17/03/2007

Chinois et magiciens

Si Singapour est propre et que la loi y est respectée, on épuise cependant vite les charmes de la ville : quelques quartiers anciens n’ont pas été détruits et sont devenus des shopping mall à thème. Disneyland grandeur nature. On trouve tout ce qui est mangeable, selon toutes les cuisines du monde qui se respectent, et on y mange, de ce fait, souvent très bien. Un bémol : la Tiger, la bière nationale de Singapour, y est chère : dans sa grande sollicitude à l’égard de la petite santé des habitants, l’Etat taxe l’alcool et la cigarette d’une manière effrayante.

 

Comme dans toute la péninsule du sud-est asiatique, la présence chinoise est notable, ici, par l’existence d’échoppes de géomanciens, ayant pignon sur rue, et serrées les unes contre les autres. Les géomanciens vous promettent tout et n’importe quoi, la clientèle se presse littéralement à leur pas de porte. Il est curieux de voir comment des gens aussi matérialistes que les chinois, des gens aussi orientés vers le bizenesse, peuvent être aussi superstitieux, se précipitant comme des lemmings sur tout ce qui est aide magique – aussi peu crédible qu’elle soit. Vieux et jeunes, hommes ou femmes, couples, tous courent chez le géomancien pour prendre ses conseils pour toute décision à prendre.

 

Geomancy

 

Geom

 

 

Master Lew

 

Bien entendu, en Europe aussi, ce genre de chose existe : on a tous entendu parler de présidents de la République, de fondés de pouvoir d’entreprises multinationales ou de premiers ministres du Royaume, qui avaient leur propre diseur de bonne aventure. On explique même le scandale de la commission Santer de par la présence d’un mage, officiellement dentiste et spécialiste de la santé, payé – cher - par le contribuable européen pour désenvoûter quotidiennement Mme Cresson.

 

Ca ne lui a pas trop bien réussi, à cette pauvre Mme Cresson.

 

Mais, enfin, il faut quand même remarquer une différence : nos mages à nous, c’est tellement ridicule que le client – surtout quand il est en position de pouvoir, comme Mme Cresson l’était – tend à cacher son vice.

 

Que dire d’autre… On peut acheter, à Singapour, tout ce qu’il est concevable de vendre, sauf la drogue, les films cochons et les chouinegommes. En tant que promeneur, amateur de choses un peu inhabituelles, on s’y ennuie vite, sauf si l’on avait besoin de refaire sa garde robe – aux prix de l’Europe, sauf lors des soldes, qui sont nombreuses, rappelons-le – ou si l’on rêvait de s’acheter quelques ordinateurs portables tout neufs, quelques téléphones cellulaires dernier cri, un lecteur de MP3 avec tellement de bytes qu’on ne sait plus où les mettre, et un appareil photo digne de Nadar. Pour moi, il est donc vite temps de partir, sans compter qu’il pleut, ces derniers jours, entre les bâtiments dont la taille est soigneusement gardée à moins de deux cents mètres, afin de permettre aux avions d’atterrir et de décoller à l’aéroport tout proche sans se faire de bosses, et sans en faire aux gratte-ciels. Prochaine étape : l’Indonésie.

 

Vu la mousson qui traîne, cela vaut-il la peine de descendre directement vers Borobudur, ou bien vais-je d’abord remonter à Sumatra, puis descendre par les petites routes, au bout de quinze jours dans la forêt vierge, à rendre visite aux orangs-outangs et à me prélasser au soleil, sur le lac Toba ?

 

Poser la question, c’est y répondre. Un beau matin, je quitte Singapour pour Kuala Lumpur, laissant derrière moi les tours de Singapour, puis celles de Johor Bahru. De Kuala Lumpur, ou nous arrivons par miracle avec un peu d’avance, je prends une correspondance une dizaine de minutes plus tard pour remonter à Penang. De Johor Bahru à Kuala Lumpur, nous roulons sous la grisaille, il pluvine même parfois, dans un décor montagneux ravissant, sur une autoroute proprette où l’on s’arrête, régulièrement, à des aires de repos dont la propreté et l’intelligente disposition rendraient jaloux n’importe quel pays européen.

 

Arrivée à Butterworth, puis à Georgetown. Je file à mon auberge habituelle, y trouve une chambre. Il fera bientôt nuit ; je vais me restaurer à l’un de mes vieux favoris. Vu que les célébrations du nouvel an sont bien terminées, maintenant, on peut trouver facilement les restaurants chinois ouverts. Ca grouille, même. Je me précipite donc, l’estomac dans les talons et … me fais bien avoir en commandant deux repas. Une fois des vapeurs, délicieuses, commandées après une demie heure d’attente de ma première commande visiblement oubliée ; puis je vois arriver un plat en sauce, délicieux, mais que je ne puis qu’à peine toucher. Pas grave : je le paierai entièrement. Le service des restaurants chinois est aléatoire, mais c’est invariablement le client qui est le dindon de la farce. Comme, au fond, même un prix doublé ne correspond qu’à pas grand-chose…

 

Le lendemain, à la chasse au billet de bateau rapide pour Sumatra. Quant au visa, pas d’inquiétude : l’Indonésie a découvert, depuis belle lurette, les joies du VOA (visa on arrival) et il est parfaitement inutile de prendre en considération la fausse sollicitude des voyagistes qui vous proposent, pour une somme modique correspondant à deux fois le prix du visa, de vous arranger un visa pour l’Indonésie à partir de la Malaisie, pour pouvoir faire votre voyage, la paix dans l’âme.

 

Depuis la dernière fois, les prix ont plus que doublé : ils commencent à plus de deux cents Ringgits et, quand j’arrive au port, je suis quand même descendu à cent cinquante. J’achète donc au port, pour partir demain matin, à six heures. C’est le seul bateau qui lie Georgetown et Medan, donc pas de choix possible, et je dois m’estimer heureux d’avoir trouvé un billet aussi bon marché. Visiblement, la défense du consommateur contre les monopoles, ce n’est pas une priorité, en Malaisie.

07:28 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magie |  Facebook |

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