15/03/2007

Arrivée à Singapour

L’arrivée à Singapour est étrange. Venu de Malacca en bus, je me retrouve d’abord à la gare routière de Johor Bahru. Pour arriver à cette gare routière, alors qu’on voit, dans le lointain, se profiler les tours de la ville, on prend un échangeur autoroutier magique, qui vous fait tourner au bas mot trois fois sur vous-même avant de vous déposer à la gare. C’est un bâtiment pourri, avec une esplanade centrale qui n’est que trous et que bosses.

 

A cette gare, il faut prendre un autre bus qui tournera à nouveau trois fois sur lui-même, avant de vous déposer, juste passée la gare ferroviaire, à la frontière malaise – sise littéralement à deux pas du centre ville, donc. Vous descendrez alors du bus, vous passerez les barrages et ferez estampiller votre passeport par le préposé idoine. C’est souvent des dames – avec fichu d’un rose layette orné de diamants dont je ne garanti pas la qualité, quand elles font dans le musulman, sans fichu, quand elles sont chinoises, athées, indiennes...

 

Passées les douanes malaises, vous reprendrez un bus, ou son frère jumeau, avec le billet que vous avez acheté précédemment à la gare routière et qu’il faut garder précieusement. Vous ne le saviez pas ? Tant pis pour vous ; si vous ne l’aviez pas rangé à un endroit où vous pouviez le retrouver, vous n’avez qu’à le racheter. Ce n’est pas qu’il coûte une fortune, non plus : vous en aurez pour un peu moins de deux Ringgits.

 

Vous serez alors conduit, passant le pont, le Causeway, comme on dit ici, qui sépare Singapour de la Malaisie, jusqu’à la frontière singapourienne. Dans le lointain, vous voyez des tours d’habitations, ou de bureau, se profiler dans la grisaille. Si vous tournez la tête, vous noterez des tours du même acabit dont vous vous éloignez. C’était Johor Buhru. Vous descendrez du bus, une fois encore, afin de faire estampiller votre passeport une fois de plus. Vous reprendrez, estampillage perpétré, le même bus, ou son jumeau, une fois encore, avec le billet que vous n’avez toujours pas perdu : vous êtes maintenant à Singapour. Vous roulerez alors sur des autoroutes urbaines qu’une épaisse forêt tropicale longe, autoroutes urbaines parfois interrompues par des concentrations de bâtiments, d’écoles, de condos, comme on appelle cela par ici, et arriverez enfin au terminus : Queen Street. Le quartier de Queen Street est à Singapour ce que celui de Manhattan est à New York. C’est à la fois densément bâti, et vert encore.

 

Il vous aura été possible, dans l’entretemps, de vous arrêter à Johor Bahru pour y jeter un coup d’oeil: ne le faites pas. C’est une petite ville frontière moche et sale qui n’a rien à offrir.

 

Bon, je mens un peu. A Johor Bahru, il y a un hypermarché Carrefour où les singapouriens, le samedi, viennent faire leurs emplettes : pour tout ce qui est épicerie, la Malaisie est moins chère. Dans le minuscule centre historique de la ville, trois ou quatre rues, il y a quelques restaurants chinois et musulmans, pas terribles, ainsi que les quelques hôtels de la ville, sales et bruyants, dans lesquels, de toute évidence, les chambres sont plus souvent louées à l’heure qu’à la nuit.

 

Sur la grand’ rue, quelques bars interlopes qui s’intitulent eux même des Gents Saloon, dans lesquels, j’imagine, il y a des dames qui soignent les bobos à l’âme des grands incompris singapouriens qui viennent siroter une bière. A chaque pas de porte, ou presque, une dame vous invite à monter pour un massage. Vu l’aspect des plus mal famés des entrées, je ne fais aucune confiance à ces massages là.

 

Enfin, dans cette même rue, il y a des dames, cigarette au bec, qui se fendent facilement d’un large sourire, n’hésitent pas à vous adresser la parole et qui vous proposent, pour une somme modique, quelques moments en privé.

 

Et puis, Johor Bahru est étonnamment sale. Dire que la Malaisie est une deuxième Suisse serait un mensonge, mais il est vrai que, dans l’ensemble, un mélange de civisme, de peur du gendarme et d’équipes de nettoyage fait qu’on ne peut vraiment pas se plaindre de l’état de propreté du pays, sauf ici, à Johor Bahru. Outre la crasse, tout y est déglingué.

 

La présence d’une grosse communauté indienne explique peut-être tout cela.

 

A la frontière singapourienne, vous notez tout de suite le changement d’atmosphère : un soldat en arme, chapeau de brousse crânement posé sur la tête, avec une aile rabattue sur le bonnet, mitraillette non pas négligemment pendue en bandoulière, mais fermement tenue en mains, surveille le passage. Une fois que vous êtes dans la grande salle où les officiers de la douane vont s’occuper de vous, un rideau de soldats se déploie derrière vous et bloque la porte par laquelle vous venez de passer. Visiblement, on ne plaisante pas avec la sécurité de la Nation, ici.

 

Singapour est une ville qui se cache. Déjà quand on a passé la frontière, on voit régulièrement, le long des routes, des affiches avertissant qu’à votre gauche, ou à votre droite, il y a une aire protégée. L’avertissement est accompagné d’un dessin représentant un soldat armé qui arrête, à la pointe du fusil d’assaut, un quidam distrait ou malfaisant qui, de toute évidence, se trouvait sur l’aire protégée en question..

 

Les affiches que vous voyez, le long de l’autoroute que votre bus emprunte, pour arriver au centre, font un mélange assez étonnant de consommez, consommez, consommez typique de toutes les sociétés de consommation du monde, et d’engagez-vous dans la police, engagez-vous dans la marine, engagez-vous dans l’aviation, typique des forteresses assiégées. On voit mal qui, de l’Indonésie ou de la Malaisie, pourrait songer, aujourd’hui, à envahir ce riche voisin mais peut-être y a-t-il eu, dans le temps, comme des velléités d’invasions ? De la part de l’Indonésie, qui a été coutumière du fait, ce ne serait qu’à moitié surprenant. Mais aujourd’hui ? En tout cas, dans l’esprit des dirigeants, ce qu’il faut bien considérer comme une paranoïa reste présente. Auprès des habitants, ma foi… tant qu’on achète…

03:31 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : promenade |  Facebook |

Commentaires

Les gens comme vous ne savent faire qu'une chose : se plaindre (saleté, mocheté, trop de ci, pas assez de ça, etc.).

Ce ne sont pas de simples constatations que vous faites, mais des critiques.

Un conseil si vous ne pouvez supporter les différences avec l'Europe occidentale : restez chez vous.

Écrit par : Alain | 15/08/2012

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