13/05/2007

Le marché aux oiseaux

A Yogja’, devant les ruines du palais des eaux, il y a un marché aux oiseaux. Tous les cicérones de la ville vous recommandent chaudement sa visite. En ces temps de grippe aviaire, rien de plus sain qu'une visite d'un marché aux oiseaux, bien entendu. Les cicérones, ce sont les vélotaxis qui, une fois qu’ils vous ont convaincu d’aller à l’endroit proposé, vous y véhiculent. Ensuite, ils essaient de se faire un petit extra en vous guidant, soit dans les ruines du palais, soit dans les ruelles du marché.

 

Ah, et puis, bien évidemment, en route, ils vous arrêtent devant une boutique de produits artistiques du cru – en d’autres mots, des batiks.

 

Si, pour la visite du palais des eaux, l’usage du cicérone est évident, car il faut s’y retrouver, dans ces ruelles tortueuses de l’ancienne vieille ville, désertée depuis que les touristes, à force de bombes antipathiques et musulmanes, ne viennent plus acheter de batik, il faut signaler qu’il n’est pas sans utilité, pour la visite de l’animalerie à ciel ouvert qu’est le marché aux oiseaux.

 

Sans être immense, le marché est grand, et divisé en quartiers : il y a celui des pigeons – les Javanais sont de toute évidence d’ardents colombophiles. Il y a celui de la nourriture pour animaux, en général, et pour oiseaux en particulier. Il  y a celui des autres oiseaux, incluant les poules vives, mais destinées au couteau du boucher, celui des lapins nains, celui des chauves-souris, celui de tout ce qui est saurien. Au milieu de tout cela, dans une odeur suffocante de merde et la fumée des kreteks, avec des plumettes qui volent jusque dans vos narines, il y a deux restaurants où clients et commerçants viennent se rafraîchir, ou prendre un morceau sur le pouce.

 

J’oubliais de signaler qu’avant même le marché, il y a un certain nombre d’échoppes qui vous vendent des cages – faites main, de toute évidence. Elles sont jolies, c’est vrai.

cage

 

Les pigeons, donc. C’est près d’un tiers du marché qui leur est dévolu. Dans deux ou trois ruelles un peu plus larges que les autres, on les entraîne au vol, à partir et revenir. Pour cela, rien de plus simple : dès que les mâles sont devenus de grands garçons, on a collé dans leur cage une femelle pigeonau tempérament de feu. Ils ont donc découvert les joies de l’amour avec ladite femelle et, quand on les lâche, on garde la femelle sous clé, bien entendu. En fait, une fois le pigeon lâché, monsieur l’entraîneur, usuellement, tient la femelle en main, et l’agite bien haut, pour que le pigeon sache où est sa jeune camarade. Il revient à la vitesse de l’éclair, en faisant des piqués qui rappellent assez bien les Stukas. Bizarrement, en effet, on leur colle à la queue un sifflet dont je ne vois pas très bien l’usage.

 

Ensuite, il s’installe sur la cage où Madame a été ré-enfermée et lui roucoule des fadaises, jusqu’au moment où on le relance dans les airs, qu’il repart faire un tour, et qu’il revient en piqué pour embrasser sa dulcinée. De plus, à chaque retour, on lui offre un petit quelque chose de bon à manger, ce qui l’amène vite à associer retour et avantages en nature.

 

Au bout de quelques jours, l’habitude est prise, et le pigeon revient sans qu’on ait besoin de lui agiter quoi que ce soit de loin, ou de le gaver de bonnes choses à manger.

 

insectsDu côté de la nourriture, pour y venir, c’est tout ce que nous connaissons, dans nos animaleries européennes, je suppose, avec un extra : des insectes attrapés je ne sais comment, qui se vendent pour une bouchée de pain – façon de parler, bien entendu – et dont les oiseaux de tout plumage et de tout ramage raffolent. Selon l'expression traditionnelle, ils vendraient leur vieille mère malade pour avoir l'un de ces insectes dans leur bec.

 

Ce sont les autres sections qui sont étranges : il y a des hordes de lapins, nains ou pas, dont je me demande bien ce qu’on peut faire – on ne rabbitmange pas de lapin dans le pays, et je ne vois que rarement quelqu’un acheter un mignon petit pinpin pour sa fifille ou son fiston. Tranquilles, ils sont là, sur des caisses en bois qui leur font office de cages, quand on les transporte ; à monter l’un sur l’autre ; à grignoter, côte à côte, une carotte ou une feuille de chou, tout en taillant une bavette, je suppose ; à regarder avec curiosité le monde qui les entoure.

 

Il y a les incontournables chiots. Que serait un marché aux animaux sans chiots, sans chatons… Ah, tiens, assez curieusement, pas de chatons ici.

 

Il y a de minuscules anguilles. Je crains bien qu’elles ne soient ici que pour servir de nourriture à l’un ou l’autre des animaux du marché.

ang

 

eagleIl y a des aiglons qui vous regardent d’un air hargneux. Il y a des chouettes minuscules, effarées, qui se demandent ce qu’elles font là. Il y en a de plus grandes, qui n’ont pas de réponse à la question non plus. Il y a des chauves-souris ; il y a des varans – des petits – et encore des salamandres de toutes races, de toutes couleurs, de toutes tailles.

 

Alors, les varans, vous expliquera votre cicérone, on les mange : c’est bon pour les douleurs musculaires et leur sang refait de vous un homme avec une érection comme les acteurs de films cochons.

 

Effectivement, j’ai déjà entendu ces billevesées en Thaïlande – à Hat Yai, plus précisément – mais c’était avec des serpents. Avouons une grosse saleté : j’avais même essayé, une fois pour voir, un alcool au sang de serpent, afin de voir si le résultat valait les promesses. Entre nous, ça ne fait pas plus d’effet que cela.

 

salamRevenons-en donc à notre petite cuisine médicale. Les salamandres… dépendant de leur race, on les utilise dans des préparations médicinales qui soignent des maladies de vieux : les rhumatismes, l’arthrite, les lumbagos, les intestins paresseux. Quant aux chauves-souris, elles passent elles aussi à la casserole du rebouteux : c’est bon pour la gorge.

 

Du temps que j’étais gosse, on faisait encore, dans les campagnes reculées, du sirop pour la toux à coups de limaces. Inutile de préciser que j’ai toujours fermement refusé d’en avaler la moindre cuillerée. Les hivers à la montagne, je ne prenais pas froid, et voilà. Et si je prenais froid, je réclamais haut et fort un rendez-vous chez le médecin.

 

Bouffer des limaces…

16:29 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : medecine |  Facebook |

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