10/05/2007

Mer, Pirates, Tempêtes, tout ça...

Quatre jours plus tard, je suis dans un bus de nuit – enfin, de nuit – qui roule ver Yogja’. Encore à ruminer l’échec de mon essai de voyage vers la Papouasie. Enfin, bon, n’en rajoutons pas. C’est un peu vexant, mais demain sera un autre jour et si ce n’est pas ce coup ci, ce sera la prochaine fois.

 

Quoiqu’il en soit, pourtant, à l’agence, ça n’avait pas trop mal commencé. Le trajet que nous avons médité avec Mademoiselle semblait jouable et je m’étais donné deux jours de battement, vu que l’Indonésie… Les problèmes avaient commencé, cependant, dès les premiers coups de téléphone, dans le but de réserver une place, pour passer de Peninda à Barat. Le premier segment, comme on dit dans le monde du voyage, avait pû être réservé sans problème, mais ensuite, toujours la même réponse : «pas de bateaux, à cause des pirates ». Et puis, miracle, un bateau en partance vers Makassar. Rien ensuite, rien que l’on puisse savoir. Bon, m’étais-je dit, je prends toujours le billet pour Makassar ; on verra sur place.

 

Au désespoir de ma vendeuse, j’avais donc alors arrêté les frais, avais réservé mon premier voyage seulement, et n’avais pas pris en considération le billet d’avion qu’elle s’évertuait à me placer, pour faire plus simple. De toute manière, c’était, pour arriver en PNG, un périple assez biscornu aussi, et pas exactement gratosse. Ou alors, c’était voler de Denpasar à Jakarta, puis de Jakarta à Jayapura. Moins cher, mais tellement banal…

 

Le départ pour les Célèbes était annoncé pour le début de l’après-midi. Connaissant mes bestiaux, j’aimais autant être au terminal à l’heure… Les départs en retard, on peut attendre, mais les départs en avance, on ne peut pas nager, vu les requins ; on ne peut pas suivre dans une barcasse, avec l’espoir de rattraper le ferry, vu les pirates ; on reste tout bête, sur la jetée, à voir la fumée qui s’échappe, dans le lointain, de ce qu’on devine être la cheminée du tas de ferraille rouillée qui s’éloigne. Et ça, je n’y tenais pas. Départ donc, sur la mer de Java, et j’allais en être.

 

Voyage retardé. Je me promène sur la jetée qui n’est pas fort intéressante, après avoir confié mes bagages à une famille éplorée dont un membre est de la partie. Au bout de deux heures d’attentes et de promenades sur la jetée, voyage annulé. Voyage annulé à cause de … à cause de quoi, au fait ? On parle d’abord d’un incident technique. Vu l’état du ferry, ce ne serait pas particulièrement étonnant. Le bateau doit avoir été construit après la première guerre mondiale, mais tout juste, tout juste. C’est bien simple, son étrave est droite. Vu son grand age, je lui suppose une chaudière plutôt qu’un moteur, et je ne serais pas particulièrement surpris si la chaudière, donc, était fichue.

 

Puis, on en revient au sujet lancinant, dans les mers de Chine, de Java, dans toutes les mers qui entourent les îles indonésiennes : les pirates. Il faut dire que le sujet doit mériter qu’on l’aborde sur radio-trottoir, puisque même les média locaux acceptent, du bout de lèvres, certes, mais quand même, d’en parler. Il n’est pas une semaine sans qu’on publie un petit article relatant la disparition d’un bateau en bon état (très important, cela) lors d’une journée de mer étale, ou l’apparition, sur la côte, de quelques morts tués par balles et qu’on ne puisse accuser que les pirates. Bien entendu, on ne prête qu’aux riches mais, dans ce cas, il semble bien que les pirates ont tout fait pour se rendre populaires dans la région. Finalement, je comprends les familles éplorées qui entourent les voyageurs, comme si elles les conduisaient à l’échafaud. Rester dans cette ambiance une journée entière, et je commence moi-même à regarder la mer d’un air inquiet.

 

Enfin, un message officiel : le bateau ne partira que demain, vu qu’il y a une tempête qui approche et qui doit passer sur Bali, et sur les mers avoisinantes, pendant la nuit. Dans le brouhaha qui succède à l’annonce, je bavarde avec mes voisins. Bon, une tempète, soit, je veux bien, mais les tempêtes que j’ai vues jusqu’à présent, ici, c’étaient tout simplement des hallebardes qui tombaient ; c’est ça qui fait peur au capitaine ? Ah, oui, me répond-on, mais c’est que je n’ai connu, pendant la mousson, que la terre. Ca, c’est exact. La mer, précise-t-on, devient agitée au possible, quand il y a tempète et est-ce que j’ai vraiment envie de me trouver sur une mer agitée avec ça ? Ca, c’est le tas de rouille qui est supposé nous transporter à Makassar. A dire vrai… Vu le nombre de passagers, la taille du navire et le peu de centimètres qu’il y a entre la rambarde et l’eau… j’aime autant que la mer soit calme, c’est vrai.

 

Bon, retour à la guesthouse, sous des nuages qui sont devenus particulièrement menaçants, et départ prévu pour le lendemain, midi. Le petit ouistiti défaille de bonheur, en me voyant revenir.

13:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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