29/05/2007

Tortues marines

Autour du Blue Lagoon, il y a trois plages : celle qui se trouve devant le guesthouse, qui le prolonge et sur laquelle deux suédoises se prélassent depuis quelque jour, à laisser le soleil leur griller la peau de manière terminale ; deux autres auxquelles on accède en quelques minutes, par de petits sentiers qui traversent l’île. On n’y voit jamais personne. L’une s’appelle la Turtle Beach, l’autre, la Lovers Beach. Toutes deux ont de bonnes raisons de nous tenter : sur la première, il y a parfois, le soir, des tortues qui viennent pondre leurs œufs avant de retourner à la mer. Pour la deuxième, tout aussi solitaire que la première, il y a un nom qui est pour nous évocateur.

 

Quant à celle qui s’étale devant le guesthouse, nous la laissons aux Suédoises.

 

Ici, nous avons loué nos masques, tubas et palmes, et nous allons sur Turtle beach, d’abord. Il faut, pour y arriver, traverser la jungle du nord de l’île, en allant, l’un derrière l’autre, sur un petit sentier que parcourent les fourmis et divers insectes teigneux. A gauche et à droite, il y a des petits varans qui se sauvent au dernier instant, littéralement quand nous allons poser le pied sur eux. La première fois, ça vous fait comme un choc, quand un truc qu’on voit soudain apparaître du coin de l’œil, et qui fait penser à un petit crocodile, déboule sous vos pieds. Comme  on vit ce départ de sprint deux fois par minute, on y est vite habitué.

 

varanLe soir, on voit les moins farouches des varans venir mendier devant les cuisines. Les affamés, les familiers, ce sont de solides gaillards de plus d’un mètre de long, qui courent après les cuistots auxquels ils sont habitués. Les cuistots leur tendent de la bidoche ; ils se redressent sur leurs pattes de derrière et leur mangent dans la main. Ma Hollandaise de Sumatra serait ravie, ici…

 

Arrivés sur la plage, nous laissons nos sarongs à pendre sur la racine volante d’un banian, mettons notre équipement et partons nager. Le maillot de Kina est délicieusement conservateur, allant, pour le bas de la ceinture – qu’elle a parfaite - à mi cuisses – qu’elle a splendides – et, pour le haut, des épaules – qu’elles a parfaites - à mi-ventre – qu’elle a ravissant, par ailleurs.

 

Les palmes ne sont certainement pas inutiles, car il y a un courant qui vient du nord et qui pourrait nous conduire loin. On peut aller sans danger réel, quand on est équipé de palmes, à une cinquantaine de mètres du rivage. D’immenses champignonnières de coraux apparaissent alors, faisant ainsi remonter le fond presque jusqu’à nous. Ce sont de véritables aquariums, paradis de poissons de toutes couleurs, de toutes formes et de toutes races. Je vois des clowns ou des napoléons qui font jusqu’à près d’un demi-mètre de long et qui grignotent avec avidité le fond de la mer. Kina, dont les connaissances aquatiques sont infiniment plus grandes que les miennes, m’expliquera ensuite qu’ils se nourrissent de coraux frais, râpant les excroissances vivantes qui font leurs délices. Ensuite, ils les digèrent, les … chient, et le sable blanc qui nous permet de nous extasier sur la pureté des plages coralines, c’est le résultat de leurs déjections.

 

Quand on sait cela, on regarde d’un autre œil les plages de cartes postales.

 

Il y a aussi, effectivement, au large de Turtle Beach, des tortues qui nagent entre deux eaux, passent entre nous, nous ignorant superbement, allant de ci, de là pour on ne sait quel but de promenade. Ce ne sont pas mes premières tortues marines mais nous jouons de chance, me semble-t-il : elles sont énormes. Ce sont les leatherback, les plus grosses des tortues marines, qui font jusqu’à des deux mètres de longueur, quand on tombe sur des monstres. Celles qui s’ébattent autour de nous doivent faire un bon mètre de long, une largeur en proportion. La nuit, parfois, elles pondent sur la plage et, chaque matin, l’un des employés du guesthouse vient faire le tour, afin de protéger les œufs pondus, dont les tortues pondeuses ne se soucient plus et dont les prédateurs adorent faire leur ordinaire.

 

C’est ainsi que, dans un coin protégé de la plage du guesthouse, il y a des dizaines de nids refaits par cet employé et dont, chaque trimestre, des centaines de petites tortues sortent. Elles descendent alors vers le rivage, de toute la vitesse de leurs petites pattes, et partent vivre leur vie.

 

Pour la plupart, elles mourront en s’empiffrant de sacs plastiques flottant à la surface de la mer, sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses dont elles raffolent, qu’elles ne peuvent avaler qu’à moitié avant qu’ils les étouffent.

 

Après une bonne heure de snorkelling, à contempler tout ce qui nage quelques mètres sous nous, nous revenons à la plage. Il est grand temps de se sécher et de se couvrir. La mer devenait tout doucement plus agitée, la marée descendait et les creux devenaient dangereux car nous étions toujours à quelques centimètres de nous griffer aux coraux. Se griffer aux coraux, ça peut souvent se conclure en s’éventrer sur les coraux… Il était temps de quitter les eaux de Turtle Beach, qui devenaient mauvaises. Après avoir traînaillé sur le sable corallien, tout en faisant des commentaires aigres-doux sur les poissons qui génèrent ce sable, après nous être laissé sécher, nous repartons dans la forêt vierge, le long d’un sentier à peine marqué, pour aller voir Lovers Beach, où nous nous étendons, à l’ombre, bavardant paresseusement, nous occupant l’un de l’autre, jusqu’au moment où la lumière change, nous signalant qu’il est temps de retourner au guesthouse.

 

Demain, Kina ira faire de la plongée sous-marine, pendant que je lirai.

21:52 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natation |  Facebook |

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