20/04/2007

Arrivée à Jakarta, dans un avion qui ne s'écrase pas

Me voici à Medan, en fin de matinée, fraîchement arrivé de Parapat, et je file à l’aéroport, à califourchon sur une mobylette, ma valoche fermement tenue entre les jambes du conducteur, mon ordi sur le dos, me chercher un billet pour Jakarta. L’Indonésie est sans doute le seul pays où je fais entorse à mes principes : j’y prends quelquefois l’avion. Sinon, sur certains trajets, c’est vraiment trop long. De toute manière, avec trois avions plantés en deux semaines, le dernier, c’était hier, je suppose que la statistique me protège dorénavant.

 

La descente vers Jakarta, en bus, prend officiellement deux jours. C’est l’horaire annoncé. Dans un bus dit VIP, mais c’est un gros mensonge, il faut descendre tout Sumatra, et les routes ne sont pas toujours dans un état satisfaisant. Je n’ai jamais entendu dire que l’horaire avait été respecté. La fois où j’ai fait la route vers Jakarta, il nous a fallu trois jours. Si je dois en croire des promeneurs qui viennent de faire le trajet en sens inverse, et que j’ai rencontré à Parapat ce matin, avec mes trois jours, j’avais encore eu de la chance, à l’époque.

 

Quand vous voyez le bus arriver à la gare routière, vous pouvez deviner que vous vous lancez dans une équipée qui va bientôt se révéler épique : sur la galerie – car le bus VIP a une galerie… c’est déjà un signe… - il n’y a pas moins de cinq pneus de secours. Lors de ma descente, ils avaient suffit – mais tout juste. Lors de la remontée des deux Hollandais rencontré ce matin, il a fallu un sixième pneu, non prévu, qui a entraîné un retard supplémentaire d’une demi-journée : quatre jours de trajet… Il avait fallu attendre, venant de Dieu sait où, un pneu de secours finalement obtenu d’un autre bus qui descendait et n’avait pas encore épuisé son quota de pneus de secours.

 

Bref, avions dangereux ou non, ce ne peut pas être plus grave que les routes, et ma décision est prise : ce sera l’avion. J’éviterai juste Adam Air, qui semble être, pour le moment, la tête à claques du Destin.

 

CFCArrivé à l’aéroport de Medan, qui possède – ma Doué ! – un terminal international. En effet, il y a un vol quotidien vers Penang, et un autre vers Kuala Lumpur. L’aéroport possède aussi un restaurant prestigieux : le California Fried Chicken, l’ennemi intime d’une certaine compagnie du Kentucky…

 

Je me dirige vers les comptoirs des compagnies aériennes intérieures : Garuda (qui s’est planté la semaine dernière à Jogja ; aucun survivant), Adam Air (qui s’est planté deux fois dans les quinze jours précédents ; une fois dans les Célèbes, une fois en mer ; aucun survivant non plus), Batavia, Wings Air, Lion Air, d’autres encore… Quand on regarde attentivement leurs publicités, on remarque que tous les avions sont neufs. A force de s’écraser, bien entendu… faut bien remplacer le matériel. Il n’y a pas de queue devant les guichets Lion air, c’est donc là que je vais. Rapide conversation avec la préposée à l’anglais parfait. Si j’attends deux heures, il y a un avion Lion Air pour Jakarta dont les dernières places sont proposées à des prix tout à fait sympathiques : à peine le prix que j’aurais payé pour le bus. Et le trajet – si on ne s’écrase pas, bien entendu, sera fait en deux heures au lieu de Dieu sait combien.

 

Je prends mon billet, paie, m’offre un verre chez California. Les parfums en provenance de la cuisine ne sont pas très ragoûtants. La cuisine industrielle, ça vous change de la cuisine locale. Et pourtant, je l’ai toujours remarqué à travers l’Asie entière : dans les usines à bouffe planétaire, on s’écrase. Quelques touristes, bien entendu, mais une masse de familles du cru, avec un grand nombre de gosses. Les enfants aiment-ils vraiment les poulets frits et les hamburgers, ou bien la publicité a-t-elle une telle puissance de persuasion vis-à-vis des tous petits ? Et puis, pas mal d’ados, qui se réunissent dans les Mac Do’, de Chiang Mai à Denpasar. Le prestige de… de quoi ?

 

Il est bientôt l’heure d’entrer dans la salle d’attente. A chaque vol, on doit payer un petit quelque chose pour avoir usé de l’aéroport. Deux dollars, dans le cas de vols nationaux. Une paille, c’est vrai, mais il est agaçant, à travers toute l’Asie du Sud Est, de devoir aller, à chaque instant, dans sa poche, pour payer une sottise ici, une bêtise là bas. Pourquoi diable ne vend-on pas un billet au prix tout inclus.

 

WingsAppel, queue, démarrage en rangs par deux jusqu’au pied de l’avion. Tiens, finalement, c’et un Wings. Cet avion dans lequel je rentre ne correspond pas tout à fait aux publicités du bureau de vente de l’aéroport, mais il serait mensonger de le décrire comme un vieux clou. En le voyant, on n’éprouve pas le besoin de donner un coup de pied dans les pneus, pour voir si ça tient. Un avion pareil, ça ne peut que voler correctement. L’intérieur vaut l’extérieur. Ce n’est plus tout neuf, mais c’est encore dans un état qui inspire la confiance. En plus, les hôtesses sont jolies – du moins, celle qui s’occupe de la section dans laquelle je suis assis. Si les dieux ne sont pas contre moi aujourd’hui, nous arriverons à l’heure, et en un seul morceau à l’aéroport de Jakarta. Et s’ils m’aiment vraiment, je dînerai avec la belle Iluh – c’est son nom, écrit sur son blazer d’uniforme.

 

Bien entendu, nous partons en retard, à la suite d’une ânerie quelconque et non expliquée, et arriverons en retard.

 

Et Iluh ne veut pas aller dîner avec moi.

 

Alors que nous commençons à descendre vers Jakarta, dans la pénombre d’une fin d’après midi, sur ma droite, par le hublot, je peux apercevoir le Krakatoa. Ce monstre dont l’explosion, en 1883, reste la plus violente que le monde ait jamais connu, s’est ensuite affaissé, vu qu’il s’était, pour sa plus grande partie, évaporé en chaleur et lumière.

 

Il n’est plus, aujourd’hui, qu’une île pas bien grande, aux contours irréguliers, à la surface tourmentée. Il ne produit plus la moindre fumerolle mais, vu son passé, on se méfie. On pourrait le confondre avec d’autres îlots qui l’entourent et je ne suis certain de ne pas confondre que parce que l’hôtesse, penchée sur mon épaule, me montre de l’index, bien nettement, quelle île est feu le Krakatoa. Grandeur et décadence…

 

La nuit arrive, et nous atterrissons enfin à Jakarta. Nous volons de plus en plus bas au dessus de la ville illuminée, puis par-dessus le port, pour enfin entendre le train d’atterrissage qui sort, et sentir le choc léger au contact du sol. Welcome to Jakarta International Airport. We were happy to fly you from Medan to Jakarta; please board again.

 

La sortie de l’avion et l’arrivée jusqu’à la salle où l’on retrouve nos bagages se font avec une rapidité qui me stupéfie : nos bagages tournent sur le carrousel avant même que nous soyons arrivés jusqu’à lui. L’aéroport est extrêmement bien conçu et tout fonctionne d’une manière admirable. Devant chaque carrousel, un employé de la compagnie vérifie, alors que vous partez, vos bagages en main, que ce que vous avez pris à l’arrivée correspond bien à ce que vous aviez donné au départ. La confiance règne, et ce n’est pas plus mal. Au moins, ici, on ne vous volera pas.

 

Devant l’aéroport, il y a les bus qui vont en ville et, singulièrement, au quartier des routards, au Kaoh San local, qui s’appelle ici Jalan Jaksa. Hop dans le bus, démarrage dans la sombre moiteur vespérale.

10:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jakarta |  Facebook |

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