20/06/2007

Taxi, peinture et croix gammée

TaxiLe taxi arrive avec quelques minutes d’avance, alors que je viens de descendre dans le minuscule hall de notre guesthouse : une bonne affaire, ça ne se laisse pas échapper et, pour le chauffeur, une journée entière de location, c’est le paradis. La voiture est l’habituelle et minuscule Mazda avec ridelles, que je connais depuis toujours, ici. Les pneus sont usés jusqu’à la corde ; le moteur doit faire aux alentours de cinq cents centimètres cubes et pollue presque autant que feu les Trabant, qui ornaient, de leur carrosserie faite de papier mâché, les rues de l’ancienne Allemagne de l’Est. Tout comme les Trabant, aussi, on a pas trop le choix des couleurs : dans le cas des Mazda, c’est soit bleu ciel, soit brun clair.

 

A la différence des Trabant cependant, comme leur revêtement est fait de métal, et qu’il fait toujours humide ici – chaud, certes, mais humide - les Mazda en sont toutes à divers stades de pourriture. La rouille domine et perce les couleurs et les vernis avec lesquels chacun essaie, soigneusement, à force de couches, de couvrir sa vergogne.

 

Taxi2De ce fait, le propriétaire, outre le fait qu’il est usuellement un mécanicien émérite, use de trucs et de moyens à la limite de l’honnête pour cacher l’état de décadence dans lequel sa voiture se trouve. Ainsi, l’usage d’autocollants qui permettent de boucher des trous, de recouvrir des boursouflures lépreuses. Parfois, le choix des autocollants peut surprendre: on a, pour le moment, à Mandalay, une mode qui peut faire sourire, ou qui peut choquer : la croix gammée est partout. Qui diable a lancé le produit ? En tout cas, on la trouve sur toutes les voitures, sur tous les casques moto. Le côté positif, c'est qu'on remarque que chacun, à moto, met un casque - à croix gammée ou non. C'est déjà ça...

 

 

Swas

 

Quant au fait que les pneus usés jusqu’à la corde sont remplacés, quand ils rendent l’âme, par de « nouveaux » pneus tout aussi usés, si d’un côté, on peut se demander d’où vient le stock – j’imagine que le réparateur de pneus est encore un métier florissant ici, et qu’un pneu qui a crevé est réparé, encore et toujours – on ne doit, par ailleurs, pas trop s’inquiéter quand on voit l’état desdits pneus, sur un taxi Mazda : vu sa vitesse…

 

Monsieur le conducteur nous attend donc devant la porte, alors que les Italiens descendent de la terrasse où ils ont déjeuné. Nous nous présentons et montons à l’arrière : vu nos tailles respectives – et pourtant je ne suis pas si grand que ça… - il est heureux que nous soyons trois, et pas davantage. Après de rapides salamalecs, et le détail de ce que nous ferons aujourd’hui, le taxi démarre. Dès la première côte, le plus grand – et gros - des deux Italiens descend de la voiture et pousse, le temps d’une dizaine de mètres, afin que nous puissions sortir de cette mauvaise passe. La dernière fois que j’ai lu quelque chose qui rappelait cela, c’était dans un récit de voyage du dix-septième siècle, quand tous les voyageurs descendaient du carrosse, afin d’aider les chevaux, dans les Alpes… Enfin bref, ça redémarre, et nous allons jusqu’à notre premier but : une pagode qui se trouve à quelque kilomètres de Mandalay – oh, je vous rassure : guère plus de quatre ou cinq - sur une colline.

 

Pour se faciliter la vie, il faut, lors de la première visite que l’on fait dans un endroit payant, à Mandalay, acheter le billet collectif qui vous coûte dix dollars et vous permet de tout voir dans la région – sauf suppléments toujours possible. On sait bien que cet argent en dollars, donné à un préposé de l’office du tourisme, arrivera directement dans l’escarcelle des généraux, mais bon, il n’est pas possible d’éviter de donner à la junte. Cette dernière a découvert la malignité du capitalisme chinois, et sait maintenant comment ne pas tout voler, afin de toucher un max.

 

Nous connaissons tous l’histoire des deux taureaux, un jeune et un vieux. Le jeune, voyant des vaches, dans le pré d’à côté, dit à son camarade : galopons jusqu’au pré voisin et tapons nous une vache. Le vieux, plus expérimenté, répond au jeune : non, marchons jusqu’au pré voisin et sautons toutes les vaches.

 

Le régime en place a découvert que le gouvernement sado-maoïste chinois voisin, malin comme pas deux, avait trouvé une bonne méthode pour rester en place et se faire son beurre. Il lui avait suffit de casser toute opposition intérieure, de ne plus voler jusqu’au dernier sous d’un peuple affamé, et de profiter de son enrichissement. C’est exactement ce que la junte birmane fait aujourd’hui. Plutôt que de voler le touriste dès l’arrivée, et de le forcer à passer – volens nolens – sous les fourches caudines de sa pompe à phynance, elle a décidé de laisser de plus en plus tout le domaine touristique au petit peuple. Ce petit peuple, de ce fait, s’enrichit – peu, mais quand même. Alors, quand il a de quoi se nourrir, se loger, s’habiller, il se retourne vers des magasins dans lesquels se trouve de l’eau potable – manufacturée dans une limonaderie appartenant au régime. Il achète de la nourriture préparée et empaquetée dans une fabrique appartenant à un général. Il choisit des vêtements faits de tissus – le tailleur reste la norme – tissé dans une usine possédée par le gouvernement. In fine, tout revient à l’Etat qui n’a simplement pas eu à faire l’effort de surveillance auquel il se livrait précédemment, pour tout obtenir.

 

Le boycott infligé par les bonnes âmes contre la Birmanie est du pain béni pour le régime en place : il possède tout ce qui existe, en terme industriel, et contrôle tout ce qui est importé. Bravo, bonnes âmes : continuez…

 

Enfin bref, foin de développements oiseux qui concerneraient la malignité des dirigeants du pays. Ici, nous devons donner nos dix dollars, afin de pouvoir visiter tout ce qui peut l’être. La seule chose à faire, c’est de rentabiliser notre don involontaire. Il y a bien des choses à voir à Mandalay, allons y.

23:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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