03/03/2007

Les Dieux ont faim

Dans un temple chinois, on trouve une ou plusieurs statues du Bouddha. Il est assis, étendu, debout, marchant ou attendant l’offrande.

 

Il donne lui-même, sourit ou vous regarde d’un air grave.

 

Autour du Bouddha, on trouvera des dizaines de statuettes incarnant les divinités, non pas inférieures, mais celles qui font le panthéon chinois, à connotations bouddhistes, historiques ou confucéennes. Un temple chinois, c’est un sacré mélange de tout et de n’importe quoi, en ce qui concerne la religion et c’est tout simplement un salmigondis culturel. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits, et c’est très bien ainsi. Ca rappelle les étagères d’une vieille tante à héritage, encombrées de trucs et de machins charmants et parfois défraîchis, dont on ne voit pas trop bien ni le sens, ni l’usage, mais elle sait, elle, et ces accumulations d’objets disparates font sa vie, son bonheur, ses souvenirs.

 

Si on veut hériter, ce serait pas mal de s’accrocher et d’essayer de comprendre. Bien entendu, le temps passé avec la vieille tante à héritage ne sera pas, sur le plan culinaire, un épisode immortel de notre vie ; mais il faut noter qu’indépendamment de l’héritage, en écoutant la vieille dame, on risque d’y gagner pas mal, en acquérant ainsi le sens de l’histoire, familiale, locale, nationale, ou universelle. Pour ce dernier point, il suffira qu’on ait une autre vieille tante, décédée maintenant, qui aurait été missionnaire en Chine. La tante survivante vous informera.

 

Accessoirement, on découvrira probablement le sens des expressions avoir la dent dure et ruminer sa rancune. Rien ne sait mieux qu’une vieille dame faire durer la vendetta, entre son radiateur électrique et son chat vieillissant. Sa cible préférée ayant usuellement quitté cette vallée de larmes, elle est assez bien gagnante et vous n’obtiendrez qu’un seul côté de l’histoire. Ce sera, cependant, l’Histoire.

 

Hok Haw KongDans la somme des divinités qui m’étaient inconnues, il y avait les deux Hok Haw Kong : ce sont deux barbus à l’air farouche, qui sont les divinités de la défense de l’Empire : les Cambronne de la Chine, en quelque sorte. A l’époque de la dynastie Tang, les deux Hok Haw Kong, l’un général de région, l’autre gouverneur de la ville, avaient résisté, des semaines durant, à l’assaut d’un ennemi jamais précisément désigné, et tous deux avaient juré sur leur barbe et leurs ancêtres que jamais la ville ne tomberait entre des mains étrangères. Malheureusement, les secours tardant à arriver, l’armée impériale était arrivée trois jours trop tard : la ville n’était plus rien d’autre qu’un monceau de ruines fumantes.

 

On allait apprendre, par ailleurs, l’héroïsme des deux Hok Haw Kong, qui allaient obtenir, à titre posthume, la qualité de divinités accordée par l’Empereur : ainsi, pour ne donner qu’un exemple, dans le but de conserver quelques forces aux soldats qui tenaient les remparts – ces quelques forces affaiblies du fait du blocus implacable dont la ville souffrait, du fait des assiégeants - nos deux futurs dieux avaient donné leurs épouses à manger à la troupe.

 

Vous, je ne je sais pas, mais moi, je trouve que c’est noble.

13:14 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, histoire |  Facebook |

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