09/06/2007

Rangoon, premiers pas

Une chose me surprend aussi, à y repenser. Le guichet des FEC a disparu – et aussi disparues, les trois demoiselles qui offraient de changer des dollars en FEC, ou de leur graisser la patte. Et pourtant, par la suite, je verrai encore des FEC. Etrange…

 

La camionnette arrive, bringuebalante et, avant de la prendre, je pense soudain à demander quel est le nom de l’hôtel qui nous offre ainsi une somptueuse limousine pour la ville. C’est le Motherland Inn, m’est-il répondu. Ah, oui, je me souviens d’un Motherland Inn qui se trouvait à deux pas de la pagode centrale, la Sule Pagoda. De la pagode en question sortent, de six heure du matin jusque vers minuit, un flot de bénédictions électriquement améliorées, qui permettent à chacun de sentir le karma positif du bouddha historique et, à ceux qui auraient aimé dormir, dans leur chambrette, les dangers de la religion.

 

Maintenant, monsieur le rabatteur nous a assuré que si nous n’aimions pas, nous pouvions aller ailleurs, mais je lui demande quand même si le Motherland Inn est bien le Motherland Inn de mes souvenirs. Non ; il y en a un deuxième – c’est celui où nous allons – appelé Motherland Inn II, situé à deux bons kilomètres du centre, vers l’Ouest. Bon, alors, ça devrait aller. C’est un coin de Rangoon que je ne connais aucunement, et on verra bien.

 

Dès que nous quittons l’aéroport – nous sommes quatre étrangers dans le minibus – le Myanmar redevient ce qu’il a toujours été, dans mon souvenir : la route qui conduit vers la ville n’est que bosses et que trous, et nous roulons vers Rangoon, dans une circulation fluide, entourés de voitures dont aucune n’a moins de vingt ans. Pour notre plaisir, le conducteur fait un détour qui lui permet de passer le long de la Schwedagon, puis du lac sur lequel se trouve un restaurant flottant inoubliable. Mes co-voiturés bavent d’émerveillement. Même si je peux jouer au blasé qui connaît tout cela, il m’est difficile de leur donner tort.

 

Quelques minutes plus tard, nous sommes au Motherland Inn numéro 2, celui qui n’est pas à portée de hurlements des microphones de la pagode Sule. Quatre jeunes filles délicieuses, souriantes au possible  et plâtrées de tanaka nous reçoivent avec une amabilité qui fait chaud au cœur, pendant que deux jeunots destinés au service sortent nos bagages de la camionnette. Les papiers sont rapidement remplis à la réception, La chambre qu’on me propose est parfaite, climatisée, équipée d’une salle de douche qui ferait pleurer d’émotion tant elle est propre, si ce n’est que j’y trouve… une ceinture bourrée d’argent, oubliée par le client précédent. Manifestement, le nettoyage entre deux personnes ne s’intéresse pas au détail. Il faut dire que la ceinture en question était pendue en hauteur.

 

Je redescends de ma chambre jusqu’à la réception, la ceinture à la main, pour signaler l’affaire. Les quatre demoiselles pépient ensemble de manière paniquarde, avant d’en arriver à la conclusion que le client qui m’a précédé est parti ce matin vers le Nord, sans donner d’adresse particulière. Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est garder bien précieusement la ceinture, avec l’espoir que Môssieur reviendra prochainement.

 

Cette affaire terminée, je retourne dans ma chambre et prends une douche rapide, le temps étant lourd par ici, avant de sortir pour aller vers le centre ville, revoir la Sule. Quelques taxis m’attendent devant le guesthouse. Non, merci messieurs, j’aime marcher.

Taxi

 

Rangoon a une population incroyablement attachante. Tous ces gens aiment établir le contact avec l’étranger, tant cela leur est interdit, et le sourire qui vous accueille est réel, littéralement affectueux, vrai. Sur cent mètres que vous ferez, vous serez dix fois abordé d’un hello, d’un where are you from, qui ne demande comme réponse qu’un sourire de votre part, idéalement accompagné d’un hello de retour. Bien entendu, quand vous arrivez dans le centre ville, l’intention devient plus commerciale, puisque vous êtes nécessairement le propriétaire de dollars que chaque commerçant est prêt à vous changer à un taux avantageux.

 

Mais, d’abord et avant tout, les birmans recherchent le plaisir d’une communication extérieure, qui leur permet de croire qu’ils échappent à la lourde censure intérieure. On voit ainsi, d’une manière naïve peut-être, les journaux écrits en birman, en pâli, comme on dit, et dont le titre est nécessairement écrit en anglais, histoire d’imaginer que ça se passe ailleurs.

News

 

HousesToute la ville est délabrée et, pour pallier au manque de sonnettes aux portes des immeubles d’habitations, il y a des fils auxquels sont accrochées des clochettes ainsi que de petits paniers en plastique. Le matin, le laitier passe et dépose une bouteille dans les paniers en question. Ensuite, il secoue la cordelette à laquelle le panier est accroché. Au quatrième étage, une sonnerie retentit, une tête sort par-dessus la terrasse, le panier monte et redescend avec la somme attendue.

 

Quand ce n’est pas le laitier, c’est un gosse en uniforme qui secoue d’un geste mâle la cordelette, afin d’appeler un ami à le joindre sur le chemin de l’école.

 

Une autre chose extraordinaire, alors que je marche le long de l’avenue, vers le centre ville : il y a maintenant des cybercafés. Depuis quelques mois, le gouvernement a autorisé l’internet.

23:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

moui internet est tout aussi moyennement autorisé que les airs de manouches

Écrit par : hanaeh | 10/06/2007

voyons ce qu'on peut alors un vague Grisham en français lu et laissé au bord d'une route, tout au rebord, ça on peut! et même un livre lourd jetté dans le revers de la veste d'une dame (vieille et édentée évidemment) dans une ...église! A Rangoon, si! Pardonnez ma bêtise mais je n'ai toujours pas compris comment ce deal a pû exister.

Écrit par : hanaeh | 10/06/2007

la SULE et puis l'Asie, maudissons là, n'y allons plus, n'ayons pas envie d'en parler, n'en parlons en plus...mais d'Irlande, de Norvège, de Cap Nord, d'îles Féroés histoire de se changer l' inconscient au bon moment sur un blues acoustique. Mon père y passait souvent pour se donner l'impression d'être un vrai navigateur. Moi, j'irai sans doute plus jamais là. Juste parce qu'il fait trop froid et trop rien.

Écrit par : hanaeh | 10/06/2007

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