30/04/2007

Borobudur et ses quatre cents Bouddha

Etape suivante de l’exploration de la région : Borobudur. Pourquoi pas Prambanan ? Parce que Prambanan est un temple de type indien, que j’en ai vu des dizaines, que les temples angkoriens sont plus chouettes et que voilà.

 

Chacun ses goûts, c’est vrai, quoi...

 

Et puis, le nom de Borobudur me rappelle Phosphore Noloc, même si ce dernier n’est jamais venu par ici.

 

Borobudur, donc… C’est un endroit qui peut décevoir, pour ceux qui venaient avec l’idée de trouver un site gigantesque, semblable à celui d’Angkor. Borobudur, c’est un bloc de pierre seulement – un bloc incroyablement travaillé, mais un bloc seulement.

 

Oui, oui, oui… Il y a, c’est exact, deux petits temples annexes, situés à un ou deux kilomètres,  de part et d’autre du monument de Borobudur. Mais il faut avouer qu’ils n’ont pas grand intérêt, même si les guides s’échinent à nous persuader du contraire, nous tirant par la manche pour nous y conduire, avec l’espoir de gagner une pièce supplémentaire.

 

L’intérêt de Borobudur n’est pas un quelconque caractère kolossal, dans son aspect monumental. Là, en effet, Borobudur décevrait, comparé à certains des monstres d’Angkor. Borobudur, cependant, est ce qu’on a fait de plus énorme dans l’édition, puisqu’il s’agit d’un livre de plus de quatre-vingts mètres sur quatre-vingts, à sa base, et qui nous fait quand même sept paliers et une trentaine de mètres de hauteur.  

Borob

Sur le dernier palier, c’est vrai, pas de bas reliefs sculptés :il n’y a que des Bouddha sous cloche – à l’exception de deux d’entre deux qu’on a laissé à l’air libre.

 

Roi des singesBorobudur est aussi ce qu’on a fait de plus complet, dans les textes sacrés bouddhisto-brahmaniques. Tout y est illustré: l’Histoire, la Petite Histoire, le détail du quotidien, les Textes Sacrés ; tout y est, en forme de… bande dessinée. C’est l’intégrale d’Alix, dans son principe, conçu par un Jacques Martin de l’époque ; construit et sculpté par des milliers d’anonymes.

 

Physiquement, ça ressemble à un gâteau de mariage à étages – petits personnages tout en haut compris. L’ingénieur responsable a utilisé le sommet d’une colline comme si c’était une dent qu’on allait recouvrir d’une couronne. Le plus gros du travail en a certainement été facilité. Sauf qu’il a fallu monter les pierres au sommet de la colline, bien entendu. L’idée maîtresse du chef de chantier – si on pouvait l’appeler ainsi – devait plutôt être d’en foutre plein la vue au visiteur non averti qui allait débarquer prochainement, que d’épargner la peine du pauvre petit esclave souffreteux.

 

Une fois le principe de la couronne dentaire lancé, on a construit un bâtiment qui rappelle, en beaucoup plus gros, les mastabas égyptiennes de la plus haute antiquité – à cela près que chaque palier est couvert de bas-reliefs sculptés, représentant des scènes de la vie de Bouddha, de celles des rois, de celles du petit peuple, des préceptes de vie. Chaque étage a sa spécialité et d’un niveau l’autre, on se dirige vers la perfection. Au dernier niveau, il n’y a plus que le Bouddha, sous cloche.

 

Borob5Ce n’est pas dire qu’il n’y a de Bouddha qu’au sommet de cette pyramide : en réalité, les représentations du Bouddha sont nombreuses. Il n’est pas un recoin où, au fond d’une niche ou à l’air libre, le Bouddha n’observe le monde de pierre qui l’entoure. Il doit y en avoir trois ou quatre cents.

 

Le temple n’a pas été épargné par les injures du temps. La qualité des fondations, même si elle avait été parfaite, n’aurait quand même pas traversé mille ans sans qu’on puisse noter une petite fissure ici ou là. La qualité des fondations n’avait, bien entendu, pas été parfaite. La pierre de Borobudur est, par ailleurs, de la « pierre d’Angkor », comme on l’appelle, facile à travailler, tendre au ciseau, tendre aux éléments. Il y a eu – nous sommes à Java, ne l’oublions pas – quelques tremblements de terre et, enfin, il y a eu des voleurs.

 

Nous sommes à Java, ne l’oublions pas, je disais…

 

De ce qui précède, on ne sera pas surpris d’apprendre qu’au début du siècle précédent, et après quelques centaines d’années de négligence, d’abandon, d’oubli, Borobudur présentait l’aspect de Berlin après les bombardements de la deuxième guerre mondiale : ce n’était, ni plus ni moins, qu’un tas de gravas sur lequel on pouvait deviner quelques beaux restes.

 

En une quarantaine d’années, Hollandais, d’abord, un peu tout le monde, ensuite, a remis à neuf la bibliothèque qu’est Borobudur. Disons le temple de Borobudur, si Borobudur est un temple. Le sujet reste ouvert à la controverse. On a donc rétabli les perpendiculaires ; les chemins de pèlerinage des niveaux ont été remis en état ; les murs prêts de s’effondrer ont été stabilisés, ceux qui s’étaient effondrés ont été redressés ; les statues ont été retrouvées et remises à leur place, et les trous fâcheux dans les bas-reliefs ont été comblés. On a récupéré, dans les musées nationaux et étrangers, ainsi que dans les collections d’amateurs d’art peu scrupuleux, quant à l’origine des trésors qu’ils obtenaient, les statues du Bouddha protégées, les bas-reliefs sculptés et voyageurs, les têtes de Bouddha volées. On a recollé ensemble ce qui pouvait l’être. Un travail de bénédictin tout simplement admirable, accompli sur un chantier énorme.

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09:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : archeologie, art |  Facebook |

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