23/04/2007

Yogjakarta, son charme et ses horreurs

Dire que Jogjakarta est belle serait presque un mensonge. C’est une ville provinciale, faite à l’indonésienne, avec ses bâtiments décrépis et ses rues défoncées. Une gare de type terminus, sise en plein milieu de la ville, avec deux voies qui la quittent et qui passent un instant sur l’une des rues principales avant de disparaître dans la nature. La gare est plutôt jolie. Quand aux bâtiments qui longent les rues, il y a de tout.

 

L’arrivée en avion est spectaculaire. Pour des raisons qui m’échappent, le vol fait un 8 au dessus de la ville, ce qui permet d’observer son étendue à loisir. Jogja’, comme on l’appelle, repose au milieu d’une plaine, encadrée par des collines uniformément boisées, au relief parfois bien suspect, avec comme un creux à leur sommet. La plus grande de ces collines offre, quant à elle, un véritable paysage lunaire, cataclysmique : c’est le volcan Mérapi, encadré par ses deux acolytes. Tout ce petit monde est toujours en activité. Jogja vit sur un volcan – enfin, juste à côté ; la banlieue grignote sur les premiers contreforts du volcan, pendant que le centre de la ville doit en être éloigné de quatre ou cinq kilomètres.

 

Quoiqu’il en soit, le jour où le Mérapi fera boum, les indigènes le sentiront passer.

 

BataviaSon aéroport est curieusement actif, pour ce qui n’est qu’une bourgade, guère éloignée de la capitale – une heure de vol – qui plus est. On peut compter trois avions au terminal, et un quatrième en attente de décollage, alors qu’on atterrit finalement avec le cinquième. Entré dans le terminal, au son des gamelans joués sans discontinuer par un orchestre, de l’ouverture à la fermeture de l’aéroport, nous allons au carrousel et récupérons bientôt nos bagages. Toujours l’inévitable employé de la compagnie, qui vérifie qui prend quoi. Pas plus mal, je le répète. Une meute de taxis vous saute à la gorge, alors que vous quittez le bâtiment. De l’aéroport à la ville, il doit y avoir, à tout casser, une demi-douzaine de kilomètres et un feu rouge.

 

KaruniaMon hôtel – son nom est le Karunia, le cadeau des dieux  - se trouve dans la rue des hôtels, au centre. Il s’agit d’une grosse maison bourgeoise, qu’on a bien aménagé pour en faire un hôtel tout à fait acceptable. La réception est charmante, le service, efficace et courtois. L’école d’hôtellerie de Java se trouve à Jogja et même les guesthouses les plus rudimentaires ont un personnel qui ferait rêver. La rue, c’est le Kaoh San local, mais autrement plus agréable que celui de Jakarta. Jogja est une ville universitaire. De ce fait, cette bourgade qui a tout pour être un trou perdu est une vraie ville, vivante, où l’on s’amuse, où le contact avec la population est facile, et souvent intéressant – à deux exceptions près : les vendeurs de batik et les masseuses.

 

Jogja est la capitale du batik. On vous en vend partout. Quand vous avancez pour la première fois sur la Mailboro (non, ce n’est pas une faute de frappe – il s’agit d’un mail, d’une promenade, à l’origine, avant qu’on la recouvre de béton, créée en l’honneur du comte de Marlboro, lors de la courte occupation anglaise de Java), vous êtes encadré de vendeurs de tout et de n’importe quoi, qui vous hèlent en espérant vous fourguer les objets les plus invraisemblablement éloignés de vos intérêts. Vous êtes un homme ? On vous prend par le bras aussi bien pour vous faire admirer des cravates ou des porte-cigarettes que des strings coquets en dentelle et des batiks. Vous êtes une femme ? On vous jette des photos de diva à la tête, on vous propose des tatouages dignes des rockeurs les plus épais, on vous propose quand même aussi les strings signalés plus haut. Et des batiks aussi, bien entendu.

 

A chaque instant, vous êtes abordé par un monsieur aimable qui vous assure qu’il vous a déjà vu hier, la semaine dernière, le mois dernier, ou bien c’était votre frère ou votre sœur, et qu’il faut absolument aller voir son exposition de batiks qui ne sont pas des produits touristiques du tout (bin voyons) mais des pièces d’une valeur artistique inestimable, etc, etc, etc... Bah, la première fois, j’y vais toujours. Ca fait plaisir au rabatteur et ça donne un espoir au vendeur. Il s’agit de peinture sur soie, selon des motifs traditionnels ou non, et que, si vous l’achetez, vous pendrez à votre mur, ou vous rangerez bien soigneusement dans un placard, pour offrir à quelqu’un que vous n’aimez pas tant que ça, à Noël. En attendant, sous la chaleur de plomb qui assomme la rue pendant l’après midi, le passage chez le vendeur de batik est une halte bienvenue, lors de laquelle, de plus, on se voit offrir un thé.

 

Les batiks, c’est franchement pas terrible.

 

Enfin bon, chacun son goût.

 

merrygoroundA part les rabatteurs de batiks, sur la Mailboro, donc, que trouve t-on de beau à faire en ville ? Toujours sur la même artère, il y a les revendeurs de tout et n’importe quoi. Il y a des musées – à éviter. Il y a des cantines de rue, il y a une foire permanente que les enfants et leurs parents fréquentent beaucoup.

 

 

 

 

 

taxiIl y a des vélos-taxis dont les conducteurs vous hèlent à chaque pas, vous proposant des prix démentiels pour vous transporter sur deux cents mètres. Il y a d’autres conducteurs un peu plus réalistes, qui vous proposent ce qu’ils appellent eux même « le prix indonésien », par opposition au prix touriste.

 

 

 

 

 

Pas de tuk-tuk comme à Jakarta. Dommage, les modèles sportifs de Jakarta sont amusants. Dangereux, mais amusants.

tuktukjak

 

 

Il y a des mendiants, qui exhibent des plaies et des difformités à vous faire vomir.

 

beggars

 

Il y a aussi le palais du sultan. L’état de Jogja est le seul état indonésien encore gouverné en partenariat entre le pouvoir central et le sultan. Apparemment, ledit Sultan – ou, plus probablement, Monsieur son papa – avait été particulièrement admirable lors des dernières années de l’occupation hollandaise et le petit peuple de Java entier garde une dévotion particulière pour l’institution. On peut visiter le palais, sorte de cité interdite protégée par de vieux gardes, armés de kriss.

Kriss

 

 

birdmarketIl y a le palais des eaux. C’est là qu’il faut aller, tôt le matin, pour prendre une photo du Mérapi, avant qu’il soit noyé dans la brume qui semble souvent le cacher à la ville. Autour du palais, dont seule une double arche a survécu au dernier tremblement de terre, un marché aux oiseaux, une piscine pour le sultan et ses épouses, une mosquée secrète, quelques bâtiments que l’on s’évertue à réparer, entre deux tremblements de terre qui les aplatissent à nouveau.

13:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tourisme |  Facebook |

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