05/04/2007

La rivière aux dragons

Quand nous redescendons de la piscine naturelle qui s’est, milliers d’années après milliers d’années, creusée sous la cascade, on ne peut pas dire que nous sommes frais comme des roses – loin de là – mais ça va mieux. Il doit faire trente bons degrés, et l’humidité usuelle à la forêt vierge en sus, mais nous sommes gelés, et nous avons toujours les hanches douloureuses, les genoux faibles, les pieds délicats. Je me sens moins sale ; c’est toujours ça… A côté de la tente, le factotum, qui était à l’oeuvre quand nous sommes arrivés, pose un grand pot de thé, accompagné d’un paquet de cookies chinois.

 

Où vont se nicher les petites attentions.

 

Le thé, d’abord, que nous buvons au litre, avant de prendre un de ces petits gâteaux salés disposés sur une assiette, encore dans leur plastique, pour éviter d’attirer les fourmis.

 

Des deux dernières heures de jour, nous passons la première à laisser nos jambes se remettre. Ensuite, nous commençons à explorer les alentours. Mme la Hollandaise nous prie de la laisser partir dans la distance, pour qu’elle puisse se laisser aller à ses besoins naturels. Pipo lui montre la direction générale qu’il suggèrerait, en remontant la rivière, vu que le premier méandre n’est qu’à une cinquantaine de mètres et qu’elle sera alors en paix. Obéissant au conseil, elle remonte pour revenir très vite et prier son mari de l’aider dans ces moments difficiles : passé le méandre, il y a un énorme varan, un vrai dragon

 

J’accompagne à la chasse, bien entendu, toutes douleurs oubliées, promettant à Mme que, dès que nous aurons fait fuir le monstre, je retournerai à la tente et la laisserai à ses besoins naturels, en compagnie de son mari. Madame sait rire des situations un peu difficile et accepte la proposition : trois chasseurs, dont deux hommes mal rasés, ça vaut toujours mieux, contre un dinosaure de trente mètres de long, avec des dents comme des touches de piano.

 

varanQuand nous arrivons à l’endroit dangereux, juste passé le méandre, nous tombons en effet sur un varan. Il doit faire, tout au plus, deux mètres. Pfff, les filles, petites natures… Sans compter que le pauvre varan, dès qu’il nous voit, prend ses pattes à son cou et file dans la jungle.

 

Madame jure que ce n’était pas le même.

 

Je retourne à la tente et explique, rigolard, la situation à Pipo. A son opinion, Madame dit probablement vrai, quand elle parle d’un deuxième varan - le coup des trente mètres de long, par contre, il n’y croit pas trop. En effet, le bord du torrent fourmille de varans. Ils remontent et descendent à la nage, attaquent tout ce qui ressemble à un poisson, à un petit mammifère, à un gros insecte ou à une tortue d’eau. Ils se bouffent entre eux, aussi.

 

Ecologie, pacifisme, solidarité…

 

Enfin bref, on devrait voir plus d’un varan dans le coin et, effectivement, alors qu’il parle, j’en voit passer un, qui se laisse aller à vau l’eau – je suppose qu’il s’agit du monstre qui menaçait précédemment Madame la Hollandaise. Je le suis distraitement du regard. A ce moment, Pipo m’indique du doigt un autre varan, derrière moi. Je me retourne : il est à, tout au plus, deux mètres de notre popote, un grand gaillard laid comme le péché, attiré par l’odeur délectable du riz au poulet qui est en train de cuire sur le petit feu de bois.

 

Môssieur est fin gourmet.

 

Môssier est fin gourmet, certes, mais il n’est pas plus courageux que cela, et se contente d’observer, dans la distance, vu qu’il nous voit tout aussi bien que nous le voyons. Un claquement de mains et il s’éloigne. Ca vaut mieux aussi, vu que les Hollandais reviennent et que c’est probablement une bonne idée d’éviter ce genre de spectacle à Madame, qu’elle puisse croire un instant qu’elle est, à côté du feu, dans un endroit protégé.

 

Elle s’écrase sur une grande pierre plate, dont elle offre la moitié à son mari. Moi-même, je m’assois sur une autre, sirotant une nouvelle tasse de thé – ma troisième en un quart d’heure. Je crève de soif ; les autres aussi.

04:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dinosaures pleins de dents |  Facebook |

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