22/01/2007

Les oeuvres immortelles de Bolliwood...

Les films façon Bolliwood, il y en a plusieurs veines.

 

La veine pour enfant fonctionne ainsi : Ganesh a un fils, et ce fils, aux pouvoirs magiques étendus, est facécieux. Ce jeune baudet trouve spirituel de se rendre invisible, de se faire envoler les gardes moustachus de l’un ou l’autre palais et de les envoyer dans des pays inconnus où ils sont poursuivis par des dragons, des démons, des flamands, des monstres de tous genres ; de transformer de riches maisons en masures, et lycée de Versailles ; d’inventer des armées fantômes, dans le but de terroriser des villes et des bourgades. Tout au long de l’épisode, il rit dans sa grande bête trompe d’éléphant plus ou moins bien attachée – les effets spéciaux ne sont pas de mise, ici.

 

Bolliwood a du produire au bas mot un millier de variations, usuellement sans queue ni tête, sur les plaisanteries perpétrées par le fils de Ganesh. Ce gosse mérite la corde. Cependant, si on le supprimait, nul doute que les producteurs de Bolliwood le remplaceraient immédiatement par plus stupide, plus malfaisant et encore plus moche. Et ça ferait rire les enfants du cru. Cette engeance est cruelle.

 

Si l’on s’intéresse maintenant au monde adulte, deux grandes lignes se dégagent.

 

Il y a les films à caractère historique – enfin, qu’ils disent… Dans ces films, un prince moustachu au nom imprononçable, tombe amoureux d’une créature au nom tout aussi imprononçable. Les parents s’en mêlent, puis un jaloux, dont la méchanceté se remarque immédiatement, du fait qu’il est glabre, essaie de kidnapper la pulpeuse créature. Puis les dieux s’en mêlent et force revient au droit, à l’amour et à la moustache. La princesse, dont les yeux avaient été un instant trompés par les démons, revient à son Roméo au nom imprononçable et à la moustache avantageuse. Le tout est entrecoupé de numéros de danse et de chants qui auraient rendu Gene Kelly jaloux. Le film se termine lors d’un grand ballet au cours duquel tout le monde, sauf le vilain jaloux glabre, danse. Le vilain glabre est, quant à lui, prisonnier des démons qui lui font la fête pire que les barbichus musulmans quand ils font la fête aux pauvres petits moutons.

 

Puis, il y a des films modernes.

 

Une ravissante créature du Punjab (les habitants du Punjab, ça doit être leurs paysans du Cantal, de la Bretagne, ou de la Flandre profonde à eux), dans le genre hanches généreuses, œil charbonneux, poitrine avantageuse et double pneu Kronembourg, vient de fêter ses seize printemps. On la voit arriver, emballée dans un sari, courant à travers les champs, vers son papa adoré auquel elle annonce, hors d’haleine (ce qui lui permet de forcer sur le halètement, et de souligner ainsi le volume de ses appas), que sa brebis préférée vient de donner naissance à un adorable petit agneau, que je ne vous dis que ça.

 

Son papa, un noble vieillard tout de blanc habillé et chevelu, à la moustache et à la barbe soignées, parfois veuf, parfois pas, se dit qu’il est temps de marier la petite.

 

Ca tombe bien, il a un prétendant en main.

 

C’est un bon garçon moustachu, du Punjab, lui aussi, qui travaille dur sur la ferme voisine, dont il est propriétaire depuis le décès de son papa à lui. Il garde bien entendu sa maman à la ferme, une noble femme aux beaux cheveux blancs qui entend tout, qui sait tout, qui comprend tout : la tatie-gâteau dont nous rêvons tous. Si la fifille accepte la proposition de son papa, elle vivra une vie de rêve entre un mari qui l’idolâtrera et une belle-maman genre tatie-gâteau, donc.

 

Hélas, trois fois hélas, le frère, qui a été faire des études aux Etats-Unis rentre sur ces entrefaites, avec un ami qu’il a invité à venir voir à quoi ressemblait l’Inde, enfin, le Punjab, aujourd’hui. L’invité est soit un Indien émigré depuis plusieurs générations, et qui a totalement perdu ses racines (il est glabre, c’est tout dire), soit un étranger pur sucre. La pauvre enfant en tombe amoureuse.

 

Dans les cas les plus graves, elle l’épouse.

 

Encore pire, elle le suit aux Etats-Unis, ou en Hollande, ou en Angleterre – cela dépend du film.

 

Mais elle comprend vite que le Punjab, c’est mieux, et que les bons maris moustachus de la ferme d’à côté, avec une maman compréhensive genre tatie-gâteau, c’est l’idéal. Après deux ou trois incidents affreux, impliquant des menaces, quand pas des tentatives, de meurtre, la jeune femme divorce donc et redevient une bonne fille du Penjab car, une fois rentrée, l’oreille basse, elle accepte tout ce que son papa (et sa future belle doche) lui ont toujours dit, et épouse le bon garçon qui l’attendait toujours, la main sur le cœur et la moustache avantageuse.

 

Le tout entrecoupé de danses et de chants à la gloire du Penjab. Ca dure trois bonnes heures.

 

Transposez tout cela dans le cinéma français, changez Penjab par Normandie, Bretagne, Alsace ou Cantal, et feu le Maréchal Pétain en serait mort de joie.

 

Quoique sa réputation étant celle qu’elle était, je crois plutôt qu’il se serait fort ennuyé.

 

Le film qui passe, ce soir là, avec la sono bloquée sur maximum, est fait dans la veine moderne et la jeune demoiselle du Penjab danse de la manière la plus déhanchée, avec une trentaine de petites camarades, pour faire bien voir à tous que les filles de la région, ce sont pas des mijaurées. Elle chante des trucs en penjabi, sous-titré en bengali, qui sont à la gloire du Penjab. A peine arrivée aux Etats-Unis avec son nouveau mari ancien Indien, et nouveau glabre, elle décroche un poste de speakerine en prime time de la télévision des minorités indiennes, et elle chante à gorge d’employé, comme l’aurait dit le regretté inspecteur principal Alexandre Benoît Bérurier, la gloire de cette belle région.

 

Ca se termine à coups de couteau, après un presque viol, entre les deux tourtereaux, à la suite d’un différent qui lui-même vient du fait qu’un afro-américain, comme on dit en novlangue, laid comme le péché, après avoir bu un verre de trop lors de l’une des réceptions organisées par le mari glabre, avait manqué de respect à Mme. Elle avait reproché cet impair de l’afro-américain à son petit chéri, et de fil en aiguille… tous les hommes mariés qui me lisent sauront ce qui arrive.

 

Quatre heures après, le film est enfin arrivé à son terme, et nous pouvons dormir. Mon voisin de devant essaie de faire basculer son siège au point de m’écraser les genoux ; je résiste comme je le peux ; il se lève pour me demander en anglais de laisser faire ; je lui réponds en français de crever la bouche ouverte. Il ne comprends pas les mots, mais devine bien que le sens de ma réponse n’est pas favorable à sa requête. On s’arrête là. J’ai maintenant quelques heures de sommeil, peut-être, devant moi, emballé dans ma couverture pur acrylique, à combattre la clim.

05:29 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, art |  Facebook |

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