16/03/2007

La ville des amendes

Singapour, ville assiégée, mais aussi ville des amendes. C’est aussi une chose qui frappe dès le premier instant. Si les affichettes montrant un soldat qui arrête un promeneur distrait, ou un terroriste le couteau entre les dents, sont celles qui vous sautent à l’œil, de prime abord, il y a aussi ces nombreux panneaux qui promettent des amendes effrayantes à tous ceux qui auraient l’idée saugrenue de prendre telle bande routière plutôt que telle autre, ou de rouler plus vite que la loi ne l’autorise. A la frontière, déjà, on vous a confisqué vos chouinegommes, si vous en aviez.

 

Si le douanier, maladroit ou distrait, les a ratés à cette occasion, ou que vous les aviez habilement cachés et que vous vous enfournez un, en ville, vous avez toutes les chances de vous faire arrêter par un policier en civil, et de vous retrouver avec un papillon, payable immédiatement, contre reçu, de … deux mille dollars singapouriens. Ne connaissant que trop bien le sans-gêne du machouilleur de chouinegomme, les autorités ont décidé de ne pas plaisanter avec la propreté des trottoirs… et des semelles.

 

Fumer est passible d’amende. Non pas qu’il soit interdit de fumer, mais la satisfaction du vice passe par de nombreuses règles qu’il vaut mieux ne pas négliger, si l’on ne souhaite pas se retrouver avec un trou de mille dollars singapouriens dans son portefeuille : si on décide de fumer dans la rue (la cigarette est interdite dans les bureaux), il faut fumer à des endroits bien déterminés, devant une poubelle munie d’un cendrier, il faut jeter les cendres dans le cendrier en question, et faire bien attention à ne pas souffler la fumée de telle manière qu’elle pourrait voler dans le visage d’un voisin. Sinon…

 

Traverser au rouge, ou traverser hors des passages cloutés, vous coûtera un modeste deux cent cinquante dollars de Singapour, et entrer avec votre parapluie dégoulinant dans un espace fermé – genre bureau de la ville, shopping mall, ou poste – vous reviendra à quatre cents dollars. Il faut préciser qu’à chaque entrée d’un centre d’achat ou d’une poste, etc… il y a un petit étal vous proposant un sachet de plastique pour y mettre votre parapluie – ce qui est bien pratique, quand il pleut. Donc, aucune excuse.

 

Le trafic de drogue est puni de mort, à Singapour. Suivant en cela respectueusement les lois qui concernent le sujet, le juge a tendance à confondre trafic et possession de drogue. Il y a très peu de drogués ici, et beaucoup de flics pour faire respecter le règlement.

 

Un T-Shirt d’un goût douteux illustre bien cette rage amendière des autorités de Singapour: on ne prête qu’aux riches, et après avoir illustré diverses situations qui, ici, conduisent réellement aux amendes, ou qui conduisent l’amende jusqu’au délinquant, le concepteur du T-Shirt en rajoute un peu, avec des « faire pipi dans un ascenseur, 1000 SG$ d’amende » etc… Peu crédible. Enfin, je veux dire : si, effectivement, faire pipi dans un ascenseur pourrait bien vous valoir une amende, je me demande dans quel pays – hors l’Inde, bien entendu – il ne serait pas normal de coller une contredanse, et davantage, à un imbécile qui irait pisser dans l’ascenseur.

 

Si tout, ou presque, est interdit, à Singapour, que peut-on donc y faire ? Les deux activités pour lesquelles l’homme est fait, du point de vue des autorités singapouriennes : l’homme, envoyé ici en mission par sa compagnie sise aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou en Belgique, travaille dans un bureau et y gagne beaucoup de sous ; l’épouse de l’expatrié élève les enfants du couple et dépense les sous gagnés en question dans les boutiques. Elle doit, à la fin du séjour singapourien commandité par la firme de Monsieur, avoir une garde robe rappelant celle de Mme Marcos : deux ou trois cents paires de chaussures, et autant de paires de pantalons, de jupe, de robes, de blouses, de boléros, de bibis, de bas, de chaussettes, de dessous, de dessus, de ceci et de cela. Idem pour les enfants qui seront, de plus, les heureux propriétaires de tout ce que la civilisation technologique compte de nouveau. L’expression Shop Till You Drop a dû être inventée pour Singapour.

 

De plus, pour assurer le roulement des stocks, les grands magasins passent leur temps à faire des soldes : il y a des soldes pour fêter l’arrivée de Noël, et d’autres pour fêter celle du nouvel an, de Pâques, de la Trinité, de l’Ascension, ou de la fête nationale péruvienne; il y a des soldes pour préparer le nouvel an chinois, pour le fêter, et enfin pour saluer son passage. Il y a des soldes pour célébrer l’anniversaire du président, celui du patron, celui de la femme du patron, celui du chef de service et pour le départ à la retraite du facteur qui faisait la rue. Toute occasion est bonne pour proposer au public des réductions pharamineuses qui permettront à tous d’acheter.

09:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shopping |  Facebook |

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