11/06/2007

Des pagodes de Rangoon

Sule2L’arrivée à la Sule est rendue difficile du fait qu’elle fait le centre d’un rond-point occupé. Bien entendu, le trafic à la sauce Rangoon diminue les risques. Et puis, comme toujours à Rangoon aux endroits où le Grand Planificateur colonial avait prévu des embouteillages, il y a les fameuses passerelles qui permettent de survoler le trafic. Arrivé au bord du rond point, je remercie les vendeurs de mérites, décline leurs offres et monte sur une passerelle, afin d’aller jusqu’à la pagode. A l’entrée, deux gamines m’attendent, l’une pour me vendre un espace pour mes chaussures, qu’elle surveillera pendant ma visite, pendant que l’autre veut absolument me faire acheter des cartes postales. Un petit garçon a des boutons de lotus et des bâtonnets d’encens à me fourguer. Ca, c’est une bonne idée ; va pour les boutons de lotus et les bâtonnets d’encens.

 

J’accepte aussi l’espace surveillé pour mes flips flops, non pas que j’en aie tant besoin que cela, puisque j’ai mon sac. Mais, ma foi, il faut bien aider le petit commerce. Et puis, les flips flops, ici, quand elles viennent de l’étranger, c’est un produit recherché, d’une qualité autrement meilleure que les chaussures issues des usines d’Etat. C’est vrai qu’elles tiendront le mois entier de mon séjour. Je dois quand même, pour tout dire, admettre que, quand je ferai le pèlerinage de Kyaik Hti Yo, je mettrai, pour faire la dizaine de kilomètres sur un sentier qui rappelle davantage les ravines d’un torrent qu’autre chose, les ruines de chaussures de marche que j’ai gardées depuis la promenade chez les Orang-outang, à Sumatra.

 

Et pour tout dire, ce ne sera pas une si bonne idée que cela, tant mon pied s’est habitué à la liberté : au bout de quelques kilomètres, les premières cloches feront leur désagréable apparition. Rien ne vaut, finalement, la flip flop, sauf, peut-être, en Europe, au cours de l’hiver.

 

StupaSuleEnsuite, c’est la promenade habituelle dans la Sule, qui peut être vue comme préparatoire à la Shwedagon. Elle est, comme toute pagode digne de ce nom au Myanmar, pleine de fidèles, du matin au soir. Je n’ai jamais vu un pays aussi densément construit, pour les pagodes. Une fois que nous étions à nous promener, dans une région littéralement déserte, pour aller voir Aye Aye, je ne pouvais compter moins de cinq pagodes par collines. Et il y a des gens pour toutes les fréquenter car, en effet, vous pouvez rentrer dans la pagode la plus solitaire, bâtie dans un endroit où il vous semble qu’il n’y a pas une âme à vingt kilomètres à la ronde : pas une seule n’est laissée à l’abandon.

 

 

 

 

 

 

JeudiIci, devant chacun des dieux représentant votre jour de naissance, il y a des gens qui arrosent leur dieu du jour, et qui lui font une petite offrande. Avant, ils tapent d’un solide coup de maillet sur la cloche placée au côté de la statue à honorer, afin d’attirer son attention.

 

La pratique religieuse bouddhiste est, comme toujours, chez le petit peuple, teintée d’un esprit épicier : je donne quelque chose aux dieux, ils me donnent quelque chose en retour. C’est ainsi que, en Thaïlande, j’ai vu, plus d’une fois, deux pas derrière des gens qui à s’acquérir des mérites, à coup d’offre de bâtonnets d’encens et de fruits frais devant la statue d’un démon on ne peut plus sympathique, une vendeuse de billets de loterie. Puisque ces gens avaient gagnés des mérites, ils avaient aussi gagné la bienveillance des dieux, la chance était avec eux et, sans le moindre doute, ils en profiteraient pour s’acheter un billet de loterie. Le calcul de la vendeuse se révélait usuellement judicieux et, effectivement, à peine les prières terminées, les membres de la famille se redressaient, se retournaient et se précipitaient sur le tableau des billets de loterie, certains d’avoir la main heureuse et de gagner le gros lot.

 

BellIci, donc, les prières sont destinées à obtenir la certitude d’une bonne santé, d’un boulot qui nourrira la famille, de brillants résultats aux examens, que sais-je… A côté de leurs parents, les enfants accomplissent les simagrées sacrées, faisant sourire les adultes.

 

 

Aussi, il y a des cérémonies du don, avec un bonze qui surveille les offrandes pendant qu’un séide les prend des mains des fidèles. Il les donationsprésente devant le bonze qui les bénit, puis bénit le présent qui est ensuite placé quelque part sur l’idole, ou à ses côtés. Un deuxième séide, équipé d’un micro et d’un haut parleur, décrit les présents, remercie à haute voix les généreux donateurs, tape un bon coup sur une cymbale pour attirer l’attention de la divinité. Le soir, on débarrasse l’idole des billets de banque dont elle est couverte, on reprend les fruits qui seront donnés aux pauvres, on place les fleurs autour du stupa.

 

 

 

Bouddha birmanEnsuite, c’est le tour habituel – normalement, dans le sens des aiguilles d’une montre, mais les birmans ne sont pas chiens et laissent faire dans les deux sens – afin d’admirer les dorures et les fioritures qui font l’art religieux birman. Ici et là, des statues du Bouddha, des têtes ovoïdes de Dieu sait qui, les petites faïences des divinités quotidiennes, dominées par un haut stupa recouvert d’or. Une cérémonie a lieu, avec des nonnes qui, ici, sont habillées de voiles rose et pêche du plus bel effet.

 

 

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Il y a ainsi quelques jolies pagodes, dans Rangoon, dont une autre à deux pas du port, qui sont des mises en bouche à Shwedagon. Pour certaines, on un préposé vous demande un dollar ou deux ; pour d’autres, comme celle de Sule, c’est gratuit.

 

Sauf le pillage organisé par les fillettes qui ont toutes quelque chose d’essentiel à vous proposer, bien entendu.

 

A dire en faveur des pagodes payantes, le préposé est toujours prêt à rendre service et, pour les deux dollars qu’il est supposé vous prendre, contre un reçu qui l’empêche de faire son beurre à lui, il se coupe en quatre pour vous aider. Il vous gardera vos chaussures dans sa petite cahute, votre sac, si vous voulez, tout cela pour vous demander à la fin si vous voulez bien le prendre en photo. Quand vous êtes vraiment sympa, vous repassez un peu plus tard, après avoir fait imprimer la photo sur laquelle il se trouve, fièrement redressé devant son bureau. Vous vous serez fait un ami pour la vie.

 

Sule est, finalement, adorable, mais il faut disposer de munitions à l’entrée : j’ai acheté à l’entrée mes bâtonnets d’encens et mes fleurs de lotus, ce qui m’a permis d’avoir un peu de petite monnaie – ou, plus précisément, de petits billets, que je pourrai distribuer dans les nombreuses boites de donation qui se trouvent devant chaque idole. Il existe des magasins de change dans lesquels vous allez avec vos billets de mille kyats, et où on vous en rend neuf cents, en coupures minuscules de cinquante, de vingt, de dix kyats, qui vous permettent, avec l’équivalent d’un dollar, de faire un don chaque fois qu’une boite se trouve devant vous. Ainsi, vous multipliez les mérites.

23:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

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