31/05/2007

Vers Ipoh

Quand le hors-bord à double moteur descend le nez, rapport à la vitesse qui diminue puisque nous entrons dans le port, je peux enfin arrêter de faire le gros dos. J’étais du mauvais côté, celui des rouleaux, bien à l’arrière du bateau et je suis trempé. C’est toujours le problème, quand on est pris comme bon dernier, sur le bateau taxi, et qu’on ne choisit pas sa place.

 

Le bateau manœuvre pour se mettre à quai, les filins sont accrochés, les moteurs s’arrêtent. Nous descendons sur le quai – rectification : nous montons à quai, le navire étant minuscule – et nos bagages nous suivent. Je reprends ma valisette à roulettes et, accompagné des deux Suédoises du Blue Lagoon, suis le petit groupe qui va vers les taxis.

 

Le trajet de Kota Bahru à Kuala Besut était raisonnablement facile et balisé, puisqu’il avait un horaire de bus, et des bus aussi. Le trajet de retour implique une patience d’ange pour qui décide de prendre les bus, aux horaires fantaisistes. Cela explique la présence d’une véritable flotte de taxis devant la jetée.

 

Les deux Suédoises grillées, avec lesquelles j’accomplis le voyage me proposent d’affréter un tacot à trois, ce qui me semble une bonne idée : ça coûte à peine plus cher que le bus, et ça filera comme le vent. Un conducteur, tout fier de sa vieille Toyota multicolore, s’offre à nous conduire à Kota Bahru. Nous convenons du prix, et hop là. Les filles me mettent devant, à la place du mort, se planquent prudemment derrière, une fois les sacs et autres baluchons empilés dans le coffre et vogue la galère.

 

La route n’a pas changé depuis trois jours, toujours droite, longée de buffles mâles tenus à la corde et qui regardent les voitures passer. Le conducteur, tout content de sa course, roule tranquille comme Baptiste, tout en m’expliquant dans son anglais à lui les curiosités de la route.

 

Quelques minutes après la découverte des œufs de tortue, et notre retour à table, afin d’achever notre déjeuner, un petit bateau était arrivé, plein de matériel de plongée et de joyeux lurons. Kina était partie avec eux. Retour annoncé, par le moniteur en charge, vers les quatre heures.  

 

C’est toujours après l’accident que les informations s’empilent et qu’on apprend les choses qu’on savait peut-être avant, mais qu’on ne savait pas vraiment. Ainsi, c’est ce soir là, après qu’un flic bien embêté soit venu nous annoncer la mort de Kina, que j’ai appris les dangers des Pérhentiennes. Les quatre îlots du nord-ouest sont un paradis pour les poissons, mais c’est aussi une autoroute à filets abandonnés. Les chalutiers de pèche, régulièrement, perdent des filets qui s’accrochent dans les fonds, aux rochers. Par ici, la mer de Chine n’est guère profonde, et ses fonds sont extrêmement heurtés, irréguliers. De monstrueux champignons coraliens poussent partout et peuvent tout autant coincer les filets que déchirer les coques. Pour les pécheurs, pas d’autre solution, alors, quand le filet est accroché, que de l’abandonner en sectionnant les câbles qui le rattachent au bateau.

 

Ensuite, laissé à l’abandon, le filet reste en place, bien droit sur une trentaine ou une quarantaine de mètres de profondeur, détruisant des mois durant la faune locale. Chaque poisson, chaque tortue qui passe est prise, se débat, se libère parfois, meurt usuellement.

 

Après un certain temps, certaines cordes usées par le frottement incessant des rochers, le filet se libère tout seul et suit le courant, passant au large, à quelques centaines de mètres, parfois davantage, parfois moins, des îlots où les plongeurs se délectent du spectacle marin pour lequel ils sont venus.

 

Parfois encore, le bas des filets se bloque à nouveau là, sur de nouveaux hauts fonds et les guides marins tombent dessus. C’est alors une bonne heure de travail au poignard, à deux ou trois, pour détruire entièrement le filet, non sans avoir d’abord délivré les plongeurs moins expérimentés, qui s’étaient déjà empêtrés dans ses mailles.

 

Parfois enfin, le filet suit le courant et, soudain, une ombre passe à côté de vous : on voit partir un plongeur en arrière, pris dans le filet qui a failli vous surprendre et qu’on ne parvient parfois pas à suivre. Pour ce plongeur, c’est fini. Kina a été prise dans un tel filet, avec deux autres plongeurs. Selon les flics, elle réapparaîtra – ils réapparaîtront - probablement sur le rivage de l’île de Redang, dans quelques jours. Je n’ai pas envie de savoir, je ne veux pas voir.

 

Pour les flics, pour les déclarations, pour les futilités administratives, il nous a fallu deux jours. J’ai du fouiller dans les affaires de Kina, jusqu’à la moindre poche, à la recherche de son passeport, de ses papiers, d’adresse de parents, peut-être. Puis j’ai appelé l’ambassade Canadienne, pour informer un préposé, qui a été sympa au téléphone, de la mort de Kina. Puis j’ai donné le sac de Kina, soigneusement remballé et refermé, aux flics, à charge pour eux de le donner à un officiel canadien qui viendra prochainement. J’ai bien soigneusement remis dans le fond du sac un truc qui ressemblait furieusement, quand je l’ai ouvert à sa première page, à un dear diary, et que je n’ai pas voulu lire. J’ai juste gardé le Tshirt usé qu’elle portait le soir précédent, et dans le tissu duquel je retrouve encore son parfum - pour combien de temps… Dans quelques jours, je le jetterai.

 

Nous arrivons à Kota Bahru. Pour les filles, elles s’arrêtent ici. Pour moi, la gare routière. Je ne souhaite pas passer une nuit ici. A la gare, il y a un bus qui partira dans quelques minutes pour Ipoh. Va pour Ipoh. Je n’y ai jamais été. Il faut voir. Ma place, dans le bus, est à côté d’une dame d’un certain age, ravie de pratiquer son anglais et qui me demande immédiatement – c’est la question traditionnelle ici - si je suis seul. Il me pleut dans les yeux.

23:57 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/05/2007

Ponte nocturne

De la véranda de la salle de restaurant, nous regardons, dans le lointain, les lumières de petits bateaux de pèche balancés par la houle. En réalité, vu la distance, ce n’est pas que nous voyions le balancement des bateaux ; mais nous avons vu comme la mer était agitée, dès que le vent se lève, et nous sentons la brise légère qui nous libère des moustiques, sur la véranda : pour nous, c’est idéal – sauf si on aime les moustiques, bien entendu. Pour les pécheurs, ce doit être moins drôle.

 

varOn mange bien, au Blue Lagoon. Le cuistot, une fois qu’il s’est occupé des varans qui nous offrent un spectacle digne du cirque, retourne aux fourneaux d’où viennent, commande après commande, des plats délectables entourés d’un parfum qui l’est tout autant. Avant cela, donc, il joue, avec ses petits camarades, les employés du guesthouse, à enrager les varans, en leur collant de la nourriture à des endroits impossibles. Les pauvres en sont littéralement à grimper aux arbres, dans le but d’attraper des bouts de nourriture qui les narguent – façon de parler – entre deux branches.

 

fanLa gégène est mise en marche dès que le soleil tombe et nous avons de l’électricité de six heures à minuit. Après cela, le réseau s’arrête et les ventilateurs aussi. Heureusement, au bord de la mer, même au plus haut de la saison chaude, il ne fait pas mourant de chaud car, en fin de journée, il y a alors un bel orage qui casse la chaleur lourde et ramène le frais. L’année dernière, dans une autre chambre d’un autre guesthouse, il pleuvait si fort que, finalement, en fin de nuit, le toit a cédé, arrosant les occupants de six chambres qui se trouvaient côte à côte. J’occupais l’une des six chambres en question et je garde un mauvais souvenir de ce réveil en forme de douche.

 

A dire en faveur du propriétaire, le toit a été réparé en quelques heures et il ne nous a pas fait payer pour la nuit interrompue. Le seul problème est qu’il n’avait plus assez de lits pour le jour suivant, et que j’ai donc dû déménager pour… justement, pour le Blue Lagoon. Ainsi que le disait Susie Derkins à Calvin: « when life gives you a lemon, make of it a lemonade ».

 

Je cite de mémoire, mais ça m’a marqué.

 

Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il fait glacial mais la brise de la mer nous donne une petite fraîcheur. Après le repas, pour la première fois depuis des mois, je mets une petite laine, alors que Kina se couvre les épaules avec le sarong que j’ai été lui rechercher dans notre chambre. Nos voisins de la table à côté engagent la conversation avec nous. Ils partent demain, après avoir passé une semaine ici, à faire de la plongée. Ils sont ébahis par ce qu’ils ont vu. Curieux de noter comme la côte Est de la Malaisie est tout simplement extraordinaire, sur le plan du spectacle maritime, comparée aux îles thaïlandaises, aujourd’hui détruites par le tourisme de masse.

 

En fait, la Thaïlande a encore énormément à offrir, mais il faut, pour cela, quitter les centres touristiques. Il y a, bien évidemment, les horreurs de Pattaya, dont on préfère ne pas parler, voire, oublier l’existence. Il y a aussi, dans une mesure infiniment moindre, la cage à touristes qu’on appelle Kao San – où l’on trouvera autant de vrais voyageurs que d’anglaises grassouillettes déambulant en maillot de bain, une bière à la main, exhibant fièrement un tatouage qui, pour leurs péchés, n’est pas temporaire… Enfin, il y a quelques îles destinées à terminer de pourrir sous la masse de touristes qui se croient cool parcequ’ils se saoulent la gueule les soirs de pleine lune, en compagnie d’adolescents boutonneux qui viennent, d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Italie, passer quinze jours ici à manger des pad thai.

 

Quoiqu’il en soit, nos voisins chantent encore les délices de la plongée sous-marine des Pérenthiennes. Lors de leurs descentes, ils ont vu ceci, ils ont vu cela. Kina écoute de toutes ses oreilles, pendant que je me dis qu’ils n’ont rien vu de plus que ce que nous avons pu voir cette aprème… Bah, si Kina aime la plongée, qui suis-je pour lui dire qu’écouter Dalida, c’est mieux ? Qu’elle fasse ce qu’elle aime. Elle reviendra dans l’après midi, et nous irons par les sentiers, main dans la main, sur notre plage des amoureux. Elle sera heureuse d’avoir vu ce qu’elle voulait voir, et je serai heureux de lui tenir la main.

 

La soirée avance et il est bientôt possible de suggérer que nous retournions dans notre chambre, sans passer pour un ignoble pervers dont la seule intention est de faire l’amour comme une bête, toute la nuit durant. A dire en sa faveur, Kina accepte ma proposition, chuchotée à l’oreille, sans un seul later, dear. C’est plutôt le genre sourire rosissant, regard par en dessous, tête penchée pour cacher un deuxième sourire dont je ne veux rien savoir et nous retournons dans nos pénates.

 

Brossage de dents, pipi – il faut aller dans la salle commune ad hoc sise au bout du couloir, car, ici, c’est la brousse : il n’y a pas de chambres de luxe et nous partageons tout – et nous nous étendons, serrés l’un contre l’autre, après avoir laissé retomber la moustiquaire autour du lit, à tout hasard, nous murmurant des sottises, à nous offrir tout l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre.

 

ccLe lendemain, pendant le petit déjeuner pris à l’aube, nous apprenons que des tortues ont pondu sur la plage. Les quatre nids sont cachés, presque côte à côte, auprès d’un cocotier tordu. Nous abandonnons notre thé pour aller y voir. Kina me prend la main, alors que nous approchons des nids, devant lesquels nous restons plantés quelques instants. Puis, sa main se crispe dans la mienne. Elle s’appuie sur moi, en tournant la tête.

 

A son regard trouble, quand elle me regarde alors, j’ai comme dans l’idée que notre couple pourrait durer.

 

20:38 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nuits de chine |  Facebook |

29/05/2007

Tortues marines

Autour du Blue Lagoon, il y a trois plages : celle qui se trouve devant le guesthouse, qui le prolonge et sur laquelle deux suédoises se prélassent depuis quelque jour, à laisser le soleil leur griller la peau de manière terminale ; deux autres auxquelles on accède en quelques minutes, par de petits sentiers qui traversent l’île. On n’y voit jamais personne. L’une s’appelle la Turtle Beach, l’autre, la Lovers Beach. Toutes deux ont de bonnes raisons de nous tenter : sur la première, il y a parfois, le soir, des tortues qui viennent pondre leurs œufs avant de retourner à la mer. Pour la deuxième, tout aussi solitaire que la première, il y a un nom qui est pour nous évocateur.

 

Quant à celle qui s’étale devant le guesthouse, nous la laissons aux Suédoises.

 

Ici, nous avons loué nos masques, tubas et palmes, et nous allons sur Turtle beach, d’abord. Il faut, pour y arriver, traverser la jungle du nord de l’île, en allant, l’un derrière l’autre, sur un petit sentier que parcourent les fourmis et divers insectes teigneux. A gauche et à droite, il y a des petits varans qui se sauvent au dernier instant, littéralement quand nous allons poser le pied sur eux. La première fois, ça vous fait comme un choc, quand un truc qu’on voit soudain apparaître du coin de l’œil, et qui fait penser à un petit crocodile, déboule sous vos pieds. Comme  on vit ce départ de sprint deux fois par minute, on y est vite habitué.

 

varanLe soir, on voit les moins farouches des varans venir mendier devant les cuisines. Les affamés, les familiers, ce sont de solides gaillards de plus d’un mètre de long, qui courent après les cuistots auxquels ils sont habitués. Les cuistots leur tendent de la bidoche ; ils se redressent sur leurs pattes de derrière et leur mangent dans la main. Ma Hollandaise de Sumatra serait ravie, ici…

 

Arrivés sur la plage, nous laissons nos sarongs à pendre sur la racine volante d’un banian, mettons notre équipement et partons nager. Le maillot de Kina est délicieusement conservateur, allant, pour le bas de la ceinture – qu’elle a parfaite - à mi cuisses – qu’elle a splendides – et, pour le haut, des épaules – qu’elles a parfaites - à mi-ventre – qu’elle a ravissant, par ailleurs.

 

Les palmes ne sont certainement pas inutiles, car il y a un courant qui vient du nord et qui pourrait nous conduire loin. On peut aller sans danger réel, quand on est équipé de palmes, à une cinquantaine de mètres du rivage. D’immenses champignonnières de coraux apparaissent alors, faisant ainsi remonter le fond presque jusqu’à nous. Ce sont de véritables aquariums, paradis de poissons de toutes couleurs, de toutes formes et de toutes races. Je vois des clowns ou des napoléons qui font jusqu’à près d’un demi-mètre de long et qui grignotent avec avidité le fond de la mer. Kina, dont les connaissances aquatiques sont infiniment plus grandes que les miennes, m’expliquera ensuite qu’ils se nourrissent de coraux frais, râpant les excroissances vivantes qui font leurs délices. Ensuite, ils les digèrent, les … chient, et le sable blanc qui nous permet de nous extasier sur la pureté des plages coralines, c’est le résultat de leurs déjections.

 

Quand on sait cela, on regarde d’un autre œil les plages de cartes postales.

 

Il y a aussi, effectivement, au large de Turtle Beach, des tortues qui nagent entre deux eaux, passent entre nous, nous ignorant superbement, allant de ci, de là pour on ne sait quel but de promenade. Ce ne sont pas mes premières tortues marines mais nous jouons de chance, me semble-t-il : elles sont énormes. Ce sont les leatherback, les plus grosses des tortues marines, qui font jusqu’à des deux mètres de longueur, quand on tombe sur des monstres. Celles qui s’ébattent autour de nous doivent faire un bon mètre de long, une largeur en proportion. La nuit, parfois, elles pondent sur la plage et, chaque matin, l’un des employés du guesthouse vient faire le tour, afin de protéger les œufs pondus, dont les tortues pondeuses ne se soucient plus et dont les prédateurs adorent faire leur ordinaire.

 

C’est ainsi que, dans un coin protégé de la plage du guesthouse, il y a des dizaines de nids refaits par cet employé et dont, chaque trimestre, des centaines de petites tortues sortent. Elles descendent alors vers le rivage, de toute la vitesse de leurs petites pattes, et partent vivre leur vie.

 

Pour la plupart, elles mourront en s’empiffrant de sacs plastiques flottant à la surface de la mer, sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses dont elles raffolent, qu’elles ne peuvent avaler qu’à moitié avant qu’ils les étouffent.

 

Après une bonne heure de snorkelling, à contempler tout ce qui nage quelques mètres sous nous, nous revenons à la plage. Il est grand temps de se sécher et de se couvrir. La mer devenait tout doucement plus agitée, la marée descendait et les creux devenaient dangereux car nous étions toujours à quelques centimètres de nous griffer aux coraux. Se griffer aux coraux, ça peut souvent se conclure en s’éventrer sur les coraux… Il était temps de quitter les eaux de Turtle Beach, qui devenaient mauvaises. Après avoir traînaillé sur le sable corallien, tout en faisant des commentaires aigres-doux sur les poissons qui génèrent ce sable, après nous être laissé sécher, nous repartons dans la forêt vierge, le long d’un sentier à peine marqué, pour aller voir Lovers Beach, où nous nous étendons, à l’ombre, bavardant paresseusement, nous occupant l’un de l’autre, jusqu’au moment où la lumière change, nous signalant qu’il est temps de retourner au guesthouse.

 

Demain, Kina ira faire de la plongée sous-marine, pendant que je lirai.

21:52 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natation |  Facebook |

28/05/2007

Arrivée aux Pérhentiennes

Quand le bus que nous avons pris à Kota Bahru s’arrête d’un coup de frein piaulant, au centre de Kuala Besut, j’éprouve quelque peine à réveiller Kina qui dort, depuis le début du périple. Nous avons eu la chance de prendre l’un des deux bus qui font le trajet direct à Kuala Besut, d’où nous devrons prendre un bateau pour aller aux îles. Les bancs étaient raisonnablement confortables et Kina a commencé par piquer du nez, puis a mis la tête sur mon épaule et a enfin terminé, étendue de tout son long sur la banquette, les pieds dépassant dans le couloir, la nuque cassée sur mes genoux.

 

De tout son long n’est peut être pas la manière la plus réaliste de décrire la position de fœtus dans laquelle elle doit rester, pour ne pas dépasser de trop la banquette, faite pour accueillir  trois petits malais, ou deux petits européens maigrichons, en position assise.

 

Le trajet était, à vrai dire, sans grand intérêt : c’est, de Kota Bahru jusqu'à la mer, une route presque droite, qui traverse de la plaine avec des rizières pour l’instant en friche. La saison de la plantation approche, mais les pluies ne sont pas encore là, les paddy fields sont encore trop secs. Ici et là, au bord du chemin, devant une maison de bois plantée sur des pilotis, un buffle mâle attaché à sa corde, et qui regarde le trafic de la route, faute de trains.

 

Parfois, aussi, un troupeau de buffles, surveillés par un cow-boy ou une cow-girl, afin qu’ils ne s’égarent pas. Usuellement, dès que les buffles ont trouvé une mare bien boueuse, ils ne s’en éloignent plus et s’y vautrent la journée entière, n’en sortant que pour une rapide séance de ravitaillement, au plus proche de la mare en question.

 

Quoi qu’il en soit, Kina a dormi comme un ange, les deux heures que le trajet a duré et je regrette d’avoir à lui toucher l’épaule pour autre chose que pour une caresse. Mais bon, notre chauffeur m’a fait signe pour me faire savoir que nous allions bientôt devoir bondir hors du bus. Kina, réveille-toi. Elle ouvre les yeux, se redresse, en cachant, de ses deux mains, un bâillement. Oui, nous arrivons ; oui, elle a bien dormi ; oui, à en croire l’heure, nous devrions avoir un bateau très prochainement.

 

Cette fois ci, c’est notre arrêt. Les freins poussent un cri de martyr, le bus s’arrête. Devant la porte du bus, un monsieur l’air très affairé s’approprie immédiatement le sac de Kina et s’éloigne, nous invitant du geste, pour aller vers la jetée. C’est sur le trajet qu’il nous questionne et apprend que nous avons déjà notre billet de bateau. Du coup, il lache le sac de Kina et nous abandonne à notre sort. Bonne chose. Kina et moi, trouvons vite le bureau où nous devons nous présenter pour l’embarquement. Ah, le prochain bateau sera dans une vingtaine de minutes.

 

Nous laissons nos bagages à l’agence après avoir indiqué le nom du guesthouse que nous souhaitions avoir. La préposée a immédiatement téléphoné : il y a de la place et notre chambre est réservée. Ah, une chambre double pour deux personnes, ça commence à faire couple établi. Kina sourit en baissant la tête.

 

Le village est sans grand intérêt, sinon pour son côté shopping, avec une spécialisation bien logique dans le marin. Dans le bloc de maisonnettes qui se trouve devant la jetée, se suivent quelaues échoppes de vendeurs de billets pour aller en bateau aux Pérenthiennes, quelques magasins qui débitent des maillots de bain ; du matériel de plongée ; des masques, des tubas, des palmes. Il y a enfin deux supérettes qui vous proposent les produits qui seront vendus deux fois le prix sur les îles : alcool, alcool et alcool. Kina et moi avons nos maillots, et nous décidons de faire l’impasse sur les boissons alcoolisées.

 

Les vingt minutes passées, nous revenons tranquillement jusque chez notre agent de voyage où nous sommes attendus – sans impatience ni trépignement : en Malaisie, tout le monde a le temps. Le prochain bateau va partir. Nous reprenons nos affaires et, en quelques pas, arrivons sur la jetée. Un hors-bord bimoteur, qui doit pouvoir contenir une dizaine de personnes tout au plus, et qui en prend une quinzaine, est effectivement à l’attente, ses moteurs ronronnants. Nous prenons place, empilant nos sacs dans un cagibi arrangé à l’avant, dans l’étrave, puis nous glissant comme deux sardines supplémentaires dans une boite. Le bateau démarre.

 

Le trajet dure une petite heure et doit bien faire une trentaine de kilomètres en pleine mer de Chine. Le hors bord file comme le vent, afin d’éviter aux pirates, nombreux par ici, toute mauvaise tentation. Dans ce même but, il n’y a aucun temps laissé à la manœuvre : nous n’essayons pas un instant de virer ou de ralentir, quand les rouleaux de la mer se font latéraux, ou un peu plus violents. Nous sommes vite arrosés et on comprend la raison pour laquelle – indépendamment du fait qu’ainsi, le pilote gagne de la place pour des passagers supplémentaires – les bagages ont été mis à l’écart.

 

Cette fois ci, nous sommes du bon côté du bateau et ce sont nos vis-à-vis qui sont abondamment aspergés – ce qui ne veut pas dire que nous sommes indemnes…

 

Enfin, les Perenthiennes apparaissent à l’horizon. Un groupe de quatre îlots qui est un paradis de la plongée sous-marine, et puis les deux  îles – une grande et une petite – sur lesquelles il y a quelques guesthouses et même un vrai hôtel chic. Le bateau ralentit, arrive devant le hameau à partir duquel les passagers commencent à descendre.

 

Ici, c’est encore la jetée.

 

BL2A partir de l’arrêt suivant, notre bateau s’arrête à bonne distance du rivage ; une pirogue arrive, en provenance de l’un ou l’autre guesthouse, et vient chercher ses clients. Kina et moi sommes les deux derniers, et quand nous découvrons la baie dans laquelle notre guesthouse est tapis, c’est l’émerveillement. Enfin, je sais ce que sont les paradis, et je sais que, pour moi, ils n’ont qu’un temps, mais il est impossible de ne pas partager le plaisir de Kina, dont les yeux brillent alors qu’elle regarde tout autour d’elle. Bah, on tiendra bien une semaine avec elle… Notre bateau taxi attend, balloté sur la mer de Chine, alors que, tout doucement, sur la plage, quelqu’un met une barque à l’eau pour venir nous chercher.

BL

 

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iles |  Facebook |

24/05/2007

Les Wanita et les Lelaki

Nous nous réveillons un vendredi, tôt, vu que, dans la distance, les habituels hurlements de porc qu’on égorge rappellent que le Croyant est prié d’aller saluer son chef dans le bâtiment ad hoc. Kina fait semblant de dormir pour pouvoir se serrer un peu plus contre moi. Je me laisse faire. Vu la lumière, ce sont les premiers hurlements du jour, que nous avons entendu : il doit être cinq heures, à tout casser, et traîner une heure de plus au lit, peau à peau avec Kina, ce sera un très beau début de journée. Elle a trouvé le moyen, pendant la nuit et alors que je dormais, de chiper un bout de drap, afin de couvrir sa modestie, mais ce bout de drap glisse vite, quand d’une caresse l’autre, nous nous retrouvons à faire l’amour.

 

Il n’est pas loin de sept heures quand l’un et l’autre, nous prenons notre douche, ensemble. Partager une douche en tant que couple amoureux, à mon expérience, ce n’est pas écologique du tout : ça double la quantité d’eau utilisée, et ça quadruple la quantité de savon. Heureusement que nous avons une salle de bain rien qu’à nous…

 

Ensuite, Kina disparaît dans sa chambre pour se rhabiller de frais, je reste chez moi pour faire la même chose.  Grattement à ma porte, je sors, tout sourire et nous nous retrouvons sur le palier, devant une volée d’escaliers que nous dévalons après un dernier baiser, main dans la main, pour aller prendre notre petit déjeuner. Ce dernier se prend dans le jardin arrière, sous une pergola percée qui ne protège qu’à moitié des trombes de pluies qui tombent parfois, au petit matin. A côté de la pergola, il y a un énorme tonneau qui contient d’énormes tortues pour lesquelles je crains le pire. Des lapins libres vous courent entre les jambes et font caca un peu partout. Kina et moi déjeunons, les yeux dans les yeux, nos mains s’effleurant à chaque moment, avant de partir nous promener à l’aventure, dans la ville.

 

Une tasse de thé à la main, nous avons décidé que ce n’est que demain que nous irons aux Pérenthiennes. En effet, même si Kota Bahru n’est pas exactement Tokyo, c’est quand même une petite bourgade qui mérite la promenade. Faisons la promenade, donc.

 

Il y a un tour à faire, des palais de bois du sultan. Dans l’un d’entre eux, on duala non seulement une illustration de ce qu’est le passé de la province, mais aussi des photos de la famille royale. Le papa donne l’impression d’être un demeuré, et la maman est mignonne. Ca me rappelle quelque chose, en tant que Belge… Dans ces musées, on nous refait le coup du dual pricing. Les gosses de la région y sont envoyés en troupe serrées, afin de parfaire leur culture. Ils tapent sur des instruments de musique en bois, mis ici à la disposition des visiteurs, et gloussent en nous voyant, Kina et moi, qui nous prenons parfois la main, et qui nous chuchotons des fadaises tout en nous frôlant sans cesse.

 

Mais avant d’avoir eu l’occasion de visiter les musées et autre palais de ouaillesbois, nous sommes tombé, le matin, sur le cours du vendredi -cours ou prêche, comme vous voudrez le voir - donné par un mollah quelconque, et auquel la population entière est convoquée car rien n’est plus important qu’écouter la parole du grand Lala le miséricordieux. Une foule serrée, messieurs d’un côté, dames de l’autre, chacun sous sa tente respective, au cas où il pleuvrait, écoute donc respectueusement le mollah parlant de choses et d’autres. Cette fois ci, vu la répétition de mots modernes compris dans toutes les langues, je le soupçonne d’expliquer à ses ouailles le danger des appareils photos qui conduisent à la pornographie. Oui, c’est bien connu, l’appareil photo conduit tout naturellement à la photo cochon, puis à l’enfer. Je traduis mes conclusions à Kina, qui penche la tête et cache son sourire sous une masse de cheveux blonds et bouclés. Je l’adore.

 

Les messieurs, sous une première tente, ont tous coiffé leur petit bonnet qui prouve qu’ils font attention aux commandements de l’islam. Certains – ceux qui ne souhaitent pas acheter d’appareil photographique, je suppose - écoutent monsieur le Mollah, entouré de gardes du corps farouches et moustachus avec attention, pendant que d’autres lisent le journal en attendant que les choses se passent, et que les plus jeunes reluquent dans la direction des dames.

 

ouailles3Les dames, sous une autre tente, s’assoupissent serrées les unes aux autres, pendant que les plus jeunes prennent des notes. Faut-il être conne… J’imagine que c’est dans cette tourbe adolescente que les extrémistes trouvent leurs futures martyres suicidaires, celles qui se font sauter pour le bien d’on ne sait pas trop quoi, d’on ne sait pas trop qui, mais certainement pas pour le leur. Pauvres dindes.

 

 

Kina et moi passons discrètement derrière les messieurs qui l’observent – allahses jambes, surtout - pour aller jusque derrière les dames endormies. C’est, pour elle, plus sécurisant. Dingue, quand j’y pense : elle est habillée avec la plus grande modestie, et ce n’est pas encore assez. Des grands placards, en ville, rappellent quelle doit être la tenue qu’une femme doit porter : seul le sac à patates trouve grâce aux yeux du créateur de ces placards. Toutes les dames que nous croisons, ou presque, sont pécheresses, alors. Tant pis pour elles.

 

Ding dong, il doit être temps d’aller déjeuner ; Kina a une faim de loup, moi aussi. Repas fini, nous quittons le restaurant et nous continuons à wanitacourir la ville. Le supermarché nous amuse, avec – c’est de toute évidence, un règlement municipal, des caisses réservées aux dames, et d’autres aux messieurs, des Kaunter pour Wanita, et d’autres Kaunter pour Lelaki. Je prends la photo et les wanita caissières du supermarché sont ravies de figurer dessus. Elles iront en enfer… Et puis, je remarque, rares sont les lelaki et les wanita qui font attention aux indications sexuées des caisses.

 

A vrai dire, on remarque vite que les courses à la musulmane n’impliquent en rien des queues mixtes : Monsieur le Lelaki se promène dans les rayons du supermarché, avec fiston et fifille, à picorer ce qui lui plait sur les étagères et à le déposer entre les mains de sa Wanita, qui suit en poussant le trolley. Madame la Wanita s’empresse d’empiler le produit de leur rapine avec le reste des courses de la famille. Ensuite, l’ennui gagnant le Lelaki et ses petits anges, il prend les enfants, et va prendre l’air avec eux, dehors, et leur fourre une glace en bouche, pendant que la Wanita fait la  queue.

 

Après une journée de promenades et de visites, nous revoilà dans ma chambre. Nous avons réservé notre bateau, pour demain matin, et une chambre dans un petit guesthouse caché au nord de la plus petite des deux îles : le Blue Lagoon. Le nom est magique, l’endroit l’est aussi.

19:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wanita, lelaki |  Facebook |

23/05/2007

Kota Bahru, ses chinois et ses tortues

Notre taxi klaxonne à l’arrivée, histoire de se signaler aux propriétaires de l’établissement, comme étant celui qui mérite et attend sa commission. Nous sommes accueillis, les bras ouverts, par le vieux patron, sa fille et son fils. Par les deux chats aussi, ainsi que par une troupe serrée de lapins qui vont de ci, de là, dans le jardin. Oui, il y a de la place.

 

Depuis la dernière fois que j’y suis passé, mon guesthouse s’est équipé d’un système wireless, qui me permet, pour quelques Ringgits, de chipoter l’internet de ma chambre, autant que je le veux, et de répondre à des dizaines de messages arrivés depuis trois jours. Il y a principalement des spams, bien entendu, mais aussi des choses intéressantes.

 

Kina est dans la chambre à côté, à prendre d‘abord une douche et à se faire belle. Ca, ça ne prend pas trop longtemps, vu qu’elle est, dès le départ, ravissante : une boule de cheveux blonds et bouclés, surmontant deux yeux espiègles d’un bleu clair, un nez droit et une bouche pleine, facilement souriante. Le reste, de ce que j’ai pu en deviner, n’est pas mal non plus.

 

Quand elle en a fini avec sa toilette, elle vient frapper à ma porte et je lui refile mon portable sur lequel elle s’escrime, à son tour, pendant que, à mon tour, je file me doucher. Un dernier coup d’œil en arrière, alors que je quitte la pièce : Kina est vraiment délicieuse. J’ai adoré, pendant le trajet, sa manière de masquer son demi-sourire, penchant la tête vers le sol et imaginant que la masse de ses cheveux bouclés allait cacher son plaisir, chaque fois qu’un commentaire échappé de nos conversations lui plaisait. Elle penchait souvent la tête. J’ai beaucoup aimé sa franchise ; elle semblait apprécier mes rosseries.

 

Là, assise sur mon lit, les jambes modestement repliées, vêtue d’un chemisier blanc à manches courtes et d’une jupe en corolle qui ne me laisse rien ignorer de ses mollets, l’ordinateur devant elle, elle lève les yeux à l’instant où j’allais sortir, le regard en arrière et nous nous surprenons, mutuellement, à nous observer et nos regards s’échappent, embarrassés. Cela ne dure qu’une fraction de seconde mais nous savons instantanément, tous les deux que, ce soir, nous ferons l’amour ensemble. Kina baisse la tête, cachant un sourire sous la masse de ses cheveux blonds et bouclés. Je pars me doucher.

 

Vingt minutes plus tard, nous sommes de sortie, vers le centre de la bourgade que je connais vaguement et trouvons un boui-boui à dominantes indiennes, aux murs verdâtres et salis où nous dînons merveilleusement bien. Au plafond, il y a des ventilateurs. Il n’y a pas de bougie sur les tables, et la télévision fonctionne bruyamment vers le fond, à montrer un programme éducatif dans le domaine religieux. Une dame bien emballée vient nous servir. Il y a une carte bilingue, en malais et en thai.

 

Vâââchement utile…

 

Bon, pour les boissons, le mot thé est compris dans toutes les langues du monde, dirait-on et, pour la nourriture, on passe devant le présentoir et on indique du doigt. C’est délicieux. Pendant le temps du repas, Kina me raconte son passé, son présent, son futur. Elle vient d’une famille extraordinairement conservatrice, pratiquant une obscure tradition religieuse qu’on ne trouve plus qu’en Ontario et en Pennsylvanie, enseigne l’anglais à Séoul, espère y rester encore deux ou trois ans, puis rentournera à Toronto, où elle a fait ses premières études et où elle essaiera de retourner à l’université, si Dieu lui prête vie et une bourse d’études conséquente. Ensuite… on verra bien.

 

Repas terminé, nous rentrons par le chemin des écoliers. Il doit être, tout au plus, neuf heures, et la ville, illuminée a giorno, est morte. Nous parcourons tranquillement les avenues monumentales, tout en nous dirigeant vers le guesthouse, tapi au fond d’une ruelle tranquille. Parfois, nous nous arrêtons devant une vitrine brillamment illuminée. Nous déchirons la mode locale à belles dents. Soit c’est le goût chinois, qui fait dans le pousse-au-viol, soit c’est la mode musulmane, qui fait dans le Belphégor. J’avoue un penchant pour le style chinois.

 

Quand nous rentrons dans nos pénates, la vieille propriétaire chinoise est encore sur sa chaise longue, à côté d’un aquarium de tortues marines, à les nourrir et à les observer, pendant qu’elles courent sur les petits bouts de nourriture qu’elle leur jette, s’escaladant l’une l’autre pour être la première à bâfrer. Dire que les tortues d’eau sont des animaux agiles serait un gros mensonge ; elles sont cependant infiniment plus rapides qu’on ne pourrait l’imaginer.

 

Puis nous montons, clés en main et, quand nous arrivons, sur le palier, devant les portes de nos chambres respectives,  Kina me saisit, distraitement croirait-on, l’annulaire, de son petit doigt. Je me retourne, me penche vers elle, l’embrasse sur une joue, puis sur l’autre, et nos lèvres s’effleurent, puis se rejoignent. Après quelques secondes, Kina abandonne ma bouche, penche la tête pour cacher un sourire, se sépare de moi, prend ma clé et l’introduit d’une main dans la serrure de la porte qui s’ouvre. Nous rentrons, main dans la main, sans allumer la lumière. Je sais que l’ordinateur est bien rangé, sur la table de nuit et, quand Kina m’enlace, je nous laisse tomber sur le lit. Nous nous embrassons, ses mains partent à l’aventure ; elle caresse du doigt, l’arête de mon nez, puis mon visage, et je caresse le sien, l’arcade de son sourcil, sa pommette, puis son épaule, puis davantage. J’embrasse sa nuque, son dos, son ventre, la courbe de ses hanches, pendant que ses mains se crispent sur mon bras.

 

Une heure se passe, peut-être, et nous faisons l’amour. A un moment, elle chuchote mon nom alors que le sien résonne dans ma tête, puis nous nous caressons encore l’un l’autre, puis nous nous endormons, l’un serré à l’autre, par-dessus les draps chiffonnés ; Kina a posé la tête sur mon épaule et sa cuisse droite me chevauche à moitié. Sa main me tient fermement le bras, puis la pression se relâche, au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans le sommeil.

 

De temps à autre, elle pousse un soupir de satisfaction qui me fait sourire.

 

Le ventilateur brasse inlassablement l’air moite. La brise qu’il crée éloigne les moustiques. Kina, toute pudeur oubliée, dort nue cette nuit. Je veille et effleure de mes lèvres, de temps à autre, ses cheveux bouclés, collés par la transpiration. Puis, enfin, je m’endors, serrant entre mes bras mon amour, ma toute douce, mon adorée, ma petite Amish.

19:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour |  Facebook |

22/05/2007

Le train de la jungle

Deux jours plus tard, je suis à Kuala Lipis, ravissante petite bourgade pour laquelle les chinois ont beaucoup fait. La rue principale, en tout cas, rappelle le quartier chinois de Malacca, avec, curieusement, d’avantage d’indiens, tel celui qui tient mon guesthouse – crasseux, est-il besoin de le préciser. Mais la présence chinoise reste impossible à ignorer.

 

Kuala Lipis, c’est une rue principale, avec, sur le côté qui dégringole vers la rivière, deux autres rues en étagères. De la première à la troisième, une galerie sombre, dans laquelle sont cachés tous les restaurants de la communauté.

 

Dans ces rues parallèle qui, à chaque niveau, descendent vers la rivière brune de limon, qui glisse dans le plus grand silence, entre les rives, on trouve des marchands d’animaux – de poissons rouges, tout particulièrement – et des blanchisseries. Au bout de la grand rue, un temple chinois, moderne, couronné de son dragon – le Tianlong, protecteur de la religion. Il montre une langue flamboyante, des crocs sanguinaires et de nombreuses pattes armées de griffes.

 

ODNKuala Lipis est un îlot de civilisation asiatique, au milieu d’une campagne musulmane. Ici, un seul journal : le Oriental Daily News dont seul le titre est en caractères romains. Dès qu’on s’éloigne du centre-ville, l’islam, très présent dans ces campagnes reculées, reprend ses droits. Les mosquées poussent et la vente d’alcool est interdite aux musulmans.

 

Du moins, sur papier.

 

BeerLe règlement oblige le détaillant de toute épicerie à rappeler, en grosse écriture, cette loi islamique, sévère mais juste, selon laquelle seuls les clients non-musulmans ont le droit d’acheter de la bibine. Dans le quotidien, il faut supposer que le musulman assoiffé rentre dans le magasin après avoir caché les preuves de son attachement indéfectible à la religion du prophète, avant de se diriger d’un pas ferme et décidé vers le réfrigérateur qui contient les boissons litigieuses.

 

Il y a quelques années, alors que je traînaillais en Jordanie, je me souviens avoir trouvé, caché derrière un coin, un débit d’alcool autorisé. On en voyait sortir des Jordaniens en uniforme de jordaniens, avec un long suaire de couleur sable sur le dos et une serpillière sur la tête, portant un petit sac de papier kraft double épaisseur en main. En sortant, l’air coupable et le regard torve, ils regardaient soigneusement dans la distance, à droite et à gauche. Rassurés quant au risque de mauvaises rencontres qu’ils pourraient courir, ils se décidaient à quitter l’ombre propice de l’entrée du magasin, et vaquaient leur chemin. Quand ils trébuchaient sur le trottoir irrégulièrement pavé, on entendait le bruit cristallin de bouteilles qui s’entrechoquaient.

 

Bien sûr, il s’agissait peut-être de bouteilles de jus de pomme, mais j’avais mes doutes.

 

Ici, de même, il est probable qu’outre les chrétiens, les athées et les bouddhistes, le 7/11 local compte des musulmans pêcheurs parmi ses clients. Dans un tel petit village, il faut compter sur la collaboration active du commerçant ; mais quel est le commerçant qui vous empêchera d’acheter sa camelote ? Soyons sérieux. Ou alors, le commerçant est chinois, ou indien.

 

HotelKuala Lipis, donc… C’est une bourgade composée d’une rue principale qui doit bien faire trois cents mètres de long, et sur laquelle on ne trouve pas à chaque coup une place pour garer sa voiture. Enfin, je suis un peu noir en disant cela. Il suffit d’aller jusqu’au bout de la rue pour trouver une grande aire de parking sur la droite, ou un terrain vague sur la gauche. Ensuite, bien entendu, cela signifie qu’il faudra marcher une bonne centaine de mètres jusqu’au magasin que l’on voulait voir, mais bon… Dans les deux autres rues, pas de problème avec le parking – d’abord, parce que la première rue n’est qu’une ruelle dans laquelle aucune voiture ne passe. La deuxième est toujours accueillante aux voitures, avec ses jolis parcmètres devant lesquels une troupe de policières attend, avec l’espoir de coller un papillon à un conducteur qui serait suffisamment distrait pour oublier, alors qu’il a une fliquette bavant d’espoir sous le nez, son carnet à souches à la main, de mettre la pièce qu’il faut dans le mange fric.

 

Le grand parking de la fin de la rue fait aussi office de gare routière. C’est là que je suis descendu, avant-hier, dans le but de voir si, à partir d’ici, il n’y avait pas une intéressante promenade à faire, dans la jungle – car nous sommes, ici, au beau milieu de la jungle, en effet. Il y avait bien un guide qui était prêt à me proposer la promenade en question, une promenade de trois jours, mais il lui fallait quatre promeneurs au moins. Au bout de deux jours, toujours rien… j’avais épuisé les charmes de la ville et, ne voyant rien venir, avais décidé de continuer mon chemin.

 

Ce grand parking qui fait office de gare routière fait office, aussi, de mealmarché de nuit. En fait, non : sur le côté, il y a un marché de jour, couru par tous et flanqué de deux ou trois restaurants. Le soir, le marché ferme et de nouveaux restaurants ouvrent. On peut y manger merveilleusement bien et y boire une bière. L’obscurité est propice au péché et il n’est pas inhabituel de voir des messieurs qui ne sont, manifestement, ni chrétiens, ni bouddhistes, ni hindoustanis, partager une Tiger, le soir, à table, après un dîner partagé entre amis, ou en famille. Dans ce dernier cas, l’épouse fait semblant de ne rien remarquer. Le midi, on se contente d’arroser son déjeuner d’un thé parfait.

 

Train2KLTrainDe l’autre côté de la grand rue, si l’on prend une ruelle qui s’élargit soudain sur une placette capable tout juste d’accueillir deux voitures l’une à côté de l’autre, ou une camionnette, il y a la gare. C’est là que l’on peut prendre un train qui traverse la jungle sur une voie ferrée en parfait état, mais qui, parce qu’elle n’a qu’une seule voie, ne peut être prise à grande vitesse. Ici et là, un arrêt pour laisser passer un train dans l’autre sens. Pour aller jusqu’au terminus de Kota Bahru, il y a un train de nuit et un train de jour. Il faut prendre le train de jour, qui part en fin de matinée. Tout le long du trajet, la vue est splendide et changeante. A la fin d’une petite huitaine d’heures de voyage, on sort soudain de la forêt vierge, et on arrive à la gare de Kota Bahru, un bâtiment délabré d’où l’on sort en baissant la tête, rapport aux chauves-souris qui volettent autour de vous. Devant la gare, on vous harponne.

 

La gare est elle-même à une dizaine de kilomètres de la ville et les taxis, le soir, se font du beurre à attraper tous ceux que la famille n’attendait pas. Bah, ce n’est jamais vraiment une fortune et, dans le train, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance d’une jeune femme qui allait un peu à l’aventure, qui n’avait pas d’hôtel – j’en ai un – et qui songe à aller aux îles Pérenthiennes. Tiens, quelle bonne idée.

 

En attendant, vu que les Pérenthiennes, ce ne peut être avant demain, nous affrétons un taxi de concert et démarrons ensemble pour mon guesthouse où il devrait bien y avoir de la place.

23:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chemin de fer, nature |  Facebook |

15/05/2007

Le pont dans le ciel

De retour à Kuala Lumpur, après un vol de deux heures, sans histoire, à partir de Jakarta. L’aéroport Soekarno est fait avec intelligence, et c’est un plaisir d’aller y prendre un avion. Ce plaisir, vous le paierez un modeste cent mille roupies, en taxes d'aéroport, ce qui ne fait pas grand-chose, mais je continue à estimer que ces deux francs ici, ces trois sous là bas, qu’il faut acquiter chaque fois auprès d’un nouveau préposé, ce n’est pas une solution judicieuse au paiement des frais et taxes diverses. Ne serait-il pas plus intelligent de tout grouper ?

 

Jolis nuages, descente sans coups ni bosses. Nous atterrissons dans un autre aéroport idéal : Il fait chaud et pas trop lourd. Je saute dans le bus climatisé qui me conduira au centre ville et, de là, je fais quelques centaines de mètres jusqu’à mon guesthouse. Il est tôt et ils ont de la place. Ca, c’est la rêgle en or, dans les guesthouses des grandes villes : arriver raisonnablement tôt – je dirais, avant midi : ainsi, il y a toujours une chambre pour vous. Passé dix-huit heures, c’est plus aléatoire. Ou alors, un coup de téléphone ou un courriel, bien entendu.

 

PetronasJe ne traînerai pas longtemps à KL, mais j’aimerais, cette fois-ci, aller au sommet des tours Petronas. Pour cela, il faut être un peu courageux et se lever dès potron-minet, prendre le métro pour aller à la station KLCC, trouver le chemin vers les sous-sols des tours et, plus que probablement, faire la queue pour obtenir un billet, le sésame qui vous permettra de monter, non pas au sommet des tours, mais sur ce qu’on appelle ici the skybridge, qu’on pourrait traduire par le pont dans le ciel.

 

Levé, donc, dès potron-minet, je me douche, m’habille et prends le métro, dont une station se trouve à, tout au plus, cent mètres de Chinatown, où j’ai établi mes quartiers. Le métro est rapide et climatisé. Ici, ce n’est pas vraiment un luxe. Arrêt KLCC, sortie, marche le long des couloirs avec les courageux qui vont au bureau. Entrée dans l’immense shopping mall des tours, et descente, par bien des détours, jusqu’au sous-sol où les cartes autorisant la visite sont distribuées. Quand j’arrive, veine, la queue ne fait pas quarante mètres. Il faut dire qu’il y a un nombre limite de visiteurs quotidiens, pour des raisons évidentes de sécurité, et que l’offre ne couvre pas entièrement la demande. Ainsi, je suis arrivé pour faire la queue alors qu’il était sept heures tout juste, et que le comptoir n’ouvre qu’à huit. La queue, derrière moi, s’allonge rapidement. On peut compter qu’une fois la billetterie ouverte, quand il sera neuf heures, tous les billets de la journée auront été distribués.

 

Avec ma place, et sachant qu’on monte groupe par groupe, j’ai une bonne chance d’avoir une place pour dix heures, à tout casser. Les derniers qui recevront un billet seront autorisés à monter à dix-huit heures…

 

En attendant, je fais la causette avec mon voisin, un chauffeur de taxi du coin qui, comme service, offre d’aller chercher les billets de Petronas aux clients qu’il conduira la journée entière. Pour aujourd’hui, il s’occupe d’un couple de vieux Canadiens retraités et charmants.

 

Plus loin devant nous, des familles européennes, américaines, malaises, des touristes jeunes et vieux. Derrière nous, la queue s’allonge, serpente ; quand la billetterie ouvre, elle doit faire, au bas mot, cent mètres. Dix minutes plus tard, j’ai mon billet et, comme j’ai eu la chance d’avoir, devant moi, des chipoteurs qui venaient pour des billets d’aprème, je suis dans le deuxième groupe qui peut monter. On vous montre d’abord un petit film à la gloire de la société Petronas, des tours Petronas, de la Malaisie et de son pétrole. Vous regardez cela avec ces lunettes bicolores qui vous permettent de voir les images en trois dimensions, mais désagréablement floues. Ensuite, on vous enfourne dans un ascenseur dont la vitesse est telle que vous vous trouvez au centième étage (ou est-ce plus haut encore ? Je n’ai pas fait attention) en une dizaine de secondes. Ensuite, c’est la promenade, limitée à un quart d’heure, sur le pont dans le ciel.

Petro1

 

Petro2
 

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Petro5

 

Oui, c’est vrai, monter sur le pont dans le ciel, c’est très touristique, très badaud et très bateau, comme on dit, mais il faut avouer que c’est on ne peut plus impressionnant. Ces tours, c’est de la toute belle ouvrage – et comment qualifier la vue, d’un centième étage…

 

Le tour est cependant vite fait, et je bavarde un peu avec la guide qui nous a conduit ici, pour parler du sujet qui fâche : le terrorisme… Y a-t-il jamais eu le moindre accroc, dans les tours ? Non, quelques fausses alertes à la bombe, et c’est tout. Visiblement, la sécurité est rodée. Tant mieux.

 

Redescente vers les limbes du sous-sol. Quand on sort de l’ascenseur, c’est pour passer à travers un petit musée de la technologie et de Petronas associés, puis on reprend un escalier en colimaçon et on se retrouve dans l’immense shopping mall où l’on remarque que, depuis notre arrivée à sept heures du matin, tout s’est ouvert, que les bistrots dégagent des arômes de café tout à fait sympathiques, que les magasins de vêtement proposent tous des soldes, pour célébrer l’arrivée de l’an neuf, pour célébrer la fin du nouvel an chinois, pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance, pour célébrer le décès de la belle doche du patron.

 

Visiblement, les habitudes singapouriennes s’exportent bien.

02:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture |  Facebook |

14/05/2007

Les pov' petites chauves-souris

Sur le marché, dans leur cage gardée dans l'ombre, les chauves-souris attendent, pas trop rassurées, le couteau du pharmacien. J'imagine qu'elles ne sont pas conscientes du fait qu'elles vont bientôt être trucidées, mais elles ont comme un soupçon du fait que le futur n'est pas rose pour elles.

bat

 

Pauvres petites bêtes, tiens. Je vais aller prendre un verre à leur santé.
 
Ca tombe bien, les happy hours viennent de commencer.
 
happy

 

Ce qui est chouette, à Yogja', c'est que les happy hours, ça dure longtemps.

03:51 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rafraichissement, animaux |  Facebook |

13/05/2007

Le marché aux oiseaux

A Yogja’, devant les ruines du palais des eaux, il y a un marché aux oiseaux. Tous les cicérones de la ville vous recommandent chaudement sa visite. En ces temps de grippe aviaire, rien de plus sain qu'une visite d'un marché aux oiseaux, bien entendu. Les cicérones, ce sont les vélotaxis qui, une fois qu’ils vous ont convaincu d’aller à l’endroit proposé, vous y véhiculent. Ensuite, ils essaient de se faire un petit extra en vous guidant, soit dans les ruines du palais, soit dans les ruelles du marché.

 

Ah, et puis, bien évidemment, en route, ils vous arrêtent devant une boutique de produits artistiques du cru – en d’autres mots, des batiks.

 

Si, pour la visite du palais des eaux, l’usage du cicérone est évident, car il faut s’y retrouver, dans ces ruelles tortueuses de l’ancienne vieille ville, désertée depuis que les touristes, à force de bombes antipathiques et musulmanes, ne viennent plus acheter de batik, il faut signaler qu’il n’est pas sans utilité, pour la visite de l’animalerie à ciel ouvert qu’est le marché aux oiseaux.

 

Sans être immense, le marché est grand, et divisé en quartiers : il y a celui des pigeons – les Javanais sont de toute évidence d’ardents colombophiles. Il y a celui de la nourriture pour animaux, en général, et pour oiseaux en particulier. Il  y a celui des autres oiseaux, incluant les poules vives, mais destinées au couteau du boucher, celui des lapins nains, celui des chauves-souris, celui de tout ce qui est saurien. Au milieu de tout cela, dans une odeur suffocante de merde et la fumée des kreteks, avec des plumettes qui volent jusque dans vos narines, il y a deux restaurants où clients et commerçants viennent se rafraîchir, ou prendre un morceau sur le pouce.

 

J’oubliais de signaler qu’avant même le marché, il y a un certain nombre d’échoppes qui vous vendent des cages – faites main, de toute évidence. Elles sont jolies, c’est vrai.

cage

 

Les pigeons, donc. C’est près d’un tiers du marché qui leur est dévolu. Dans deux ou trois ruelles un peu plus larges que les autres, on les entraîne au vol, à partir et revenir. Pour cela, rien de plus simple : dès que les mâles sont devenus de grands garçons, on a collé dans leur cage une femelle pigeonau tempérament de feu. Ils ont donc découvert les joies de l’amour avec ladite femelle et, quand on les lâche, on garde la femelle sous clé, bien entendu. En fait, une fois le pigeon lâché, monsieur l’entraîneur, usuellement, tient la femelle en main, et l’agite bien haut, pour que le pigeon sache où est sa jeune camarade. Il revient à la vitesse de l’éclair, en faisant des piqués qui rappellent assez bien les Stukas. Bizarrement, en effet, on leur colle à la queue un sifflet dont je ne vois pas très bien l’usage.

 

Ensuite, il s’installe sur la cage où Madame a été ré-enfermée et lui roucoule des fadaises, jusqu’au moment où on le relance dans les airs, qu’il repart faire un tour, et qu’il revient en piqué pour embrasser sa dulcinée. De plus, à chaque retour, on lui offre un petit quelque chose de bon à manger, ce qui l’amène vite à associer retour et avantages en nature.

 

Au bout de quelques jours, l’habitude est prise, et le pigeon revient sans qu’on ait besoin de lui agiter quoi que ce soit de loin, ou de le gaver de bonnes choses à manger.

 

insectsDu côté de la nourriture, pour y venir, c’est tout ce que nous connaissons, dans nos animaleries européennes, je suppose, avec un extra : des insectes attrapés je ne sais comment, qui se vendent pour une bouchée de pain – façon de parler, bien entendu – et dont les oiseaux de tout plumage et de tout ramage raffolent. Selon l'expression traditionnelle, ils vendraient leur vieille mère malade pour avoir l'un de ces insectes dans leur bec.

 

Ce sont les autres sections qui sont étranges : il y a des hordes de lapins, nains ou pas, dont je me demande bien ce qu’on peut faire – on ne rabbitmange pas de lapin dans le pays, et je ne vois que rarement quelqu’un acheter un mignon petit pinpin pour sa fifille ou son fiston. Tranquilles, ils sont là, sur des caisses en bois qui leur font office de cages, quand on les transporte ; à monter l’un sur l’autre ; à grignoter, côte à côte, une carotte ou une feuille de chou, tout en taillant une bavette, je suppose ; à regarder avec curiosité le monde qui les entoure.

 

Il y a les incontournables chiots. Que serait un marché aux animaux sans chiots, sans chatons… Ah, tiens, assez curieusement, pas de chatons ici.

 

Il y a de minuscules anguilles. Je crains bien qu’elles ne soient ici que pour servir de nourriture à l’un ou l’autre des animaux du marché.

ang

 

eagleIl y a des aiglons qui vous regardent d’un air hargneux. Il y a des chouettes minuscules, effarées, qui se demandent ce qu’elles font là. Il y en a de plus grandes, qui n’ont pas de réponse à la question non plus. Il y a des chauves-souris ; il y a des varans – des petits – et encore des salamandres de toutes races, de toutes couleurs, de toutes tailles.

 

Alors, les varans, vous expliquera votre cicérone, on les mange : c’est bon pour les douleurs musculaires et leur sang refait de vous un homme avec une érection comme les acteurs de films cochons.

 

Effectivement, j’ai déjà entendu ces billevesées en Thaïlande – à Hat Yai, plus précisément – mais c’était avec des serpents. Avouons une grosse saleté : j’avais même essayé, une fois pour voir, un alcool au sang de serpent, afin de voir si le résultat valait les promesses. Entre nous, ça ne fait pas plus d’effet que cela.

 

salamRevenons-en donc à notre petite cuisine médicale. Les salamandres… dépendant de leur race, on les utilise dans des préparations médicinales qui soignent des maladies de vieux : les rhumatismes, l’arthrite, les lumbagos, les intestins paresseux. Quant aux chauves-souris, elles passent elles aussi à la casserole du rebouteux : c’est bon pour la gorge.

 

Du temps que j’étais gosse, on faisait encore, dans les campagnes reculées, du sirop pour la toux à coups de limaces. Inutile de préciser que j’ai toujours fermement refusé d’en avaler la moindre cuillerée. Les hivers à la montagne, je ne prenais pas froid, et voilà. Et si je prenais froid, je réclamais haut et fort un rendez-vous chez le médecin.

 

Bouffer des limaces…

16:29 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : medecine |  Facebook |

12/05/2007

 De Bali à Java

Le gesthouse tout entier est intéressé par mon cas. Il est, dirait-on, rare de voir un voyageur décider de faire les îles en utilisant les ferries locaux. Alors que j’arrive, après avoir payé mon mototaxi, une Allemande, grande comme une tour, est la première à m’accueillir – le ouistiti dort – en m’annonçant qu’elle est bien contente de me voir revenir : s’inquiétant pour moi, elle avait été regarder sur internet les prévisions météos, et elles n’étaient pas réjouissantes : pluies violentes en route vers ici. Il va être midi et d’autres clients du guesthouse apparaissent, en partance pour leur leçon de surf, pour aller déjeuner, entre deux tours de mobylette à travers l’île, pour venir se ravitailler en crème de protection contre le soleil. Tous me saluent d’un Hello again ! dont l’intention humoristique n’est pas supposée m’échapper.

 

En fait, l’année est atypique, avec une mousson qui n’en finit pas, mêlée à de violents orages et à des demi-journées de temps absolument splendides, se terminant de manière étouffante, jusqu’au moment où un orage bienvenu, mais apocalyptique, nous débarrasse des degrés superflus. La mousson elle-même, étant à sa fin, ne serait pas trop dangereuse, mais les orages en plus…

 

C’est ensuite Madame la directrice qui me reçoit avec un grand éclat de rire, et me donne la clé de ma chambre… habituelle.  Ouai, bon. J’imagine qu’elle n’a pas de raison particulière de fondre en larmes pour faire semblant de compatir à ma peine. Et puis, soyons courageux : je dois avouer, au plus profond de moi-même, un certain soulagement. Depuis l’instant où j’ai vu le vapeur destiné à nous transporter jusqu’aux Célèbes, je n’étais plus absolument certain de vouloir faire ce trajet.

 

En fait, l’Indonésie, c’est gigantesque et c’est plutôt mal desservi par les transports en communs, d’une île l’autre, sinon les plus populaires : on peut aller assez vite de Java à Bali, de Bali à Java… et c’est tout. Un voyage routier de Jakarta vers le nord de Sumatra, je l’ai dit, c’est trois jours. Un voyage maritime vers les Célèbes, vers le Timor ou vers les Moluques, c’est… c’est à la grâce de Dieu. Le visa minimum, pour quelqu’un qui voudrait visiter un peu sérieusement le pays, ce doit être le visa de deux mois. Ou alors, on prend l’avion, pour aller d’un coin à l’autre. Mais on rate tant de choses, alors…

 

Bon, du coup, après avoir déjeuné avec la tour allemande, et lui avoir raconté sur le ton de la moquerie mes derniers déboires, je retourne chez mon amie la demoiselle de l’agence de voyage, me fais rembourser mon billet de paquebot et le remplace par un billet de bus pour Yogja. J’ai une journée, je la passe à me promener à nouveau dans Bali, à voir les temples domestiques et les bouteilles d’essence.

 

templeLes temples domestiques, je l’ai dit, sont infiniment plus nombreux ici que dans les pays bouddhistes traditionnels. Là où, chez les bouddhistes, un simple petit oratoire domestique fait l’affaire, pour honorer les ancêtres aussi bien que les esprits, ici, il faut des temples à tous les coins de la maison, et plusieurs dans le jardin. Ceux de la maison ne sont, usuellement, de des plates-formes en bois, placée aux endroits idoines, et sur lesquelles on pose donc l’offrande du moment. Dehors, par contre, ce sont de véritables monuments, et il y en a plusieurs, chaque dieu réclamant son oratoire à lui. Ca encombre.

 

Quant à l’essence en bouteille, ce n’est pas pour faire des cocktails Molotov, mais tout simplement parce que l’essence coûte cher, pour les malheureux Indonésiens. De ce fait, des petits malins l’achètent en contrebande, sans taxes, accises et imports divers, en grosse quantité, et la débitent à la bouteille d’un litre, dans l’arrière-cour ou sur la rue. Les flics ne remarquent rien.

 

PetrolLa vente des produits fraudés est basée sur la confiance de l’acheteur. Pour que tout le monde ait confiance, il y a quelques bouteilles standard, en ville, qui font que l’on sait, à la goutte près, ce qu’on achète et ce qu’on vend. C’est ainsi que les bouteilles de vodka Absolut ont une deuxième vie, à Bali. Placée côte à côte sur une étagère en bois, dans la rue le plus souvent, remplies uniformément du liquide idoine, elles ne restent pas longtemps sur l’étagère et le - pourrait-on dire, pompiste ? Disons le pompiste – le pompiste a fort à faire. Bonne publicité pour la Suède, en général, et pour Ikea en particulier.

 

A chaque instant, une mobylette s’arrête devant l’un ou l’autre magasin débitant de l’essence au litre, une jeune et frêle demoiselle descend de son vaillant coursier, fouille dans son sac. Quelques billets sont échangés, le contenu d’une bouteille de vodka Absolut est versé dans le réservoir, la jeune demoiselle enfourche sa noble monture et la mob’ repart en roulant droit, sans hoquet, sans rien.

 

J’ai posé la question à de multiples reprises, autour de moi, et si je dois en croire les réponses, il semble qu’il n’y a eu, à ce jour, aucun accident, aucune explosion, aucun incendie dans ces débits d’essence. Et le carburant débité doit être de qualité standard, car il n’y a pas de plaintes.

 

Il faut croire que nos mesures de sécurité à l’occidentale sont bien exagérées.

 

Retour en fin de journée au guesthouse, doudouces infinies au singe qui en couine de bonheur, douche, puis redémarrage dans l’une des gargottes où un cuistot de génie débite une nourriture bénie des dieux. Je me prends une bière ou deux, ou trois, et rentre tard me coucher. Le ouistiti ronfle légèrement. Avec presque une heure de caresses de ma part, la journée a été bonne pour lui. Espérons qu’un prochain voyageur me remplacera prochainement auprès de lui.

 

Je mets mon ordinateur en marche, pour m’écouter, en sourdine, un petit Momo. Exultate, Jubilate. Momo fini, je m’endors. Assez curieusement, parmi les Balinais, jamais personne ne s’est plaint du fait que je passais de la musique classique. Peut-être parce que, comme en Chine, le vacarme discordant qu’on appelle ici musique traditionnelle est tellement infernal que les Balinais n’osent pas râler, quand on leur fait entendre autre chose.

 

morningofferingLe lendemain, mon dernier jour, enfin, j’espère, à Bali, je me lève avec l’aube. A peine debout, douché et habillé, je vais me promener sur la plage, pour assister aux offrandes matinales aux dieux et aux démons de la mer. Il y a toujours une plagiste déléguée par ses petites camarades, qui se lèvent plus tard, pour faire le boulot essentiel : apaiser la fringale et la jalousie des dieux.

 

Puis petit déjeuner – il n’y a pas que les dieux qui ont faim - et préparation de mon baluchon, pour prendre le bus de nuit qui me conduira à Yogja. J’ai, maintenant, quatre jours avant de devoir quitter l’Indonésie, et me suis réservé un billet d’avion pour Kuala Lumpur, à partir de Jakarta. Aucune raison de traîner à Jakarta, qui est moche, et par contre, tout le plaisir de passer trois jours de plus à Yogja.

 

Le dernier jour, je prendrai un bus de nuit, je dormirai, pour ne pas voir les acrobaties du chauffeur, arriverai à la fine pointe de l’aube à Jakarta, sauterai dans le premier bus pour l’aéroport, où je prendrai mon petit déjeuner, et serai dans mon avion vers les dix heures. Arrivée à KL pour midi.

 

En attendant, me voici, dans le petit matin gris, à Yogja’, où le Mérapi continue à gronder sourdement.

 

Le bus était à moitié vide, j’ai pu dormir à peu près correctement. Un mototaxi me hèle et je le hèle de retour. Hmmm, redisons les choses : un mototaxi me harponne alors que je descends du bus, et je le laisse faire. Nous nous entendons sur une destination, le Karunia, et sur un prix. En voiture Simone.

15:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : java |  Facebook |

11/05/2007

Arrêt au port

Pendant la soirée, c’est exact, il y a un orage. Rien qui me semble bien sérieux mais, c’est exact aussi, la nuit, je dors – et j’ai même tendance à dormir profondément. Donc, le matin, après une grasse matinée tout à fait méritée, je me lève, me douche, m’habille, vais à la salle de restaurant dans le but de nourrir ce grand bête corps qui crie famine et là,  innocemment, la bouche pleine, pendant que Madame distribue les offrandes divines et diaboliques par ci, par là, je m’enquiers de savoir s’il y a eu une tempête la nuit dernière.

 

Madame m’assure qu’aux infos, le monsieur de la météo a bien parlé de pluies diluviennes (elle ne connaît pas le mot, mais c’est ainsi que j’interprète son loooooooots of rains). Qui plus est, dans le journal local, en première page, s’étalent les photos de noyés, retrouvés sur la plage de Sanur. On n’a que le bien que l’on se donne, et le voyeurisme morbide est certainement, si je ne l’ai pas déjà dit, le péché mignon des Indonésiens.

 

Dans ce cas, Madame traduisant la légende qui se trouve sous les photos, ce sont des victimes de la dernière tempête, et non de celle de la nuit précédente. Il n’empêche : la vue d’une pile de cadavres, dans la position grenouille typique des noyés, c’est quelque chose qui vous refroidit. Il est certain que je regarderai le bateau qui nous transportera d’un autre œil, et les nuages qui passent itou. Mon voyage précédent en Indonésie date d’une époque bénie au cours de laquelle il ne pleuvait pas, au cours de laquelle le soleil tapait autant qu’il le pouvait, où je sortais une main prudente, de dessous la tente dressée sur la barcasse, pour la tremper paresseusement dans l’eau et faire un sillage parallèle au bateau. C’était enfantin, mais c’était rafraîchissant aussi.

 

J’ai vite appris que cela était extrêmement dangereux, par ailleurs. Mais cela, c’est une autre histoire.

 

Retour vers ma chambre avec un arrêt doudouces auprès du ouistiti. Quand il vous a, il ne vous abandonne plus. Ainsi, après une dizaine de minutes dans mon cou, pris d’un besoin pressant, il descend au sol et, me tenant fermement par l’orteil, pour que je ne m’échappe pas, il fait son petit pipi avant de remonter le long de ma jambe, jusqu’à mon épaule. Le mot de la fin appartient à un autre client de l’hôtel qui, en partance, nous voit ensemble, qui a vécu la relation que je vis maintenant avec le ouistiti, et qui dit l’évidence : he is so lonely ; il est tellement seul. Comment peut-on faire vivre une vie pareille à un animal. Il me faut l’abandonner, et ça ne va pas sans difficultés.

 

Retour avec mon mototaxi habituel jusqu’à la jetée où le bateau nous attend toujours – un peu penché, me semble-t-il. La flotte qui envahit les cales, je suppose…

 

Le nombre de passagers me semble avoir augmenté. Bien entendu, il est difficile de savoir qui est quoi, dans la foule, puisque chaque passager est, selon la coutume, accompagné d’une foule de parents et de parentes, destinées, quant à ces dernières, à jouer les pleureuses lors du départ. Mais il ne serait pas surprenant que le nombre de passagers ait augmenté. Chaque jour amène son nombre de voyageurs et si un bateau traîne au quai… Instantanément, cela me fait penser à ces reportages concernant les bateaux qui coulent en Indonésie : il y a toujours un manifeste sur lequel on voit bien que le capitaine a accepté deux fois plus de passagers que la sécurité du navire ne l’autorisait. Le nombre de noyés, quant à lui, prouve que le manifeste, c’est de la daube et qu’il y avait, au bas mot, quatre fois plus de passagers que de normale.

 

Passagers, cela veut dire, cargo, poids, déséquilibre.  

 

En attendant, j’ai retrouvé ma famille composée d’un voyageur et de six éplorés. Je leur reconfie mon baluchon et repars me promener. Si ça bouge, ça fera tellement de bruit que j’aurai tout le temps de revenir avant qu’on embarque. Maintenant, je me promène sur le quai, plus loin, jusqu’à un énorme hangar autour duquel l’activité ne cesse pas. C’est du travail à la chinoise, avec des centaines de portefaix qui se suivent à la queue leu leu. Parmi eux, de très vieilles dames qu’on ne s’attendait pas à voir ici.

working

 

L’Indonésie est l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde. Visiblement, l’argent du pétrole ne va pas dans toutes les poches. 

 

Partout, en Asie, en Océanie, on voit des enfants travailler avec leurs parents, et des vieillards remplir leur tâche tant qu’ils en sont capables. Les Européens ne savent pas leur bonheur.

 

Il doit être pas loin de seize heures quand j’entends une rumeur sur le quai. Bien évidemment, je m’empresse d’aller y voir. Une annonce vient d’être placardée : à la suite de problèmes techniques

 

Bon, c’est cuit. Je ne saurai pas si c’est la faute au temps, ou la faute aux pirates, ou la faute à la machinerie du vapeur qui devait nous transporter. Retour à la guesthouse – ça fera bien rire Madame ; le ouistiti sera ravi – et préparation de mon retour vers Jakarta.

12:59 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marine, travail |  Facebook |

10/05/2007

Mer, Pirates, Tempêtes, tout ça...

Quatre jours plus tard, je suis dans un bus de nuit – enfin, de nuit – qui roule ver Yogja’. Encore à ruminer l’échec de mon essai de voyage vers la Papouasie. Enfin, bon, n’en rajoutons pas. C’est un peu vexant, mais demain sera un autre jour et si ce n’est pas ce coup ci, ce sera la prochaine fois.

 

Quoiqu’il en soit, pourtant, à l’agence, ça n’avait pas trop mal commencé. Le trajet que nous avons médité avec Mademoiselle semblait jouable et je m’étais donné deux jours de battement, vu que l’Indonésie… Les problèmes avaient commencé, cependant, dès les premiers coups de téléphone, dans le but de réserver une place, pour passer de Peninda à Barat. Le premier segment, comme on dit dans le monde du voyage, avait pû être réservé sans problème, mais ensuite, toujours la même réponse : «pas de bateaux, à cause des pirates ». Et puis, miracle, un bateau en partance vers Makassar. Rien ensuite, rien que l’on puisse savoir. Bon, m’étais-je dit, je prends toujours le billet pour Makassar ; on verra sur place.

 

Au désespoir de ma vendeuse, j’avais donc alors arrêté les frais, avais réservé mon premier voyage seulement, et n’avais pas pris en considération le billet d’avion qu’elle s’évertuait à me placer, pour faire plus simple. De toute manière, c’était, pour arriver en PNG, un périple assez biscornu aussi, et pas exactement gratosse. Ou alors, c’était voler de Denpasar à Jakarta, puis de Jakarta à Jayapura. Moins cher, mais tellement banal…

 

Le départ pour les Célèbes était annoncé pour le début de l’après-midi. Connaissant mes bestiaux, j’aimais autant être au terminal à l’heure… Les départs en retard, on peut attendre, mais les départs en avance, on ne peut pas nager, vu les requins ; on ne peut pas suivre dans une barcasse, avec l’espoir de rattraper le ferry, vu les pirates ; on reste tout bête, sur la jetée, à voir la fumée qui s’échappe, dans le lointain, de ce qu’on devine être la cheminée du tas de ferraille rouillée qui s’éloigne. Et ça, je n’y tenais pas. Départ donc, sur la mer de Java, et j’allais en être.

 

Voyage retardé. Je me promène sur la jetée qui n’est pas fort intéressante, après avoir confié mes bagages à une famille éplorée dont un membre est de la partie. Au bout de deux heures d’attentes et de promenades sur la jetée, voyage annulé. Voyage annulé à cause de … à cause de quoi, au fait ? On parle d’abord d’un incident technique. Vu l’état du ferry, ce ne serait pas particulièrement étonnant. Le bateau doit avoir été construit après la première guerre mondiale, mais tout juste, tout juste. C’est bien simple, son étrave est droite. Vu son grand age, je lui suppose une chaudière plutôt qu’un moteur, et je ne serais pas particulièrement surpris si la chaudière, donc, était fichue.

 

Puis, on en revient au sujet lancinant, dans les mers de Chine, de Java, dans toutes les mers qui entourent les îles indonésiennes : les pirates. Il faut dire que le sujet doit mériter qu’on l’aborde sur radio-trottoir, puisque même les média locaux acceptent, du bout de lèvres, certes, mais quand même, d’en parler. Il n’est pas une semaine sans qu’on publie un petit article relatant la disparition d’un bateau en bon état (très important, cela) lors d’une journée de mer étale, ou l’apparition, sur la côte, de quelques morts tués par balles et qu’on ne puisse accuser que les pirates. Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, dans ce cas, il semble bien que les pirates ont tout fait pour se rendre populaires dans la région. Finalement, je comprends les familles éplorées qui entourent les voyageurs, comme si elles les conduisaient à l’échafaud. Rester dans cette ambiance une journée entière, et je commence moi-même à regarder la mer d’un air inquiet.

 

Enfin, un message officiel : le bateau ne partira que demain, vu qu’il y a une tempête qui approche et qui doit passer sur Bali, et sur les mers avoisinantes, pendant la nuit. Dans le brouhaha qui succède à l’annonce, je bavarde avec mes voisins. Bon, une tempète, soit, je veux bien, mais les tempêtes que j’ai vues jusqu’à présent, ici, c’étaient tout simplement des hallebardes qui tombaient ; c’est ça qui fait peur au capitaine ? Ah, oui, me répond-on, mais c’est que je n’ai connu, pendant la mousson, que la terre. Ca, c’est exact. La mer, précise-t-on, devient agitée au possible, quand il y a tempète et est-ce que j’ai vraiment envie de me trouver sur une mer agitée avec ça ? Ca, c’est le tas de rouille qui est supposé nous transporter à Makassar. A dire vrai… Vu le nombre de passagers, la taille du navire et le peu de centimètres qu’il y a entre la rambarde et l’eau… j’aime autant que la mer soit calme, c’est vrai.

 

Bon, retour à la guesthouse, sous des nuages qui sont devenus particulièrement menaçants, et départ prévu pour le lendemain, midi. Le petit ouistiti défaille de bonheur, en me voyant revenir.

13:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/05/2007

Les offrandes aux dieux et aux diables

J’ai sept jours devant moi : d’abord, départ vers les Célèbes. De là, j’aurai une possibilité de trouver un rafiot quelconque, qui me conduira au Moluques et, de là, jusqu’à Port Moresby.

 

Quand on veut aller sur les Célèbes, c’est un bac qui part, tous les jours, du port de Sanur, jusqu’à celui de Toyapakeh, sur l’île de Peninda. De là, on se trouve une barcasse qui peut aller jusqu’à l’île de Barat et, de Barat, on traverse, d’île en île, l’archipel de Barat jusqu’au moment où on oblique soit vers les Célèbes, soit vers Komodo. Ensuite, Maluku, puis l’Irian Jaria, et j’essaie de passer dans les temps la frontière de la PNG, à Jayapura. Il y a, bien entendu, toujours la possibilité aérienne, mais ce serait trop facile.

 

Quoique.

 

Si je me souviens bien, la dernière série noire de catastrophes aériennes qui a marquée l’Indonésie a commencé, il y a deux mois, avec un Adam Air qui s’est aplati dans les collines qui bordent l’aéroport de Makassar – qui serait ma première grosse étape.

 

Mais aussi, mon intention est de faire un voyage intéressant, pas de disparaître en chaleur et lumière, avec cent cinquante autre passagers d’un avion anonyme.

 

ChambreDécision prise, je dors comme un bébé. Le lendemain alors qu’une tornade nocturne s’éloigne, je quitte ma chambre pour un petit déjeuner roboratif à la terrasse du guesthouse. Ma chambre – et je suis logé, cependant, dans un hôtel modeste – est une pièce immense qui fait la moitié d’un bungalow, lui-même situé au milieu d’un jardin fleuri de tout ce que Bali peur offrir en terme de fleurs. Les orchidées abondent et, devant chaque chambre, sur la terrasse, il y a un petit temple portatif.

 

morningoffering3A la différence des liturgies domestiques bouddhistes à la Birmane, la Thaïlandaise, la Laotienne ou la Cambodgienne, qui ne réclament, pour le culte des ancêtres et l’appel à la bonne volonté des esprits, qu’un petit temple dont il faut s’occuper une fois par jour, en y posant une mangue, un verre d’eau, quelques bâtonnets d’encens, tout cela accompagné d’une courte prière, le culte hindoustani exige des offres partout où il est humainement possible d’en déposer. Les dieux et les démons sont légions ; tous veulent leur petit cadeau du matin, leur petit cadeau du midi, leur petit cadeau du soir. Je me suis demandé s’il n’y avait pas une requête pour un petit cadeau de la nuit, mais je n’ai jamais osé demander.

 

morningoffering2Il y a, ainsi, dans les bureaux, dans les hôtels, dans toutes les collectivités, une personne en charge de la distribution des offrandes dans le bâtiment. A l’heure dite, elle fait une petite prière devant le temple domestique fait pour ça, met une ceinture qui la fait reconnaître, aux diables et aux bons dieux, comme étant la mère dispensatrice des offrandes (oui, c’est toujours une femme), fait le tour des chapelles et des endroits désignés – portes, fenêtres, dessus de meubles ou dessous de bureau - y déposant, dans un ordre précis, des fleurs, une bouchée de riz, trois bâtonnets d’encens. Elle asperge le tout de quelques gouttes d’un parfum bon marché. Un prêtre est passé, ou un spécialiste, qui a déterminé tous les endroits où dieux et démons attendent le déport de la provende.

Offering

 

Si l’affaire périclite, si l’hôtel n’a pas de client, c’est qu’on a oublié de nourrir l’un ou l’autre dieu ou démon. Soit, c’est négligence de la personne en charge de la distribution – si tel est le cas, elle est chassée sans pitié – soit c’est que le premier spécialiste n’avait pas fait son travail de recherche correctement. On commence en chassant le distributeur – après tout, si la boite va mal, il y a des gens en trop, n’est-ce pas… Après un certain nombre de chassés, si les affaires ne vont pas mieux, on rappelle un prêtre. Sur les pas de son prédécesseur, il refait le tour du propriétaire, découvre ou ne découvre pas le démon oublié auquel il faudra offrir dorénavant son dû, ou l’endroit oublié, où il faudra dorénavant déposer un petit quelque chose aussi.

 

S’il le découvre, et qu’on suit scrupuleusement ses recommandations, les affaires reprennent, les clients viennent, la vie est belle. S’il ne trouve rien… mais est-il jamais arrivé qu’il ne trouve pas un endroit oublié ? J’en doute.

 

Ce que je ne sais pas, c’est comment l’histoire se termine, avec le premier spécialiste qui avait oublié un dieu ou un démon, ou un endroit, menant l’entreprise à sa ruine. On lui fait un procès ? On lui envoie des mafiosi Siciliens, avec revolvers chargés, chapeaux mous, chaussures bicolores et cravates à ramages ?

 

Tout ça pour dire que ce matin, alors que j’arrive à la cantine, Madame est en train de terminer la distribution des cadeaux. Pendant ce temps, un chat glisse sur le toit, tombe de l’étage droit dans un aquarium dont il bondit comme un diable de sa boite et, l’air indigné, file se cacher. On ne le reverra plus de sitôt. Les chats et l’eau… comme c’est l’un des chats de la maison, il est difficile d’imaginer qu’un dieu vient de chasser un esprit néfaste, pour remercier Madame de ses dons quotidiens, mais il est toujours possible que le chat ait été saisi par un démon maléfique. En tout cas, les poissons rouges ont dû avoir un choc.

 

HOtelIl y a bien un singe, dans un coin, mais il est gentil, lui. C’est un adorable ouistiti, enchainé par la propriétaire du guesthouse et visiblement en manque d’affection. Chaque voyageur qui s’arrête à lui faire des doudouces devient son ami pour la vie. Il s’y accroche, le tient de ses quatre mains, pose sa tête sur son épaule, lui fait des papouilles, des baisers dans le cou, gémit en se tordant les bras, quand on l’abandonne. Une fois que vous l’avez quitté pour de bon, il sèche ses larmes et se rabat sur un bout de banane, pour se remonter le moral. Mais la banane, c’est vraiment un pis aller.

 

Petit déjeuner, départ pour l’agence de voyage du coin, dans le but d’arranger mon départ pour les Célèbes – Sulawesi, qu’on dit, ici.

13:07 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

07/05/2007

Allons dire bonjour aux Papous

Mais le temps passe et je dois, sous peine de me retrouver avec un visa obsolète, songer à terminer mon périple en Indonésie, pour passer à un autre pays. J’ai encore quelques jours, et j’envisageais d’aller aux Célèbes, à partir desquelles je pourrais refiler vers les Philippines, ou vers la Papouasie Nouvelle Guinée. Les Philippines… ça ne me dit qu’à moitié. Mais ce que j’entends, depuis quelques jours, sur la PNG est à donner froid dans le dos.

 

Si Port Moresby a toujours joui d’une réputation sulfureuse, digne d’Oulan-Bator, la ville où c’est-y que les chiens mangent les passants, c’est maintenant tout le pays qui semble être tombé dans une anarchie qu’on croyait réservée aux pays africains nouvellement indépendants. Enfin, nouvellement, ça fait quand même cinquante ans, mais ça n’a pas l’air pour autant de s’arranger.

 

Bref, toute la PNG est devenue un gigantesque champ de bataille pour ce qu’on appelle les rascals. Dans le bon vieux temps, on arrivait à Port Moresby, à la réputation méritée de nouvelle Chicago, que l’on quittait aussi vite que possible pour l’intérieur. Là, plutôt que de mourir tué par des balles perdues, à la suite d’un échange de propos un peu vif entre deux bandes de rascals, on se trouvait à mourir à petit feu, après avoir été empoisonné par la piqûre d’un insecte inconnu, la morsure d’un serpent connu, ou des suites du dépeçage par les cannibales, après une malheureuse rencontre.

 

Maintenant, les rascals sont partout et même les cannibales en ont peur.

 

Le problème de la PNG est que c’est un pays du tiers-monde, avec une économie totalement protégée à coup de taxes douanières implacables, qui font que le pauvre indigène, qui ne gagne pas grand-chose, quand il a un salaire, voit ce pas grand-chose disparaître en deux ou trois achats. Son salaire est digne du Congo, quand les prix sont européens. Une chambre d’hôtel, en PNG, où que ce soit, c’est cent dollars, et il n’existe pas de guesthouses. Le fameux prix comparé du Big Mac, qui permet de voir quelles sont les villes les plus chères du monde, ne peut s’appliquer ici car il n’y a plus de restaurant Mac Do’, depuis l’incendie et le pillage de la seule franchise qui s’était installée en PNG, à Port Moresby, suivis de l’assassinat du franchiseur. Mais un petit déjeuner dans un boui-boui quelconque, par exemple, c’est au moins dix dollars américains.

 

Les pauvres ne peuvent survivre du fruit de leur travail – quand ils ont le bonheur d’en avoir un. En conséquence, et parce qu’il faut se nourrir et nourrir sa famille, ils volent.

 

Leurs enfants, éduqués dans la bonne voie, volent, pillent, tabassent, blessent, tuent, violent. Quand on a commencé, pourquoi s’arrêter… Ce sont ces petits anges qu’on appelle les rascals.

 

C’est dit : j’y vais.

 

Vu le niveau des prix, je n’y passerai probablement pas beaucoup de temps, mais il faut essayer de tout, comme me le disait Antoine d’un ton sentencieux, quand il remarquait que j’avais un verre de vin blanc à la main, et qu’il essayait de m’en chiper une gorgée.

12:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : papous |  Facebook |

06/05/2007

La vie à Bali

De Denpasar, où nous sommes arrivés, miraculeusement, sans anicroches, je file à Kuta. C’est la plage – enfin, c’est LA plage – de Bali. Il y a d’autres plages sur l’île, bien entendu, mais Kuta est celle qui rassemble tous les promeneurs, depuis que les touristes australiens ne viennent plus. C’est une bourgade qui rappelle Vienne, ancienne capitale d’un immense empire, et aujourd’hui capitale trop grande d’un pays trop petit.

 

Kuta s’était faite pour accueillir des dizaines de milliers de touristes Australiens. A force de bombes terroristes qui les ont décimés, ils ne viennent plus. Seuls passent ou restent quelques voyageurs venus d’un peu partout – certains pour visiter Bali, à partir d’une bourgade où l’on peut facilement louer une mobylette, d’autres pour apprendre à surfer.

 

D’autres, enfin, ont l’espoir d’aller traînailler sur la plage, à l’australienne, tout comme ils l’auraient fait sur les plages de Torremolinos ou de Benidorm, quand ils sont d’origine européenne.

 

Pour les plages, ils sont mal tombés.

 

Bali a deux mauvaises saisons : la mousson – qui traîne un peu à nous quitter, cette année et au cours de laquelle les pluies torrentielles empêchent la bronzette paisible – et la venteuse. A ses débuts, cette beachdernière fait les choses ainsi : le vent arrive de la mer, influence le courant maritime qui arrive lui aussi, du coup de la mer. Il transporte avec lui toutes les poubelles jetées par tous les balinais dans toutes les rivières de l’île. Est-il nécessaire de préciser que les rivières arrivent, tôt ou tard, à la mer... Usuellement, une fois arrivé dans la mer, les poubelles partent avec la marée et les courants, et polluent ailleurs – éventuellement, sur la côte balinaise, mais dans un état tellement éparpillé qu’on peut accuser les voisins sans croire mentir. Mais pendant le premier mois de la saison des vents, tout est immédiatement repoussé sur le rivage.

 

Bien entendu, les balinais accusent les salopiauds de l’île de Java, juste en face ; mais je connais suffisamment les indiens et leurs descendants pour savoir qu’une telle quantité d’ordures jetées à tout vent, à toute rivière et à toute marée, ce ne peut être qu’un coup bien à eux. Pas la peine d’aller accuser faussement les Javanais. Ces derniers ont, bien certainement, aussi leurs défauts, mais pas celui d’être les pollueurs exclusifs des Balinais.

 

beach3Pendant un mois, donc, celui de la saison des vents, l’arrivée sur la plage, dès potron-minet, n’est pas à recommander, si vous voulez allez faire de la bronzette ou si vous comptiez nager. A peine aurez-vous vu la plage que vous bondirez à l’aéroport et que vous sauterez dans un avion pour Benidorm, pour y reprendre vos bonnes vieilles habitudes de vacancier sans soucis.

 

Sans compter qu’à Benidorm, vous trouverez non seulement votre bière favorite à un quart du prix auquel votre troquet en France ou en Belgique, vous la facture, ainsi que le rhum-coca pour trois fois rien mais, de plus, vous aurez une cuisine comme à la maison : il ne vous faudra en effet pas deux minutes pour trouver un vendeur de gaufres, un marchand de frites, un restaurant qui vous fera des boulettes sauce tomate. Seule variation par rapport aux boulettes sauce tomate de chez maman, il y aura un peu d’ail.

 

Ici, par contre, à Bali, il faut en plus s’habituer à la nourriture locale.

 

La vie est dure, pour les carpettes de plage.

 

Bien entendu, vu que lesdites carpettes de plage, quand elles sont en vacances, vont d’abord en boite de nuit, draguent comme des bêtes, se saoulent comme des huîtres et n’arrivent sur la plage, dans un état proche du coma, que vers le début de l’aprème, après tout, ça doit encore marcher. Ils grillent un coup, retournent à leur hôtel, et préparent la soirée suivante. S’ils sont dans un hôtel chic, passé Kuta, les employés de l’hôtel ont fait un nettoyage plus sérieux que celui que font les plagiste de Kuta – mais si peu, si peu… - et, de toute manière, il y a toujours la piscine.

 

beach2Si vous arrivez sur la plage aux mauvaises heures, c’est donc râpé – sauf si vous avez la mémoire courte – pour aller nager. Et les mauvaises heures, c’est long. Les balinais ne sont pas des foudres de travail. Ils arrivent sur la plage vers les dix heures et, après quelques mantras et chakras préparatoires, se mettent finalement au nettoyage une bonne heure plus tard. Et on ne peut pas dire qu’ils raclent trop fort. Le résultat est une plage qui passe du statut de crade à celui de douteuse, offerte au plaisir de la promenade à partir de midi. De cet instant, les Balinais nettoyeurs s’occupent d’autre chose – comme par exemple, d’essayer d’extorquer de l’argent aux étrangers – et laissent la mer rempiler sur la plage des sacs en plastique, des langes sales, des poissons morts, des papiers de bonbons, des tétrapaks de lait et des capotes anglaises usagées.

 

Parfois, en fin de journée, je passe là et admire l’héroïsme, ou l’inconscience, des apprentis surfeurs qui nagent dans cette soupe et doivent certainement attraper des infections dignes des maladreries du Moyen-Orient, du temps des croisades. Et j’imagine que les mois où les immondices n’arrivent pas en monticules sur la plage, si la situation ne saute pas à l’œil comme étant catastrophique, elle ne doit pas en être plus saine pour autant.

 

OzEt puis, je fais la seule chose qui soit à faire, sur la plage de Kuta : je regarde droit vers le sud, dans le lointain et me dis que, si j’avais vraiment envie de nager loin, loin, loin, à travers les îles de poissons morts, de capotes anglaises usagées, de sacs en plastiques et de tétrapaks vides, je n’aurais qu’à faire pas loin de deux mille kilomètres, et je serais en Australie, en ligne droite.

 

Hm, bon, ça, ce n’est pas sur la plage de Kuta, qui regarde vers l’ouest, que je le fais, mais sur celle de Pecatu, qui fait plein sud et qui est tout aussi polluée en cette saison.

 

Bien entendu, si j’allais, à coups de bus et de ferries, jusqu’à l’île du Timor Oriental, et que je me décidais à nager jusqu’en Australie, je n’aurais plus à nager que six cents kilomètres. Mais le simple fait que j’irais au Timor Oriental me fermerait pour longtemps toute possibilité de visiter l’Indonésie.

 

Enfin, quand je dis pour longtemps, ce serait tant que j’aurais un passeport avec l’ignoble visa de l’Ennemi. L’Indonésie a deux ennemis jurés : les salauds du Timor Oriental qui ont eu le culot de ne pas vouloir rester Indonésiens, et Israël.

 

Non, pour arrêter de divaguer : si on décide de venir visiter Bali, ce ne doit pas être pour ses plages, sauf si on veut revenir à la maison avec des maladies de peau incurables particulièrement peu ragoûtantes.

 

Et une grosse otite.

 

Si on décide de venir visiter Bali, ce peut être pour sa nature. Je me suis ainsi loué une mobylette, pour tourner sur l’île. Les balinais conduisent comme des cochons et leurs quadrupèdes bovins, ovins et porcins, à bonne école, prennent la route comme les jeunes des banlieues prennent le métro. A chaque instant, je frôle la mort – ou, en tout cas, l’accident. L’arrêt n’est pas synonyme de sécurité. Une fois, j’ai été renversé par une vache à un stop : j’attendais, tranquille comme Baptiste, quand elle m’est rentrée dedans par l’arrière.

 

Vu qu’il n’y a pas eu de vrais dégâts, j’ai laissé tomber. Sinon, je sens que je me serais énervé quand, devant les flics, le propriétaire aurait juré, l’œil doucereux et la bouche en cœur, que la vache avait meuglé pour me prévenir et que ma faute était donc établie.

 

La marche à pied, dans les rues piétonnières de Kuta, n’est pas davantage prometteuse de longue vie sans soucis : il m’est arrivé, aussi, de me faire renverser par une mobylette et sa propriétaire dessus. Heureusement, la vache a meuglé – je veux dire, la demoiselle, me voyant arriver devant sa mob’, a poussé un grand cri qui m’a permis de me préparer au choc. Je me suis retourné, ai attrapé la première chose qui m’est arrivée sous la main -  c’était son corsage – et ai chuté pas trop lourdement, me contentant, cette fois-là, de m’écorcher ici et là, le devant de son corsage toujours à la main, qui m’a évité des griffures trop profondes à la paume.

 

Rires de la foule en liesse, les vendeuses de colifichet, en d’autres mots, quand la malheureuse, les mains en croix sur son giron, ne pouvait qu’attendre le geste salvateur d’un bon Samaritain prêt à couvrir sa modestie. La solidarité féminine, de toute évidence, c’est tintin. Je me surprends encore, quand je pense que ce bon Samaritain, ça a été moi : je me suis redressé, ai vu la situation, ai lâché, embarrassé, le chiffon que je tenais en main, ai fait deux pas, ai pris à l’échoppe qui se trouvait devant nous un vêtement qui n’avait certes rien de féminin – c’était un maillot à la gloire de la bière locale – et l’ai fermement enfoncé par dessus sa tête. Deux secondes plus tard, la tête passée, elle était emballée et pouvait sortir les bras par les emmanchures idoines.

 

A dire en sa faveur, elle n’a pas essayé de se plaindre du fait que je l’aurais sauvagement agressée et m’a même remercié pour mon aide.

 

Je me suis éloigné après un court échange de politesses, elle à vitesse on ne peut plus réduite, moi faisant semblant de clopiner, pour lui faire honte. Je crois que le commerçant, amusé par la scène, lui a fait cadeau de son maillot.

 

Je le disais, on peut donc, à Bali, faire le tour de l’île pour voir la nature, si on n’est pas fatigué des rizières en étage, probablement déjà vues mille fois, du Viêt-Nam à la Thaïlande du Nord ; ou alors, on peut se promener pour voir ses temples, si on aime le genre hindouiste balinais.

 

On peut enfin séjourner ici pour ce que l’île peut offrir dans le domaine de la bonne chère.

 

En effet, si les Balinais sont à peu près aussi pollueurs que les Indiens, il faut admettre qu’ils sont encore meilleurs cuistots. L’extraordinaire variété gastronomique de l’île est nonpareille et vu les prix… Bref, chaque jour on peut s’offrir un repas de roi, de par sa finesse, sa variété et son goût, à un prix abordable pour le noble prolétaire, voyageur sans le sou. Ajoutons que la bière y est pour rien.

 

En toute logique, si nous vivions selon nos habitudes européennes, dans ce paradis du bien manger ; si nous prenions notre voiture pour faire cinq cents mètres quand nous allons acheter des cigarettes ; si nous restions affalés la journée entière à travailler devant un ordinateur et la soirée devant la télé ; si nous dévorions avec un enthousiasme bien compréhensible les merveilles que notre épouse balinaise nous concocterait ; le tout arrosé – il fait chaud – de quelques bières pour faire passer la soirée, nous ressemblerions vite à Dumbo l’éléphant volant.

 

Moins les oreilles.

 

Disons, à Dehaene, alors.

 

Comme quoi, si on décide de vivre à Bali, on a intérêt à mener une vie physiquement active. Sans cela, on meurt du cholestérol, couplé à l’artériosclérose, au bout de six mois.

 

A propos, je me demande ce que devient Chipie.

14:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : nature |  Facebook |

05/05/2007

Rallye vers Bali

Pour aller à Denpasar, à partir de Yogjakarta, il faut prendre un bus de nuit. L’expression bus de nuit recouvre une réalité indonésiennes légèrement différente de la notion de nuit telle que nous la connaissons en Europe. On vient me chercher à l’hôtel, vers les quinze heures, dans un minibus où je retrouve un couple américain déjà rencontré sur le Mérapi. Ils avaient attendu la journée entière pour pouvoir en prendre une photo claire, et sont revenus bredouilles.

 

Ils partent eux aussi aujourd’hui à Bali. Notre minibus nous conduit jusqu’à la gare routière où un gros bus dit VIP nous attend. Il partira à quatre heures, nous annonce le chauffeur, qui nous attendait. Quant à nos deux Américains – ou, plus précisément, un Américain et une Américaine, on leur a réservé deux places à l’avant, Les places 1a et 1b. Ainsi, ils seront aux premières loges pour assister au spectacle des prouesses routières de notre conducteur.

 

Pour des raisons qui m’échappent, dans un bus où il y aura, au départ, moins d’une dizaine de voyageurs, on m’a réservé une place au milieu du bus. Nous sommes tous artistiquement éparpillés. Ce ne doit pas être pour un problème de balance ; un bus, même VIP, n’est pas un Boeing 727. Attendant de voir, et sachant que le bus ne partira pas avant une bonne heure, je fais le tour de la gare, m’achète des cacahuètes que je partage bientôt avec des gosses ravis.

 

Une fois le tour de la gare fait, je m’aventure dehors : rien de bien intéressant non plus. Comme de plus en plus souvent, en Asie et en Océanie, une mode fait que les terminaux de bus sont déplacés à l’extérieur de la ville, au milieu des champs. L’idée était, dit-on, d’avoir un vaste terminal, le prix du terrain ne comptant pas, frais comme une rose et ultramoderne, parfaitement bétonné et disposé avec intelligence. On a, usuellement, un terrain vague avec des cahutes caparaçonnées de tôle ondulée, au milieu des champs.

 

A Yogja’, il faut le dire, le terminal lui-même est raisonnablement bien fini, et chaque bus a sa place, bien clairement indiquée par deux traits parallèles de peinture blanche, devant un numéro. Par contre, dès que l’on sort, il n’y a rien. Une route passe devant le terminal, devenant piste, si on va vers la gauche, allant vers la nationale, si on va vers la droite. Quelques masures branlantes, dans lesquelles un valeureux candidat capitaliste s’est monté un petit supermarché, aux prix plus compétitifs que les magasins du terminal. On y trouve de l’eau, de la bière, des chips.

 

Alors, retour au bus, introduction plus formelle auprès de mes Américains et on bavarde jusqu’au moment où le chauffeur arrive, prend place derrière le volant, fait tourner le moteur et … démarre, une demi-heure, peut-être, avant l’heure officielle qu’il nous avait donné précédemment. Nous ne pipons mot, laissant l’homme concentré sur la conduite – et il faut mieux – mais je serais curieux de savoir combien de passagers ont raté le bus…

 

Première règle, apparemment, en Indonésie, pour qui veut prendre un bus interurbain : arriver largement à l’heure. Effectivement, ce n’est pas la première fois que je remarque un démarrage en avance sur l’heure dite, mais c’est la première fois que l’avance est aussi flagrante. Monsieur a peut-être une fiancée qui l’attend à Denpasar. Ou alors, il a fait son compte et tous les clients prévus sont là ?

 

La conduite à l’indonésienne, j’en avais déjà eu un avant goût à Sumatra. Mais c’était de jour, avec de petits bus au petit moteur à l’agonie, sur de petites routes peu fréquentées et dans un état tellement déplorable que le chauffeur – le chauffard - ne pouvait faire preuve de toutes ses capacités de virtuose du volant sans que les pneus ne s’envolent.

 

A Java, sur les grands axes, c’est une autre paire de manches. Les routes ne sont pas fameuses, mais elles sont. C’est déjà ça. De ce fait, déjà à peine passée la porte de sortie de la gare routière, le moteur rugit, monte dans les tours, le bus fonce et dépasse Tuk Tuk, mobylettes, vaches, autobus, vélos, rats, piétons, voitures, camions... restant pour cela plus longtemps que souhaitable du côté de la route d’où viennent, en face, d’autres vaches, d’autres vélos, d’autres autobus, d’autres camions. Le but est probablement d’avoir la route à l’influence, au bluff, en faisant peur à l’adversaire motorisé ou quadrupède qui a le culot d’occuper le terrain devant nous mais, pour des étrangers naïfs et peu au fait des coutumes routières du pays, notre conducteur, ou plutôt, notre pilote, semble chercher la collision frontale à tout prix.

 

OfferingMes deux américains blêmissent et se rappellent, l’une après l’autre, toutes les prières que leurs parents leurs avaient apprises, quand ils étaient petits. Le pilote de notre bolide a, quant à lui, pris ses précautions à l’avance. La compagnie est, de toute évidence, balinaise et, donc, de religion hindouiste : je remarquerai, en partant de Denpasar, quelques jours plus tard, que les pare-chocs des bus sont protégés à coups d’offrandes aux dieux – Bref, aucun risque, puisque, gagné à notre cause par les offrandes qui lui ont été faites, Ganesh, Vishnou ou Shiva nous protège.

 

La question reste de savoir ce qui se passe, quand le bus protégé par Ganesh et conduit par un trompe-la-mort primesautier dans le genre de notre chauffeur, rencontre un autre bus protégé par Vishnou et conduit par un autre taré. Les dieux se battent ? Dans les films de Bollywood, oui, très probablement, l’intervention divine est automatique ; les dieux se battent, ou collaborent, dépendant du film et, à eux deux, Vishnou et Krishna peuvent bien trouver une solution pour que les deux bus passent l’un à travers l’autre sans dommage.

 

Je verrais bien le fils de Ganesh, sur ce coup là.

 

En tout cas, en tant qu’ancien combattant de Bollywood et en tant que connaisseur du panthéon religieux indien, je dois dire que la protection divine me semble bien précaire : les dieux, quels qu’ils soient, sont usuellement des caractériels, du petit Jéhova au vieil Allah cruel ; du petit Ganesh farceur à la vieille Héra jalouse ; de la déesse-princesse Rayamanava, la faux-cul, à l’antique Baal sanguinaire. Ils aiment la castagne, ils aiment les catastrophes, ils aiment la vengeance mesquine, ils aiment le sang.

 

Pour moi, offrandes ou non, le bus n’est pas plus protégé que cela. Mes deux Américains en arrivent à la même conclusion et, profitant du fait que le bus est encore presque vide, reculent de plusieurs rangées, vers le milieu du bus, juste devant moi. Là, nous bavardons, discutons politique, philosophie à la petite semaine, quotidien, et comparons nos trajets. Madame jette un œil sur la route, de temps à autre ; elle arrête alors de respirer et ses doigts, qui tiennent fermement son accoudoir, se crispent et blanchissent.

 

Nous longeons le flanc du Mérapi, puis passons Prambanan, aperçu un instant entre deux manguiers. La journée, tout doucement, grisaille, s’assombrit, devient crépuscule. C’est bientôt la nuit. Notre chauffeur n’en ralentit pas pour autant et, au milieu de notre conversation animée, j’entends parfois des rafales de coups de klaxons destinés à apeurer un adversaire qui a encore le culot de rouler sur sa bande à lui.

 

Arrêt de nuit, repas délicieux de curry, mais un nuage de moustiques importuns. Redémarrage. Nous décidons de prétendre qu’il n’y a rien à voir à l’avant, et nous préparons à dormir, chacun sur sa banquette, bien soigneusement choisie vers le milieu du bus. Sur notre gauche, plongés dans le plus profond sommeil, nous laissons passer le mont Bromo au cratère rougi, qui gronde, qui hoquette, qui est probablement en train de préparer une bonne petite éruption, comme chaque année.

 

Vers les quatre heures du matin, arrivée dans une ville inconnue, au nom imprononçable, que nous traversons avant d’arriver à la jetée où nous prenons le bac à destination de Bali. Petit bac minuscule et de forme ovale, en bon état encore, malgré sa couche de rouille, et qui me rappelle ceux qui relient Penang à Butterworth, en Malaisie. Les rats se poursuivent dans les coursives, sans faire attention à nous. Au moins, s’ils n’ont pas quitté le navire, c’est que la traversée se fera sans naufrage… Une heure de navigation, arrivée à Bali, dans le noir encore. Les locaux sont priés d’aller montrer leurs papiers au poste de police – ah, oui, j’oubliais de dire que l’Indonésie a des frontières intérieures qu’il n’est pas autorisé, pour les Indonésiens, de franchir sans permis. Pour les étrangers, il y a une règle du même tonneau, quand ils vont en Irian Jaya – la section de la Papouasie que les Indonésiens ont occupés avec la douce complicité des Nations Unies, il n’y a guère, et où ils terminent de génocider les populations autochtones.

 

Redémarrage dans la lumière de l’aurore qui, peu à peu, nous laisse admirer l’extraordinaire luxuriance de la végétation et l’incroyable densité de la population : nous ne pouvons pas rouler cinq minutes sans passer un village et sa forêt de temples. BalitA gauche, à droite, traversant la route, déboulent des cochons noirs, des poules, des gens. Le chauffeur, sentant l’écurie, n’en ralentit pas pour autant et use de son avertisseur avec pétulance, afin d’éviter le plus gros et de pouvoir, si, pour sa malchance, une vache, une mobylette ou un gosse lui passait sous les roues, déclarer l’œil doucereux et la bouche en cœur, à la maréchaussée : «et j’avais pourtant klaxonné»…

14:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Sortie de Borobudur

Mais revenons-en à Bobobudur, quoique je ne sois pas ici à écrire un guide. Au détour du chemin, quand on voit soudain ce gigantesque bloc, hérissé de clochetons, on est touché. On ne sait trop si Borobudur est beau ; Borobudur est, en tout cas, marquant.

 

Borob1La multitude des stupas, des niches à Bouddha, des Bouddha, des scènes sculptées à chaque niveau, le long du chemin de pèlerinage, tout cela, dans son dérisoire espoir de se gagner des mérites pour un prochain avatar qui sera préférable à celui dans lequel le sculpteur qui sculptait, l’esclave qui portait, le commerçant qui finançait tout cela, vit à cet instant, tout cela est émouvant.

 

Etre athée ne veut pas dire qu’on en a moins de compassion pour le pauvre hère. Et quand on connaît – ne serait-ce qu’un peu – son Histoire, on sait combien notre vie quotidienne est, aujourd’hui, miraculeusement facile, quand on la compare ne serait-ce qu’à celle de nos grands-parents. Nous oublions, dans notre quotidien sans anicroche, la chance extraordinaire qui nous a permis de ne pas revivre de guerre en Europe ; qui nous permet d’aller un soir de notre choix chez un médecin, parce qu’il y a une petite cochonnerie qui nous cause du souci ; de soigner une maladie, dont nous apprenons qu’elle est grave, en deux coups d’antibiotiques - une maladie qui tuait à coup sûr, il n’y a pas cinquante ans.

 

Et qui tue encore quotidiennement, dans des pays où l’on ne sait pas encore trop bien ce que sont les antibiotiques.

 

Tout cela nous éloigne de Borobudur, c’est vrai. Et ces malheureux qui ont fait Borobudur vivaient une vie autrement plus dure que celle que l’on pourrait imaginer : de l’age de la pierre jusqu’au dix-neuvième siècle, pour les frères humains qui avant nous vivaient, la terre est une vallée de larme ; le passage sur terre est un cauchemar qu’on souhaite voir finir, avatar après avatar, quand on aura enfin le bonheur de devenir Bouddha.

 

Il n’y a pas grand monde ce matin, à Borobudur, quand la mousson semble s’éterniser, que les tremblements de terre refont parler d’eux, que les volcans grondent, que les attentats terroristes musulmans tuent avec une régularité inquiétante. En réalité, ce n’est guère plus noir aujourd’hui qu’il y a quelques années ; c’est simplement qu’aujourd’hui, on en parle. Et puis, Bali, qui n’est pas loin, Bali, la grande métropole touristique vers laquelle tous les Australiens se tournaient, a eu droit à un deuxième attentat particulièrement meurtrier l’an dernier. Ca a marqué les Australiens. Aujourd’hui, Bali est vide ; Java est bien tranquille.

 

A Borobudur, en ce jour de grande affluence, nous devons être, à tout casser, une dizaine de visiteurs.

 

Et pourtant, la mousson n’est pas bien gênante, quand elle est sur sa fin.

 

En sortant du bloc central, de la zone protégée par l’armée et la police, et vide de petits vendeurs de tout et de n’importe quoi, vous êtes immédiatement abordé par les colporteurs qui vous proposent des éventails de bois, de fausses antiquités, des glaces, des parachutes, des jouets mécaniques, des boissons fraîches, des batiks. Ignorant la double haie des importuns, vous avancez dans des jardins méticuleusement tenus, avec ici et là un bâtiment à intention musaïque, dans lesquels vous pouvez observer des diaporamas illustrant la vie des indigènes, au bon vieux temps du néolithique, ou une expédition de type Kon Tiki, faite il y a peut être vingt ans, qui a amené un bateau, fait à l’ancienne, de Java jusqu’aux côtes de l’Afrique de l’Ouest, en vue desquelles il a coulé.

 

C’est parfaitement inintéressant.

 

Vous sortez bientôt, par le chemin obligé et indiqué d’un EXIT marqué en rouge, sur la place qui borde le parc et où vous attendent de pied ferme une bonne centaine de boutiques et de boutiquiers. Un trajet a été habilement tracé de telle manière que vous devez passer devant chaque échoppe. Chacun vous hèle. Si vous parvenez à sortir du dédale sans avoir rien acheté, vous devez vraiment avoir un cœur de pierre. Ou alors, une volonté de fer.

 

Bientôt, vous voilà, prenant le chemin tranquille qui y mène, à la gare routière – un long bâtiment irrégulier, couvert d’un toit de tôle ondulée. La plus grande partie de l’espace protégé de la pluie par ce toit est prise par des cantines de rue, et leurs tables maintenant installées à demeure. Le bus est en retard, ou bien il est annulé. On a le temps de prendre un morceau, en attendant le prochain départ.

13:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : antiquite, art |  Facebook |

01/05/2007

Les Bouddha sous cloches

Borob3Ah, oui, et les Bouddha sous cloche ou non, vous demanderez-vous, c’est quoi, cette affaire ? En fait, tout en haut, au septième et dernier niveau, tous les Bouddha étaient sous cloche, à l’origine. Pourquoi ? Pas la moindre idée, mais c’était ainsi. Et, en y réfléchissant, c’est tellement étrange et semble tellement éloigné de la liberté que le bouddhisme, en tant que philosophie, semble offrir…

 

Puis, fondations faiblissantes – au bout de quatre ou cinq siècles, il est difficile de reprocher quoique ce soit au maître de chantier – et tremblements de terre, guerres, destructions, pillages et vols, les cloches se Acephalesont effondrées quand on ne les a pas un petit peu éventrées à coups de pics ou de pieds de biche. Les Bouddha ont usuellement, dans la foulée, perdu la tête et la main droite – c'est ce qui se vendait le mieux, dans un certain monde de marchands d’art et de trafiquants d’objets religieux. Une petite ordure maintenant décédée, qui a un temps été ministre de la culture en France, pourrait en parler avec abondance et sans vergogne.

 

Aujourd’hui, on a reconstruit la plupart des cloches, quitte à y cacher un Borob4Bouddha acéphale. Deux cloches, d’abord reconstruites avec les autres, ont été soigneusement défaites afin de montrer aux croyants deux Bouddha entiers, tels qu’ils sont, ou devraient être. Ca rassure ceux qui ne vont pas regarder dans les cloches et qui se contentent d’enfoncer la main dans l’un des nids d’abeille, de tendre le bras et de toucher le corps, en confiance. Ils se fendent alors d’une courte prière et s’en vont, la visite terminée, le cœur en paix.

 

Toucher un Bouddha de Borobudur, apparemment, ça porte chance.

 

Il est incroyable de noter comme le bouddhisme, dans sa pratique quotidienne, est pure superstition épicière, aujourd’hui comme hier. Il y a Templechinoisainsi, à Bangkok, devant l’une des plus grandes cliniques universitaires du pays, fondé par la communauté chinoise, le bâtiment vraiment principal : un temple dédié à la Sainte Rita du cru. Les parents du malade chinois et hospitalisé s’y précipitent en troupe serrée, y brûlent de l’encens à en asphyxier tout le quartier, y font de riches offrandes pour bien disposer les dieux quant à la santé du cher souffrant.

 

Je serais médecin, travaillant dans cet hôpital, je la trouverais saumâtre.

11:12 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, art |  Facebook |