07/02/2007

Causeries autour du "dual pricing"

Après la visite du Taj, me voilà reparti, avec mon conducteur, pour aller voir les temples-grottes des alentours de la ville. Les grottes sont fermées aujourd’hui, mais monsieur le gardien, présent à tout hasard, veut bien m’ouvrir la grille pour autant que je fasse vite et que je lui verse le montant astronomique qu’un étranger doit payer pour la visite… dans sa poche à lui, sans billet. Je fais donc ce qu’on ne fait qu’en Inde : je discute le prix. Imaginez un instant discuter le prix de votre entrée au Louvre ou à Versailles.

 

Après deux minutes, comme il joue à l’intraitable, je joue au dégoûté et décide de partir sans faire la moindre visite. Nous transigeons donc pour la moitié du prix du billet, dans sa poche ni vu ni connu, et je peux traîner à visiter aussi longtemps que je veux.

 

Comme ça, alors, ça va.

 

Oui, c’est vrai : ce n’est pas beau de discuter les prix avec des misérables qui n’ont quasi pas de pain, ou de riz basmati – le riz le plus chic, soit dit en passant - à manger ; mais la rage que les Indiens mettent à vous dépouiller vous rend vite pire qu’un croisement de juif et d’écossais.

 

Le tour est vite fait : les temples troglodytes n’ont pas grand intérêt et ne valent qu’à peine le détour. C’est bien parce qu’on est à Aurangabad qu’on y va, et un voyage juste pour cela ne serait pas judicieux.

 

Aurangtemple3Plus intéressants seront les temples que je verrai le jour suivant, eux aussi creusés dans la roche – parfois sous forme de grottes, parfois la roche littéralement creusée autour d’eux, de telle manière que l’erreur était interdite. Ca, c’est vraiment impressionnant – et pour le gigantisme des réalisations, et pour leur perfection. Il faut dire que le tailleur de roc esclave risquait les plus atroces tortures en cas de malfaçon, et qu’il s’appliquait donc tout particulièrement à bien faire son travail.

 

Aurangtemple2Ces temples sont disposés sur deux sites différents, le premier offrant un beau coup d’œil à l’arrivée. Pour le deuxième, pas de coup d’œil particulier, mais ces fameux temples autour desquels on a creusé, afin de créer le temple. Ca vaut la visite. Une chose agaçante, cependant : le système du dual pricing, répandu à travers toute l’Inde : le prix du billet d’entrée d’un local est dix fois moins onéreux que celui du billet d’entrée d’un étranger.

 

Imaginons un instant les hurlements de porcs qu’on égorge si, en Europe, on instaurait ce joli standard…

 

Entrée au Louvre :

Européens : 1 Euro

Non-Européens : 10 Euro

 

Le Soir, Le Nouvel Obs, Témoignages Chrétiens, d’autres journaux ben-pensants encore, feraient des manchettes grosses comme ça. La foule des lemmings bien-pensants irait manifester pire que la fois où Chirac s’est retrouvé comme rempart de la démocratie contre le vilain pas beau Le Pen, au deuxième tour des élections présidentielles. Bref, le spectacle serait on ne peut plus réjouissant, pour qui aime rire de la bêtise.

 

Ici, par contre, le système du dual pricing semble ne pas choquer les autres victimes – un couple de Français et un autre couple de Grands Bretons. Je me fais un malin plaisir de mettre le sujet sur la table, lors de notre pause déjeuner, et j’obtiens comme toute réponse que les pauvres locaux sont si pauvres… comme si c’étaient les pauvres qui, parmi les locaux, viennent visiter de telles splendeurs architecturales. Mes honorables contradicteurs ont-ils seulement regardé les Indiens que nous cotoyons ? Ils sont presque parfaits bilingues, portent tous une montre au poignet, avec, pour les dames, des tas de machins brillants qui ressemblent assez bien à des diamants, sont habillés avec goût.

 

Mais bon, admettons que les Indiens qui nous entourent sont des SDF dont le seul et rare bonheur est de visiter, à l’occasion, les joyaux architecturaux de leur bôôô pays. On sait tous que c’est parfaitement faux, mais faisons comme si.

 

Alors, pourquoi ne pas adapter ce système du dual pricing à l’Europe, en forçant chacun à payer selon ses revenus ? Vous êtes capables de voyager vers l’Inde ? Dorénavant, votre entrée au château de Pierrefonds, ou de Hull, vous coûtera le prix normal multiplié par dix. Régule, Dudule ?

 

Non, pas régule, liberté, égalité et fraternité : tout le monde le même prix d’entrée.

 

Mais alors, pourquoi ici, en Inde, le dual pricing est-il acceptable, pour eux ? L’égalité, c’est un concept géographique ?

 

Dégoûtés, ils décident de changer de sujet.

12:11 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finances |  Facebook |

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