19/01/2007

La planque aux bonbons

Qui ne demande rien, reçoit. Je donne tout ce que j’ai de bonbons sur moi, à une nuée de gosses rigolards qui se pressent autour de moi.

 

J’ai ainsi une fillette qui, une fois son bonbon reçu, et avec l’espoir d’en avoir un deuxième, se colle le premier… entre les fesses, pour pouvoir à nouveau tendre innocemment les deux mains.

 

Elle est trahie par une petite camarade qui s’exclame en m’indiquant le corps du délit à moitié enfoncé, sur sa robe qui est encore plus enfoncée, bien entendu. Mais ça dépasse. La gamine se retourne, furax et prête à la castagne, me révélant la supercherie. Bon, ça vaut bien un deuxième bonbon… mais je n’oublie pas la délatrice qui, n’écoutant que la morale, j’en suis certain, a fait son possible pour que la justice éclate. Pour elle aussi, un bonbon.

 

Les bonbons distribués, les gosses restent avec moi, afin de voir les photos sur l’écran de l’appareil. Ils n’en finissent pas de s’exclamer, mais je dois les quitter. En fait, je ne dois pas mais je suis, comme tout européen, un homme pressé, vite lassé de rester en place, voyageur et curieux de la surface, glissant sur le vernis. Il faudrait longtemps pour connaître ces enfants, les apprécier ; je ne me donne pas ce temps. J’ai certainement tort.

 

indianbutcherEn remontant, je passe d’abord devant une boucherie, ou un abattoir, je ne sais comment le décrire. Ce que je sais, c’est que quelques minutes passées là dedans, et on devient végétarien. L’odeur fade de la viande dans l’atmosphère lourde, irrespirable, de la pièce au plafond bas, est assez pour soulever le cœur. Et dire qu’il y a des gens pour travailler ici la journée entière… On s’habitue à tout, faut croire.

 

ReglementindienJe remonte ensuite la colline, pour arriver, un peu avant les jardins parsis, à un amusant temple hindouiste, devant lequel un règlement pourrait faire sourire jaune nos amis féministes. En effet, si les femmes sont autorisées à prier dans le temple, ce n’est pas à n’importe quel moment de leur cycle que l’autorisation s’applique. On voit bien qu’en Inde, la malédiction des avatars fait bien des filles, des créatures maudites.

 

Après cela, c’est le parc qui, lui-même, précède les jardins interdits qui protègent les tours du silence, et les vautours obèses. A tort ou à raison, on croit toujours sentir le parfum révoltant des cadavres cuits, mais pourrissant quand même… Même si la vue est belle, et même si le parc offert par les Parsis, à fin de dédommagement pour le léger désagrément que nous savons, est agréable, quoique couvert de détritus, on s’éloigne vite.

 

Parfois, à Delhi, à Bombay, ou à Calcutta, on voit une poubelle publique. Elle est immanquablement vide. Un pauvre l’a retournée et a fouillé jusqu’au fond, avec l’espoir de trouver un objet, un morceau de tissu, une bouteille en plastique vide, un truc qui, pour lui, valait encore quelque chose… Le problème des ordures, dans les grandes villes indiennes, et dans les petites, ainsi que dans les villages et dans les hameaux, n’a pas été réglé. Parfois, une municipalité fait l’effort d’investir dans un système de nettoyage : des camions arrivent, chargent ce qu’ils peuvent et le décharge quelques kilomètres plus loin, quand le conducteur du camion, payé par la mafia des chiffonniers, leur laisse la cargaison à fouiller. On a déplacé le problème, les ordures s’envolent bientôt, et noient la ville entière, les banlieues, les campagnes.

 

Mais la journée se passe, et il est temps que je rentre à l’hôtel pour y chercher mon bagage. En bas, je hêle un taxi, on discute ferme sur le prix, et me voilà parti jusqu’à la gare routière – si on ose appeler ce lieu de rassemblement d’autocars ainsi – afin de prendre mon bus jusqu’à Aurangabad. Je trouve vite mon bus Mercedes, qui m’a l’air splendide, à part le fait qu’il a reçu un beau gnon sur l’un de ses pare-brises, et qu’il a une estafilade tout au long du flanc. Les routes indiennes ne sont pas très sures, dit-on.

 

A l’intérieur, c’est Byzance : les rangées, bien séparées les unes des autres, sont de trois sièges – deux d’un côté, un de l’autre – dont l’aspect rappelle les fauteuils de première classe des compagnies aériennes les plus réputées. Il y a aussi une téloche, avec un lecteur de vidéos. Ca, c’est plus ennuyeux. Je crains qu’on y ait droit, pendant une partie de la nuit. Il y a, enfin, une couverture sur chaque siège, pour lutter contre la climatisation qui sera féroce, comme partout où on l’a, en Inde. Je me suis toujours demandé pourquoi on ne diminuait pas, tout simplement, la clim’, plutôt que la mettre sur maximum… Le départ était annoncé pour 19h et on nous annonce un petit retard d’un quart d’heure au départ, qui sera certainement rattrapé dès la première étape. Le bus démarre donc, à moitié plein, à la nouvelle heure dite, et le chauffeur … fait le tour de la ville, en maraude, avec l’espoir de récupérer des passagers supplémentaires, sans prévenir son chef quant à la manne inespérée qu’il récupère par ailleurs, bien entendu. Il doit être dix heures quand, ayant fait le tour des endroits les plus glauques de Bombay, nous sommes enfin sur la route. La télé démarre pour les nouvelles, puis l’accompagnateur glisse un film dans le lecteur de DVD : Bolliwood, nous voici…

15:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfants, cuisine, hygiene |  Facebook |

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