24/05/2007

Les Wanita et les Lelaki

Nous nous réveillons un vendredi, tôt, vu que, dans la distance, les habituels hurlements de porc qu’on égorge rappellent que le Croyant est prié d’aller saluer son chef dans le bâtiment ad hoc. Kina fait semblant de dormir pour pouvoir se serrer un peu plus contre moi. Je me laisse faire. Vu la lumière, ce sont les premiers hurlements du jour, que nous avons entendu : il doit être cinq heures, à tout casser, et traîner une heure de plus au lit, peau à peau avec Kina, ce sera un très beau début de journée. Elle a trouvé le moyen, pendant la nuit et alors que je dormais, de chiper un bout de drap, afin de couvrir sa modestie, mais ce bout de drap glisse vite, quand d’une caresse l’autre, nous nous retrouvons à faire l’amour.

 

Il n’est pas loin de sept heures quand l’un et l’autre, nous prenons notre douche, ensemble. Partager une douche en tant que couple amoureux, à mon expérience, ce n’est pas écologique du tout : ça double la quantité d’eau utilisée, et ça quadruple la quantité de savon. Heureusement que nous avons une salle de bain rien qu’à nous…

 

Ensuite, Kina disparaît dans sa chambre pour se rhabiller de frais, je reste chez moi pour faire la même chose.  Grattement à ma porte, je sors, tout sourire et nous nous retrouvons sur le palier, devant une volée d’escaliers que nous dévalons après un dernier baiser, main dans la main, pour aller prendre notre petit déjeuner. Ce dernier se prend dans le jardin arrière, sous une pergola percée qui ne protège qu’à moitié des trombes de pluies qui tombent parfois, au petit matin. A côté de la pergola, il y a un énorme tonneau qui contient d’énormes tortues pour lesquelles je crains le pire. Des lapins libres vous courent entre les jambes et font caca un peu partout. Kina et moi déjeunons, les yeux dans les yeux, nos mains s’effleurant à chaque moment, avant de partir nous promener à l’aventure, dans la ville.

 

Une tasse de thé à la main, nous avons décidé que ce n’est que demain que nous irons aux Pérenthiennes. En effet, même si Kota Bahru n’est pas exactement Tokyo, c’est quand même une petite bourgade qui mérite la promenade. Faisons la promenade, donc.

 

Il y a un tour à faire, des palais de bois du sultan. Dans l’un d’entre eux, on duala non seulement une illustration de ce qu’est le passé de la province, mais aussi des photos de la famille royale. Le papa donne l’impression d’être un demeuré, et la maman est mignonne. Ca me rappelle quelque chose, en tant que Belge… Dans ces musées, on nous refait le coup du dual pricing. Les gosses de la région y sont envoyés en troupe serrées, afin de parfaire leur culture. Ils tapent sur des instruments de musique en bois, mis ici à la disposition des visiteurs, et gloussent en nous voyant, Kina et moi, qui nous prenons parfois la main, et qui nous chuchotons des fadaises tout en nous frôlant sans cesse.

 

Mais avant d’avoir eu l’occasion de visiter les musées et autre palais de ouaillesbois, nous sommes tombé, le matin, sur le cours du vendredi -cours ou prêche, comme vous voudrez le voir - donné par un mollah quelconque, et auquel la population entière est convoquée car rien n’est plus important qu’écouter la parole du grand Lala le miséricordieux. Une foule serrée, messieurs d’un côté, dames de l’autre, chacun sous sa tente respective, au cas où il pleuvrait, écoute donc respectueusement le mollah parlant de choses et d’autres. Cette fois ci, vu la répétition de mots modernes compris dans toutes les langues, je le soupçonne d’expliquer à ses ouailles le danger des appareils photos qui conduisent à la pornographie. Oui, c’est bien connu, l’appareil photo conduit tout naturellement à la photo cochon, puis à l’enfer. Je traduis mes conclusions à Kina, qui penche la tête et cache son sourire sous une masse de cheveux blonds et bouclés. Je l’adore.

 

Les messieurs, sous une première tente, ont tous coiffé leur petit bonnet qui prouve qu’ils font attention aux commandements de l’islam. Certains – ceux qui ne souhaitent pas acheter d’appareil photographique, je suppose - écoutent monsieur le Mollah, entouré de gardes du corps farouches et moustachus avec attention, pendant que d’autres lisent le journal en attendant que les choses se passent, et que les plus jeunes reluquent dans la direction des dames.

 

ouailles3Les dames, sous une autre tente, s’assoupissent serrées les unes aux autres, pendant que les plus jeunes prennent des notes. Faut-il être conne… J’imagine que c’est dans cette tourbe adolescente que les extrémistes trouvent leurs futures martyres suicidaires, celles qui se font sauter pour le bien d’on ne sait pas trop quoi, d’on ne sait pas trop qui, mais certainement pas pour le leur. Pauvres dindes.

 

 

Kina et moi passons discrètement derrière les messieurs qui l’observent – allahses jambes, surtout - pour aller jusque derrière les dames endormies. C’est, pour elle, plus sécurisant. Dingue, quand j’y pense : elle est habillée avec la plus grande modestie, et ce n’est pas encore assez. Des grands placards, en ville, rappellent quelle doit être la tenue qu’une femme doit porter : seul le sac à patates trouve grâce aux yeux du créateur de ces placards. Toutes les dames que nous croisons, ou presque, sont pécheresses, alors. Tant pis pour elles.

 

Ding dong, il doit être temps d’aller déjeuner ; Kina a une faim de loup, moi aussi. Repas fini, nous quittons le restaurant et nous continuons à wanitacourir la ville. Le supermarché nous amuse, avec – c’est de toute évidence, un règlement municipal, des caisses réservées aux dames, et d’autres aux messieurs, des Kaunter pour Wanita, et d’autres Kaunter pour Lelaki. Je prends la photo et les wanita caissières du supermarché sont ravies de figurer dessus. Elles iront en enfer… Et puis, je remarque, rares sont les lelaki et les wanita qui font attention aux indications sexuées des caisses.

 

A vrai dire, on remarque vite que les courses à la musulmane n’impliquent en rien des queues mixtes : Monsieur le Lelaki se promène dans les rayons du supermarché, avec fiston et fifille, à picorer ce qui lui plait sur les étagères et à le déposer entre les mains de sa Wanita, qui suit en poussant le trolley. Madame la Wanita s’empresse d’empiler le produit de leur rapine avec le reste des courses de la famille. Ensuite, l’ennui gagnant le Lelaki et ses petits anges, il prend les enfants, et va prendre l’air avec eux, dehors, et leur fourre une glace en bouche, pendant que la Wanita fait la  queue.

 

Après une journée de promenades et de visites, nous revoilà dans ma chambre. Nous avons réservé notre bateau, pour demain matin, et une chambre dans un petit guesthouse caché au nord de la plus petite des deux îles : le Blue Lagoon. Le nom est magique, l’endroit l’est aussi.

19:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wanita, lelaki |  Facebook |

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