26/02/2007

Fêtes religieuses et boules puantes

Quand c’est les vacances pour les uns, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas vacances pour les autres. Ainsi pensent, fort justement, dois-je ajouter, les indiens. De ce fait, le nouvel an chinois est férié sur toute l’île, dans tout le pays. Pour les chinois, c’est une semaine complète. Les indiens bureaucrates se contentent de prendre deux jours, en plus du ouiquinde qui arrivera deux ou trois jours plus tard. Une de ces semaines comme je les adorais, quand j’étais un petit garçon qu’on poussait, le couteau dans le dos, à l’école.

 

Un élément, qui montre l’importance du nouvel an chinois pour tous, en Malaisie : le roi et la reine, de tradition musulmane et malaise à la fois, se déplacent toujours dans une communauté chinoise, le septième jour du nouvel an chinois, pour passer le dernier jour des célébrations avec la communauté. Cette année, le roi passera la soirée à Malacca, avec Madame, pour fêter dignement l’avènement de l’année du cochon.

 

Quant aux commerçants, puisque les chinois, sans jamais faire la moindre entorse à la règle, ferment boutique la semaine entière, et que la nature a horreur du vide… les commerçants, donc, qu’ils soient musulmans, athées ou hindouistes, ils comblent le vide. Il y a cependant deux jours – les deux premiers jours du nouvel an – au cours desquels il est difficile de trouver une échoppe ouverte.

 

Sauf les débitants d’articles religieux, autour des temples, bien entendu. Ils ne peuvent faire face à la besogne et la queue de leurs pratiques s’allonge devant chez eux.

 

boutiqueRien ne va vite, dans ces petites boutiques, puisque l’accueil d’un client réclame tout un rituel, une conversation de politesse avec le chaland; l’échange des derniers potins familiaux ; l’accompagnement du client, lors d’un choix parfois difficile, vu la présence d’enfants qui, tous, ont leur propre idée quant aux différents objets qu’il faut acheter et qui piaillent leurs desiderata avec un bel ensemble; un simulacre de discussion du prix… Toute la famille du commerçant est dans le magasin, mais ne peut suffire à la presse.

 

Enfin, une pratique sort, chargée de bâtonnets d’encens, de billets de banque pour les esprits, d’un panier de fruits – vrais ou en plastique – et encore de bandelettes de soie sur lesquelles chacun des membres de la famille écrira son nom, avant de les brûler dans le crématoire. Dans la boutique, après avoir, d’un large geste de la manche, essuyé la noble sueur prolétarienne qui perle sur son front, le père, ou la mère, ou l’un des enfants se précipite sur le client suivant.

 

A Penang, il y a un temple amusant à visiter, lors de cette semaine sainte entre toutes, pour les bouddhistes chinois, d’abord, et pour tout le reste de la population, ensuite : c’est un monstre qui se trouve dans la grande banlieue de Georgetown, adossé à la colline de Penang : le temple de Kek Lok Si. Il est fréquenté jusqu’à plus soif par la moitié de la population de l’île, faut-il croire : comme, pour y monter,  à pieds, il faut passer par une voie étroite bornée, des deux côtés, par des marchands du temple, et que chaque visiteur s’arrête longuement, à chaque boutique, pour en inventorier chaque trésor, on passe vingt bonnes minutes dans un véritable embouteillage, écrasés par les indiens qui vous marchent sur les talons, le ventre écrasé sur le derrière rebondi d’une indienne qui, devant vous, ralentit le pas, pour inspecter un étalage, alors qu’elle passe devant un magasin de farces et attrapes.

 

Ah, oui, selon une logique qui n’échappera qu’aux béotiens, les magasins les plus représentés, sur ce chemin de pèlerinage qui conduit au temple, ce sont ceux dans lesquels on débite des boules puantes, des coussins péteurs, des araignées en plastique et des faux cacas. Il m’a quand même fallu un moment pour en arriver à une hypothèse, destinée à expliquer la vente, en gros, de ces objets incongrus devant un temple. J’imagine que, puisque les locaux ne se déplacent qu’en grande famille complète, en clan, cela veut dire que les enfants sont là et que ces derniers sont toujours sensibles au charme des objets détaillés plus haut ; et ce qu’enfant veut, et réclame de sa petite voix perçante…

 

KekLokSiUne fois l’embouteillage passé, on se trouve dans un temple bourré de chinois et, encore plus, bourré d’indiens et de malais de souche qui viennent en touristes. On peut y voir, aussi, quelques promeneurs étrangers venus de loin. Et, alors que, dans ce temple, il n’a aucune antiquité, qu’il n’a rien de bien particulier à offrir, sinon son gigantisme, on s’y écrase.

 

Kek Lok Si est un temple moderne, ainsi qu’un monastère, qui doit assez bien représenter ce qu’étaient les grands temples du bon vieux temps de l’Europe païenne. Une foule insoucieuse et bavarde qui va de salle de prière en salle de prière, passant à travers les magasins des marchands du temple, donnant quelques sous aux mendiants qui exhibent des plaies à vous soulever le cœur, courant après les enfants et leur collant une fessée, quand ils ont, malgré un ordre exprès, écrasé une boule puante dans les cheveux de leur petite sœur, ou sur la culotte de leur grand père, donnant quelques sous, après avoir âprement discuté le prix, à un garde chiourme d’oiseaux, pour en libérer quelques uns, afin de s’acquérir des mérites.

07:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

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