01/04/2007

La jungle de Sumatra et les Orangs Outangs

C'est pour Vicky, cette fois ci, je crois...

 

Ce qui est bien, quand on est au milieu de nulle part, dans un endroit oublié où l’électricité ne fonctionne pas avant le début de soirée, quand il y en a, c’est que les braillements d’un muezzin semblent être un phénomène inconnu. Il est bien possible que, dans mon demi-sommeil d’avant l’aube, j’entende, dans le lointain, dans la direction du village, comme les cris d’un cochon qu’on égorge, mais je n’en suis aucunement certain.

 

Il ne doit pas être loin de sept heures, quand je me réveille pour de bon, avec la lumière de l’aurore qui, peu à peu, a envahi ma chambre. Hop là dans la salle de bain. J’en chasse deux geckos effarouchés, qui ont fait un boulot du tonnerre pendant la nuit : pas la moindre piqûre de moustique. Douche, séchage, je file à la grange qui fait office de restaurant. Petit déjeuner digne de l’Amérique, avec thé sucré jusqu’à l’écoeurement, œufs, riz frit et poulet mélangés. Je ne devrais plus avoir faim avant l’année prochaine. Je retourne à ma chambre, termine de ranger ma trousse de toilette et ferme mon baluchon qui restera ici, avec mon ordinateur, aux bons soins de Madame la directrice de l’établissement. Tout est déposé chez elle, dans son « bureau » - en fait, dans un recoin sombre du couloir qui va de la salle à la cuisine. J’attends maintenant Pipo.

 

Il arrive bientôt flanqué des deux Hollandais qui sont Monsieur et Madame. Ils se révèleront charmants, par ailleurs. Ils sont originaires d’un trou perdu, et viennent en Asie pour un congé bien mérité de deux semaines, qu’ils passent entièrement dans le coin. Par rapport aux villes surpeuplées des Pays Bas et, surtout, de la mégalopole dans laquelle ils résident usuellement, c’est évidemment comme un dépaysement.

 

Pipo nous fait quelques dernières recommandations, dresse en deux mots le plan de la journée, et en voiture Simone. Enfin, non, pas en voiture, mais à pied. En moins de cinq minutes, nous sommes à la lisière de la forêt vierge, après avoir longé une plantation d’hévéas, et y entrons.

 

C’est, alors que nous sommes à marcher dans la forêt profonde, qu’on se rend compte que, sous des dehors qui peuvent sembler assez bordéliques, l’organisation de la randonnée est bien faite : ainsi, il n’y a pas un guide, Pipo, mais un guide et son rabatteur. Les deux sont là pour éviter les mauvaises surprises, pour – marchant à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre – trouver tout ce qui pourrait être intéressant, pour faire, en bref, de cette randonnée un bon souvenir pour leurs clients, et non pas un entrefilet, section chiens écrasés, dans les journaux du coin.

 

Or, pour cela, il n’en faudrait pas beaucoup : la jungle est un endroit qui grouille de bestioles désagréables qui, c’est vrai, ne font jamais que se défendre contre l’envahisseur que nous sommes, mais c’est bien embêtant quand même. Dans la pénombre qui règne au sol et à hauteur de corps, le nombre d’insectes venimeux, que l’on remarque au dernier instant, est tout simplement hallucinant. Pipo nous arrête, l’un ou l’autre, régulièrement juste avant que nous posions la main sur un arbre couvert de fourmis rouges à l’appétit féroce, ou que nous marchions dans un complexe de toiles d’araignées au milieu duquel trône une bête grande comme une assiette et poilue comme une Portugaise. Venimeuse, aussi.

 

Pipo nous montre comment choisir les bonnes lianes, celles qui sont vives – sans pour autant être des serpents mangeurs d’hommes, de vingt mètres de long - et auxquelles ont peut se tenir, pour traverser un ruisseau, ou pour assurer notre pas, lors de descentes particulièrement vertigineuses, ou de montées décourageantes qui nous feraient pleurer pour un alpenstock.

 

Nous nous rendrons compte, le soir, qu’il y a, de plus, dans l’organigramme Pipo, un factotum-cuisinier qui, ma foi, remplit très bien les obligations de ses deux emplois : les repas seront préparés sur un petit feu de bois caché entre trois pierres et, chaque soir, nous mangerons de manière plus que satisfaisante et variée. Les petits déjeuners seront roboratifs, le thé, parfait. Nous serons munis, chaque matin, avant de repartir à l’aventure, d’un repas enveloppé dans une feuille épaisse et bien isotherme – le repas sera encore tiède, quand nous le prendrons en milieu de journée.

 

Chaque fin d’aprème, le camp sera établi à la perfection quand nous arrivons à un point donné. Il ne s’agira, c’est vrai, que d’une toile de tente, tendue sur une armature de bambous, une feuille de plastique au sol, pour éviter le pire, et des « matelas » qui rappellent, en plus abîmés, les fins tapis d’exercice de couleurs vives qu’on utilisait, pendant les cours de gym de notre enfance, pour faire les abdos au sol. Rien d’extraordinaire, on le voit, mais tout est adéquat. Pour les ablutions, une cascade glacée à deux pas, où les varans viennent boire. Mais ce sont des animaux timides, qui filent dès que nous nous manifestons.

 

En plus, pour en revenir à notre factotum, il se débrouille en anglais – pas en néerlandais, à la déception de mes compagnons. Visiblement, l’influence culturelle des Pays Bas a beaucoup décliné dans la région, depuis la fin des colonies… Le soir, repas terminé, vaisselle faite, le factotum vient jouer aux cartes avec Pipo et nous. Il faut dire que, dans la jungle, les distractions sont peu nombreuses. Les jeux innocents auxquels nous passons le temps semblent vraiment le mettre en joie, qu’il gagne ou qu’il perde. Heureux les simples en esprit.

 

Quant au rabatteur, chaque soir, il disparaît pour aller fouiner dans les alentours ce qui pourrait être intéressant pour le lendemain. J’imagine qu’il dort, la nuit, entre deux racines, au creux d’un arbre…

 

Les orangs-outangs sont des animaux d’habitude - voyageurs, mais à l’intérieur d’un espace défini. Ils se déplacent tout le temps, mais sont casaniers. Arrivés à un endroit qui leur plaît, près d’une source de nourriture facile et abondante, ils s’installent et font un nid. L’endroit visité et cessant de leur plaire, ils partent quelques centaines de mètres plus loin et s’installent à nouveau, fabriquant alors un nouveau nid. En moyenne, on estime que les orangs-outangs déménagent entre quatre et cinq fois par… jour. Autant dire que l’on trouve de nombreux nids, dans le plus haut des arbres, et que le travail du chasseur est de déterminer si le nid est ancien, ou récent.

 

Bientôt un appel du rabatteur : Pipo s’arrête et nous fait signe. Dans la distance, un arbre remue, puis un autre : une ombre, qui vient vers nous, s’approche et s’approche encore, se penche et nous observe, avec curiosité…

Orang1

J’ai ainsi, à Sumatra, vu mon premier orang-outang en liberté : une femelle, avec son bébé accroché à la hanche.

09:50 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : singes |  Facebook |

Commentaires

Lire le blog en entier, tres bon

Écrit par : editlelem | 01/06/2012

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