21/04/2007

Borneo Guesthouse, et ses rats

JakJalan Jaksa, c’est moche. On ne peut pas dire que Jakarta attire les voyageurs, en général, et les backpackers en particulier. Jakarta, c’est une ville laide, un amas de béton qui pèle et qui n’a rien de bien intéressant à offrir.

 

De ce fait, Jalan Jaksa, ce sont quelques hôtels dignes de l’Inde, trois bars de nuit ; deux bars de jour, dont un bar allemand, avec Knödels, Schnitzels et Sauerkraut ; un bar de vingt-quatre heures sur vingt quatre. Dans ce dernier bar, on peut prendre son petit déjeuner à des heures inimaginables, mais il faut bien savoir qu’on aura à se protéger de vols de bouteilles de bière lancées par de joyeux fêtards de la nuit d’avant, accompagnés par des dames qui sont toujours prêtes à faire connaissance avec l’un ou l’autre petit nouveau, contre monnaie sonnante et trébuchante. L’un des deux problèmes est que, au petit matin, elles sont usuellement fatiguées, bourrées et, de ce fait, bien peu attirantes, avec leur rimmel qui coule.

 

Le deuxième problème est que, au petit matin, la barbe commence à percer le fond de teint et fait désordre.

 

Les hôtels de Jalan Jaksa, le Kaoh San indonésien, donc, sont également accueillants pour les voyageurs et pour les rats. Je me souviens, la première et dernière fois que je suis arrivé à Borneo Guesthouse, avoir vu descendre un rat de l’étage, pendant qu’un deuxième me filait entre les pieds pour aller se cacher dans un endroit discret, au fond à gauche.

 

Il est vrai qu’il était six heures du matin et que personne, ou presque, n’était debout. Le patron, encore endormi quand j’avais passé la porte d’entrée, avait ouvert un œil, puis le deuxième, s’était levé pour aller me chercher une clé de chambre qu’il n’a jamais eu à me donner, vu que je ne souhaitais plus dormir dans son établissement.

 

J’ai donc, depuis, choisi d’aller planter ma tente dans un autre Guesthouse, dans lequel je n’ai, à ce jour, lors de mes passages, jamais vu ni rats, ni cancrelats, ni rien de moche de ce genre.

 

Oui, je sais, on me l’a dit : ce n’est qu’une affaire de temps. Eh bien, étant du type optimiste, je n’en suis pas certain.

 

Me voilà donc devant mon Guesthouse habituel. Malgré l’heure tardive, il fourmille d’activité. Le patron a décidé de rénover un peu : quelques travaux de peinture, qui ne font pas de mal, je dois dire, et remplacement de quelques fils électriques datant de Mathusalem. Il était temps. L’endroit fait nettement plus coquet, même alors qu’il est encore en chantier. Je suis reçu comme le fils de la maison, à ma grande surprise : c’est que les travaux, les taches de plâtre, l’odeur entêtante de la peinture, ont chassé les clients potentiels, alors que nous ne sommes pas encore vraiment en saison : la queue de la mousson traîne encore. Bref, je suis seul pensionnaire ce soir.

 

Du coup, j’ai droit à l’une des rares chambres où le matelas peut vraiment être appelé matelas. Dans la plupart des chambres, ce sont des paillasses, enfin, plutôt des cotonasses, dignes des pages les plus noires d’un Zola contemporain.

 

Mais il n’y a ni rat, ni cancrelats dans les chambres.

 

Ni puces dans la literie.

 

Une fois les travaux de peinture terminés, m’explique le patron, alors  que j’ai déposé mes affaires dans ma chambre, et que je suis descendu remplir les formulaires de police, il envisage de remplacer les lits les plus amochés. Bonne idée. J’espère qu’il en fera de même pour les draps, usés jusqu’à la trame, et souvent troués.

 

Jakarta, disais-je, est une ville laide. Outre les bâtiments futuristes qui font le Jakarta moderne, et qui vieillissent avec la mode, il y a un quartier chinois littéralement démoli, lors des dernières émeutes d’il y a bientôt dix ans : maisons brûlées, façades défigurées, magasins pillés, plusieurs centaines de morts. Les morts ont été enterrés à la sauvette, le quartier a été rafistolé plutôt que remis en état, dans l’attente angoissée du prochain orage.

 

Le musulman moyen n’est pas extraordinairement travailleur ; l’immigré chinois, si. Le musulman moyen est donc pauvre, quand le chinois est riche – ou, du moins, peut voir venir. Résultat : émeutes antichinoises, vu que ces chiens de capitalistes apatrides à la religion douteuse sucent le sang du noble prolétaire musulman et Indonésien.

 

Vingt ans plus tôt encore, les musulmans se lançaient dans une tentative de génocide des chinois indonésiens, vu que ces derniers étaient communistes.

 

Quand on en veut à quelqu’un, ou à son coffre fort, on trouve toujours une bonne raison pour lui taper dessus et le dépouiller. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère...

 

Chinatown est encore aujourd’hui un quartier moche, avec des traces de gnons partout. Le risque de ratonnade n’est certainement pas exclu, et les chinois se font discrets, tout en continuant – les pauvres, que peuvent-ils faire d’autre – à travailler et, horresco referens, à gagner des sous. J’imagine qu’il y a, en dessous de toute cette activité, le vague rêve de retourner un jour à la Mère Patrie, quittée par leurs ancêtres il y a au moins deux siècles. Pour y retrouver quoi ? C’est le fantasme des juifs d’avant guerre, qui ont bien déchanté, le jour où il devenait possible d’aller l’an prochain à Jérusalem.

 

Hors Chinatown, il y a Batavia – c’est l’ancien nom de Jakarta, et c’est aussi le nom donné au vieux quartier hollandais de Jakarta. C’est remis en état, ce n’est pas vilain, mais ça ne vaut certainement pas les jolis quartiers de Malacca et leur mélange portugais, hollandais et chinois. Vive la Malaisie.

 

Vraiment, hors deux ou trois rues qui visent le tourisme gros comme une maison, et qui n’arrivent même pas au niveau des quartiers shopping à thème de Singapour, Jakarta est laide ; il n’y a rien de plus à en dire.

11:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux |  Facebook |

Commentaires

Aaaarghhhh!!! Pas d'accord monsieur! Quel tableau sombre de notre bonne petite Jakarta!! La prochaine fois que tu viens fais moi signe, je te montrerais Jakarta sous un autre angle :-)

Écrit par : Jakartateam | 22/11/2007

Les commentaires sont fermés.