14/03/2007

A propos de cimetières chinois

Chinesegrave2Autre ville, autre cimetière. Si Georgetown possède son cimetière chinois contemporain – comment pourrait-on faire sans, quand on voit la taille de la communauté – dans un état parfait, pour la Malaisie, aux cénotaphes monumentaux à peine délavés par les pluies torrentielles de la mousson annuelle, Malacca possède son ancien cimetière chinois. Celui de Georgetown est immense et, je le disais, bien entretenu. On le voit de loin, et ses monuments orgueilleux, dont certains sont régulièrement rafraîchis de badigeon blanc, sont éclatants. Celui de Malacca couvre deux collines, et nombreuses sont les tombes rongées d’humidité qui terminent de se fondre dans la terre. Poussière, tu retourneras à la poussière…

 

On n’y enterre plus personne depuis bientôt un siècle, et le maire avait essayé, subrepticement, de revendre le terrain à des promoteurs immobiliers, il y a dix ans peut-être. Quand elle a appris la nouvelle, le sang de la communauté chinoise n’avait fait qu’un tour. La Malaisie n’est pas un pays dans lequel on fait dans l’émeute et les cris de protestation; et les chinois de Malaisie ne sont manifestement pas des gens à descendre dans la rue. Il n’empêche que ça avait gueulé ferme dans le secret des bureaux de la municipalité et que, au bout de deux ou trois ans, ladite municipalité avait dû jeter le gant, et accepter l’évidence : le terrain appartenait, de fait, à la communauté chinoise, ladite communauté ne rigolait pas avec ses ancêtres et on allait pas jeter les morts comme ça. Conclusion : mieux vaut tard que jamais ; la ville avait aimablement offert le terrain à la communauté chinoise.

 

La communauté, devenue officiellement propriétaire de son cimetière, a bâti un nouveau temple pile-poil devant l’entrée du cimetière, juste pour marquer le coup. Elle a aussi bâti plusieurs écoles qui font comme une muraille longue d’un petit kilomètre, comme une ligne Maginot, destinée à protéger un flanc de la première colline.

 

Tout comme la ligne Maginot, donc, aucune utilité stratégique, mais, comme ça, on ne peut pas dire que ce n’est pas bien clair qu’on arrive en territoire chinois.

 

Le cimetière est lui aussi envahi par les frangipaniers, les palétuviers, tout ce que la nature connaît comme mauvaise herbe destructrice de monuments funéraires. Pénétrées, ou forcées, par les racines, les tombes se fissurent peu à peu. Humidité et mousse font le reste. Il reste quelques tombes gardées dans un état parfait par des descendants toujours respectueux du culte des ancêtres. Les autres tombes, petit à petit détruites par le temps, terminent de disparaître. Pour certains, les murets s’écroulent, pour d’autres, on devine tout juste une forme, une dépression dans le sol. Pour d’autres enfin, c’est fini. Les familles éteintes entraînent la disparition des tombeaux, aussi monumentaux qu’ils aient pu être, du temps de leur splendeur.

 

ChinesegraveSur certains, on devine encore un badigeon rouge, des lettres dorées, qui doivent témoigner d’une importance sociale non négligeable de la famille, en ces temps là.

10:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rites funeraires |  Facebook |

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