21/03/2007

Sumatra, ses flics, ses mosquées, ses muezzins, ses routes...

L’une des grandes joies du passage des frontières, dans les pays corrompus, c’est quand on n’a pas son passeport en ordre, ou qu’il faut prendre son visa à l’arrivée, et que le visa se paie en liquide d’origine étrangère – le dollar américain, par exemple. C’est le cas ici.

 

Les deux personnes qui n’ont pas de visa sont stoppées dès la sortie du bateau par un douanier plein de sollicitude, qui s’inquiète de savoir qui a son visa, ou non. Pendant que les malheureux « en ordre » commencent à faire la queue, un peu plus loin, devant les deux bureaux ouverts à leur intention, un Cambodgien et moi-même, pas en ordre, sommes menés à un troisième bureau où nous remplissons un petit formulaire, donnons nos vingt cinq dollars, recevons notre visa et sommes sur le trottoir, devant le terminal, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

 

Les premiers des deux queues légales ne sont pas encore sortis.

 

Alors, je n’irai pas dire que les sous donnés pour les visas n’arriveront pas là où ils doivent arriver – dans la poche du ministre des Affaires Intérieures, par exemple – mais admettons le franchement : il n’est pas absolument certain qu’une fraction de la somme ne se perdra pas.

 

Bon, il faut dire que si les flics sont corrompus, c’est aussi qu’ils sont tellement mal payés qu’il faut bien qu’ils trouvent des sources de financement parallèle…

 

J’attends tranquillement devant mon bus, bientôt en partance pour Medan, tout en reluquant le spectacle. Les trois siècles de présence hollandaise, en Indonésie, se remarquent dès le premier regard : il est notables que les filles ont, plus souvent qu’à leur tour, un derrière de percheronne, et parfois les yeux bleus. Elles s’adressent facilement à vous - en indonésien, ce qui ne facilite pas le contact.

 

Une heure se passe pendant que les malheureux coincés dans la file sortent, l’un après l’autre. Notre bus peut enfin démarrer : c’est un bus du genre moderne, presque correct – plus rien ne peut impressionner le voyageur qui a roulé en bus VIP en Thaïlande, ou en Malaisie… La clim’ ne fonctionne pas – s’il y en a jamais eu une – et les fenêtres sont largement ouvertes ; les sièges sont parfois défoncés, parfois pas. J’ai eu amplement le temps de choisir le fauteuil de mes rêves, et je m’y prélasse, pendant que le moteur fait ce qu’il peut pour nous entraîner du port jusqu’à la ville. Pour ce trajet d’une demi-heure, à très petite vitesse, un contrôleur des billets nous a réclamé la modique somme de un dollar.

 

Bientôt arrivé à mon hôtel, dont je remarque la décapilotade, depuis mon dernier passage. M’étant renseigné, j’apprendrai que le proprio est mort et que son épouse fait ce qu’elle peut, mais elle peut peu, de toute évidence. La propreté est passée du statut d’un peu douteux à franchement crade, et la tuyauterie semble bien ne pas suivre, dans les salles de bain.

 

Cela couplé au fait que l’hôtel a le désavantage de se trouver près de la plus grande mosquée de la ville, celle qui a les haut-parleurs les plus puissants, et le muezzin le plus lent, ou le plus fignoleur, qui débite ses hurlement, avec des vibratos qui feraient croire à une crise d’épilepsie ovine, en l’espace de dix minutes au lieu de cinq, font que la décision est vite prise de ne passer qu’une nuit ici, avant de filer, sans avoir rien préparé, à Bukitlawang, là où c’est-y que les orangs-outangs attendent le visiteur.

 

Mon bagage donc déposé dans l’une des mes chambres habituelles – ce sont toujours la quatorze ou la quinze, à l’étage supérieur, là où il n’y a pas (trop) de moustiques – je file me renseigner quant à l’emplacement de la gare routière. On parlait, dans le temps, de la déplacer à une date prochaine dans le Nord de la ville. De toute évidence, la date prochaine a été reportée et il y a toujours deux gares routières : une pour le nord, une pour le sud. Je me renseigne aussi en ce qui concerne l’état des routes, et les dangers éventuels.

 

Dans le temps, jamais on aurait osé rouler, par exemple, du Nord au Sud de l’île : indépendamment du fait que les routes étaient infectes et permettaient, à tout casser, une moyenne de trente à l’heure, on se faisait tirer dessus par une guérilla qui usait d’oripeaux idéologiques pour se remplir les poches.

 

Et tant pis pour les voyageurs qui passaient par là.

 

Les choses ont peut-être changé ? Oui, m’assure-t-on : il n’y a plus de bandes armées qui tirailleraient sur les bus – du moins, plus sur les grands axes -  et la route vers Bukitlawang est sûre.

 

Dans un état à faire peur, comme toujours, mais sûre.

 

Bon, on y ira donc demain matin. En attendant, je vais changer des sous, afin de pouvoir vivre ici: avec une centaine de dollars, on a de quoi voir venir.

sous

 

10:23 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances |  Facebook |

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