14/06/2007

La plus belle pagode du monde

Aller à la Shwedagon, c’est facile. On sort du guesthouse, on remercie les taxis pour leur aimable offre, ou on l’accepte et ça vous coûte deux mille kyats. Si on a dit qu’on marchait, on marche, donc, le long de la rue Aniwratha qui va d’Est en Ouest. Une fois le Aung San market passé, bien endormi, à cette heure, on tourne à droite dans une avenue  qui s’appelle justement la Shwadagon Pagoda Road, ce qui aide à se situer. C’est une route, en fait, le long de laquelle sont installés des bâtiments parfois officiels, parfois privés, décatis mais toujours majestueux, au vu de leur taille et de leur style, usuellement façon vieux colonial. Des voitures vous dépassent, à leur vitesse. Comme il n’y a pas de trottoir, on se range soigneusement, à tout hasard, vu la manière parfois étonnante dont la ligne droite est respectée par le conducteur asiatique. Le problème est que, dans le coteau herbeux qui borde la route, il y a parfois des serpents.

 

nun2On arrive à un gros rond-point, auquel on tourne à droite (on aurait pu tourner tout droit, mais c’est plus joli par là), on prend encore une petite rue sur la gauche, qui sinue bien tranquillement, en vous reconduisant vers le nord, et soudain, à la fin d’un dernier tournant du chemin, devant vos yeux éblouis, apparaît, dans la distance, l’énorme stupa doré de la Shwedagon, précédé de deux lions blancs à la crinière dorée qui la protègent, de toute la hauteur de leurs quinze-vingt mètres et de leurs crocs soigneusement soulignés de blanc pepsodent, qui encadrent une langue rose et pointue.

 

Shw1

 

 

Ah oui, en Birmanie, il faut aimer la couleur.

 

Avant d’arriver à la grande pagode, on peut encore remarquer, et visiter, sur la droite, une annexe avec un stupa doré, lui aussi, et des lions aussi, moins impressionnants que ceux de la Shwedagon, mais quand même. On peut s’y promener et y nourrir des poissons qui n’attendent que vous. Des dames sont là, avec la nourriture idoine, vendue pour une somme dérisoire.

 

Ca amuse les enfants, pourquoi les priver…

 

Quand je décide de m’y arrêter, j’achète deux sachets, les gosses s’attroupent autour de moi, pour voir les poissons, et je leur refile les deux sachets, que je parviens à plus ou moins également répartir dans les petites mains avides qui m’entourent. J’ai droit à d’immenses sourires et à des thank you plus ou moins bien prononcés, mais venant du fond du cœur.

 

Usuellement, tout comme à Shwedagon, un aimable cicérone risque de vous sauter sur le poil à l’entrée, et vous présenter l’endroit. Si vous acceptez sa présence, ça vous en coûtera un millier de kyats et, ma foi, ça les vaut. En effet, monsieur vous fera ouvrir les portes qui restent usuellement fermées quand ce n’est pas l’heure, et que vous êtes arrivé à la mauvaise heure, ou qui restent usuellement fermées si on ne parle pas birman.

 

Ensuite, quelques pas plus loin, il y a donc l’immense Shwedagon. On ne sait pas, de l’extérieur, sur quel monstre on tombe. Vue de dehors, quand Shw2on arrive aux grilles, les deux lions qui protègent la pagode pourraient laisser imaginer que l’intérieur sera gigantesque, digne des dessins de Piranèse, mais il faut pour cela beaucoup d’imagination. D’abord une majestueuse volée d’escaliers, bordés, des deux côtés, d’échoppes saint sulpiciennes – si j’ose dire. Tout le monde s’y arrête, des nonnes et des moinillons, pour y acheter des œuvres pies alors qu’ils sortent de la pagode, aux fidèles venus se ravitailler en bâtonnets d’encens et autres offrandes, alors qu’ils y arrivent.

 

Les propriétaires sont assis, à attendre le chaland, sur de petits sièges en plastique qui rappellent les tabourets d’enfants. Assez curieusement, ce sont ces même tabourets qui sont utilisés dans les bistrots de jour, en pleine ville. J’imagine que la tradition faisait que l’on se réunissait, ou que l’on déjeunait, dans le bon vieux temps, accroupis. De ce fait, le confort apporté par les tabourets n’éloigne pas des bonnes vieilles habitudes.

Restaurant

 

 

NunsQuoiqu’il en soit, alors qu’on monte, la première fois, cette bonne cent cinquantaine de mètre de galerie commerciale – il faut appeler les choses par leur nom – longée de ses deux côtés de statuettes de Bouddha, de magasins de fleurs, de débitants d’encens, de casseurs de billets, de fabricants de fleurs d’argent, de libraires religieux – qui vendent aussi, il est vrai, des guides de conversation birman-anglais – ou de vendeurs de boisson, on ne peut imaginer le choc qui va être le notre, quand , après avoir été arrêté par les préposés qui harponnent les étrangers, pour leur faire payer cinq dollars, et après avoir payé ces fameux cinq dollars, on sortira à la lumière, qu’on contournera la chapelle qui bloque la vue et qu’on se trouvera alors devant une forêt de clochetons dorés, dominés par un immense stupa.

 

Les colons Anglais, quand ils visitaient le pays, disaient, en allongeant le nez, qu’il y avait davantage d’or sur le stupa de la Shwedagon que dans les coffres de la banque d’Angleterre. C’était sans doute un tantinet exagéré. Cela nous montre simplement l’avarice bien connue de nos amis Anglais qui n’hésitaient jamais à piller quand ils le pouvaient. Dans ce cas, aller racler l’or sur le stupa de la Shwedagon, c’était la certitude d’une explosion de tout le Sud Est Asiatique, et les Anglais avaient donc du, avec bien des regrets, dominer leur esprit de rapine et regarder ailleurs.

 

Shw13Il est vrai que, quand on arrive un jour ensoleillé sur l’immense anneau qui entoure le cœur de la pagode – immense anneau lui-même encadré de temples, de chapelles, de clochetons, de salles de prière, on est assommé. Jamais on aurait pu imaginer qu’un jour on verrait une telle débauche d’or, de richesse et de couleurs. On est écrasé sous les statues, les lambris, les cloches sacrées et les stupas blancs et dorés. Des tours et des bâtiments de tout style – c’est ici birman, là indien, là encore, cambodgien, ou chinois – attirent l’œil. On ne sait plus où donner de l’œil. Chaque fois que je vais à la Shwedagon, j’y passe la journée, pour tout y voir, tout y admirer, tout y savourer. Les diseurs de bonne aventure, tôt ou tard, remarquent ce farang qui fait trois, quatre fois le tour, toujours l’œil émerveillé et m’adressent parfois la parole – cette fois, pas pour essayer de me vendre mon horoscope.

 

MaidenLa Shwedagon, c’est aussi l’endroit où, le dimanche, tout le monde vient passer la journée, en famille, avec un pique nique, ou passer une heure entre copains. Les gens vous adressent facilement la parole, quand ils ont remarqué que vous n’étiez pas pressé, et que le contact, avec vous, était possible. Les parents vous demandent de prendre une photo de la petite, pour la distraire et pour se faire plaisir eux même. Des étudiants qui se photographient les uns les autres vous demandent de faire partie de la photo de groupe, pour montrer aux copains qu’ils ont causé avec un étranger. Je photographie de retour, bien entendu, quand l'étudiante qui m'a prié de poser, afin de prendre une photo qui fera bisquer les copines, est jolie.

 

Rencontrer un étranger et avoir l’occasion de lui causer, c’est encore, ici, au Myanmar, quelque chose d’inhabituel. Même à Rangoon. Certainement moins dans les pagodes, et surtout dans la Shedagon, quand même...

 

Et puis, enfin, les yeux fatigués d’avoir tant mangé de lumière et d’images, je vais vers la sortie et me laisse harponner par un taxi. Oui, à mon hôtel. Je discute le prix avec le sourire, et hop là, on y va.

18:53 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

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