02/04/2007

Mina la Mordeuse

Mina est la teigneuse du coin. Une rousse vraie de vrai ; une de celles qui justifie celle plaisanterie selon laquelle, quand on trouve un ordinateur avec des coups de marteau dans l’écran, c’est qu’une rousse l’a utilisé alors que Windows se plantait.

 

L’histoire de Mina est bien triste : il y a quatre ou cinq ans, elle était, comme tous les orangs-outangs depuis que le monde est monde, bien lambine, plutôt affectueuse et, comme toutes les créatures du beau sexe, curieuse, toujours prête à venir voir de près ces gros patauds d’humains qui se traînaient sur le sol, à ramper en regardant, la nuque cassée, vers les cîmes. C’était encore une vraie jeune fille, toute prête, qui plus était, à donner son amour au premier qui lui offrait un peu d’affection.

 

Depuis, les choses ont changé - et quant au fait de donner son amour à tout le monde et à n’importe qui, sans la moindre discrimination, et quant à son statut de vraie jeune fille : elle a rencontré un gros mâle plein de poils, dont il faut croire qu’elle a du tomber amoureuse, car on la trouve toujours dans ses parages. Dame, elle a maintenant plus de onze ans. Ce n’est plus une gamine ; c’est une femme.

 

Bigboy3Elle partage ainsi sa vie, aujourd’hui, avec Rocky – c’est le nom donné au mâle – et une autre femelle qui bénéficie elle aussi des ardeurs amoureuses de Rocky. Quand on aime, on ne compte pas.

 

Pour en revenir à Mina, voilà qu’un jour, deux touristes accompagnés d’un guide passent en dessous d’elle. Elle les suit et, d’arbre où elle se perchait en arbre où elle se perchait encore, mais moins haut. Elle descend et s’approche, comme à son habitude, afin de voir les bipèdes de près. Les bipèdes en question sont deux grosses brutes en provenance d’Europe Centrale, de toute évidence peu au fait des us et coutumes orangoutesques.

 

Jusque là, on ne peut pas vraiment leur en vouloir.

 

Là où ils deviennent franchement stupides, c’est maintenant : Mina arrive à deux pas, au sol, et approche. Plutôt que de supposer que, si le guide ne s’enfuit pas en poussant des grands cris, c’est que le danger est nul, le fiancé – ou le mari – de Madame la touriste n’écoutant que son courage, hurle à sa dulcinée quelque chose comme « Achtung, meine Chôlie Gretchen! Eloigne-toi té zette kadrupète félue, ké ché la rosse à koups du pâton ke che tiens chuztément tans mes krosses mains kalleuzes! ». Ce n’était peut-être pas tout à fait cela que le grand crétin a gueulé à sa vache, mais le sens général y était.

 

Gretchen obéit donc au doigt et à l’œil à son Seigneur et Maître. Elle s’écarte d’un pas vif de Mina qui se disposait à la toucher pour voir si c’était doux, ce truc, et se met à pousser des barrissements dignes d’une éléphante au milieu des douleurs de l’accouchement. La pauvre petite Mina, six ans à l’époque, et qui devait faire ses douze kilos à tout casser, regarde la scène d’un œil surpris, voit arriver Helmut (supposons qu’il s’appelait Helmut, mais, si vous préférez, on peut l’appeler Horst, ou Wolfgang), voit arriver Helmut, disais-je – ou plutôt, si j’en crois le récit du guide, ne le voit pas arriver vu qu’il venait de par derrière - le bâton à la main.

 

Helmut, profitant donc de l’avantage d’attaquer une pauvre petite guenon par derrière, s’empresse de coller un coup de bâton à Mina qui, bien que naturellement lambine, dans un cas pareil, réagit assez bien vite, se retourne avant que le deuxième coup ait été porté, bondit sur monsieur qu’elle mord profondément, une fois à la cuisse, une fois au ventre et, pendant que Monsieur pousse à son tour des cris lamentables et craint le pire pour sa descendance, rebondit dans les arbres d’où, depuis, elle ne redescend qu’avec précaution.

 

Crétins de boches : une fois, ce sont les juifs, une autre fois, les orangs-outangs. Dieu seul sait ce qu’ils trouveront la prochaine fois.

 

MinaQuand on tombe sur Mina, lors d’une promenade dans la jungle, il vaut mieux, aujourd’hui, faire comme si on ne la voyait pas, l’éviter en prenant un autre chemin et la laisser passer sans essayer d’attirer son attention. Elle a vite le sentiment d’être pourchassée, et les nombreuses dents de sa forte mâchoire sont tout à fait aptes à montrer avec la plus grande clarté, au sot qui l’avait hélée, photographiée – bref, qui l’avait sortie de son splendide isolement – qu’on ne doit pas embêter ceux qui ne demandent rien.

 

L’utilité d’un bon guide, c’est qu’il connaît la population de la forêt. Quand Pipo voit Mina, marchant au sol, à quelques mètres de son Rocky adoré et alors que l’autre femelle est, quant à elle, à cheminer dans les arbres, Pipo, donc, sait tout de suite à qui il a affaire. Il nous entraîne dans les sentes parallèles au sentier pris par Mina, afin de ne pas se trouver nez à muffle avec elle, afin de ne pas la provoquer. Mina nous a, bien évidemment, parfaitement repéré, mais nos gestes de bonne volonté doivent lui paraître suffisants, car elle ne nous attaque pas.

 

Elle continue donc son chemin, tranquille, pendant que son petit chéri de Rocky joue les coquettes avec nous.

Bigboy2

 

13:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

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