22/06/2007

La première des villes mortes

Or donc, nous quittons l’hôtel, une fois que les trois voyageurs se sont installés dans la - euh… appellerons-nous cela « la cabine des passagers » ? Va pour la cabine des passagers… - dans la cabine des ourtaxipassagers, et le chauffeur devant son volant : deux virages à gauche, puis nous voilà sur la grand rue qui se termine par une côte pas bien méchante, mais trop difficile pour le véhicule lourdement chargé de quatre personnes. Le plus grand d’entre nous, qui doit bien peser dans les soixante-dix kilos, saute d’un bond sur la route, avant que la voiture dont le moteur essaie de tourner à plein régime commence à reculer, et la pousse. La perte des soixante-dix kilos, et la poussée supplémentaire font la différence : nous redémarrons vers l’avant. Arrivés au haut de la côte, voiture et passagers se remettent dans leur position traditionnelle, la voiture avançant toute seule, à faible vitesse, et le passager dans l’habitacle.

 

On met une tête dehors, de temps à autre, en évitant les moments où la poussière vole, quand ce n’est plus de la route, mais de la piste, pendant que le taxi s’éloigne du centre ville. Au bout de quelques dizaines de minutes de chemin cahotant, nous arrivons au pied d’une pagode qu’il nous faudra rejoindre en prenant une volée d’escalier dont le nombre de marches est infini. Deux serpents à sept têtes, en fin de balustrade, nous regardent d’un air féroce.

 

Allons-y.

 

pagodaPagoda2Vingt minutes plus tard, les jambes fatiguées et suant abondamment, nous sommes au sommet de la colline sur laquelle se trouve une immense pagode, effectivement à la fois belle et impressionnante. Nous tournons quelques minutes, admirant aussi bien le paysage meublé de stupas proches, de stupas éloignés, de pagodes partout, que d’émouvantes merveilles religieuses et animales qui ornent la pagode – hm, les pagodes, plutôt. Il est probable que je me répète, mais le nombre et la richesse de décoration des constructions religieuses, anciennes et modernes, dont bénéficie le Myanmar sont tout simplement inconcevables. Si l’on peut comparer, dans ce domaine, le Myanmar est à Rome ce que Rome est à la Lune. Les édifices religieux sont, littéralement, innombrables, riches, aussi parfaitement entretenus qu’il est possible. Je prends en photo un adorable lapin doré, en souvenir de Chipie. Puis nous redescendons.

rabbit

 

vendeursoiseauxPour une fois, Mandalay étant, je le répète, une ville peu fréquentée par les touristes, pas de gosses qui nous chassent avec l’espoir de nous vendre des babioles, et notre taxi a choisi pour nous une destination ravissante, mais manifestement peu courue. Un peu de petit commerce au sommet, bien entendu, mais rien de plus que quelques vendeuses d’eau, pour la soif, de sodas, pour la soif aussi, de limonades, pour la soif encore, d’encens et de fleurs, pour les idoles. Ah, à tout hasard, quand même, quelques cartes postales, pour le touriste. Et puis, des vendeurs d’oiseaux à libérer, bien évidemment. Mais les vendeuses ne vous courent pas après, ne vous hèlent même pas. On n’est pas à Bagan.

 

Retour à la voiture, soigneusement garée, tenue par une cale en bois, devant un café où notre chauffeur prend un rafraîchissement, tout en bavardant avec des connaissances probablement établies de longue date, chaque fois qu’il s’arrête ici, en charge de deux ou trois promeneurs. A peine nous voit-il qu’il bondit sur ses pieds et nous rejoint. Hop là, nous y allons, maintenant pour les villes anciennes, qualifiées de mortes, ou de royales, et qui sont d’admirables musées vivants. C’est aussi là que les premiers préposés chargés de vérifier que nous avons un billet officiel se trouveront. Il est temps de sortir notre billet de dix dollars.

 

Ah, non, ce sera douze. En effet, en plus du billet qui nous permet de visiter les sites les plus protégés et raisonnablement remis en état, l’Etat ponctionne deux dollars par étranger qui entre sur le site de certaines des villes mortes, vu qu’on utilise la route. Impossible d’y échapper, vu la surveillance qui se fait encore, ici : en fait, chaque dollar gagné est – en ces temps de tourisme bien peu actif – doublement perdu, du fait qu’il faut payer tous ces surveillants de l’entrée des dollars, et du fait que le voyageur grugé regarde ses sous en décidant de ne pas donner davantage qu’il se l’était planifié le matin. A un certain moment, devant l’attitude de vautour du régime, en effet, nous devenons tous des juifs écossais, dont le modèle de vie est Oncle Picsou.

 

Les chefs de la junte oublieront ces mesquines attitudes de gagne petits, quand ils se rendront compte qu’il y a davantage d’argent à faire, à la sado maoïste, quand on laisse tomber les petits gains, pour viser plus gros, via l’industrie qui rapportera autrement davantage. Ils ont déjà commencé à lâcher les plus impopulaires de leurs gabelles, mais la fascination du dollar arraché au voyageur étranger est difficile à oublier.

 

Enfin, nous voilà donc à, tout d’abord, arrêtés sur la route qui conduit à l’une des villes mortes - elle a un nom; je l'oublie - devoir payer nos deux dollars par personne. Nous nous exécutons en maugréant, qui en italien, qui en français, puis nous repartons et arrivons à un gué, traversable en bac. Le taxi nous attendra de ce côté ci, et nous traverserons, pour une somme modique, une rivière large, tout au plus, de cinquante mètres. De l’autre côté nous attendent des chariots tirés par des chevaux. La promenade n’est pas immense, mais, arrêts à divers temples compris, nous occupera presque jusqu’à midi. Deux mille kyats – moins de deux dollars – pour notre chariot, tiré par une paire de canassons étiques. On ne peut vraiment pas dire que c’est du vol.

 

kidsLe premier arrêt est devant une merveilleuse pagode de bois – c’est une spécialité de la région de Mandalay – dans un coin de laquelle des enfants étudient, sous la supervision d’un bonze assoupi. Nous passons en tapinois, afin de ne les pas déranger au milieu de leur calme studieux, et nous intéressons aux merveilles sculptées au milieu desquelles nous nous promenons. Penser que, avec le climat local, ces immenses bâtiments de bois ont tenu plus de deux siècles… Lentement, cependant, les structures pourrissent, usées par le temps, le soleil et la pluie.

 

wood

 

Les termites, parfois, aussi ? Non, pas les termites. Soit il n’y en a pas, par ici, soit les bonzes ont trouvé des moyens dignes des empoisonneurs de la Renaissance pour les empêcher d’agir. Mais en fait, c’est vrai, je ne verrai aucun de ces stalagmites, dans la campagne, qui signalent le danger.

 

Devant le temple, quand nous revenons à notre carriole, notre équipage a été rejoint par un autre, dont descend une ravissante brune aux cheveux courts, aux shorts à peine plus long, bardée d’appareils photos et qui se pète la figure alors qu’elle regardait d’un œil appuyé l’un des deux Italiens. Bien fait pour elle. Comme elle n’a, de toute évidence, pas su intéresser, par sa chute malheureuse, notre Roméo, nous repartons – non, quand même, l’avoir aidée à se redresser. Nous la reverrons, plus loin, l’œil noir et le vêtement poussiéreux.

 

J’oubliais de dire que c’est ici que nous avons acheté notre pass de dix dollars. La survivance miraculeuse de ce temple est sans doute la meilleure manière de nous faire oublier l’achat du billet. Il est grand comme un billet de banque de l’époque de la Grande Inflation des années vingt, en Allemagne et, à chaque arrêt, nous aurons droit au cachet de la pagode que nous visitons, ce qui amènera le billet des visites à ressembler, à la fin, à la page d’un passeport bien utilisé.

 

En attendant, nous continuons nos pérégrinations, de temple en temple. Ils mériteraient tous un long arrêt, mais bon, nous n’avons pas le temps, ou bien nous ne nous le donnons pas. La pulpeuse flamande poussiéreuse nous dépasse finalement, et nous ne la reverrons plus. Tout est beau, sous un soleil lourd, avec nos chevaux qui avancent paisiblement, d’autant plus heureux qu’on leur laisse quand même du temps, d’une pagode l’autre, a parcourir le minimum de ce qui doit l’être. Quand nous terminons ce tour de ce que comprends finalement être une île, il est midi passé. Nous bondissons dans une barque de retour. De l’autre côté, il y a notre taxi qui nous conduit à un restaurant qu’il nous conseille vivement. Son meilleur copain, probablement. Bah, nous y aurons un repas convenable, accompagné de thé, pour un gros dollar. Oui, c’est visiblement un prix gonflé, un prix pour touriste, mais bon… c’est un si petit vol, et ils sont si pauvres…

23:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme |  Facebook |

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