30/03/2007

Fin de la piste, début de la jungle

Après bien des cahots, le bus arrive à Bukitlawang. Nous avons à peine le temps d’entrer dans la gare routière qu’un bonhomme se précipite dans le bus, puis vers moi, et se présente : il s’appelle Pipo, il est guide et il serait ravi de me diriger dans la jungle, à la recherche des orangs-outangs.

 

Il ne me serait pas venu à l’idée, de toute façon, d’aller explorer la jungle tout seul, et la manière dont le guide me saute dessus témoigne, sinon de bons sentiments de sa part et d’une sollicitude réelle pour ma petite santé, pour le moins du fait que les affaires sont calmes et qu’on cherche le client.

 

bridge2Pipo – ma foi, pourquoi pas lui plutôt qu’un autre ; il m’a l’air bien brave - me conduit jusqu’à mon guesthouse : une charmante  champignonnière de bicoques qui entourent une grange aux murs ouverts. La grange c’est, tout à la fois la réception, le restaurant, le bar et le bureau de tourisme à partir duquel les guides viennent vous chercher. Les bicoques qui entourent la grange, ce sont les chambres, groupées trois par trois, dans de petites barres devant lesquelles le torrent, parfois rivière, coule à grand bruit, dans un lit dix fois trop grand pour lui, parfois, au pied de la terrasse.

 

L’accueil est souriant, courtois, charmant : une fois mon bagage mis dans une chambre parfaitement propre, avec douche – froide, bien entendu – et électricité à partir de six heures du soir (l’extinction des feux a lieu à dix heures, c’est Byzance), je suis de retour au bar où Pipo m’attend de pied ferme, afin de discuter bizenesse et gros sous.

 

BintangVu la chaleur, je me prends une bière. En Indonésie, pays islamiste de type modéré, comme chacun le sait, on trouve deux très bonnes bières : la nationale, qui s’appelle la Bintang, et une bière locale, de Bali, appelé la Bali Hai.

 

A Sumatra, dans le nord musulman, bien entendu, on ne trouvera pas de Bali Hai.

 

La raison donnée par le commerçant, quand on s’enquiert, est que Bali étant la terre de tous les péchés, il est peu raisonnable de distribuer les produits des pécheurs en terre presque sainte. Toutes les excuses sont bonnes… Dans le bon vieux temps, on appelait cela l’esprit de clocher. Enfin : la Bintang est excellente, est débitée en bouteilles de soixante centilitres, coûte deux fois rien et je ne vais pas jouer le désagréable. Tout en savourant donc ma Bintang, j’écoute Pipo qui m’explique avoir trouvé un couple de Hollandais qui serait prêt à faire un tour de trois jours en forêt. Suis-je prêt à partir avec eux ? Oui, bon, pourquoi pas. On discute horaires, plan de promenade, ce qu’il faut emporter, gros sous. L’affaire conclue, nous topons là et Pipo, auquel j’ai donné son argent, file faire les démarches nécessaires à la promenade.

 

S’il faut en croire Pipo, une paire de flips-flops, trois chemisettes, une paire de shorts, un maillot de bain et une brosse à dents devraient être suffisants pour le périple : ça ne fera pas grand-chose à porter, car sont inclus, dans cette longue liste, ce qu’on portera sur soi. Bien entendu, il faut encore prévoir deux litres d’eau par jour, mais l’idée est que, le soir, on peut faire bouillir de l’eau ; on a donc besoin que du liquide du premier jour, et des contenants dudit liquide pour les jours suivants – en bref, deux bouteilles de plastique, pouvant prendre un litre chacune.

 

Le coup de la paire de flips-flops, on me l’a déjà faite, et je néglige donc ce bon conseil de Pipo, pour m’armer, plutôt, de chaussures de marche. Ce n’est pas que nous prendrons les chemins les plus ardus, mais il est évident que les sentiers de jungle, ça glisse, c’est bosselé, c’est couvert de bestioles qui ne demandent qu’à vous piquer et à vous mordre. Un minimum de protection me semble nécessaire. Après avoir adapté la liste à ma façon, je me retrouve avec un sac à dos aimablement prêté par la guesthouse, et qui doit peser, bouteilles d’eau et savonnette comprises, quatre kilos à tout casser.

 

J’ai encore une fin d’aprème à tuer ; laisser une lessive à la préposée, à l’hôtel, un peu remonter le torrent, un peu le descendre, faire semblant de hotelne pas voir les filles en sarong, en train de jacasser et de prendre leur bain en groupe, passer les ponts suspendus, voir à gauche et à droite ce qu’il y a à voir. Un spectacle toujours tristounet est celui de l’hôtel chic, construit à grand frais il y a quelques années, dans le but de faire venir le tourisme fortuné, porteur de devises qui font du bien à … - à qui, au fait ? - et qui a flambé dans les tous premiers mois de son ouverture, avec trois cents personnes à l’intérieur. Ca, plus deux ou trois inondations imprévues du torrent qui a emporté quelques guesthouses ces derniers mois, et une série de tremblements de terre particulièrement brutaux ici – les craquelures dans les bâtiments « en dur » le prouvent – tout cela n’a pas été des plus positifs pour l’économie de la région.

 

Les orangs-outangs s’en fichent, eux : ils ont la paix.

 

Le soir, avec un garçon du bar de ma guesthouse, je vais à un bistrot, un peu plus haut, prendre une bière avec les locaux. L’ambiance est joyeuse. Ca chante en cœur sur des chansons de Britney Spears, ça fume des cigarettes locales puantes à souhait – on appelle cela des kreteks - ça joue au billard et ça grignote des chips durs comme des planches de bois. D’une pointe de flip flop paresseuse, ça chasse aussi les crapauds qui, pour des raisons connues d’eux seuls, décident soudain de nous envahir.

 

Au moins, pas de rats.

 

Après une partie de billard perdue en équipe, au milieu des cris de joie de nos adversaires, je retourne dans l’obscurité qui tombe, toujours avec mon garçon, à notre hôtel où il doit commencer son service. Il fait bientôt noir et nous avançons un peu à la devinette. Les cris d’animaux ne sont pas les même le jour et la nuit. Enfin, nous arrivons en vue de notre pont, que nous passons prudemment, en nous tenant aux cordages qui pendent un peu partout.

 

Mon bonhomme file à son service, je retourne à ma chambre, me laver les mains, avant de m’installer à la salle de restaurant où je dévore un délicieux nasi kekchose. Non, merci, pas de bière. Trois sur la journée, je crois que ça m’aura suffit… Après le repas, je paie et décide de ne pas la faire longue : profitant du miracle de la fée électrique, je file dans ma chambre, prends un livre, vais sur ma terrasse, m’étale sur l’un des sièges, lis un peu – miraculeusement, pas de moustiques - puis dodo. Demain sera une longue journée.

09:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : soiree campagnarde |  Facebook |

28/03/2007

Fin de la route, début de la piste

Les hurlements du muezzin, le lendemain matin, sont bien ceux dont j’avais le souvenir. Ce doit être un vieillard asthmatique, incapable de prononcer une phrase d’un trait, surtout quand il doit, de plus, la moduler avec des fioritures pires que la Castafiore. Résultat, vers les quatre heures et demie du matin, le quartier entier compte les moutons pendant plus de dix minutes, dans l’attente du retour au silence du crétin braillard.

 

On entend les hurlement d’autres muezzins, dans la distance, qui commencent, l’un un peu plus tôt, l’autre, un peu plus tard : les montres ne sont pas accordées.

 

J’essaie d’attraper ma montre, sur la table de chevet, et me rends compte que, pendant la nuit, ladite table a bougé assez loin du lit : un tremblement de terre, probablement, mais je n’ai rien remarqué, plongé dans le plus profond sommeil. A Sumatra, il doit y avoir un tremblement de terre par semaine dont un sérieux, avec glissements de terrain, effondrements de bâtiments et morts d’hommes, par mois. Si, d’un côté, je peux dire que j’ai eu de la chance, de l’autre, je regrette que le tremblement de terre de cette nuit n’ait pas, au minimum, abattu les hauts parleurs de la mosquée toute proche. Jamais content… Bah, pour les hauts parleurs, ce sera pour une autre fois, inch Allah, comme on dit par ici.

 

Parfois, après les bêlements matutinaux, on se rendort ; parfois pas. Quant à moi, je me retourne sur mon matelas et, ne pouvant retrouver le sommeil, je décide qu’il est temps de se lever et d’aller voir où on peut se trouver un petit quelque chose à boire et à manger. Le riz du matin -que j’avais tendance à laisser tomber quand j’étais petit, au profit d’un bol de lait puis, plus tard, d’une tasse de café - est devenu sacré pour moi.

 

Douche, rasage devant un éclat de miroir, habillage vite fait sur le gaz et je descends dans la rue, à la recherche d’un restaurant ouvert, qu’il soit de rue ou qu’il soit en dur. Il y a, c’est juste, un McDo à deux pas, mais je ne suis pas certain d’être venu en Indonésie pour goûter aux délices de la grande cuisine internationale. De plus, il est fermé à cette heure. Au coin de la rue, je trouve une échoppe où l’on me propose un potage aux nouilles et au poulet, avec du sambal comme s’il en pleuvait : ça fera mon bonheur.

 

condomsDe retour vers l’hôtel, pour fermer mon baluchon avant de partir, je remarque que, dans le cimetière qui entoure la mosquée endormie, certaines tombes sont décorées d’une étrange façon : les stèles funéraires sont parfois couronnées d’un torchon, soigneusement ficelé sur leur sommet. On croirait une capote anglaise en tissu, accrochée de la manière la plus irrévérencieuse qui soit. Drôle d’idée…

 

Et une autre chose qui est marquante, en Indonésie, que ce soit dans les cimetières chrétiens ou musulmans : l’incroyable propension qu’ont les survivants du cher disparu, de lui faire une tombe en carrelage de salle de bain.

 

Ca ne fait vraiment pas chic du tout, du tout, du tout.

 

Les hindouistes ont prudemment réglé ce problème à leur manière : la crémation des défunts, suivie de la dispersion de leurs cendres.

 

Valisette refermée, je descends de ma chambre. Plusieurs moto-taxis attendent le client de pied ferme : on s’arrange sur le prix, puis on démarre. Le trajet, long et biscornu, me fait passer, d’un croisement l’autre, où l’on file à gauche, puis à droite, à travers les banlieues résidentes de la ville : elles ont un aspect autrement plus vert et agréable que le centre gris de béton poussiéreux.

 

Nous arrivons enfin à la station où je trouve mon bus. J’ai une petite demi-heure d’avance, ce qui me permet de mettre mon bagage dans le bus, Busdrivsous la sourcilleuse protection du chauffeur, et d’aller me promener dans la gare routière, où les minibus sont souvent pittoresquement colorés. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un étranger ici, et surtout avec un appareil photo en main. Tous me hèlent et demandent à être photographiés. Bah, pourquoi pas, si ça fait plaisir…

 

busstat1

 

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busstat2

 

Bientôt, le conducteur m’avertit, par un coup de klaxon, qu’il est temps de songer à monter dans le bus. J’obtempère. Nous voilà en route et, immédiatement, à l’arrêt. Le long trajet omnibus commence. Pour un peu plus de cent kilomètres, il nous faudra près de cinq heures : d’abord, il y aura la mauvaise route qui mène jusqu’à un dernier village avant Bukitlawang, puis, il y aura les derniers vingt kilomètres, sur une piste qui rappelle davantage le lit d’un torrent qu’une route proprement dite, et qui serpente entre, d’un côté, d’immenses plantations de sisal, et de l’autre, la forêt vierge qui vient mourir ici.

 

Sur les premiers quatre-vingts kilomètres, le conducteur, quand il n’est pas à l’arrêt aux stops obligés, où à rouler au pas, à la maraude, dans les villages, file comme un taré. Enfin, disons qu’il va à une vitesse peu adaptée à l’état de son engin, à celui de la route, et au fait qu’il y a des voitures sur la route : nous évitons de peu, quatre ou cinq fois, une collision frontale. La preuve que la conduite est dangereuse dans la région, nous la voyons deux fois sur le trajet : un attroupement couronné d’un flic, sur le bord de la route, qui entoure un cadavre tout neuf, un bout de tissu couvrant le visage, mais pas le filet de sang qui lui suinte encore du corps et sa mobylette dans le fossé ; un passant cassé en deux, renversé par une voiture, par une moto, par un camion, par un autobus… Le spectacle fait ralentir un instant le conducteur – curiosité oblige – mais, de là à dire que ça lui fait prendre le danger un peu plus en considération…

 

L’Indonésie, pays où les avions tombent comme des mouches et où les routes sont malsaines. On en parle moins internationalement, c’est tout, car, au contraire de l’accident d’avion, l’accident de bus ne fait pas vendre : pas assez de morts, je suppose.

 

Ici, par contre, la télévision et les téléspectateurs font leurs délices du spectacle détaillé de la mort : chaque soir, aux informations locales, le présentateur ne manque pas de nous informer abondamment des crimes de sang et des accidents mortels qui ont pu avoir lieu, dans la région, en illustrant les nouvelles autant qu’il est possible, par des zooms bien ciblés sur des corps sans tête, auxquels les flics prennent les empreintes, sur des brûlés, grands et petits, sur des bras arrachés, des égorgés d’une oreille à l’autre, des pendus, des noyés, des corps laissés au milieu d’une mare de sang, qui vous mettent le cœur au bord des lèvres.

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sumatra, bus |  Facebook |

21/03/2007

Sumatra, ses flics, ses mosquées, ses muezzins, ses routes...

L’une des grandes joies du passage des frontières, dans les pays corrompus, c’est quand on n’a pas son passeport en ordre, ou qu’il faut prendre son visa à l’arrivée, et que le visa se paie en liquide d’origine étrangère – le dollar américain, par exemple. C’est le cas ici.

 

Les deux personnes qui n’ont pas de visa sont stoppées dès la sortie du bateau par un douanier plein de sollicitude, qui s’inquiète de savoir qui a son visa, ou non. Pendant que les malheureux « en ordre » commencent à faire la queue, un peu plus loin, devant les deux bureaux ouverts à leur intention, un Cambodgien et moi-même, pas en ordre, sommes menés à un troisième bureau où nous remplissons un petit formulaire, donnons nos vingt cinq dollars, recevons notre visa et sommes sur le trottoir, devant le terminal, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

 

Les premiers des deux queues légales ne sont pas encore sortis.

 

Alors, je n’irai pas dire que les sous donnés pour les visas n’arriveront pas là où ils doivent arriver – dans la poche du ministre des Affaires Intérieures, par exemple – mais admettons le franchement : il n’est pas absolument certain qu’une fraction de la somme ne se perdra pas.

 

Bon, il faut dire que si les flics sont corrompus, c’est aussi qu’ils sont tellement mal payés qu’il faut bien qu’ils trouvent des sources de financement parallèle…

 

J’attends tranquillement devant mon bus, bientôt en partance pour Medan, tout en reluquant le spectacle. Les trois siècles de présence hollandaise, en Indonésie, se remarquent dès le premier regard : il est notables que les filles ont, plus souvent qu’à leur tour, un derrière de percheronne, et parfois les yeux bleus. Elles s’adressent facilement à vous - en indonésien, ce qui ne facilite pas le contact.

 

Une heure se passe pendant que les malheureux coincés dans la file sortent, l’un après l’autre. Notre bus peut enfin démarrer : c’est un bus du genre moderne, presque correct – plus rien ne peut impressionner le voyageur qui a roulé en bus VIP en Thaïlande, ou en Malaisie… La clim’ ne fonctionne pas – s’il y en a jamais eu une – et les fenêtres sont largement ouvertes ; les sièges sont parfois défoncés, parfois pas. J’ai eu amplement le temps de choisir le fauteuil de mes rêves, et je m’y prélasse, pendant que le moteur fait ce qu’il peut pour nous entraîner du port jusqu’à la ville. Pour ce trajet d’une demi-heure, à très petite vitesse, un contrôleur des billets nous a réclamé la modique somme de un dollar.

 

Bientôt arrivé à mon hôtel, dont je remarque la décapilotade, depuis mon dernier passage. M’étant renseigné, j’apprendrai que le proprio est mort et que son épouse fait ce qu’elle peut, mais elle peut peu, de toute évidence. La propreté est passée du statut d’un peu douteux à franchement crade, et la tuyauterie semble bien ne pas suivre, dans les salles de bain.

 

Cela couplé au fait que l’hôtel a le désavantage de se trouver près de la plus grande mosquée de la ville, celle qui a les haut-parleurs les plus puissants, et le muezzin le plus lent, ou le plus fignoleur, qui débite ses hurlement, avec des vibratos qui feraient croire à une crise d’épilepsie ovine, en l’espace de dix minutes au lieu de cinq, font que la décision est vite prise de ne passer qu’une nuit ici, avant de filer, sans avoir rien préparé, à Bukitlawang, là où c’est-y que les orangs-outangs attendent le visiteur.

 

Mon bagage donc déposé dans l’une des mes chambres habituelles – ce sont toujours la quatorze ou la quinze, à l’étage supérieur, là où il n’y a pas (trop) de moustiques – je file me renseigner quant à l’emplacement de la gare routière. On parlait, dans le temps, de la déplacer à une date prochaine dans le Nord de la ville. De toute évidence, la date prochaine a été reportée et il y a toujours deux gares routières : une pour le nord, une pour le sud. Je me renseigne aussi en ce qui concerne l’état des routes, et les dangers éventuels.

 

Dans le temps, jamais on aurait osé rouler, par exemple, du Nord au Sud de l’île : indépendamment du fait que les routes étaient infectes et permettaient, à tout casser, une moyenne de trente à l’heure, on se faisait tirer dessus par une guérilla qui usait d’oripeaux idéologiques pour se remplir les poches.

 

Et tant pis pour les voyageurs qui passaient par là.

 

Les choses ont peut-être changé ? Oui, m’assure-t-on : il n’y a plus de bandes armées qui tirailleraient sur les bus – du moins, plus sur les grands axes -  et la route vers Bukitlawang est sûre.

 

Dans un état à faire peur, comme toujours, mais sûre.

 

Bon, on y ira donc demain matin. En attendant, je vais changer des sous, afin de pouvoir vivre ici: avec une centaine de dollars, on a de quoi voir venir.

sous

 

10:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances |  Facebook |

20/03/2007

La traversée de la mort, suite - et vivant à la fin

Comme on pouvait s’y attendre, effectivement, il suffit que je me sois installé devant la table bancale, pompeusement décrite comme étant le bureau des départs, avec ses trois sièges en plastique défraîchi et le lambeau d’indienne qui le couvre, pour que la troupe serrée des voyageurs et de leurs accompagnateurs essaient de me voler la première place. Je me défend comme je peux, en donnant la part du diable – en l’occurrence, une mémère d’au moins cent ans d’age, accompagnée de ses deux arrières petits fils, deux petits morveux qui piaillent comme ce ne devrait pas être permis, mis en avant pour la circonstance. Je laisse volontiers la place à la vieille et à ses rejetons : ils vont faire tout le travail pour moi et rejeter à l’arrière, derrière moi, tous les autres passagers.

 

Après quelques minutes, l’espèce de horde informe qui s’attroupait devant la table commence à ressembler à une queue et les combats sanglants se calment. Les préposés, assis depuis quelques minutes, se mettent au travail, compulsent les billets, les passeports, arrachent la section aller des premiers, estampillent les autres. Me voici sortant du hangar « salle des départs » et marchant, sous un soleil déjà de plomb – il doit être, tout au plus, sept heures et une plume.

 

Le bateau est à quai. C’est celui que j’ai déjà pris, il y a trois ans : un petit machin de peut-être vingt cinq mètres de long – dame, c’est un fast boat ; un rapide… On s’y retrouvera avec, à tout casser, une cinquantaine de passagers, à filer aussi vite que possible, vu les pirates.

 

Une fois passée la porte d’entrée, je donne ma valisette au préposé qui la range dans le coin bagage. Je sais qu’elle sera couverte des autres bagages, ce qui m’arrange parfaitement ; elle devient involable – sauf acte de piraterie, bien entendu. Mais dans ce cas là, les bagages partiront, ainsi que nos vies. Bon, prions les dieux…

 

speedboatDe la queue infinie qui serpentait devant le bureau de la douane ne restent, finalement, au bout d’une demi-heure, qu’une grosse trentaine de passagers qui s’installent sur les sièges les moins inconfortables. Ils font donc le tour des fauteuils et s’installent, l’un après l’autre, sur ceux qui sont les moins défoncés – et, idéalement, avec vue sur la télé. Personne ne cherche tout particulièrement à s’installer aux fenêtres, maintenant tellement rayées qu’on ne peut littéralement plus rien voir à travers. Les portes sont fermées, le moteur gronde, le bateau commence à bouger ; la moitié des passagers se lève et monte sur le pont – qui pour fumer, qui pour profiter du paysage. A côté de moi, une jeune fille encombrée d’un ours en peluche presque aussi grand qu’elle – un cadeau d’amoureux, de toute évidence – qui essaie d’entamer la conversation jusqu’au moment où elle est forcée de comprendre que mon malais est à peu près inexistant. Je me lève à mon tour et file sur le pont.

 

Entre mon dernier voyage et celui-ci, il y a eu du changement, de toute évidence – non pas dans la disposition intérieure, ou dans le confort, du speed boat, mais dans l’atmosphère du voyage. La dernière fois, on pouvait, par exemple, encore voir à travers les fenêtres de la cabine et tous les passagers, Malais et Indonésiens, guettaient, par les hublots, la possible arrivée des pirates, responsables de plusieurs arraisonnements de navires, de ferry, de malles, et de la mort de centaines de passagers – témoins gênants. Les marines conjuguées des deux pays ont enfin mis le holà à cet état de fait et les pirates se sont déplacés vers le sud, vers le détroit de Malacca, devenu à ce jour à peu près intraversable. D’ici quelques temps, les marines conjuguées des deux pays se décideront enfin à nettoyer cette engeance…

 

speed2Ici, vers le Nord, c’est plus calme et si les gens montent sur le pont du bateau, aujourd’hui, c’est, pour certains, pour admirer le panorama ; pour d’autres, pour s’en griller une ; pour d’autres, enfin, pour respirer le bon air. Des ados sont là, à se photographier à coup de téléphone cellulaire dernier cri. De toute évidence, l’inquiétude palpable d’il y a quelques années n’est plus de saison. Tant mieux. Nous avons le vent et le courant contre nous, le moteur du bateau rage et le pilote zigzague, afin d’avancer. Bientôt la côte malaise disparaît. On se sent peu de choses, au milieu d’une mer qui n’est pas tout à fait démontée, mais qui secoue assez bien quand même… Nous croisons la vedette rapide qui va dans l’autre sens, puis quelques bateaux de pèche, puis voyons, dans la distance, des bateaux en attente de place au port de Medan dont nous nous approchons. Dans le brouillard, la côte apparaît enfin.

10:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pirates, indonesie |  Facebook |

19/03/2007

La traversée de la mort (préparatifs)

Réveil à cinq heures du matin, douche rapide, départ vers le port qui est à deux pas, ma musette, mon sac contenant mon portable, ma valoche à roulettes et moi-même. Nous voici bientôt devant le terminal où une petite foule attend l’ouverture des portes. Il doit être six heures et des miettes et, comme on pouvait s’y attendre, tout le processus d’embarquement est en retard – encore davantage que je ne pouvais le concevoir. Ca m’arrange et j’ai donc amplement le temps de m’asseoir à la terrasse d’un café volant, pour y prendre les nouilles du matin, avec du thé.

 

Nouilles et thé terminés, on peut entendre comme une rumeur de l’autre côté des portes de fer qui préviennent toute entrée dans les locaux du terminal. Les portes, finalement, grincent en s’ouvrant et deux ou trois cents personnes se pressent, se marchent l’une sur l’autre, jouent des coudes, se battent littéralement pour être les premières à entrer. Je reste bien tranquillement sur ma terrasse, une nouvelle tasse de thé à la main, à admirer le pugilat. Une fois la bataille finie, et les deux ou trois cents enragés entrés dans le bâtiment, je vais jeter un coup d’œil, en laissant ma valoche aux bons soins de mon hôte. Comme je le supposais, depuis trois ans, rien n’a changé dans le bâtiment du terminal : on trouve une rangée de chaises en plastique, en trop mauvais état, pour la plupart, pour pouvoir prendre le risque de s’y asseoir.

 

Les anciens combattants et les anciens cons battus sont donc presque tous debout, à causer joyeusement en groupe, la bagarre récente déjà oubliée, sinon pour quelques vêtements froissés, un pied écrasé, l’une ou l’autre manche déchirée, un fichu de travers, un chapeau piétiné… Le bureau de l’embarquement n’est pas encore ouvert et un placard annonce que, d’abord, quand il ouvrira, ce sera pour traiter les passagers d’un autre bateau que celui qui va à Sumatra.

 

C’est le bordel habituel.

 

Je retourne donc à ma terrasse où je reprends un thé et laisse passer une petite demi-heure. Ensuite de quoi, il me semble temps d’abandonner le thé et de rentrer dans la salle des embarquements, histoire de surveiller le déroulement des opérations.

 

Les passagers du premier bateau – un bateau de plaisance, qui fait une journée de croisière – sont en file, à donner leur billet et à passer, l’un après l’autre, la douane. On remarque, à cette occasion, le sens de la famille, ou de l’amitié, touchant des Malais, qui accompagnent à cinq – au bas mot – chaque voyageur jusqu’à la porte par laquelle seulement les plaisanciers peuvent passer, afin de lui souhaiter une agréable journée de croisière. Devant la porte, il doit ainsi y avoir une vingtaine de personnes qui multiplient les adieux, s’embrassent, se serrent, pleurent, dans le cas des vieilles dames. On pourrait croire à un départ sans retour pour Mars.

 

Derrière ces désespérés, une autre cinquantaine de passagers et leurs accompagnateurs attendent patiemment leur tour pour faire leur propre théâtre, une fois qu’ils seront exactement devant la porte. Puisqu’ils en auront bientôt l’occasion, pas de raison de ne pas embêter ceux qui les suivent…

 

Enfin, la foule des accompagnateurs se disperse, les plaisanciers étant parvenus à tous se glisser, en donnant probablement un dernier coup à leurs concurrents qui ont le toupet de prendre le même bateau qu’eux, à travers la porte du départ. Restent les voyageurs pour Sumatra.

 

Le terminal se remplit une fois encore, d’autres voyageurs qui connaissent les horaires réels, et de leurs accompagnateurs, parfois déjà sanglotant. Le bureau ouvre maintenant pour le speedboat à destination de Medan.

 

Profitant des exercices préparatoires des accompagnateurs – premiers soupirs, cris étouffés, larmes écrasées, premières embrassades – je file d’un trait jusqu’au bureau, enfin, jusqu'au « bureau », où je prends fermement la première place. Ca n’empêchera pas deux ou trois gros bœufs de me presser pour passer devant moi, mais au moins, j’aurai la certitude de faire partie des premiers à monter sur le bateau, à choisir une place pour garder mon bagage en sécurité et à me trouver un siège moins défoncé que les autres. Si c’est le bateau que je connais, son moteur est bon, mais ses sièges mériteraient un petit entretien.

12:33 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voyage maritime |  Facebook |

17/03/2007

Chinois et magiciens

Si Singapour est propre et que la loi y est respectée, on épuise cependant vite les charmes de la ville : quelques quartiers anciens n’ont pas été détruits et sont devenus des shopping mall à thème. Disneyland grandeur nature. On trouve tout ce qui est mangeable, selon toutes les cuisines du monde qui se respectent, et on y mange, de ce fait, souvent très bien. Un bémol : la Tiger, la bière nationale de Singapour, y est chère : dans sa grande sollicitude à l’égard de la petite santé des habitants, l’Etat taxe l’alcool et la cigarette d’une manière effrayante.

 

Comme dans toute la péninsule du sud-est asiatique, la présence chinoise est notable, ici, par l’existence d’échoppes de géomanciens, ayant pignon sur rue, et serrées les unes contre les autres. Les géomanciens vous promettent tout et n’importe quoi, la clientèle se presse littéralement à leur pas de porte. Il est curieux de voir comment des gens aussi matérialistes que les chinois, des gens aussi orientés vers le bizenesse, peuvent être aussi superstitieux, se précipitant comme des lemmings sur tout ce qui est aide magique – aussi peu crédible qu’elle soit. Vieux et jeunes, hommes ou femmes, couples, tous courent chez le géomancien pour prendre ses conseils pour toute décision à prendre.

 

Geomancy

 

Geom

 

 

Master Lew

 

Bien entendu, en Europe aussi, ce genre de chose existe : on a tous entendu parler de présidents de la République, de fondés de pouvoir d’entreprises multinationales ou de premiers ministres du Royaume, qui avaient leur propre diseur de bonne aventure. On explique même le scandale de la commission Santer de par la présence d’un mage, officiellement dentiste et spécialiste de la santé, payé – cher - par le contribuable européen pour désenvoûter quotidiennement Mme Cresson.

 

Ca ne lui a pas trop bien réussi, à cette pauvre Mme Cresson.

 

Mais, enfin, il faut quand même remarquer une différence : nos mages à nous, c’est tellement ridicule que le client – surtout quand il est en position de pouvoir, comme Mme Cresson l’était – tend à cacher son vice.

 

Que dire d’autre… On peut acheter, à Singapour, tout ce qu’il est concevable de vendre, sauf la drogue, les films cochons et les chouinegommes. En tant que promeneur, amateur de choses un peu inhabituelles, on s’y ennuie vite, sauf si l’on avait besoin de refaire sa garde robe – aux prix de l’Europe, sauf lors des soldes, qui sont nombreuses, rappelons-le – ou si l’on rêvait de s’acheter quelques ordinateurs portables tout neufs, quelques téléphones cellulaires dernier cri, un lecteur de MP3 avec tellement de bytes qu’on ne sait plus où les mettre, et un appareil photo digne de Nadar. Pour moi, il est donc vite temps de partir, sans compter qu’il pleut, ces derniers jours, entre les bâtiments dont la taille est soigneusement gardée à moins de deux cents mètres, afin de permettre aux avions d’atterrir et de décoller à l’aéroport tout proche sans se faire de bosses, et sans en faire aux gratte-ciels. Prochaine étape : l’Indonésie.

 

Vu la mousson qui traîne, cela vaut-il la peine de descendre directement vers Borobudur, ou bien vais-je d’abord remonter à Sumatra, puis descendre par les petites routes, au bout de quinze jours dans la forêt vierge, à rendre visite aux orangs-outangs et à me prélasser au soleil, sur le lac Toba ?

 

Poser la question, c’est y répondre. Un beau matin, je quitte Singapour pour Kuala Lumpur, laissant derrière moi les tours de Singapour, puis celles de Johor Bahru. De Kuala Lumpur, ou nous arrivons par miracle avec un peu d’avance, je prends une correspondance une dizaine de minutes plus tard pour remonter à Penang. De Johor Bahru à Kuala Lumpur, nous roulons sous la grisaille, il pluvine même parfois, dans un décor montagneux ravissant, sur une autoroute proprette où l’on s’arrête, régulièrement, à des aires de repos dont la propreté et l’intelligente disposition rendraient jaloux n’importe quel pays européen.

 

Arrivée à Butterworth, puis à Georgetown. Je file à mon auberge habituelle, y trouve une chambre. Il fera bientôt nuit ; je vais me restaurer à l’un de mes vieux favoris. Vu que les célébrations du nouvel an sont bien terminées, maintenant, on peut trouver facilement les restaurants chinois ouverts. Ca grouille, même. Je me précipite donc, l’estomac dans les talons et … me fais bien avoir en commandant deux repas. Une fois des vapeurs, délicieuses, commandées après une demie heure d’attente de ma première commande visiblement oubliée ; puis je vois arriver un plat en sauce, délicieux, mais que je ne puis qu’à peine toucher. Pas grave : je le paierai entièrement. Le service des restaurants chinois est aléatoire, mais c’est invariablement le client qui est le dindon de la farce. Comme, au fond, même un prix doublé ne correspond qu’à pas grand-chose…

 

Le lendemain, à la chasse au billet de bateau rapide pour Sumatra. Quant au visa, pas d’inquiétude : l’Indonésie a découvert, depuis belle lurette, les joies du VOA (visa on arrival) et il est parfaitement inutile de prendre en considération la fausse sollicitude des voyagistes qui vous proposent, pour une somme modique correspondant à deux fois le prix du visa, de vous arranger un visa pour l’Indonésie à partir de la Malaisie, pour pouvoir faire votre voyage, la paix dans l’âme.

 

Depuis la dernière fois, les prix ont plus que doublé : ils commencent à plus de deux cents Ringgits et, quand j’arrive au port, je suis quand même descendu à cent cinquante. J’achète donc au port, pour partir demain matin, à six heures. C’est le seul bateau qui lie Georgetown et Medan, donc pas de choix possible, et je dois m’estimer heureux d’avoir trouvé un billet aussi bon marché. Visiblement, la défense du consommateur contre les monopoles, ce n’est pas une priorité, en Malaisie.

07:28 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magie |  Facebook |

16/03/2007

La ville des amendes

Singapour, ville assiégée, mais aussi ville des amendes. C’est aussi une chose qui frappe dès le premier instant. Si les affichettes montrant un soldat qui arrête un promeneur distrait, ou un terroriste le couteau entre les dents, sont celles qui vous sautent à l’œil, de prime abord, il y a aussi ces nombreux panneaux qui promettent des amendes effrayantes à tous ceux qui auraient l’idée saugrenue de prendre telle bande routière plutôt que telle autre, ou de rouler plus vite que la loi ne l’autorise. A la frontière, déjà, on vous a confisqué vos chouinegommes, si vous en aviez.

 

Si le douanier, maladroit ou distrait, les a ratés à cette occasion, ou que vous les aviez habilement cachés et que vous vous enfournez un, en ville, vous avez toutes les chances de vous faire arrêter par un policier en civil, et de vous retrouver avec un papillon, payable immédiatement, contre reçu, de … deux mille dollars singapouriens. Ne connaissant que trop bien le sans-gêne du machouilleur de chouinegomme, les autorités ont décidé de ne pas plaisanter avec la propreté des trottoirs… et des semelles.

 

Fumer est passible d’amende. Non pas qu’il soit interdit de fumer, mais la satisfaction du vice passe par de nombreuses règles qu’il vaut mieux ne pas négliger, si l’on ne souhaite pas se retrouver avec un trou de mille dollars singapouriens dans son portefeuille : si on décide de fumer dans la rue (la cigarette est interdite dans les bureaux), il faut fumer à des endroits bien déterminés, devant une poubelle munie d’un cendrier, il faut jeter les cendres dans le cendrier en question, et faire bien attention à ne pas souffler la fumée de telle manière qu’elle pourrait voler dans le visage d’un voisin. Sinon…

 

Traverser au rouge, ou traverser hors des passages cloutés, vous coûtera un modeste deux cent cinquante dollars de Singapour, et entrer avec votre parapluie dégoulinant dans un espace fermé – genre bureau de la ville, shopping mall, ou poste – vous reviendra à quatre cents dollars. Il faut préciser qu’à chaque entrée d’un centre d’achat ou d’une poste, etc… il y a un petit étal vous proposant un sachet de plastique pour y mettre votre parapluie – ce qui est bien pratique, quand il pleut. Donc, aucune excuse.

 

Le trafic de drogue est puni de mort, à Singapour. Suivant en cela respectueusement les lois qui concernent le sujet, le juge a tendance à confondre trafic et possession de drogue. Il y a très peu de drogués ici, et beaucoup de flics pour faire respecter le règlement.

 

Un T-Shirt d’un goût douteux illustre bien cette rage amendière des autorités de Singapour: on ne prête qu’aux riches, et après avoir illustré diverses situations qui, ici, conduisent réellement aux amendes, ou qui conduisent l’amende jusqu’au délinquant, le concepteur du T-Shirt en rajoute un peu, avec des « faire pipi dans un ascenseur, 1000 SG$ d’amende » etc… Peu crédible. Enfin, je veux dire : si, effectivement, faire pipi dans un ascenseur pourrait bien vous valoir une amende, je me demande dans quel pays – hors l’Inde, bien entendu – il ne serait pas normal de coller une contredanse, et davantage, à un imbécile qui irait pisser dans l’ascenseur.

 

Si tout, ou presque, est interdit, à Singapour, que peut-on donc y faire ? Les deux activités pour lesquelles l’homme est fait, du point de vue des autorités singapouriennes : l’homme, envoyé ici en mission par sa compagnie sise aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou en Belgique, travaille dans un bureau et y gagne beaucoup de sous ; l’épouse de l’expatrié élève les enfants du couple et dépense les sous gagnés en question dans les boutiques. Elle doit, à la fin du séjour singapourien commandité par la firme de Monsieur, avoir une garde robe rappelant celle de Mme Marcos : deux ou trois cents paires de chaussures, et autant de paires de pantalons, de jupe, de robes, de blouses, de boléros, de bibis, de bas, de chaussettes, de dessous, de dessus, de ceci et de cela. Idem pour les enfants qui seront, de plus, les heureux propriétaires de tout ce que la civilisation technologique compte de nouveau. L’expression Shop Till You Drop a dû être inventée pour Singapour.

 

De plus, pour assurer le roulement des stocks, les grands magasins passent leur temps à faire des soldes : il y a des soldes pour fêter l’arrivée de Noël, et d’autres pour fêter celle du nouvel an, de Pâques, de la Trinité, de l’Ascension, ou de la fête nationale péruvienne; il y a des soldes pour préparer le nouvel an chinois, pour le fêter, et enfin pour saluer son passage. Il y a des soldes pour célébrer l’anniversaire du président, celui du patron, celui de la femme du patron, celui du chef de service et pour le départ à la retraite du facteur qui faisait la rue. Toute occasion est bonne pour proposer au public des réductions pharamineuses qui permettront à tous d’acheter.

09:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shopping |  Facebook |

15/03/2007

Arrivée à Singapour

L’arrivée à Singapour est étrange. Venu de Malacca en bus, je me retrouve d’abord à la gare routière de Johor Bahru. Pour arriver à cette gare routière, alors qu’on voit, dans le lointain, se profiler les tours de la ville, on prend un échangeur autoroutier magique, qui vous fait tourner au bas mot trois fois sur vous-même avant de vous déposer à la gare. C’est un bâtiment pourri, avec une esplanade centrale qui n’est que trous et que bosses.

 

A cette gare, il faut prendre un autre bus qui tournera à nouveau trois fois sur lui-même, avant de vous déposer, juste passée la gare ferroviaire, à la frontière malaise – sise littéralement à deux pas du centre ville, donc. Vous descendrez alors du bus, vous passerez les barrages et ferez estampiller votre passeport par le préposé idoine. C’est souvent des dames – avec fichu d’un rose layette orné de diamants dont je ne garanti pas la qualité, quand elles font dans le musulman, sans fichu, quand elles sont chinoises, athées, indiennes...

 

Passées les douanes malaises, vous reprendrez un bus, ou son frère jumeau, avec le billet que vous avez acheté précédemment à la gare routière et qu’il faut garder précieusement. Vous ne le saviez pas ? Tant pis pour vous ; si vous ne l’aviez pas rangé à un endroit où vous pouviez le retrouver, vous n’avez qu’à le racheter. Ce n’est pas qu’il coûte une fortune, non plus : vous en aurez pour un peu moins de deux Ringgits.

 

Vous serez alors conduit, passant le pont, le Causeway, comme on dit ici, qui sépare Singapour de la Malaisie, jusqu’à la frontière singapourienne. Dans le lointain, vous voyez des tours d’habitations, ou de bureau, se profiler dans la grisaille. Si vous tournez la tête, vous noterez des tours du même acabit dont vous vous éloignez. C’était Johor Buhru. Vous descendrez du bus, une fois encore, afin de faire estampiller votre passeport une fois de plus. Vous reprendrez, estampillage perpétré, le même bus, ou son jumeau, une fois encore, avec le billet que vous n’avez toujours pas perdu : vous êtes maintenant à Singapour. Vous roulerez alors sur des autoroutes urbaines qu’une épaisse forêt tropicale longe, autoroutes urbaines parfois interrompues par des concentrations de bâtiments, d’écoles, de condos, comme on appelle cela par ici, et arriverez enfin au terminus : Queen Street. Le quartier de Queen Street est à Singapour ce que celui de Manhattan est à New York. C’est à la fois densément bâti, et vert encore.

 

Il vous aura été possible, dans l’entretemps, de vous arrêter à Johor Bahru pour y jeter un coup d’oeil: ne le faites pas. C’est une petite ville frontière moche et sale qui n’a rien à offrir.

 

Bon, je mens un peu. A Johor Bahru, il y a un hypermarché Carrefour où les singapouriens, le samedi, viennent faire leurs emplettes : pour tout ce qui est épicerie, la Malaisie est moins chère. Dans le minuscule centre historique de la ville, trois ou quatre rues, il y a quelques restaurants chinois et musulmans, pas terribles, ainsi que les quelques hôtels de la ville, sales et bruyants, dans lesquels, de toute évidence, les chambres sont plus souvent louées à l’heure qu’à la nuit.

 

Sur la grand’ rue, quelques bars interlopes qui s’intitulent eux même des Gents Saloon, dans lesquels, j’imagine, il y a des dames qui soignent les bobos à l’âme des grands incompris singapouriens qui viennent siroter une bière. A chaque pas de porte, ou presque, une dame vous invite à monter pour un massage. Vu l’aspect des plus mal famés des entrées, je ne fais aucune confiance à ces massages là.

 

Enfin, dans cette même rue, il y a des dames, cigarette au bec, qui se fendent facilement d’un large sourire, n’hésitent pas à vous adresser la parole et qui vous proposent, pour une somme modique, quelques moments en privé.

 

Et puis, Johor Bahru est étonnamment sale. Dire que la Malaisie est une deuxième Suisse serait un mensonge, mais il est vrai que, dans l’ensemble, un mélange de civisme, de peur du gendarme et d’équipes de nettoyage fait qu’on ne peut vraiment pas se plaindre de l’état de propreté du pays, sauf ici, à Johor Bahru. Outre la crasse, tout y est déglingué.

 

La présence d’une grosse communauté indienne explique peut-être tout cela.

 

A la frontière singapourienne, vous notez tout de suite le changement d’atmosphère : un soldat en arme, chapeau de brousse crânement posé sur la tête, avec une aile rabattue sur le bonnet, mitraillette non pas négligemment pendue en bandoulière, mais fermement tenue en mains, surveille le passage. Une fois que vous êtes dans la grande salle où les officiers de la douane vont s’occuper de vous, un rideau de soldats se déploie derrière vous et bloque la porte par laquelle vous venez de passer. Visiblement, on ne plaisante pas avec la sécurité de la Nation, ici.

 

Singapour est une ville qui se cache. Déjà quand on a passé la frontière, on voit régulièrement, le long des routes, des affiches avertissant qu’à votre gauche, ou à votre droite, il y a une aire protégée. L’avertissement est accompagné d’un dessin représentant un soldat armé qui arrête, à la pointe du fusil d’assaut, un quidam distrait ou malfaisant qui, de toute évidence, se trouvait sur l’aire protégée en question..

 

Les affiches que vous voyez, le long de l’autoroute que votre bus emprunte, pour arriver au centre, font un mélange assez étonnant de consommez, consommez, consommez typique de toutes les sociétés de consommation du monde, et d’engagez-vous dans la police, engagez-vous dans la marine, engagez-vous dans l’aviation, typique des forteresses assiégées. On voit mal qui, de l’Indonésie ou de la Malaisie, pourrait songer, aujourd’hui, à envahir ce riche voisin mais peut-être y a-t-il eu, dans le temps, comme des velléités d’invasions ? De la part de l’Indonésie, qui a été coutumière du fait, ce ne serait qu’à moitié surprenant. Mais aujourd’hui ? En tout cas, dans l’esprit des dirigeants, ce qu’il faut bien considérer comme une paranoïa reste présente. Auprès des habitants, ma foi… tant qu’on achète…

03:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade |  Facebook |

14/03/2007

A propos de cimetières chinois

Chinesegrave2Autre ville, autre cimetière. Si Georgetown possède son cimetière chinois contemporain – comment pourrait-on faire sans, quand on voit la taille de la communauté – dans un état parfait, pour la Malaisie, aux cénotaphes monumentaux à peine délavés par les pluies torrentielles de la mousson annuelle, Malacca possède son ancien cimetière chinois. Celui de Georgetown est immense et, je le disais, bien entretenu. On le voit de loin, et ses monuments orgueilleux, dont certains sont régulièrement rafraîchis de badigeon blanc, sont éclatants. Celui de Malacca couvre deux collines, et nombreuses sont les tombes rongées d’humidité qui terminent de se fondre dans la terre. Poussière, tu retourneras à la poussière…

 

On n’y enterre plus personne depuis bientôt un siècle, et le maire avait essayé, subrepticement, de revendre le terrain à des promoteurs immobiliers, il y a dix ans peut-être. Quand elle a appris la nouvelle, le sang de la communauté chinoise n’avait fait qu’un tour. La Malaisie n’est pas un pays dans lequel on fait dans l’émeute et les cris de protestation; et les chinois de Malaisie ne sont manifestement pas des gens à descendre dans la rue. Il n’empêche que ça avait gueulé ferme dans le secret des bureaux de la municipalité et que, au bout de deux ou trois ans, ladite municipalité avait dû jeter le gant, et accepter l’évidence : le terrain appartenait, de fait, à la communauté chinoise, ladite communauté ne rigolait pas avec ses ancêtres et on allait pas jeter les morts comme ça. Conclusion : mieux vaut tard que jamais ; la ville avait aimablement offert le terrain à la communauté chinoise.

 

La communauté, devenue officiellement propriétaire de son cimetière, a bâti un nouveau temple pile-poil devant l’entrée du cimetière, juste pour marquer le coup. Elle a aussi bâti plusieurs écoles qui font comme une muraille longue d’un petit kilomètre, comme une ligne Maginot, destinée à protéger un flanc de la première colline.

 

Tout comme la ligne Maginot, donc, aucune utilité stratégique, mais, comme ça, on ne peut pas dire que ce n’est pas bien clair qu’on arrive en territoire chinois.

 

Le cimetière est lui aussi envahi par les frangipaniers, les palétuviers, tout ce que la nature connaît comme mauvaise herbe destructrice de monuments funéraires. Pénétrées, ou forcées, par les racines, les tombes se fissurent peu à peu. Humidité et mousse font le reste. Il reste quelques tombes gardées dans un état parfait par des descendants toujours respectueux du culte des ancêtres. Les autres tombes, petit à petit détruites par le temps, terminent de disparaître. Pour certains, les murets s’écroulent, pour d’autres, on devine tout juste une forme, une dépression dans le sol. Pour d’autres enfin, c’est fini. Les familles éteintes entraînent la disparition des tombeaux, aussi monumentaux qu’ils aient pu être, du temps de leur splendeur.

 

ChinesegraveSur certains, on devine encore un badigeon rouge, des lettres dorées, qui doivent témoigner d’une importance sociale non négligeable de la famille, en ces temps là.

10:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rites funeraires |  Facebook |

10/03/2007

A propos de cimetières coloniaux

ccA Georgetown , encore, il y a un délicieux et minuscule cimetière colonial, qu’on entretient plus trop, quoiqu’il soit décrété monument historique. On y trouve la tombe du fondateur de la colonie (ou devrait-on dire, du comptoir commercial?) – un certain capitaine Francis Light – entourée d’une multitude de tombeaux dédiés au souvenir d’une personne chère, usuellement de sexe féminin, et qui nous a quitté à un age auquel on avait oublié qu’on pouvait mourir : la petite Samantha, Nicole ou Jessica, morte à l’age de quatorze, quinze, seize ans… ou Caroline, sainte épouse amèrement regrettée, et morte grosse, où juste après ses couches, à l’age de vingt, vingt-cinq ans…

 

Les messieurs semblent mieux tenir le coup : on trouvera, bien entendu, sans chercher bien loin, des James, un Helmut ou un Victor morts bébés, enfants, adolescents dans la fleur de l’age, voire jeunes adultes décédés en mer ; mais il est notable que les hommes survivent, à la colonie, un rien moins mal  que les femmes. Bien plus souvent qu’elles, ils meurent le front chargé d’ans – c'est-à-dire qu’ils meurent âgés de quarante ou cinquante ans. On trouve même deux ou trois octogénaires. Cependant, rares sont ceux qui ont attendu la retraite pour quitter cette vallée de larmes.

 

De toute évidence, jusqu’au dix-neuvième siècle, sur les îles paradisiaques qui vont d’un tropique à l’autre, en passant par l’équateur, on mourait jeune.

 

On peut se demander, par ailleurs, ce qui était si invariablement fatal aux jeunes filles de la colonie. Si nous avons tous entendu parler des dangers que vivaient les femmes enceintes, qui pouvaient facilement mourir en couches – dangers rendus immortels par les bons docteurs Semmelweis et Destouches réunis – je peine à imaginer que les premières règles pouvaient tuer une jeune fille ; une grossesse en route, une jeune maman. Les fièvres, alors ? La malaria ? Allons-y pour la malaria. Et les araignées venimeuses. Et divers insectes antipathiques.

 

Quand mon frère et moi-même étions petits, on nous traînait parfois, du temps que nous vivions à Brazzaville, dans un petit enclos connu sous le nom de cimetière des pionniers. Nous y jouions, Michel et moi, pendant que nos parents, qui ne perdaient jamais une occasion pour se recueillir, priaient pour l’âme des défunts – mais vite fait sur le gaz, un œil jouant au billard et l’autre comptant les points, nous surveillant, pressant le ainsi-soit-il pour nous rattraper, avant que l’un de nous deux ne renverse une croix, ou ne casse quelque chose d’inestimable.

 

Je me souviens qu’à ces occasions, nos parents qui, outre le recueillement compulsif, ne perdaient jamais non plus une occasion de nous éduquer, nous montraient les dates de naissance et de décès indiquées sur les pierres tombales, en insistant sur le fait que tous ces pionniers étaient morts bien jeunes. Chaleur, infections variées, fièvres, eau douteuse, insectes homicides, choléra, humidité, manque des secours de la religion… solitude, ennui et ivrognerie aussi, je suppose.

 

cc2A Georgetown, même si le cimetière colonial n’est plus trop bien conservé, il y a un gardien qui vous suit, quêtant votre obole à la fin de la visite et vérifiant que vous ne volez pas l’une ou l’autre plaque commémorative. Des frangipaniers poussent partout, allongeant leurs racines à fleur de terre et fendillant les tombeaux de briques rongés par l’humidité et la mousse. Le dernier mort y a été enterré en 1890. Sa sépulture est un simple carré de terre, couronné d’une pierre tombale sur laquelle on apprend que sa veuve éplorée, etc… Il était agé de soixante ans et plus. C’était la fin des morts adolescentes.

 

Je me demande où on a enterré sa femme. En ce temps là, c’était encore l’époque où les vieux couples aimaient l’idée de reposer ensemble, pour l’éternité. Et puis, tout simplement, c’était l’usage. Ca a du faire mal, quand elle a appris qu’elle n’aurait pas droit à sa place près de son mari.

 

Quoique.

 

Peut-être le détestait-elle.

 

Ou encore, elle était rentrée à la maison, en Angleterre, après ces décennies d’exil, du fait de la profession de son cher époux.

 

Il y a aussi, dans un coin du cimetière, quelques tombes anonymes encore plus rongées que les autres : ce sont celles de chrétiens chinois, qui avaient quitté la Chine des boxers, pour pouvoir pratiquer leur religion en paix. Le climat les a achevé, à défaut des boxers. Le climat, délétère aux monuments de briques, achève de les faire retourner au Grand Rien. Ils n’ont déjà plus de nom ; bientôt le promeneur distrait marchera là où une dépouille a été enterrée.

12:22 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : funerailles, antiquites |  Facebook |

03/03/2007

Les Dieux ont faim

Dans un temple chinois, on trouve une ou plusieurs statues du Bouddha. Il est assis, étendu, debout, marchant ou attendant l’offrande.

 

Il donne lui-même, sourit ou vous regarde d’un air grave.

 

Autour du Bouddha, on trouvera des dizaines de statuettes incarnant les divinités, non pas inférieures, mais celles qui font le panthéon chinois, à connotations bouddhistes, historiques ou confucéennes. Un temple chinois, c’est un sacré mélange de tout et de n’importe quoi, en ce qui concerne la religion et c’est tout simplement un salmigondis culturel. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits, et c’est très bien ainsi. Ca rappelle les étagères d’une vieille tante à héritage, encombrées de trucs et de machins charmants et parfois défraîchis, dont on ne voit pas trop bien ni le sens, ni l’usage, mais elle sait, elle, et ces accumulations d’objets disparates font sa vie, son bonheur, ses souvenirs.

 

Si on veut hériter, ce serait pas mal de s’accrocher et d’essayer de comprendre. Bien entendu, le temps passé avec la vieille tante à héritage ne sera pas, sur le plan culinaire, un épisode immortel de notre vie ; mais il faut noter qu’indépendamment de l’héritage, en écoutant la vieille dame, on risque d’y gagner pas mal, en acquérant ainsi le sens de l’histoire, familiale, locale, nationale, ou universelle. Pour ce dernier point, il suffira qu’on ait une autre vieille tante, décédée maintenant, qui aurait été missionnaire en Chine. La tante survivante vous informera.

 

Accessoirement, on découvrira probablement le sens des expressions avoir la dent dure et ruminer sa rancune. Rien ne sait mieux qu’une vieille dame faire durer la vendetta, entre son radiateur électrique et son chat vieillissant. Sa cible préférée ayant usuellement quitté cette vallée de larmes, elle est assez bien gagnante et vous n’obtiendrez qu’un seul côté de l’histoire. Ce sera, cependant, l’Histoire.

 

Hok Haw KongDans la somme des divinités qui m’étaient inconnues, il y avait les deux Hok Haw Kong : ce sont deux barbus à l’air farouche, qui sont les divinités de la défense de l’Empire : les Cambronne de la Chine, en quelque sorte. A l’époque de la dynastie Tang, les deux Hok Haw Kong, l’un général de région, l’autre gouverneur de la ville, avaient résisté, des semaines durant, à l’assaut d’un ennemi jamais précisément désigné, et tous deux avaient juré sur leur barbe et leurs ancêtres que jamais la ville ne tomberait entre des mains étrangères. Malheureusement, les secours tardant à arriver, l’armée impériale était arrivée trois jours trop tard : la ville n’était plus rien d’autre qu’un monceau de ruines fumantes.

 

On allait apprendre, par ailleurs, l’héroïsme des deux Hok Haw Kong, qui allaient obtenir, à titre posthume, la qualité de divinités accordée par l’Empereur : ainsi, pour ne donner qu’un exemple, dans le but de conserver quelques forces aux soldats qui tenaient les remparts – ces quelques forces affaiblies du fait du blocus implacable dont la ville souffrait, du fait des assiégeants - nos deux futurs dieux avaient donné leurs épouses à manger à la troupe.

 

Vous, je ne je sais pas, mais moi, je trouve que c’est noble.

13:14 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, histoire |  Facebook |