florissant ici, et qu’un pneu qui a crevé est réparé, encore et toujours – on ne doit, par ailleurs, pas trop s’inquiéter quand on voit l’état desdits pneus, sur un taxi Mazda : vu sa vitesse…

 

Monsieur le conducteur nous attend donc devant la porte, alors que les Italiens descendent de la terrasse où ils ont déjeuné. Nous nous présentons et montons à l’arrière : vu nos tailles respectives – et pourtant je ne suis pas si grand que ça… - il est heureux que nous soyons trois, et pas davantage. Après de rapides salamalecs, et le détail de ce que nous ferons aujourd’hui, le taxi démarre. Dès la première côte, le plus grand – et gros - des deux Italiens descend de la voiture et pousse, le temps d’une dizaine de mètres, afin que nous puissions sortir de cette mauvaise passe. La dernière fois que j’ai lu quelque chose qui rappelait cela, c’était dans un récit de voyage du dix-septième siècle, quand tous les voyageurs descendaient du carrosse, afin d’aider les chevaux, dans les Alpes… Enfin bref, ça redémarre, et nous allons jusqu’à notre premier but : une pagode qui se trouve à quelque kilomètres de Mandalay – oh, je vous rassure : guère plus de quatre ou cinq - sur une colline.

 

Pour se faciliter la vie, il faut, lors de la première visite que l’on fait dans un endroit payant, à Mandalay, acheter le billet collectif qui vous coûte dix dollars et vous permet de tout voir dans la région – sauf suppléments toujours possible. On sait bien que cet argent en dollars, donné à un préposé de l’office du tourisme, arrivera directement dans l’escarcelle des généraux, mais bon, il n’est pas possible d’éviter de donner à la junte. Cette dernière a découvert la malignité du capitalisme chinois, et sait maintenant comment ne pas tout voler, afin de toucher un max.

 

Nous connaissons tous l’histoire des deux taureaux, un jeune et un vieux. Le jeune, voyant des vaches, dans le pré d’à côté, dit à son camarade : galopons jusqu’au pré voisin et tapons nous une vache. Le vieux, plus expérimenté, répond au jeune : non, marchons jusqu’au pré voisin et sautons toutes les vaches.

 

Le régime en place a découvert que le gouvernement sado-maoïste chinois voisin, malin comme pas deux, avait trouvé une bonne méthode pour rester en place et se faire son beurre. Il lui avait suffit de casser toute opposition intérieure, de ne plus voler jusqu’au dernier sous d’un peuple affamé, et de profiter de son enrichissement. C’est exactement ce que la junte birmane fait aujourd’hui. Plutôt que de voler le touriste dès l’arrivée, et de le forcer à passer – volens nolens – sous les fourches caudines de sa pompe à phynance, elle a décidé de laisser de plus en plus tout le domaine touristique au petit peuple. Ce petit peuple, de ce fait, s’enrichit – peu, mais quand même. Alors, quand il a de quoi se nourrir, se loger, s’habiller, il se retourne vers des magasins dans lesquels se trouve de l’eau potable – manufacturée dans une limonaderie appartenant au régime. Il achète de la nourriture préparée et empaquetée dans une fabrique appartenant à un général. Il choisit des vêtements faits de tissus – le tailleur reste la norme – tissé dans une usine possédée par le gouvernement. In fine, tout revient à l’Etat qui n’a simplement pas eu à faire l’effort de surveillance auquel il se livrait précédemment, pour tout obtenir.

 

Le boycott infligé par les bonnes âmes contre la Birmanie est du pain béni pour le régime en place : il possède tout ce qui existe, en terme industriel, et contrôle tout ce qui est importé. Bravo, bonnes âmes : continuez…

 

Enfin bref, foin de développements oiseux qui concerneraient la malignité des dirigeants du pays. Ici, nous devons donner nos dix dollars, afin de pouvoir visiter tout ce qui peut l’être. La seule chose à faire, c’est de rentabiliser notre don involontaire. Il y a bien des choses à voir à Mandalay, allons y.

23:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2007

Les fleurs en billets de banque

Le crépuscule du matin commence à nous cligner de l’œil, alors que nous sommes tous agonisants, dans le bus secoué depuis des heures. La lumière apparaît à l’Est et bientôt l’état de la route, bien cahotante ces dernières heures, s’améliore. D’une route à deux bandes, nous passons à quatre. Les maisons de bois, sur pilotis, en bord de route, se font plus nombreuses. Des épiceries, des cafés sont déjà ouverts. Des dames et des messieurs, en longyis, marchent ou cyclent le long de la route, vaquant à leurs affaires. L’électricité semble marcher par ici : ça et là, on peut voir une lampe qui brûle dans une chambre aux volets ouverts, où des enfants baillent. Un pont encore, nous ralentissons et les lumières du plafonnier du bus s’allument, signe d’un arrêt prochain.

 

restPour l’arrivée à Mandalay – pardon, à la gare routière de Mandalay – nous sommes un peu en avance : il n’est pas encore tout à fait six heures du matin. Nous n’avons eu aucun pépin sur la route ; aucun pont n’a été difficile à franchir, nous nous sommes arrêtés ici et là, aux étapes-pipi-boisson prévues et nous sommes repartis chaque fois quand il le fallait. Voyage sans histoire. C'est une longue nuit, c'est tout.

 

Il en va différemment quand on roule vers le lac Inlay : pour parcourir une distance sensiblement inférieure – cinq cent kilomètres, à tout casser - le bus met deux fois plus de temps que pour aller de Rangoon à Mandalay, passant sur des routes infernales, dignes des coins les plus paumés de Sumatra, crevant un ou deux pneus sur le trajet, passant des gués parfois difficiles. Sur la route principale, entre Yangon et Mandalay, le passage du gué n’est plus qu’un souvenir. Sur la route du lac Inlay, par contre… On sort du voyage moulu, mort de fatigue, prêt à tomber – d’autant plus si on n’a pas pris l’habitude de compter le temps à la birmane, c'est-à-dire, à l’oublier.

 

A la gare routière qui dessert la région d’Inlay, quand vous sortez du bus, couvert de poussière et avec des articulations qui grincent, des rabatteurs vous sautent dessus, et il y aura encore une dizaine de kilomètres à faire, dans des conditions encore moins confortables qu’avant, pour enfin échouer à son hôtel, en bord de lac. Après un voyage à Inlay il y a cinq ans, et entendant chaque fois que je suis revenu ici le récit des voyageurs qui ont fait l’effort d’aller là, franchement, je préfère aller au lac Toba.

 

Un dernier virage pris par le bus, et nous entrons dans la gare, sur la sempiternelle plaine de terre battue, plus ou moins égalisée, aux ornières plus ou moins boueuse, entourée de petites bâtisses d’un étage. La cour centrale de la gare est flanquée d’un marché déjà en pleine activité. Il y a même deux petits hôtels dans la distance. Leur extérieur n’inspire pas la confiance, cependant.

 

Devant le bus qui manœuvre pour se garer, une petite foule nous attend de pied ferme. Il y a les parents et les amis des voyageurs ; il y a aussi quelques rabatteurs, quelques agitateurs de pancartes, sur lesquelles sont inscrits les noms d’un guesthouse ou d’un autre, des vendeurs de tout et de rien. Parmi eux, je vois une pancarte portant le nom de mon habituel AD1, qui existe donc toujours. Ca tombe bien, j’y suis habitué et je l’aime bien. Les chambres sont quelconques, mais propres, et la vue que l’on a de la terrasse du dernier étage, sur laquelle on prend le petit déjeuner dès potron-minet, quand les toits des pagodes commencent à briller aux rayons du soleil, est fantastique. Va pour l’AD1, donc. Je veux courir à mon bonhomme à la pancarte, une fois dehors mais, comme je suis sorti parmi les derniers, la foule s’est dispersée, y compris les rabatteurs. Heureusement, il reste, jusqu’au dernier passager, les chauffeurs de motos taxis. Un des taxis me retrouve mon rabatteur auquel je demande confirmation qu’il y a de la place à mon guesthouse : yes, plenty. Bon, très bien.

 

Monsieur le moto-taxi et moi-même nous arrangeons, sous l’œil ému du rabatteur, et nous démarrons. Au bout d’une centaine de mètres, nous quittons le champ de patates qui fait office de tarmac, à la gare, et arrivons sur la grand’ route de Mandalay. Le taxi serre mon baluchon à roulettes entre les cuisses, alors que je porte mon sac à ordi sur le dos. La journée sera belle, mais le soleil ne s’est pas encore vraiment levé. Heureusement que je suis derrière : avec le vent de la course, il fait presque froid. Nous dépassons des bicyclettes et des vélomoteurs, avec des conducteurs emmitouflés. Pour eux, ce froid du matin, c’est notre équivalent de la Sibérie. Bientôt, nous arrivons en ville, longeons les remparts de l’ancienne cité interdite, prenons les petites rues faites de terre battue, et me voici devant chez AD1.

 

Bank2bankL’hôtel AD1 se trouve dans une ruelle qui, étonnamment, est asphaltée – enfin, il y a un souvenir d’asphalte. Au bout de la ruelle, il y a l’une des plus grandes pagodes de la ville. De ce fait, l’hôtel est entouré d’échoppes d’articles religieux : bougies, bâtonnets d’encens, fleurs de papier, fleurs réelles et fleurs faites en billets de banque – de petite dénomination. Pour ces derniers bibelots, adorés des clients, les magasins abondent. Il y en a un juste devant la porte de l’hôtel. La dernière fois que je suis passé ici, j’avais engagé la conversation avec un aimable vendeur qui se trouvait sur le pas de la porte, une cigarette à la main, à se changer les idées. La fabrication de ces fleurs, c’est un travail de bénédictins, qui prendrait trois jours à n’importe quel ignorant dans mon genre. Monsieur le fleuriste, qui me montrait fièrement ses réalisations, m’expliquait aussi que, l’expérience aidant, il ne lui fallait pas plus d’une demi-heure pour terminer la fleur-billet-de-banque qu’il tenait en main.

 

Nombreuses sont, en réalité, les pagodes, à Mandalay. Il suffit d’aller sur la terrasse de l’hôtel pour s’en rendre compte : les stupas pointent partout. La pagode que nous avons, à côté de mon guesthouse, est énorme, pour une pagode du centre de la ville, mais son énormité est due au fait qu’elle fait aussi office d’école religieuse. Les moinillons abondent. Il y a aussi des nonettes de douze ou treize ans, qui vous regardent avec un œil profond et un sourire angélique.

 

Pour le reste, une pagode particulièrement sacrée se trouve au nord du centre ville, d’autres ici, d’autres là… toutes splendides. Mandalay souffre de sa réputation de ville détruite pendant la guerre. S’il est vrai que le centre ville a été reconstruit n’importe comment, ou plutôt, de manière moderne, sans plus tenir compte de l’antiquité de la ville, elle a de beaux restes. Les pagodes du centre, bien entendu, la cité interdite, malgré tout.

 

Il y a aussi de merveilleuses pagodes dans la proche banlieue, et les extraordinaires cités impériales mortes, qui n’ont parfois de mortes que le qualificatif. Il s’agit, finalement, d’anciennes capitales abandonnées, dans lesquelles de splendides… mais oui, de splendides pagodes, bien évidemment, montrent ce qu’on était capable de faire dans la région, il y a cinq, six ou sept siècles. Au milieu de ces cités vidées, autour de ces pagodes, de petits villages se sont parfois installés. Fourmille, en tout cas, tout un petit peuple de vendeurs de pacotille, de chauffeurs de chars à bœufs ou à cheval, de restaurants, qui ne vivent que des maigres revenus du tourisme, bien peu actif dans la région.

 

A peine installé dans ma chambre, je prends une longue douche tiède, fais quelques mouvements d’assouplissement, me rase de frais, reprends une douche, pour éliminer la transpiration due à mes mouvements d’assouplissement et à la lourdeur du temps, me rhabille et me prépare à sortir. A peine en bas, je suis bien entendu en nage. Sept heures sont à peine passées, mais il fait déjà chaud et lourd.

 

Au comptoir de l’entrée, il y a une offre de deux italiens qui cherchent une troisième personne pour partager un taxi pour la journée, afin de voyager à Mandalay et de faire le tour de ce qui doit être vu en taxi. Tiens, bonne idée : je me joins à eux. Le bonhomme de la réception m’informe que ce sera pour ce matin même ; le taxi est attendu à huit heures, dans un peu plus de trente minutes. Bingo.

 

En attendant, je vais sur la terrasse, me prendre un petit déjeuner avec beaucoup de thé, histoire de me remettre du voyage.

21:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : douche |  Facebook |

18/06/2007

Sur la route de Mandalay

Le nom de Mandalay est magique. Au premier regard, la ville l’est moins. A la différence de Rangoon, elle a bien souffert de l’occupation japonaise, aussi courte qu’elle ait été, et de bombardements intenses que les alliés lui avaient infligés, un peu à tort et à travers, avec l’espoir de détruire ici une usine de cartouches, là une fabrique de rails. Comme tous les bombardements, le choix des cibles effectué par le Haut Commandement était rarement judicieux et les bombes tombaient, de toute façon, au hasard.

 

MandLes Anglo-américains sont ainsi parvenu à détruire le centre-ville et à faire brûler le splendide palais de bois, une espèce de petite cité interdite, dans lequel le dernier roi de Birmanie avait régné. Aujourd’hui, on l’a rebâti, à la lego, ce qui donne une idée de la disposition, de l’extraordinaire ensemble des bâtiments, mais on n’y trouve plus aucun meuble, plus le moindre bibelot, pas un tableau.

 

C’est dommage.

 

Avant d’arriver à Mandalay, il faut quitter Rangoon. Un beau jour, quand on pense avoir épuisé, pour le moment, les plaisirs de la capitale, on prend un taxi brinqueballant et, pour quatre dollars, on roule sur une mauvaise route jusqu’à la nouvelle gare routière, installée à une quinzaine de kilomètres de la ville, à deux pas de l’aéroport.

 

Les cours centrales de la gare routière sont d’immenses fondrières quand il pleut, des terrains vagues à la surface irrégulière, entrecoupée de mares, quand il ne pleut pas. Même si le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour faire de la gare un endroit désirable, il faut remarquer qu’elle est gigantesque et raisonnablement bien conçue. Le contraire aurait été malheureux… Il est préférable, pour les longs voyages que l’on souhaite faire en bus VIP, de réserver sa place un peu à l’avance : le jour même est, cependant, bien suffisant, car tous les bus partent en fin de journée. Usuellement, je fais confiance à mon guesthouse, pour ce genre de choses : ça doit me coûter un demi-dollar de commission, et il faut bien que tout le monde vive. J’achète ainsi mon billet en matinée, vide la chambre et laisse mes affaires à la réception. J’ai encore le temps de baguenauder en ville, d’aller prendre un doughnut à l’endroit in, où la jet-set locale se réunit : c’est le Doughnut Tokyo. L’établissement essaie, de toute évidence, de copier quelque chose vu à l’étranger ; mais on ne peut pas dire que c’est parfaitement réussi. En tout cas, on y trouve des doughnuts, des jus de fruits et du thé.

 

Ce qui fait ici l’endroit à la mode, pour étudiants et artistes, ferait sourire si on ne se rendait compte que c’est tout ce qu’il y a et qu’avec rien, ou du moins, pas grand-chose – de pauvres plastiques multicolores, des chaises et des tables dignes tout juste de chez Mac Do, des luminaires blafards, une décoration qu’on a vu disparaître chez nous à la fin des années cinquante - de petits bonshommes essaient de créer une entreprise, et y réussissent finalement.

 

Dans mon bistrot à la mode, ainsi, chaque fois qu’une chanteuse du cru fait un vidéoclip, d’une chanson qui, immanquablement, raconte une histoire d’amour qui se termine bien, il y a un rendez-vous au Doughnut Tokyo. C’est le deuxième rendez-vous, celui qui a lieu juste après une première rencontre à la pagode. A la fin de la chanson, ils retournent ensemble à la pagode, Monsieur en Longyi, Madame en tenue décente, pour y déposer une offrande, afin de s’attirer la bienveillance des dieux. Le mariage et les enfants ne sont pas loin.

 

Quand ce sont les chanteurs qui font un vidéoclip, c’est pour illustrer une chanson d’amour qui, immanquablement, se termine mal. Les mecs, c’est comme ça, ici. Ils ont toujours un air de chien battu quand ils commencent leur chanson noire. Quand ils la terminent, c’est usuellement le visage couvert de larmes. Et on voit, dans le vidéoclip, Mademoiselle qui s’éloigne dans la distance, juste après être sortie du Doughnut Tokyo. On pourrait imaginer qu’ils sont romantiques et désespérés ; je crois plutôt qu’il s’agit d’un piège à filles, d’une manière de rappeler à toutes les groupies du chanteur qu’il est libre. Les fans de l’un ou de l’autre traînent le soir au café in, avec l’espoir parfois récompensé d’y voir entrer la vedette qu’ils idolâtrent. Alors, une double haie se crée, de demoiselles et de messieurs tout occupés à faire des wa au chanteur ou à la chanteuse, dans un silence religieux. Ce dernier, ou cette dernière, peut alors passer son temps à faire des rafales de wa de retour. Ca l’occupe.

 

Passé les quatorze heures, je retourne à ma guesthouse et je prends mes affaires. Un taxi arrangé le matin m’attend ; nous démarrons. En moins d’une demi-heure, je suis arrivé.

 

La gare routière, donc… c’est de là que démarrera mon autobus VIP, vippour aller à Mandalay. Le voyage est long. Parti à quatre heures de l’après midi, nous arriverons vers les six heures du matin. Et on ne peut pas dire que le trajet est immense : il doit y avoir six cents kilomètres, à tout casser. C’est simplement que les routes ne sont pas fameuses, et que les bus ne sont pas tout neufs. En effet, le terme de bus VIP cache, au Myanmar, un faux-ami : on imagine un bus à la thaïlandaise, ou à la malaisienne. Rien n’est plus faux: dans le pays, il n’y a pas un bus qui a moins de trente ans, et les sièges, défoncés, ont beaucoup servi. J’ai une place de fenêtre et la vitre sur laquelle j’appuie le visage est fêlée.

 

Au Myanmar, le seul avantage des VIP est qu’on ne les bourre pas. Il y a un certain nombre de sièges ; ils sont tous occupés, certes, mais on ne verra pas ce qu’on voit dans les bus normaux : une foule debout dans le couloir. Ici, dans mon VIP, je note qu’il y a des strapontins en skaï qui seront dépliés alors que le bus sera prêt à partir, quand s’installeront les derniers passagers. Rien d’autre.

 

Pour justifier le qualificatif flatteur qu’il octroie à son bus, le propriétaire vous offre, au départ, une bouteille d’eau potable. On vous la tend un peu avant le départ, avant que les strapontins soient dépliés.

 

chickTout autour du grand terrain vague de forme carrée, qui fait office de terminal, il y a des bâtisses à un étage, dans lesquelles sont sis les bureaux des voyagistes. Devant chaque bus, les derniers billets sont vendus par de vieilles dames assises sur un banc d’école en bois, armées d’un crayon, d’un plan de bus et d’une caisse métallique dans laquelle elles rangent l’argent. Avec le crayon, elle notent les places prises, marquent les places maintenant achetées. C’est, tout autour, la cour des miracles – non, je mens : rien qui soit louche ici. Des petits commerçants qui vendent des canards, des briquets, de l’eau, des sodas, des jouets, des poulets, des cigarettes, des fruits, des œufs, des bonbons pour le voyage. Quelques mendiants, deux ou trois moines et Monkmoinillons. Tous ceux qui sont capables de prononcer quelques mots d’anglais m’abordent, pour le plaisir d’échanger quelques mots avec l’étranger qui prend le bus avec eux, ou qui, tout simplement, se trouve là où ils sont eux même.

 

Et puis, ça permet de mousser auprès de la fiancée ou des copains.

 

Le bus démarre enfin, après que nous nous soyons tous bien assis, dans l’ordre voulu et que le couloir central ait été à son tour utilisé par les derniers voyageurs. Nous cahotons jusqu’à la sortie de la gare routière, puis nous lançons sur la route. Il y en aura pour treize ou quatorze heures, dépendant de l’état des ponts. Nous aurons un arrêt, pendant la nuit, à une aire de repos qui ne rappelle en rien ce qu’on peut trouver dans les pays modernes. Là, on peut se restaurer, si on y tient vraiment, et prendre un thé.

 

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Tout le long de la route, à chaque instant, les birmans font des wa, une fois à gauche, une fois à droite, chaque fois que l’on passe devant une pagode. Les dieux savent combien les pagodes sont nombreuses en Birmanie.

23:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : promenade |  Facebook |

15/06/2007

Le bateau volant

Dans les pagodes birmanes, il y a un détail curieux, amusant même, que je n’ai jamais vu ailleurs : dans le monde asiatique, nombreux sont les temples où l’on trouve, attaché au grand stupa central, un câble auquel est accroché une sorte de bateau mystique. En Thaïlande, par exemple, ce bateau mystique ressemble aux barges royales que l’on peut admirer à Bangkok, tout près du Chao Praya, avec une tête de dragon à la proue, sa queue à la poupe, et trente mètres entre les deux.

 

Le coup des trente mètres de la proue à la poupe, c’est dans le cas de la barge royale.

 

Pour les bateaux mystiques que l’on voit, attachés à un câble, ils doivent faire une vingtaine de centimètres, trente, tout au plus, sont dorés sur plusieurs épaisseurs, comme tout ce qui est sacré, chez les bouddhistes, et ont un réceptacle en leur milieu.

 

Ces bateaux montent et descendent le long du câble pour aller jusqu’à une niche située bien haut sur le stupa, et dans laquelle se trouve une petite statue du Bouddha, petite statue particulièrement vénérée dans la région ou, tout simplement, dans le temple où la statuette se trouve. Une ou plusieurs fois par jour, un bonze fait monter le bateau, chargé en son milieu d’eau lustrale, le long du câble auquel il est attaché. Quand il est arrivé au bout de son périple, le bateau se renverse grâce à un ingénieux mécanisme et asperge la statue du Bouddha de l’eau dont on l’avait chargé, en manière de bénédiction. Il redescend alors. Ensuite, cérémonie de gratification de la statue terminée, la personne qui demandait l’honneur d’offrir une bénédiction de la statue reçoit, du bonze attitré, une bénédiction de retour, qui lui accorde certainement quelques mérites supplémentaires grâce auxquels il gagnera plus facilement à la loterie. Enfin, tout le monde se sépare enchanté l’un de l’autre.

 

En Birmanie, c’est différent – du moins, à la Shwedagon. Dans le domaine de la religion, on n’aime pas faire les choses à moitié, ici. De ce fait, si le petit bateau est doré comme ailleurs, si le câble ressemble à tout câble digne de ce nom et si ce dernier est bien accroché au stupa, les choses changent ensuite.

 

Au sommet du stupa utilisé à cet effet – ce n’est pas le stupa central, gigantesque et inaccessible – il y a, c’est exact, une petite niche. Elle est, cependant, plus grande que les niches que l’on peut voir ailleurs car, la journée durant, outre la statuette vénérée, il y a deux bonzes qui y sont tapis, attendant l’arrivée régulière du navire. En effet, à la Shwedagon, on fait la queue devant ce bateau, car chacun veut y aller de son offrande.

Shw14

 

Dans le bateau, dont on a retiré le toit, on pose un verre d’eau lustrale, quelques fleurs, un billet de banque – le montant importe peu ; j’ai vu des gens manifestement pauvres y mettre cinq cents kyats ; même pas un demi-dollar – et une lettre au Bouddha et aux dieux du panthéon populaire, mélangeant prières, compliments et requètes. On prie le généreux donateur de ne pas écrire plus d’une page : il y a des gens qui attendent derrière lui…

 

Une fois eau, fleurs, billet et message empilés dans le bateau, on lui ré-emboite son toit et le préposé souque de toutes ses forces pour faire grimper le bateau le long du câble, alors que le bonze le bénit dans son voyage lointain et que les donataires le suivent d’un œil inquiet. Bientôt, accompagné des prières de tous, il arrive à auteur de la niche. Une main sort, attachée à un bras, et aide le navire sur les derniers centimètres.

 

Dans cette niche, où il fait une chaleur suffocante, à chaque arrivée du bateau, c’est maintenant au tour des bonzes qui se trouvent là d’agir : ils déboîtent le toit, dans le petit bateau, prennent le verre d’eau, le boivent… Non, je plaisante : ils le versent sur la statuette, avec les prières d’usage. Ils prennent ensuite les fleurs qu’ils empilent sur celles qui se trouvent déjà devant la même statuette ; ils prennent l’argent qui est empilé dans une musette. Celui qui est le plus près de la lumière prend la lettre, la lit mezzo voce à l’idole, puis les deux bonzes accompagnent les souhaits du donateur de leur prière à eux, et rangent la lettre dans une deuxième musette. Quand c’est fini, ils font signe ; le bateau peut redescendre et bientôt faire un nouveau voyage. Le donataire est heureux, il donne la pièce au tireur de bateau, afin de le remercier de ses efforts, il s’incline bien bas devant le bonze chargé du départ, et ce dernier le bénit une dernière fois, alors qu’il va s’éloigner. Un nouveau donataire se détache de la queue et entame les préparatifs de son offrande.

 

Il y a toujours une queue, pour cette offrande bien spéciale, au cours de laquelle le donataire voit littéralement ses prières monter au ciel. Pour éviter que les deux bonzes tapis en haut meurent d’inanition, on les change deux fois sur la journée, et ils montent avec une réserve d’eau.

 

19:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/06/2007

La plus belle pagode du monde

Aller à la Shwedagon, c’est facile. On sort du guesthouse, on remercie les taxis pour leur aimable offre, ou on l’accepte et ça vous coûte deux mille kyats. Si on a dit qu’on marchait, on marche, donc, le long de la rue Aniwratha qui va d’Est en Ouest. Une fois le Aung San market passé, bien endormi, à cette heure, on tourne à droite dans une avenue  qui s’appelle justement la Shwadagon Pagoda Road, ce qui aide à se situer. C’est une route, en fait, le long de laquelle sont installés des bâtiments parfois officiels, parfois privés, décatis mais toujours majestueux, au vu de leur taille et de leur style, usuellement façon vieux colonial. Des voitures vous dépassent, à leur vitesse. Comme il n’y a pas de trottoir, on se range soigneusement, à tout hasard, vu la manière parfois étonnante dont la ligne droite est respectée par le conducteur asiatique. Le problème est que, dans le coteau herbeux qui borde la route, il y a parfois des serpents.

 

nun2On arrive à un gros rond-point, auquel on tourne à droite (on aurait pu tourner tout droit, mais c’est plus joli par là), on prend encore une petite rue sur la gauche, qui sinue bien tranquillement, en vous reconduisant vers le nord, et soudain, à la fin d’un dernier tournant du chemin, devant vos yeux éblouis, apparaît, dans la distance, l’énorme stupa doré de la Shwedagon, précédé de deux lions blancs à la crinière dorée qui la protègent, de toute la hauteur de leurs quinze-vingt mètres et de leurs crocs soigneusement soulignés de blanc pepsodent, qui encadrent une langue rose et pointue.

 

Shw1

 

 

Ah oui, en Birmanie, il faut aimer la couleur.

 

Avant d’arriver à la grande pagode, on peut encore remarquer, et visiter, sur la droite, une annexe avec un stupa doré, lui aussi, et des lions aussi, moins impressionnants que ceux de la Shwedagon, mais quand même. On peut s’y promener et y nourrir des poissons qui n’attendent que vous. Des dames sont là, avec la nourriture idoine, vendue pour une somme dérisoire.

 

Ca amuse les enfants, pourquoi les priver…

 

Quand je décide de m’y arrêter, j’achète deux sachets, les gosses s’attroupent autour de moi, pour voir les poissons, et je leur refile les deux sachets, que je parviens à plus ou moins également répartir dans les petites mains avides qui m’entourent. J’ai droit à d’immenses sourires et à des thank you plus ou moins bien prononcés, mais venant du fond du cœur.

 

Usuellement, tout comme à Shwedagon, un aimable cicérone risque de vous sauter sur le poil à l’entrée, et vous présenter l’endroit. Si vous acceptez sa présence, ça vous en coûtera un millier de kyats et, ma foi, ça les vaut. En effet, monsieur vous fera ouvrir les portes qui restent usuellement fermées quand ce n’est pas l’heure, et que vous êtes arrivé à la mauvaise heure, ou qui restent usuellement fermées si on ne parle pas birman.

 

Ensuite, quelques pas plus loin, il y a donc l’immense Shwedagon. On ne sait pas, de l’extérieur, sur quel monstre on tombe. Vue de dehors, quand Shw2on arrive aux grilles, les deux lions qui protègent la pagode pourraient laisser imaginer que l’intérieur sera gigantesque, digne des dessins de Piranèse, mais il faut pour cela beaucoup d’imagination. D’abord une majestueuse volée d’escaliers, bordés, des deux côtés, d’échoppes saint sulpiciennes – si j’ose dire. Tout le monde s’y arrête, des nonnes et des moinillons, pour y acheter des œuvres pies alors qu’ils sortent de la pagode, aux fidèles venus se ravitailler en bâtonnets d’encens et autres offrandes, alors qu’ils y arrivent.

 

Les propriétaires sont assis, à attendre le chaland, sur de petits sièges en plastique qui rappellent les tabourets d’enfants. Assez curieusement, ce sont ces même tabourets qui sont utilisés dans les bistrots de jour, en pleine ville. J’imagine que la tradition faisait que l’on se réunissait, ou que l’on déjeunait, dans le bon vieux temps, accroupis. De ce fait, le confort apporté par les tabourets n’éloigne pas des bonnes vieilles habitudes.

Restaurant

 

 

NunsQuoiqu’il en soit, alors qu’on monte, la première fois, cette bonne cent cinquantaine de mètre de galerie commerciale – il faut appeler les choses par leur nom – longée de ses deux côtés de statuettes de Bouddha, de magasins de fleurs, de débitants d’encens, de casseurs de billets, de fabricants de fleurs d’argent, de libraires religieux – qui vendent aussi, il est vrai, des guides de conversation birman-anglais – ou de vendeurs de boisson, on ne peut imaginer le choc qui va être le notre, quand , après avoir été arrêté par les préposés qui harponnent les étrangers, pour leur faire payer cinq dollars, et après avoir payé ces fameux cinq dollars, on sortira à la lumière, qu’on contournera la chapelle qui bloque la vue et qu’on se trouvera alors devant une forêt de clochetons dorés, dominés par un immense stupa.

 

Les colons Anglais, quand ils visitaient le pays, disaient, en allongeant le nez, qu’il y avait davantage d’or sur le stupa de la Shwedagon que dans les coffres de la banque d’Angleterre. C’était sans doute un tantinet exagéré. Cela nous montre simplement l’avarice bien connue de nos amis Anglais qui n’hésitaient jamais à piller quand ils le pouvaient. Dans ce cas, aller racler l’or sur le stupa de la Shwedagon, c’était la certitude d’une explosion de tout le Sud Est Asiatique, et les Anglais avaient donc du, avec bien des regrets, dominer leur esprit de rapine et regarder ailleurs.

 

Shw13Il est vrai que, quand on arrive un jour ensoleillé sur l’immense anneau qui entoure le cœur de la pagode – immense anneau lui-même encadré de temples, de chapelles, de clochetons, de salles de prière, on est assommé. Jamais on aurait pu imaginer qu’un jour on verrait une telle débauche d’or, de richesse et de couleurs. On est écrasé sous les statues, les lambris, les cloches sacrées et les stupas blancs et dorés. Des tours et des bâtiments de tout style – c’est ici birman, là indien, là encore, cambodgien, ou chinois – attirent l’œil. On ne sait plus où donner de l’œil. Chaque fois que je vais à la Shwedagon, j’y passe la journée, pour tout y voir, tout y admirer, tout y savourer. Les diseurs de bonne aventure, tôt ou tard, remarquent ce farang qui fait trois, quatre fois le tour, toujours l’œil émerveillé et m’adressent parfois la parole – cette fois, pas pour essayer de me vendre mon horoscope.

 

MaidenLa Shwedagon, c’est aussi l’endroit où, le dimanche, tout le monde vient passer la journée, en famille, avec un pique nique, ou passer une heure entre copains. Les gens vous adressent facilement la parole, quand ils ont remarqué que vous n’étiez pas pressé, et que le contact, avec vous, était possible. Les parents vous demandent de prendre une photo de la petite, pour la distraire et pour se faire plaisir eux même. Des étudiants qui se photographient les uns les autres vous demandent de faire partie de la photo de groupe, pour montrer aux copains qu’ils ont causé avec un étranger. Je photographie de retour, bien entendu, quand l'étudiante qui m'a prié de poser, afin de prendre une photo qui fera bisquer les copines, est jolie.

 

Rencontrer un étranger et avoir l’occasion de lui causer, c’est encore, ici, au Myanmar, quelque chose d’inhabituel. Même à Rangoon. Certainement moins dans les pagodes, et surtout dans la Shedagon, quand même...

 

Et puis, enfin, les yeux fatigués d’avoir tant mangé de lumière et d’images, je vais vers la sortie et me laisse harponner par un taxi. Oui, à mon hôtel. Je discute le prix avec le sourire, et hop là, on y va.

18:53 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

12/06/2007

Passage devant la maison de celle dont on ne peut dire le nom

Le soir au guesthouse, il y a des tables en terrasse, et des moustiques qui vont avec. On se couvre de répulsif et on va prendre une bière, à une table qu’il faut partager avec les autres clients de l’hôtel.

 

Je me trouve ainsi avec des Italiens qui se plaignent de tout. Arrivés depuis deux jours à Rangoon, ils sont horrifiés de la misère, de l’électricité Pavementqui marche ou qui ne marche pas, des taches qui maculent les trottoirs, rapport aux crachats de bétel, des trottoirs, de la nourriture locale, des taxis vieillots, des moustiques, de la clim’ bruyante de leur chambre, de la bière locale, des gens qui ne parlent pas tous l’italien. Il faut dire qu’avec leur anglais, ils sont mal barrés… Heureusement, ils partent vite se réfugier dans leur sordide galetas, vu qu’un moustique vise tout particulièrement la demoiselle au long nez, pendant qu’un autre semblerait s’occuper avec dilection de son camarade à la barbe irrégulièrement plantée, et destinée probablement à cacher son acné. Ils sont remplacés par un couple de Serbes. Monsieur doit faire catcheur, comme métier, et Madame rappelle les barriques de Bourgogne. Avec davantage de poils. Enfin, ils ne sont pas méchants et bavardent tranquillement ensemble après s’être aimablement présentés.

 

Bien entendu, c'est vrai, quand j'y pense, que les trottoirs sont dans un état épouvantable. Mais, en tant que bruxellois d'origine, j'y suis habitué.

 

J’ai bientôt fini de siroter ma bière et décide que l’heure passée à la terrasse de l’hôtel est déjà une heure de trop. J’étais rentré alors que la pénombre tombait, le temps de prendre une douche, c’était la terrasse, par paresse. Le temps de finir la bière, je retourne vers le Myanmar et abandonne résolument l’international.

 

Les bistrots de Rangoon sont tous équipés de télé, pour les bistrots satellites, et de musique bruyante, pour les bistrots centraux, pas trop éloignés de la Sule, mais assez quand même pour qu’on ait pas à entendre le sempiternel récitant de la pagode, qui parle donc de manière ininterrompue, de quatre heures du matin jusque vers minuit. Les deux ont leur charme mais, le soir, vu que les rues de la ville ne sont pas exactement inondées de lumière, pour aller jusqu’au centre, il est préférable de prendre le taxi. Sinon, il y a les bistrots périphériques - satellites, disais-je – où la télévision, invariablement branchée sur les chaînes de sport, nous montre des matchs de fouteballe entre équipes italiennes, anglaises ou allemandes.

 

La télé étrangère… Ca aussi, c’est un gros changement par rapport au bon vieux temps. Jusqu’il y a deux ans – date de mon dernier passage à Rangoon, et dans les villes avec électricité, télévision et eau courante – il y avait trois chaînes nationales. La première était dirigée par le ministère de l’intérieur ; la deuxième était tenue par l’armée ; la troisième était celle de la police. Elles ne montraient que les nouvelles, des matchs de foot entre équipe locales, et des émissions de chansons populaires et traditionnelles locales. Pour les nouvelles, ça pouvait durer. Ainsi, l’inauguration d’un pont ou d’un gué en présence d’un responsable de la junte – évènement presque quotidien – donnait lieu à une émission spéciale de deux bonnes heures avec zoom et travellings sur le pont, ou sur la manière dont les voitures passaient le gué sans risque, zoom et travellings sur le drapeau, sur les officiels, sur les saluts militaires, sur le défilé de la troupe, le tout entrecoupé de l’hymne national aux premières notes duquel chacun, dans la pièce, devait se lever. La visite d’un général à une réunion d’éleveurs de poulets, ou le discours d’un colonel à des étudiantes infirmières produisait le même genre de programme.

 

C’était, pour tout dire, assez ennuyeux, mais comme c’était ça ou rien, les Birmans souffraient leur mal en patience, avec l’espoir de voir finalement un match de foot un peu agréable, entre le FC Mandalay et le SC Yangon. Pour le niveau du foot, ça devait rappeler les diables rouges.

 

AntennasCes trois chaînes existent toujours et sont les seules autorisées à présenter les nouvelles. En effet, si les bâtiments d’habitation sont couverts d’une forêt d’antennes paraboliques, ces antennes sont aptes à recevoir exclusivement des chaînes sportives. Quant aux trois chaînes d’état, elles sont toujours les seules à pouvoir présenter les nouvelles, d’une manière qui n’a guère changé.

 

Il me semble qu’à Yangon, on ne les regarde plus.

 

PooobCe soir, je n’ai pas trop envie de me déplacer. Les bistrots du coin sont sympathiques. Ils feront très bien l’affaire. J’arrive devant l’un deux, m’affale sur une chaise en plastique, regarde d’un œil distrait le match qui est l’objet de toutes les attentions en ce moment : Milan contre je ne sais qui. Monsieur le serveur vient et je lui demande une bière. A côté de la terrasse se trouve une cantine de rue, avec des choses qui ne sentent pas trop mauvais. Le Myanmar est parfait en tout, sauf dans sa cuisine. C’est le seul pays du Sud Est Asiatique où je n’ai jamais bien mangé. Il m’est arrivé, certes, de sortir de table sans avoir eu le sentiment d’avoir été empoisonné, mais jamais, jamais, jamais je n’y eu ces éblouissement culinaires qu’on peut avoir en Inde, au Bangladesh, en Thaïlande, au Laos ou en Chine – tous cinq, frontaliers au Myanmar.

 

Comprends pas.

 

Enfin, quoiqu’il en soit, la journée a été longue, et j’ai un creux. Mon habitude est de faire local, je prendrai donc local. Les parfums qui se dégagent de la popote, sans être transcendants, me font espérer que je pourrai me nourrir sans danger. Hop là, je commande le curry de Madame. Elle me sourit de toutes ses dents, rougies par le bétel, et me sert une platée de son frichti. Je m’y aventure et comme, au tout dernier instant, j’ai reconnu dans l’une des  casseroles dans lesquelles elle va chercher un petit quelque chose pour composer son assiette, l’infâme épinard qu’on laisse surir jusqu’au moment où son parfum rappelle celui du crottin de cheval, je l’arrête du geste avant qu’elle commette l’irréparable. Pour le goût, c’est infect, mais je ne puis le comparer à celui du crottin, car je n’en ai – à mon souvenir, du moins – jamais mangé.

 

Du crottin de cheval, je veux dire.

 

Quoiqu’il en soit, on ne mange pas deux fois volontairement de l’épinard birman macéré. Là, l’ayant vu à temps, je parviens à le bannir de mon assiette, ce qui rendra le repas certainement plus acceptable. Et, en effet, l’ensemble est comestible.

 

Alors que je suis en train de m’escrimer avec fourchette et cuillère, mon regard effleure le sol, entre la terrasse et le bar : passent un rat, puis un autre. Ca, ça reste la plaie du coin. Les locaux, captivés par le match, ne les remarquent même plus.

 

Passent aussi les moinillons.

 

Monk

 

Aujourd’hui, j’ai bien marché à travers la ville, puis me suis, au cours de l’aprème, offert un trajet en taxi, pour passer dans une rue quelconque, dans laquelle se trouve la maison d’une dame que j’aime bien, prénommée Suu Kyi, qui a été une achtement mignonne poupousse, qui vieillit plutôt bien, à en croire les rares photos que l’on peut obtenir d’elle à ce jour, et qui est pour l’instant assignée à résidence. Le taxi sait parfaitement de qui je parle et où il doit aller, quand je lui demande, mezzo voce, à passer par là. Comme je pourrais être un agent provocateur, nous n’échangerons pas un mot et il ne ralentira pas devant la maison entourée en partie de murs, en partie d’une haie, elle-même protégée par du fil aux barbelés rouillés. Je ne lui ai d’ailleurs rien demandé. Mais je remarque une chose : quand nous nous quitterons, de retour dans le centre, une fois ses trois mille kyats payés, il me serrera la main avant de se retourner brusquement et de rentrer dans sa voiture.

 

Le quartier dans lequel nous arrivons est bourgeois. La rue est quelconque, mal entretenue, comme partout ici, et verte. A ses deux extrémités, il y a un petit poste de police, avec des gens qui font attention à l’endroit où vous vous arrêtez, mais qui ne se font pas d’illusion, quant au trafic qui passe dans la rue en question. Tant qu’on ne fait rien qui soit d’une hostilité trop évidente envers le régime, genre arrêter la voiture et déposer des fleurs devant la grille fermée de la maison qu’on doit faire semblant de ne pas remarquer, ils ferment l’œil.

 

StrawberriesLa journée a été  longue, à trotter sur le pavé yangonien, à admirer les échoppes de tout et de rien. Temps d’aller me coucher, une fois mon repas fini et ma bière terminée. Je paie, remercie et rentre dormir. Demain, ce sera le stop tout simplement obligatoire à la Shwedagon. C’est une marche agréable – sauf sous la pluie, bien entendu – de deux ou trois kilomètres, dans la ville d’abord puis le dernier kilomètre dans un début de quartier vert qui est celui de l’université. Au retour, je prendrai probablement un taxi. Il faut faire marcher le petit commerce…

20:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade |  Facebook |

11/06/2007

Des pagodes de Rangoon

Sule2L’arrivée à la Sule est rendue difficile du fait qu’elle fait le centre d’un rond-point occupé. Bien entendu, le trafic à la sauce Rangoon diminue les risques. Et puis, comme toujours à Rangoon aux endroits où le Grand Planificateur colonial avait prévu des embouteillages, il y a les fameuses passerelles qui permettent de survoler le trafic. Arrivé au bord du rond point, je remercie les vendeurs de mérites, décline leurs offres et monte sur une passerelle, afin d’aller jusqu’à la pagode. A l’entrée, deux gamines m’attendent, l’une pour me vendre un espace pour mes chaussures, qu’elle surveillera pendant ma visite, pendant que l’autre veut absolument me faire acheter des cartes postales. Un petit garçon a des boutons de lotus et des bâtonnets d’encens à me fourguer. Ca, c’est une bonne idée ; va pour les boutons de lotus et les bâtonnets d’encens.

 

J’accepte aussi l’espace surveillé pour mes flips flops, non pas que j’en aie tant besoin que cela, puisque j’ai mon sac. Mais, ma foi, il faut bien aider le petit commerce. Et puis, les flips flops, ici, quand elles viennent de l’étranger, c’est un produit recherché, d’une qualité autrement meilleure que les chaussures issues des usines d’Etat. C’est vrai qu’elles tiendront le mois entier de mon séjour. Je dois quand même, pour tout dire, admettre que, quand je ferai le pèlerinage de Kyaik Hti Yo, je mettrai, pour faire la dizaine de kilomètres sur un sentier qui rappelle davantage les ravines d’un torrent qu’autre chose, les ruines de chaussures de marche que j’ai gardées depuis la promenade chez les Orang-outang, à Sumatra.

 

Et pour tout dire, ce ne sera pas une si bonne idée que cela, tant mon pied s’est habitué à la liberté : au bout de quelques kilomètres, les premières cloches feront leur désagréable apparition. Rien ne vaut, finalement, la flip flop, sauf, peut-être, en Europe, au cours de l’hiver.

 

StupaSuleEnsuite, c’est la promenade habituelle dans la Sule, qui peut être vue comme préparatoire à la Shwedagon. Elle est, comme toute pagode digne de ce nom au Myanmar, pleine de fidèles, du matin au soir. Je n’ai jamais vu un pays aussi densément construit, pour les pagodes. Une fois que nous étions à nous promener, dans une région littéralement déserte, pour aller voir Aye Aye, je ne pouvais compter moins de cinq pagodes par collines. Et il y a des gens pour toutes les fréquenter car, en effet, vous pouvez rentrer dans la pagode la plus solitaire, bâtie dans un endroit où il vous semble qu’il n’y a pas une âme à vingt kilomètres à la ronde : pas une seule n’est laissée à l’abandon.

 

 

 

 

 

 

JeudiIci, devant chacun des dieux représentant votre jour de naissance, il y a des gens qui arrosent leur dieu du jour, et qui lui font une petite offrande. Avant, ils tapent d’un solide coup de maillet sur la cloche placée au côté de la statue à honorer, afin d’attirer son attention.

 

La pratique religieuse bouddhiste est, comme toujours, chez le petit peuple, teintée d’un esprit épicier : je donne quelque chose aux dieux, ils me donnent quelque chose en retour. C’est ainsi que, en Thaïlande, j’ai vu, plus d’une fois, deux pas derrière des gens qui à s’acquérir des mérites, à coup d’offre de bâtonnets d’encens et de fruits frais devant la statue d’un démon on ne peut plus sympathique, une vendeuse de billets de loterie. Puisque ces gens avaient gagnés des mérites, ils avaient aussi gagné la bienveillance des dieux, la chance était avec eux et, sans le moindre doute, ils en profiteraient pour s’acheter un billet de loterie. Le calcul de la vendeuse se révélait usuellement judicieux et, effectivement, à peine les prières terminées, les membres de la famille se redressaient, se retournaient et se précipitaient sur le tableau des billets de loterie, certains d’avoir la main heureuse et de gagner le gros lot.

 

BellIci, donc, les prières sont destinées à obtenir la certitude d’une bonne santé, d’un boulot qui nourrira la famille, de brillants résultats aux examens, que sais-je… A côté de leurs parents, les enfants accomplissent les simagrées sacrées, faisant sourire les adultes.

 

 

Aussi, il y a des cérémonies du don, avec un bonze qui surveille les offrandes pendant qu’un séide les prend des mains des fidèles. Il les donationsprésente devant le bonze qui les bénit, puis bénit le présent qui est ensuite placé quelque part sur l’idole, ou à ses côtés. Un deuxième séide, équipé d’un micro et d’un haut parleur, décrit les présents, remercie à haute voix les généreux donateurs, tape un bon coup sur une cymbale pour attirer l’attention de la divinité. Le soir, on débarrasse l’idole des billets de banque dont elle est couverte, on reprend les fruits qui seront donnés aux pauvres, on place les fleurs autour du stupa.

 

 

 

Bouddha birmanEnsuite, c’est le tour habituel – normalement, dans le sens des aiguilles d’une montre, mais les birmans ne sont pas chiens et laissent faire dans les deux sens – afin d’admirer les dorures et les fioritures qui font l’art religieux birman. Ici et là, des statues du Bouddha, des têtes ovoïdes de Dieu sait qui, les petites faïences des divinités quotidiennes, dominées par un haut stupa recouvert d’or. Une cérémonie a lieu, avec des nonnes qui, ici, sont habillées de voiles rose et pêche du plus bel effet.

 

 

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Il y a ainsi quelques jolies pagodes, dans Rangoon, dont une autre à deux pas du port, qui sont des mises en bouche à Shwedagon. Pour certaines, on un préposé vous demande un dollar ou deux ; pour d’autres, comme celle de Sule, c’est gratuit.

 

Sauf le pillage organisé par les fillettes qui ont toutes quelque chose d’essentiel à vous proposer, bien entendu.

 

A dire en faveur des pagodes payantes, le préposé est toujours prêt à rendre service et, pour les deux dollars qu’il est supposé vous prendre, contre un reçu qui l’empêche de faire son beurre à lui, il se coupe en quatre pour vous aider. Il vous gardera vos chaussures dans sa petite cahute, votre sac, si vous voulez, tout cela pour vous demander à la fin si vous voulez bien le prendre en photo. Quand vous êtes vraiment sympa, vous repassez un peu plus tard, après avoir fait imprimer la photo sur laquelle il se trouve, fièrement redressé devant son bureau. Vous vous serez fait un ami pour la vie.

 

Sule est, finalement, adorable, mais il faut disposer de munitions à l’entrée : j’ai acheté à l’entrée mes bâtonnets d’encens et mes fleurs de lotus, ce qui m’a permis d’avoir un peu de petite monnaie – ou, plus précisément, de petits billets, que je pourrai distribuer dans les nombreuses boites de donation qui se trouvent devant chaque idole. Il existe des magasins de change dans lesquels vous allez avec vos billets de mille kyats, et où on vous en rend neuf cents, en coupures minuscules de cinquante, de vingt, de dix kyats, qui vous permettent, avec l’équivalent d’un dollar, de faire un don chaque fois qu’une boite se trouve devant vous. Ainsi, vous multipliez les mérites.

23:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

Vers la Sule

Il faut vraiment arriver au centre de la ville pour que l’atmosphère provinciale de Rangoon change, que des voitures étouffent littéralement les rues et que les hello joyeux des gosses, des grands, des petits, des messieurs en longyi et des dames en tenue modeste se transforment en hello intéressés – mais exclusivement d’hommes en longyi. Alors que je suis à deux blocs de la Sula, et que le chant monotone d’un bonze qui récite je ne sais quel texte religieux commence à se faire entendre, j’ai mes premiers messieurs qui me saluent, me demandent d’où je viens, quand je réponds, et me proposent aussitôt, leur question posée, de me changer des sous à un tarif on ne peut plus avantageux. On dit oui, ou on dit non.

 

Si on a besoin de changer des sous, on peut dire oui, bien entendu, tant que le taux de change reste dans la logique. Si on se met à vous offrir nettement mieux que d’habitude, vous pouvez être certain que l’endroit où vous aurez à changer vos sous ne sera pas dans la boutique juste en face, au vu et au su de tous, mais dans un endroit qui se trouve loin et où vous pourriez rentrer avec des dollars, votre appareil photo et une paire de lunettes à la mode, et ressortir en caleçons, avec une belle bosse sur l'occiput.

 

Pour l’instant je n’ai besoin de rien, donc je décline avec le sourire. Bientôt, je suis au grand carrefour au bout duquel la Sule se dresse. La récitation des textes sacrés couvre presque le bruit du trafic. Paresseusement, je fais le tour, baguenaudant, allant plus loin que nécessaire, déclinant encore et toujours les offres de services en ce qui concerne du change – et, cela est nouveau, des propositions pour des filles. Quoique, à mon opinion, même le visage couvert de tanaka, les jeunes filles birmanes puissent être d’une rare beauté, je décline.

fairmaiden

 A dire en faveur de Rangoon, et du  reste du Myanmar, je n’aurai en tout et pour tout, au cours de ce séjour, que deux ouvertures dans ce domaine, qu’on se contentera de me proposer des filles, qu’on insistera pas et que, les dieux en soient remerciés, on n’essaiera pas de me refiler, une fois que j’ai dit non aux jolies grandes jeunes filles qu’on me proposait, des petites filles ou des petits garçons. Ca nous change agréablement de Hat Yai.

 

SideParti cinq ou six blocs trop loin, je tourne et me promène par les petites rues – encore très monumentales, héritières des planificateurs coloniaux de l’avant guerre – pour aller jusqu’à la prochaine avenue, afin d’aller enfin jusqu’à la Sule.

 

J’arrive ainsi à l’un de ces grands carrefours, équipés de passerelles qui permettent de traverser les rues sans devoir jouer au poulet sur la route. Les ingénieurs qui prévoyaient la ville, dans les années trente, imaginaient visiblement que Rangoon deviendrait un centre trépidant. Il l’est, en un sens, et le trafic y est dense. Les voitures et les bus y sont, simplement, antédiluviens et leurs accélérations sont risibles : aucun danger de se faire tuer par une voiture, dans le centre ville. Sauf pour un paralysé, peut-être. Enfin, tout le monde passe dans la rue entre les voitures qui se traînent et qui parfois klaxonnent, et le trop plein passe sur les passerelles. Les côtés des escaliers sont utilisés comme étals. Enfin, sur les côtés des escaliers, il y a des mouchoirs sur lesquels des marchandises sont présentée à la convoitise du chaland. On y vend des babioles qui vont de la cigarette débitée à la pièce à des briquets, des chouine-gommes  ou des babioles destinées à vous protéger du mauvais sort. Entre les étals, des mendiants qui ne tendent pas la main, mais plutôt laissent devant eux un petit pot Beteldans lequel on laisse tomber un billet, histoire de s’acquérir des mérites. Ces mendiants aux petits pots, ces étals fait d’un mouchoir au sol ou, quand le vendeur est riche, d’une table sur laquelle on a étalé un bout de tissu pour faire joli, on les retrouve le long de toutes les rues. Les vendeurs, les mendiants attendent, tout en crachant leur salive qu’ils polluent à mâcher du bétel.

 

Près des pagodes, on trouve des petits métiers particuliers : on a des vendeuses de graines pour les oiseaux, ou des offreurs de liberté pour zoziaux. J’ai ainsi vu, un jour, à Mandalay, devant un temple quelconque, une dame qui vous vendait – pour les libérer, bien entendu – de minuscule chouettes. Les pauvrettes vous regardaient, de leurs grands yeux inquiets et ronds. Ca faisait mal mais, un beau jour, quand vous voyagez dans les pays où les gens sont pauvres et attendent de votre part la solution financière à leurs problèmes, votre cœur doit se fermer, même pour les chouettes naines.

 

MonkEnfin, je monte sur la passerelle et prends, dans la distance, une photo de la pagode Sule, puis redescend à la suite d’un bonze qui se protège du soleil avec son éventail, et m’en vais vers elle. Sur ma gauche, c’est le quartier des imprimeurs. Le long de la rue, accrochés à leur table de bois, il y a de petits rabatteurs qui vous proposent, pour une somme ridicule, des cachets.

 

 

 

phoneEt puis, ici et là, des vendeuses de coups de téléphones. En effet, même si, tout comme l’internet, le gouvernement a autorisé récemment les portables sous sa haute surveillance, dans un système national qui n’autorise pas les appels à l’extérieur, il faut remarquer que le téléphone au Myanmar ne marche pas trop bien. Le système de communication date de la fin de la colonie, et s’il marche encore, il commence à boiter. Dans le temps, j’étais allé en Allemagne de l’Est, peu avant la fin des années noires. Le système téléphonique du pays datait de la fin de la guerre et téléphoner de Leipzig à Dresde était une gageure. Il en est de même ici, en plus du fait que la tiède lourdeur ambiante dévore les câbles avec autrement davantage d’agressivité que la fraîcheur grisâtre du climat de l’Europe de l’Est.

 

Et puis, il y a les rats qui donnent souvent un coup de dent, pour savoir si ça se mange, dans les fils, ce qui n’aide pas vraiment le téléphone à bien marcher. Ca tombe bien : le gouvernement n’est jamais trop chaud pour faciliter la communication intérieure. Quant à la communication internationale, les appels doivent être enregistrés. Pour l’internet, il ne connaît pas l’adsl, et ne le connaîtra sans doute pas de longtemps.

10:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade en ville |  Facebook |

09/06/2007

Rangoon, premiers pas

Une chose me surprend aussi, à y repenser. Le guichet des FEC a disparu – et aussi disparues, les trois demoiselles qui offraient de changer des dollars en FEC, ou de leur graisser la patte. Et pourtant, par la suite, je verrai encore des FEC. Etrange…

 

La camionnette arrive, bringuebalante et, avant de la prendre, je pense soudain à demander quel est le nom de l’hôtel qui nous offre ainsi une somptueuse limousine pour la ville. C’est le Motherland Inn, m’est-il répondu. Ah, oui, je me souviens d’un Motherland Inn qui se trouvait à deux pas de la pagode centrale, la Sule Pagoda. De la pagode en question sortent, de six heure du matin jusque vers minuit, un flot de bénédictions électriquement améliorées, qui permettent à chacun de sentir le karma positif du bouddha historique et, à ceux qui auraient aimé dormir, dans leur chambrette, les dangers de la religion.

 

Maintenant, monsieur le rabatteur nous a assuré que si nous n’aimions pas, nous pouvions aller ailleurs, mais je lui demande quand même si le Motherland Inn est bien le Motherland Inn de mes souvenirs. Non ; il y en a un deuxième – c’est celui où nous allons – appelé Motherland Inn II, situé à deux bons kilomètres du centre, vers l’Ouest. Bon, alors, ça devrait aller. C’est un coin de Rangoon que je ne connais aucunement, et on verra bien.

 

Dès que nous quittons l’aéroport – nous sommes quatre étrangers dans le minibus – le Myanmar redevient ce qu’il a toujours été, dans mon souvenir : la route qui conduit vers la ville n’est que bosses et que trous, et nous roulons vers Rangoon, dans une circulation fluide, entourés de voitures dont aucune n’a moins de vingt ans. Pour notre plaisir, le conducteur fait un détour qui lui permet de passer le long de la Schwedagon, puis du lac sur lequel se trouve un restaurant flottant inoubliable. Mes co-voiturés bavent d’émerveillement. Même si je peux jouer au blasé qui connaît tout cela, il m’est difficile de leur donner tort.

 

Quelques minutes plus tard, nous sommes au Motherland Inn numéro 2, celui qui n’est pas à portée de hurlements des microphones de la pagode Sule. Quatre jeunes filles délicieuses, souriantes au possible  et plâtrées de tanaka nous reçoivent avec une amabilité qui fait chaud au cœur, pendant que deux jeunots destinés au service sortent nos bagages de la camionnette. Les papiers sont rapidement remplis à la réception, La chambre qu’on me propose est parfaite, climatisée, équipée d’une salle de douche qui ferait pleurer d’émotion tant elle est propre, si ce n’est que j’y trouve… une ceinture bourrée d’argent, oubliée par le client précédent. Manifestement, le nettoyage entre deux personnes ne s’intéresse pas au détail. Il faut dire que la ceinture en question était pendue en hauteur.

 

Je redescends de ma chambre jusqu’à la réception, la ceinture à la main, pour signaler l’affaire. Les quatre demoiselles pépient ensemble de manière paniquarde, avant d’en arriver à la conclusion que le client qui m’a précédé est parti ce matin vers le Nord, sans donner d’adresse particulière. Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est garder bien précieusement la ceinture, avec l’espoir que Môssieur reviendra prochainement.

 

Cette affaire terminée, je retourne dans ma chambre et prends une douche rapide, le temps étant lourd par ici, avant de sortir pour aller vers le centre ville, revoir la Sule. Quelques taxis m’attendent devant le guesthouse. Non, merci messieurs, j’aime marcher.

Taxi

 

Rangoon a une population incroyablement attachante. Tous ces gens aiment établir le contact avec l’étranger, tant cela leur est interdit, et le sourire qui vous accueille est réel, littéralement affectueux, vrai. Sur cent mètres que vous ferez, vous serez dix fois abordé d’un hello, d’un where are you from, qui ne demande comme réponse qu’un sourire de votre part, idéalement accompagné d’un hello de retour. Bien entendu, quand vous arrivez dans le centre ville, l’intention devient plus commerciale, puisque vous êtes nécessairement le propriétaire de dollars que chaque commerçant est prêt à vous changer à un taux avantageux.

 

Mais, d’abord et avant tout, les birmans recherchent le plaisir d’une communication extérieure, qui leur permet de croire qu’ils échappent à la lourde censure intérieure. On voit ainsi, d’une manière naïve peut-être, les journaux écrits en birman, en pâli, comme on dit, et dont le titre est nécessairement écrit en anglais, histoire d’imaginer que ça se passe ailleurs.

News

 

HousesToute la ville est délabrée et, pour pallier au manque de sonnettes aux portes des immeubles d’habitations, il y a des fils auxquels sont accrochées des clochettes ainsi que de petits paniers en plastique. Le matin, le laitier passe et dépose une bouteille dans les paniers en question. Ensuite, il secoue la cordelette à laquelle le panier est accroché. Au quatrième étage, une sonnerie retentit, une tête sort par-dessus la terrasse, le panier monte et redescend avec la somme attendue.

 

Quand ce n’est pas le laitier, c’est un gosse en uniforme qui secoue d’un geste mâle la cordelette, afin d’appeler un ami à le joindre sur le chemin de l’école.

 

Une autre chose extraordinaire, alors que je marche le long de l’avenue, vers le centre ville : il y a maintenant des cybercafés. Depuis quelques mois, le gouvernement a autorisé l’internet.

23:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

08/06/2007

Vous atterrissez à Rangoon, veuillez retarder votre montre de cinquante ans...

Deux heures plus tard, nous nous posons sur la piste de l’aéroport national de Yangon. A mon dernier voyage, encore, l’avion s’arrêtait devant un bâtiment qui rappelait les aéroports d’avant guerre, dans les pays reculés, ou encore les gentilhommières qui faisaient l’ornement des états du Sud des Etats Unis : une bâtisse bourgeoise au toit de tôle ondulée rouge imitant la tuile, avec deux ailes – c’était bien vu, pour un aéroport – bien suffisante pour les trois ou quatre avions qui passaient chaque jour, venant de l’étranger et y retournant. L’une des deux ailes était réservée au trafic international, l’autre, au trafic national. Là aussi, on parlait de trois ou quatre vols par jour, à tout casser.

 

L’aéroport avait été inauguré en 1958 et rien n’y avait été modifié depuis, hormis le minuscule tableau des départs, placé au dessus des deux guichets du check in, tableau aux points luminescents qui faisaient moderne. Le tableau indiquait tous les vols de la journée, nationaux et internationaux, ce qui ne permettait pas de le remplir totalement. Le style de la décoration intérieure rappelait, de manière troublante, tout ce qui a fait le modern-style de l’après guerre. De ce fait, à l’atterrissage, en venant de Bangkok, on devait non seulement retarder sa montre d’une demi-heure pour s’adapter à l’heure locale mais, de plus, dans sa tête, on devait retourner cinquante ans en arrière.

 

On sortait de l’avion, une fois qu’un escalier roulant, poussé par quatre ouvriers sous la direction d’un chef d’équipe, avait été disposé devant la porte idoine. Au bout d’une petite cinquantaine de mètres, on entrait dans la villa au toit rouge et on était reçu par une équipe médicale qui vérifiait si on était pas malade, puis on passait le contrôle des passeports, puis celui des bagages pour, enfin, se retrouver devant le comptoir de change officiel.

 

Là, trois jeunes femmes vous recevaient, le sourire aux lèvres, et changeaient la somme de deux cents dollars américains en FEC, en Foreign Exchange Certificates – une monnaie qui rappelait les billets de monopoly, et qui pouvait être utilisée pour payer les hôtels, les divers magasins d’état, les sites touristiques. C’était, surtout, une manne certaine destinée à remplir la bourse des militaires qui dirigent le pays.

 

Si on tombait bien, on pouvait s’arranger avec les filles et leur graisser la patte. On glissait vingt dollars dans la main de celle qui parlait pour les deux autres, et on passait, avec le grisant plaisir d’avoir volé les généraux voleurs.

 

Ensuite, on entrait dans la salle des arrivées, où une foule silencieuse de messieurs en longues jupes, qu’on appelle des longyis, attendait le chaland – pour un hôtel déjà réservé, ou pour vous offrir une chambre dans leur hôtel à eux. A peine aviez-vous passé la barrière que quelques personnes vous entretenaient à mi-voix de l’agrément que vous auriez si vous veniez à tel ou tel hôtel, par l’entremise de leur taxi. Ou alors, vous voyiez votre nom écrit sur une pancarte avec deux messieurs tristes qui vous attendaient.

 

Dans la nuit – tous les avions que j’avais pris jusqu’à présent arrivaient immanquablement le soir – vous montiez alors dans un taxi bringuebalant, qui prenait une route cahoteuse, éclairée de temps à autre, jusqu’à une maison dont une lanterne qui irradiait une douce lumière jaune, entourée de moustiques – sauf quand il pleuvait - indiquait qu’elle avait l’électricité. On vous y accueillait dans la pénombre, et vous y trouviez une chambre sise juste à côté du temple de la maison. Dans la salle de bain les cancrelats passaient la nuit et se sauvaient le matin, de toute la vitesse de leurs petites pattes, quand on allait faire pipi. Dans la ville qui semblait déjà endormie, vous alliez vite au lit, et la découverte commençait vraiment le lendemain quand, dans votre rue, vous héliez un taxi, afin d’aller chez un trafiquant de devise, pour y changer vos dollars.

 

L’avion, arrivé pile poil à l’heure, s’arrête devant un bâtiment nouveau, cubique, qui est le terminal ultramoderne de l’aéroport de Yangon. Il a été ouvert la semaine précédente, me dit l’hôtesse à laquelle je pose la question, en mettant le pied sur l’escalier qui nous est arrivé, comme avant, poussé par quatre ouvriers, sous supervision d’un chef d’équipe. Et, effectivement, quand on rentre dans le bâtiment, il sent encore le gyproc frais. La poussière de plâtre flotte dans l’air et rend le sol glissant. Nous arrivons devant les bureaux des passeports qui viennent de s’ouvrir, rapport à notre avion qui a atterri, et le passage est plus rapide qu’avant. Il y a, maintenant, des ordinateurs devant chaque employé et il faut croire que ces ordinateurs marchent. Le Myanmar a bien changé, en deux ans.

 

Me voilà bientôt devant le carrousel aux bagages. Jusqu’à présent, les bagages étaient apportés par le personnel jusque dans la salle ad hoc. Un carrousel… et qui tourne dès le premier instant, et sur lequel nos bagages apparaissent bientôt.

 

Alors que nous attendons, un monsieur en longyi vient à moi et me demande si j’ai déjà réservé mon hôtel. Tel n’est pas le cas, vu que, selon la règle immortelle du routard, quand on arrive dans une ville avant midi, on trouve un lit sans difficulté. Oui, ça tombe bien, il a une chambre à me proposer, ainsi qu’à tous les passagers qui souhaiteraient une chambre dans un petit hôtel fort bien, à deux pas du centre ville, pour sept dollars la nuit. Il m’y transportera même, avec la camionnette de l’hôtel.

 

Tope-la.

 

Pendant que nous attendons la camionnette, un vieux monsieur va de l’un à l’autre, pour proposer du change au tarif officieux, sans même faire attention à la possible présence de militaires, ou de policiers. Ca aussi, c’est un solide changement, depuis avant. Je lui donne cent dollars, il me donne une bonne grosse liasse, d'un total de cent vingt mille kyats. Me voilà riche…

 

kyats

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06/06/2007

Air Asia, de Bangkok à Yangon

A l’étage des départs, de cent mètres en cent mètres, il y a une porte, la A, puis la B, puis la C, puis d’autres encore… devant laquelle on voit de nombreux placards, reprenant le noms des différentes compagnies aériennes qui desservent Bangkok. A chaque porte, ses compagnies. Air Asia, c’est la porte C. A peine descendu du minibus qui nous a déposé à peu près devant la porte, je file vers l’entrée, afin de voir à quoi ressemble le monstre. Et puis, comme j’ai seulement une heure trois quarts d’avance par rapport au vol, je me presse quand même. La première fois, c’est toujours un peu émouvant.

 

La salle de l’enregistrement est tout simplement gigantesque. Comme je n’ai pas envie d’errer à l’aventure, je demande au premier bonhomme en uniforme et casquette où je trouverai le comptoir d’enregistrement de mon vol. La réponse est courtoise, rapide et exacte. Ca, c’est la bouddha attitude. J’ai une petite cinquantaine de mètres supplémentaires à faire pour arriver devant le comptoir où, effectivement, deux bureaux sont ouverts, avec l’indication d’un départ Air Asia vers Rangoon – devenue aujourd’hui, Yangon.

 

Inutile de préciser que je suis grassement en avance et que ce n’est même pas intéressant d’arriver aussi tôt vu que, lors des enregistrements des vols Air Asia, on ne vous donne pas de numéro de place. C’est au dernier instant que, dépendant de la manière dont les passagers se ruent sur la porte d’entrée de l’avion, on trouve la place de ses rêves ou non.

 

Bon, la queue va vite, puisque je suis le seul qui la fait. J’ai toujours eu le vif plaisir de voler vers Rangoon dans des avions à moitié pleins, tout au plus. Mais la dernière fois, Air Asia – ligne low cost, ne volait pas encore vers la Birmanie. Par ailleurs, je n’oublie pas qu’entrer au Myanmar, puisque c’est son nom officiel, n’est pas si facile que cela, et que les visas sont délivrés au compte goutte.

 

Bon, on verra bien.

 

En attendant, je passe à travers les magasins free tax qui sont l’ornement principal de l’aéroport. Ils sont ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours par semaine. Les vendeuses et les vendeurs vous lancent des sourires aguicheurs ou des œillades assassines mais, à la différence de la ville, ne vous hèlent pas de l’entrée du magasin. Ca, c’est la classe de l’endroit au caractère international.

 

Toutes les grandes marques du monde sont représentées ici, d’Hermès à Sony, de Lanvin à Longine, de Rolex à Montblanc, ainsi que les grandes marques locales, qui imitent les grands noms sans les imiter – évitant ainsi de tomber sous le coup des règlements qui s’intéressent au droits de la propriété intellectuelle et pourfendent les copies. J’avoue, pour m’habiller en  grandes marques thaïlandaises depuis des années, que la qualité est au rendez-vous, quitte à ce que le choix soit parfois plus difficile – sauf si on aime les couleurs parfois un peu vives. Enfin, je ne suis pas, ce matin, à chercher une affaire, mais plutôt à faire le tour du propriétaire.

 

Subarnabhumi est, je dois l’admettre, bien fait. Même les toilettes, que je cherche dès le premier instant et que, dès que trouvées, je visite rapidement, sont parfaitement correctes, pour ne pas dire luxueuses, et manifestement en quantité adéquates. Le rattrapage a été fait. Bon, je garde mon vague à l’âme, quant au fait que Dong Muang, ce sont tous mes souvenirs, mais je n’ai rien de déplaisant à dire sur son remplaçant. On verra, au retour, dans un mois.

 

Toilette et magasins parcourus, je peux tranquillement me diriger vers la porte devant laquelle un avion flambant neuf, peint de blanc et de rouge, attend les quelques passagers qui vont partir sur Rangoon. Quand j’arrive devant la porte, le check in est commencé, ce qui veut dire qu’après avoir été autorisé à entrer dans l’aéroport, je serai maintenant autorisé à entrer dans la salle d’attente de mon vol. Ah, on peut dire que la sécurité, aussi discrète qu’elle se fasse, est en réalité remarquablement bien faite. Je donne donc mon document de vol, accompagné de mon passeport orné du visa idoine, à deux jeunes filles souriantes qui me gratifient d’un wa, une fois la vérification terminée, et que je prends les escaliers qui me mènent jusqu’aux sièges flambants neufs où j’aurai à traîner une demi-heure encore. Nous sommes un demi avion à attendre, ce qui me semble déjà énorme.

 

Dans le bon vieux temps - jusqu’à il y a deux ans, en fait – il y avait, tout d’abord, trois vols par jour, de Bangkok à Rangoon et, de plus, chacun de ces vols devait transporter, tout au plus, un quart de passagers. Les choses semblent changer. Et de fait, en arrivant à Rangoon, je me rendrai compte que les quatre à cinq rotations internationales d’avant se sont transformées en une bonne dizaine d’arrivées et autant de départs.

 

Quand, donc, le ding dong qui nous appelle a prendre l’avion se fait entendre, je bondis sur mes pieds, suis le premier dans la file, descends le tuyau qui conduit à l’avion, une fois mon ticket montré, salue bien bas les deux gentilles hôtesses vêtues de rouge qui m’attendent à la porte de notre aéronef et file m’installer à la place de mes rêves : l’avant, bien devant l’attaque de l’aile, afin d’avoir la belle vue de l’arrivée à Rangoon – ah, non, à Yangon.

22:44 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/06/2007

D'abord, à Suvarnabhumi

Le nouvel aéroport de Bangkok s’appelle Suvarnabhumi – ce qui est nettement moins facile à retenir, ou à prononcer, que Dong Muang – et, sur photo, est fait tout de ferraille et de béton genre bâtisse ultramoderne et pas terminée.

 

Si on aime le béton, la ferraille et le look pas terminé, c’est pas mal. Sinon, on regrette l’abandon du vieil aéroport de Dong Muang. Je fais partie de ceux qui regrettent Dong Muang, qui a été, il y a cinq ou six ans, ma première porte asiatique.

 

Quand Subarnabhumi a ouvert, il y a quelques mois, je lisais avec amusement, dans les journaux thaïlandais en ligne, la rage des passagers et des utilisateurs de l’aéroport, dans lequel on avait oublié de… placer des toilettes.

 

Enfin bon, je mens un peu. Il y avait des toilettes, mais juste assez pour dire qu’il y en avait. Dans l’immense salle de l’enregistrement des passagers, il y avait un bloc de six trônes pour les hommes, et un bloc de six trônes pour les femmes. Chaque doigt du terminal possédait, lui aussi, ses toilettes – mais on avait fait à l’avare, puisque chacun des doigts, donc, avait un bloc et un seul, une fois pour les hommes, une fois pour les femmes. Enfin, aux arrivées, on avait encore deux blocs comme aux départs. Pour un aéroport destiné à accueillir plus de cinquante millions de passagers annuel, c’était maigre. L’armée est arrivée le jour même de l’inauguration de l’aéroport, avec des camions sur lesquels étaient empilées des toilettes de campagne.

 

Vu les longues queues de dames paniquées qui envahissaient même les toilettes des messieurs, l’urgence était au rendez-vous, en effet. La télévision Indonésienne, toujours pleine de pensées inavouables, de voyeurisme béat et… d’une certaine jalousie envers un pays qui marche sans grand problème, usuellement, s’était fait une joie de montrer, aux nouvelles, des heures de reportage durant, des dames accroupies derrière chaque arbrisseau, chaque buisson fraîchement planté sur les immenses parterres fleuris de l’aéroport, afin de soulager un besoin pressant. Il y avait quelques messieurs aussi, mais c’étaient surtout des dames, derrière les buissons et les arbrisseaux. Les messieurs étaient, quant à eux, attrapés par la caméra du journaliste alors qu’ils étaient, usuellement, en train de faire pipi contre un mur tout neuf du splendide aéroport tout neuf, tout de ferraille et de béton, et au look pas terminé.

 

Dès l’aprème du premier jour d’ouverture, donc, de longues théories de chiottes militaires étaient plantés devant les entrées de deux niveaux de l’aéroport, égayant de bleu pervenche et de jaune canari les irisements argentés et modernistes du bâtiment. Les caméras des journalistes étaient devant les toilettes en question, filmant longuement les queues de passagers – si j’ose dire – qui attendait d’enfin pouvoir aller se soulager. Le film avait été une fois de plus acheté par la télévision indonésienne, afin de pouvoir se moquer du riche voisin du nord. Mais bon, les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes, et le public indonésien ne suivait plus trop.

 

A dire en faveur de Subarnabhumi, des politiciens et des ouvriers Thaïlandais, il n’avait pas fallu plus de deux jours supplémentaires pour que la décision soit prise, et mise en œuvre, de bâtir quelques toilettes supplémentaires dans l’aéroport. Les derniers soubresauts indonésiens, concernant le scandale pipi-caca, avait été de montrer, avec des tas de commentaires dédaigneux sur la bande son, je présume, des équipes de maçons en train de rattraper les erreurs de conceptions qu’on collait généreusement sur le dos de l’équipe gouvernementale précédente.

 

Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, à dire vrai, l’ex premier ministre qui venait de quitter le pouvoir, un peu aidé par les militaires, eux-même téléguidés par le Roi ; l’ex premier ministre, donc, avait assez bien de trucs à se reprocher pour que cette affaire puisse lui être imputée sans qu’on ait l’impression d’une mauvaise foi crasse de la part de la nouvelle équipe.

 

Tout ça pour dire que, quand ce matin là, je me lève aux toutes petites heures, afin de prendre un minibus qui me conduira à Subarnabhumi, je fais attention, à tout hasard, de bien faire pipi, et le reste, pour ne pas me trouver le bec dans l’eau, si j’éprouvais un besoin quelconque à l’aéroport.

 

Je suis arrivé deux jours plus tôt à Bangkok, par les petites routes, et les petites stations de villégiatures. A peine arrivé, je suis passé dans une agence de Kaoh San pour m’arranger un visa pour le Myanmar, me suis ensuite acheté sur internet un billet pour Rangoon. Le vol démarre à huit heures du matin et… il faut être à l’aéroport, idéalement, deux heures plus tôt. Comptons une petite heure pour aller du centre de Bangkok à l’aéroport – c’est ce que tout le monde m’a dit – et une autre petite heure pour me lever, me réveiller, me doucher, faire un double passage sur le trône, rapport à l’aéroport dont je ne sais rien depuis les émissions spécial chiottes vues en Indonésie : debout à cinq heures, donc.  Mon minibus m’attendra sur Kaoh San à cinq heures trente ; à cette heure, le trafic doit être mort : j’arriverai à l’aéroport en trente minutes à tout casser. De plus, quand on demande d’arriver deux heures avant le départ, j’ai tendance à supposer que c’est à l’intention de voyageurs exagérément panicards et d’un transporteur épouvantablement précautionneux. Oh, et puis, vogue la galère.

 

Quand je me lève à cinq heures du matin, donc, après deux ou trois rappels de mon réveil, je file sous la douche, me fais beau et m’habille de frais. A cette heure du jour – ou dirais-je de la nuit ? – il ne fait pas trop lourd et on peut s’habiller sans immédiatement se retrouver en nage.

 

La cuisine de mon guesthouse est fermée. Pas de petit déjeuner à cette heure, je devrai faire sans. Bah, il y aura bien un snack ouvert quand on arrivera à l’aéroport... Je referme ma valisette, remballe mon ordi et descend à pas de loup, sauf les flip-flops que je porte aux pieds et qui claquent sur les marches de l’escalier, jusqu’au rez de chaussée. Le gardien, étendu sur une lit de camp disposé dans la salle à manger, ouvre un œil comateux, se lève, baille, tire une grande clé de sa poche et l’utilise pour défaire le cadenas qui bloque une porte de fer. Elle grince sur ses gonds ; me voilà dehors, dans la ruelle de mon hôtel, chichement éclairée par des réverbères qui pendent de loin en loin.

 

En quelques minutes, je suis à Kaoh San. Il est cinq heures et demie et nous nous retrouvons à trois, attendant le minibus. Il arrive avec un bon quart d’heure de retard, ce qui angoisse profondément mes co-passagers, dont l’avion décolle, tout comme le mien, à huit heures. Je les laisse s’angoisser. Nous démarrons immédiatement. La route est effectivement vide, les feux nous font la grâce de passer au vert alors que nous en approchons et le conducteur nous fait la grâce de traverser les feux rouges, quand il n’y a personne qui arrive. Bref, nous sommes à Subarnabhumi en trente minutes, comme prévu. L’aéroport est toute lumière. Il faut dire que, dans l’aube à peine montante, il a fière allure.

 

http://www.bangkokairportonline.com/

23:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aeroport |  Facebook |

01/06/2007

De retour à Penang

hotelD’Ipoh, où j’ai passé une nuit, dans un guesthouse chinois, situé au dessus d’un restaurant chinois – on irait jusqu’à imaginer que les deux sont en rapport -, je me décide à partir à Georgetown, pour y traîner un jour ou deux, avant de prendre un bus pour la Thaïlande.

 

Ipoh n’avait pas grand-chose à offrir. C’est l’équivalent malais de Marandellas, la ville des collèges et des pensionnats, du bon vieux temps de la Rhodésie. Hors du centre-ville, dans des banlieues vertes, une dizaine d’institutions religieuses, datant de la colonie, proposent aux enfants des élites du pays une formation digne des collèges jésuites de notre enfance. Autours de bâtiments de style néo-classique, usuellement, des jardins immaculés et des terrains de rugby, de fouteballe, de croquet ou de volley, dépendant du sexe éduqué dans l’établissement en question. On voit parfois des gosses qui courent, en tenue de gym, et s’égaillent sur les terrains, sous la direction du professeur idoine.

 

Dans des rues d’un calme olympien, d’un Saint John College à un Sacred Heart Convent, en passant par toutes les possibilités du panthéon chrétien, des façades pompeuses le long desquelles, parfois, une banderole court. Sur cette banderole, l’annonce des derniers résultats nationaux du collège, du couvent, au palmarès du baccalauréat malais, ou bien le nombre de places encore libres, pour la rentrée prochaine. Ou encore, sur toute la largeur de la façade, une devise gravée, en anglais ou en latin, qui chante la gloire de la maison, et pour faire savoir au chaland que c’est ici que les enfants trouveront la réussite sportive et académique. On y entre à dix ou onze ans ; on en sort bachelier, qu’on l’ait voulu ou non, à dix-huit. Ensuite, le monde vous engloutit.

 

birdsLe centre-ville d’Ipoh est, quant à lui, banal et bétonné, usuellement gris et bancal. Partout - nous sommes en terre de culture chinoise - des cages à oiseaux. Les murs des chambres de mon guesthouse étaient badigeonnés de blanc, avec un filet de rouge chinois. C’était sale et charmant. En ville, accolé à la gare, il y a un hôtel chic, du genre quatre étoiles, devant lequel un panneau indique une offre spéciale pour des chambres de jour. Si vous ne passez que quatre heures dans votre chambre, pendant la journée, le prix sera en rapport.

 

Etrange.

offer 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a, ici et là, de belles choses à voir, à Ipoh, ainsi que des boutiques dont l’intitulé vous laisse rêveur. Quelques officines de massage aussi, qui puent le bordel. De très vieilles dames, cigarette au bec et toutes vêtues d’un chemisier léger et de shorts qui leur vont comme un tablier à une vache, hèlent le passant qui se sauve.

 

La gare routière est centrale à la ville, ce qui m’arrange bien quand, après avoir tourné un peu dans le centre, hier soir et ce matin, j’ai décidé qu’il était temps de partir. Pour Butterworth, il y a un bus l’heure, ce qui est bien pratique, et il est climatisé. Je suis seul sur ma banquette. D’Ipoh, le bus va directement à Butterworth, sans étape.

 

Du moins, cette annonce du sans étape, c’est la théorie. Dans la réalité, le bus s’arrête quand même de ci, de là, afin d’embarquer des passagers qui réservent par téléphone, et qui attendent à des points désignés. C’est finalement bien fait.

 

GeorgetownLe terminus du trajet est au port de Butterworth. La gare routière s’y trouve aussi. De là, on va à pied jusqu’au terminal des bacs – une cinquantaine de mètres, à tout casser - pour aller à Georgetown. Du port de Georgetown, ensuite, il faut faire, à tout casser, deux cents mètres pour arriver à mon guesthouse habituel. J’y trouve la chambre qu’il me fallait et je m’installe, les jambes croisées, sur mon lit, à tripoter mon ordinateur, après une bonne douche qui m’a un peu changé les idées. D’ici un jour ou deux, je partirai à Hat Yai. J’ai envie, d’abord, de repasser dans les temples chinois de la ville.

 

Après Hat Yai et son immense Bouddha couché, ce sera Bangkok, puis ailleurs.

21:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Photo d'adieu

kina

 

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